LIVRE irEUVlÈME
Le nouTOau roi était ducde Bretagne, et comme
héritier de la couronDe de Franoe , et comme descendant en Kgne directe des anciens ducs , par la reine Claude, sa mère, par la reine Anne, son aïeule, et par le duc François II , son bisaïeul; U pou vait invoquer le clroii naturel et l'acte d'union de i53a. Les droits de la maison de Bretagne et les droits acquis par la France se trouvaient réunis en sa personne.
Il restait cependant quelques prétentions éventuelles à éteindre. La princesse Alix, fille de la duchesse Constance, avait transporté cette souveraineté dans la maison de France, en épousant Pierre de Dreux, arrière-petit-iils de.Louiâle-Gros. Cette famille, qui , comme on voit , était une branche cadette de la dynastie Capétienne, avait l égué en Bretagne pendant à-peii-près trois cents ans. La filleainée du dernier duc, héritière du duché, avait épousé le roi Charles VIII , et, après celui-ci , Louis .X-II j &on successeur. Elle n'avait laissé que deux filles, dont l'aînée, la princesse Oaude , avait été mariée à François I^'. Ainsi , par ces trois mariages, la branche cadette de la mai* son de France , qui régnait en Bretagne , avait associé la branche aînée au partage de ses droits. Pendant trois règnes consécutifs, la couronne de Bretagne et celle de France s'étaient trouvées réunies sur la téte de la même reine. Le fils de 3. 18
IIISTUlRi: PK BRETAGNE.
François etdmiu reîne Claude avait zMtareUe-
ment hérité de sa mèi*e comme de sou père, c'ei^ ànlire de la fiietagna comme de la France.
Pendant tout cet intervalle , une foule d'actes ovaienÉ stipulé, ooiuolidé, consommé la réanioD de la Bretagne à la couronne , et plusieurs traités avaient été signés, pour étaindre les {^rétentions des héritiers îndireciiB des aneiena ducs.
On se rappelle que Louis XI, en acquérant; ks droits de Jean de Brosse et de Nicole de Bretagne, sa femme, en i479i s était engagé à leur restituer le comté de Penthiem^ dès qu'il serait en possession de la Bretagne. L'édit de réunion de donnait ouverture à cette réclamation; cependant le parlement de Paris contestait à Jean de Brosse le droit de se qualifier Jean de firetagne, comte de Penthièvre (i). Il en résulta un traité entre le roi f'rançois I^', comme usufirmtier de cette province , et Jean de Brosse , arrière-petit-fils de Nicole , par lequel le comté de Penthièvre fut remis à Jean de Brosse par le roi, seulement avec la réserve de pouvoir le recouvrer moyennant la cession d'autres terres de psr reille valeur. De son côté, le comte de Pentliievre
(i) On peut voir, sur ce snjet, un arrêt <iu pariemeot de Paris, en date du 20 novembre i532, dans un mae. delà Bilïliothèciue du Rai, ^1 de la Colleoti<m de Brleme.
eooBrmsk toutes les cessions &ites par son hif
âaïeiiM et ^si, himeale^ et recoufiut la validité tous les actes subséquents par lesquels la Bper tagae était tombée dans H dé|>eiidaiiçe de la France. Cette convention , q^'on ap|i«la le iraité
de Gréuiicu, fut signée le 23 mars i535(i). Maji$
iean de Brosse , qui veaait de stipuler dm ceur siens si importantes, étsdt mineur. Il réclama, douze ans après, centre la validité de cet a^^» et ce ne fot qu^après sept ans de négociations moyennant quelques sacrifices , qu on obtint son désistssment m 1 555 (a). Il ne laissa qu'une sijeltfv qui bériia du coaité de Peuthièvre, et dont la fille unique 9 Marie de lioxembourg, épousa le duc de Mercœur ; ce fut ce mariage qui , dans la suinte, fournit à ce prince, de la maison de Loorrainiç, uii prétexte pour faire revivre les prétentions de la maison de Blois sur ia Bretagne.
