LIVRE SJBPTiàlIE. ^S
montré évêque incommode, contrariant le souverain dans l'exerdce légitime de son autorité, toujours prêt à lancer les excommunications pour la défense, de ses intérêts temporels. Trois ou quatre fois k cour de Rome avait été obligée de noninoer d^s commissaires pour informer sur ses réclamations ou sur sa conduite (r); et toutes ces contestations, qui faisaient intervenir la puis* sanoe apostolique dans les a£Ëures du duché , de* vaient avoir aigri le prince contre le prélat qui les lui suscitait. Landois profita de ces disposi^
Rennes, de ce qui avait faussement été rapporté de lui au duc, touchant les différents qui étaient entre François premier de ce nom, duc de Brelagne, et M. Gilles, son frère.
Bulle du pape Pie H, adressante aux aichevétjue de Tours et évéque du Mans , pour infonner contre Jaoques d'Espinay, évéqtie de Rennes, touchant la mort de M. Gilles de Bretagne, frère du duc, et conspiratious et entreprises que l'ou disait led. d*Épiaay avoir fait contre le duc et le pajs de Bretagne. ( Archives de Tfantes, armoire K, cassette G. )
Bulle du pape Pîe II, contenant commission à févéque de Vérone, pour liilonner de la mort do M. Gilles de Bretagne, frère du duc, contre aucuns gens d'église, accusés d'avoir participé à ladite mort et homicide.
Articles envoyés par le duc de Bretagne au pape, contre M- Jacques d'Espinay, cvcque de Rennes, touchant la mort de M. Gilles de Brelagne, irère du duc. ( Non signes. ) ( Jlnd^i, armoire K. , cassette H. )
(i) Actes de Bratagne, t ti , p, 1690.
70 HISlOiiiE DE BKiiXAGri E.
tions, paur provoquer une nouvdle enquête ^
quoique tous les différents antérieurs eussent dès long-temps été pacifiés. On n'avait pn pourauiyre Févéque comme séditieux; cette fois on Taccusa d'hérésie (,). Les commissures »mtin»t qa'on leur demandait de k sévérité; ils prononcèrent Tinterdiction du vieux prélat. Le duc fit sai^ non-seulement le temporel de Févéché, mais en* oore les biens patrimoniaux du titulaire, dont le pape n'eut pas honle d'accepter la moitié (a). Jacques d'Espiuay mourut de chagriu au bout de trois mois, et le neveu du premier ministre se vit en possession du siège de Rennes.
La persécution exercée contre Chauvin avait excité plus d'horreur : celle-K» irrita davantage la vanité des giauds. impatients de se venger des inscdenoes de Landois , plus encore que de punir ses crimes , ils conspirèrent contre lui , résolurent de l'attaquer à main armée dans sa maison ou dans le palais, et de faire expier, par un assassinat, à ce grand coupable , son crédit et son arrogance. 1484. Jean de Ghâlons , prince d'Orange, neveu du duc , le maréchal de Rieux , Louis de Rohan , sire de Cuemené, et une cinquantaine de gentilshommes,
^1) Dom Lohineau, Hisioiie de Bretagne, t. 11, p. 738. {'à) Dom Morice, Histoire de Bretagne, t. h, p. 14^* Aptes de Brelagne, t m, p. 421.
LIVAE 5£PTlèM£. 77
prirent les armes pour cet exploit , le 7 août 1 484. Us se divisent en deux troupes : 1 une, de dix-huit conjurés, se dirige sur une m»son de campagne que Landois avait près de Nantes, nommée lia Pabotîére; les autres, cachant leurs armes sous leurs manteaux, se pré^ntent en plein midi aux diverses entrées du qhateau de Nantes , tant du côté de la rivière que du cAté de la ville. On les laisse passer, parce qu'on était sans méfiance. Dès qu'ils ont firandû les partes , ib les ferment, s'em^ parent des defs, désarment les gardes ou les cm* piisomient, et se mettent à parcourir les- appartements, fouillant les caves, les greniers, pour trouver le ministre, objet 4^ leur haine. Us pé^ nètrent jusqu'à la chambre du duc , qui croyait qu'op en voulait à sa vie. A son aspect, ils mettent un genou en terce , et dans cette posture ils lui demandent justice de Landois ( i). Le duc se récrie sur leurs prétentions et sur la violence qu'on veut lui faire; alors éclate toute leur indignation contre le ministre. Les exactions, le meurtre, les ^faisons , tous les crimes lui sont imputés : il avait fait périr un grand nombre d'innocents pour ses ven^ geances personnelles ; il avait voulu dépouiller de leurs droits les héritiers légitimes de la Êimille
(1) Actes àe Bfcfagne, t.Tn,p.47a.
78 HISTOIttB DE BRBTAGlflE.
ducale; il avait calomnié auprès du duc ses phnÈ
fidèles serviteurs.
Pendant ces explications très-vives» une grande agitation se manifestait autour du château. L'in* vasion, la fermeture des portes, les recherches dans Fintérieur, n'avaient pu se Êdre sans occasioner quelque tumulte qu on avait aperçu de dehors; mais on en ignorait la cause. Le peuple
s'attroupe, persuadé que la vie da prince est menacée, et accourt avec des armes et du canon pour le délivk^r. On tira quelques coups de part et d autre. Quoique maîtres du dedans, les conjurés n'étaient pas en état d'y soutenir un assaut Ils obligent le duc à paraître sur le rempart et à crier qu'on n'a nullement attenté à sa personne; on fait même entrer une députation des bourgeois pour s'en assurer»
Pendant ce temps-là, l'autre troupe dos conjurés frappait à la porte de la maison de campagne de Landois : il y était à souper avec un de ses secré* taires; l'arrivée iuiprévue de tant de personnes, l'éclat de leurs armes, donnèrent quelques soup<* çons. Landois , jugeant facilement que ces gens-là venaient pour lui iaire un mauvais parti , sortit par une porte de derrière , et se sauva seul à pied à travers la campagne jusqu à Pouencé, où il se tint caché, attendant des nouvelles de ce qui se passait à Nantes. On vint lui dire que les conjurés,