La France, comme on voit, se trouvait avoir acquis et payé , à fort bon marché , il est vrai , les droits compétents à la ligne féminine de Bre^ tagne , issue du comte de Blois et de Jie^ne-ia- Boiteuae. Un comte de Vertus, descentdUmt, du baron d Avaugour, fils naturel du duci^ j auçois 11, portait le nom et les armes de Bretagne. Les gens
(1) Actes de Bvetagoe, t. m, p. loai, ii>a7 •! loal.
(2) Jbid,, p. Il 2S, Il 33, ii63?
iS.
276 HISTOIRE 1>E BAEXAGJV£.
du mi présentèrent requête contre lui le 19 août 1567, et obtinrent, un arrêt qui lui défendait de prendre ces armes et ce nom.
La reine Claude avait une sœur issue, comme elle, deliOois XII et de la reine Anne. Cette princesse, qui s'appelait Renée, avait été promise, en i5i5, à ce même Charles d'Autriche, dont le mariage avec madame Claude avait été stipulé trois fois dans les traités, et qui n'aurait pas manqué de s'en prévaloir pour élever des prétentions siu* la Bretagne. Ce projet de mariage ayant été rompu, la princesse Renée fut encore promise, en 1619, au marquis de Brandebourg, à d'autres princes ; enfin , en i $27, elle épousa Hercule d'£st, duc de Ferrai e (i). Elle laissa écouler plus de quarante ans après la mort de la reine sa sœur sans réclamer ses droits sur la Bretagne ; enfin , dans une requête présentée au roi le 6 décembre 1 568, elle exposa qu'en conséquence du contrat de mariage d'Anne sa mere, c est - à- dire en vertu de la clause qui réservait ce duché au puiné des enfants, maie ou femelle, cette succession ' devait lui revenir. Mais elle avait renoncé à tous ses droits par son propre contrat de mariage (2).
( I ) Actes de Bretagne, t. lu , p. 977.
{%) D. ^fsa Benata priàs, ut idem proeumtor asseruit, de Jwribiu ûmtUbus sibi peninetOtbas prM instrueUt êt eenhr
LIYAS NEVVIÀME. 277
D'ailleurs, une réclamation de cette nature, qui arrivait si tard et qui se produisait sous la forme d'une requête, ne pouvait guère être considérée que comme une demande d'indemnité. £n effet, une transaction eut lieu, le 2i3 décembre iSyo, entre le roi Charles IX et madame Renée, par laquelle celle-ci, assistée de sa fille et de sou gendre, se désista de toutes ses prétentions, moyennant quelques terres que le roi lui céda ( i ), Au moyen de ces divers actes, tous les prétendants déclarés k la couronne de Bretagne se trouvèrent y avoir renoncé, et ce duché fut définitivement incorporé à la France. Mais il résulte de tous ces faits que ce n'est pas à Louis Xïl que la France dut cette acquisition. Il retarda au con-
redeiita : hujus itaque (lotis caïutâ illemet prœses prociuator renunciavétj transtuUt, cessU et dcrelinquit , in favorem, cont^ modum et utiUtatem prœdicH régis chnstia/ussimi, ejusque kœreduntf prœsente suprà nominaio il. cardinale^ prœuratore suo, accepUmic et stipulante, omnia et singula jura^ actione.9, petUiones et quœrelas quas ipsa 2>. Renata habet, habuit aut kabere potest, qudcumque de causé, de pnesenti, de preeterito aut fiuuro, in bonis unipersis, mobilibus aut immolnUbus, juribus et actionibus quœ fuerunt, pertinuemnt et spectaue-^ runt , spectabunt et pertincbunty quovistenipore prœfntis patri et mairi ipsias D. Renatœ aut alteri cuicumque. ( Actes d& Bretagne, t m, p. 978. )
(i) Acles de Bretagne, t. m, p. i36o.
fij6 HISTOIRE D£ BEETAONE.
traire l'accomplissemeiit de Foeuvre commencé par Gburks YIII.
' La mei lleatNB tnani^ de ee reiMlN» noBon des
révolutions qui placèrent sucoessÂTement' la dj^ wsasàie ûe& Phnnageitet, nne bniinshe caddte des Capétiens et enidn les Valois sur k trône de la Bretagne ^ cfest d\aipf>récier le csBraélère des princes que leur naissance ou la fortune appelèrent à régner sor ee pays. Si^ panni les anoîens rorâ^
comtes ou ducs , quelques-uns , comme Nomenoé, se distinguèrent par des talents et de l'énergie, feore Suceessènrs motilTèrefit bientôt une telle piistUanimité > que la Bretagne fut ^donnée aux Konnsltids par Charies^l&4jhauye , à qui eile n'appartenait pas. Elle resta pendant trois cents ans sous la suzeraineté des ducs de Normandie. Divisée en plusieurs comtés, elle vit naître quelques princes dont te caractère lui promettait un meilleur sort, et qui parvinrent à mériter quelque considération personnelle^ mais sans pouvoir &eeomr entièrement le joug de Pélremger. Ije» dues de Normandie, au contraire, accrurent rapide* ittënt léut* puissance par la cènquéte de l'Angleterre. La lâcheté du duc Conan iV fit passer la couronne de Bretagne dans la maison de PlantageneL Cette dynastie ne iournit au duché que deux princes sans caractère. Geoffiroi, qooique brouillé avec le roi son père, régna sous son
kifliieHoe , et ^ loPsqo'M 'Wiuhit y é^apper , ce fui que pour se jeter sowi oeiie de Phili^j^^AiK goBÊB^ Sa -vmsve Gotistuids et «m file Artur p»' sèrent leur vie sous lopiïres&kiii de i Angleterre, •a sons la protectioB preaqa» oua» éapigéreiise de la France. La mort d'Artiu*, assassiné par Jean-* saii»*Terre^ fit disparate ei» fir««agae la dynastie des Plaiitagenet, pour £iire place à celle des Capé* tiefis^qui s'-empara de la couroane^par le mariage de Pierre île Dreux awc «m 6He de b duchesse Constance.
MaUieoreosement pour k Bretagne^ eette ntm*
velie £aimille n était quune brandie d^Àiérée ê^ùme iiffB illustre qui a^t produit quelque» grands hommes. Pierre de Dreux se jeta impru>^ deiimient dans dee querelles avec le clergé, qui hd attirèrent des excoinaiuuications; dans des avec la noblesse, et dans une guime contre le roi de France, qui finirent par Irii feire perdâre sa couronne. Jean4e*iU>ux^ son fils, se vit àm» frappé de ronarthème , dowt tl str détirra (foe par des expiations , ei ne signala un règne de dbquanto ans que par Faeoreisseiiiént du do*maine de la couronne aux dépens des seigneurs , acquisttioiis qui ne furent pas toutes glorievses.
Jean II, inconstant dans ses alliaaces comme son père et son neul , changea trois fois de parti ; Ai lur 11 lia régna que peu de temps et ne fit rien
aSa HisTOiiJis .BE bretaghe.
de remarquable ; Jean III maintint la paix dam
son pays, saiis se rendre redoutable au* dehors) Jaan de Montfort y attira de grands désastres par la guerre civile qu occasioiia sa livalité avec Charles de filoia; Jean. IV, en fiivenr de qui la fortune se déclara, compromit dix. lois sa couronne par ses ftdtes, et sa réputation par un lâche attentat contre le connétable de Clisson; son fik . Jean Y changea huit fois de parti par iaibiesse plutôt que par politique. Le règnede François I^ ne serait qu un règne obscur, si ce prince n eûl &it assassiner sdn frère Giles. Pierre II montra moins de sagesse que de timidité, moins de piété que de superstition. Artur III avait les qualilés d'un capitaine plutôt que celles d uii souveiain; il ne régna qu'un an et n'eut pas le temps d'aocomplir de grandes choses. François II ne gouverna que sous Tempirq de ses iavoris, de ses maîtresses , et de son ministre Landois , qu^il sacrifia lâchement. Enfin , la duchesse Anne fut la première et la seule qui se montra véritablement digne de la couronne ; mais, appelée dès l'enfance à partager le trône de Charles VIII , et ensuite de Louis XII, elle ne put, malgré sa prédilection pour son pays, suivre une politique indépendante de la France.
Gomme il est difficile de s*exphquer qu un|>euple renonce volontairement à un gouvernement
LIVfiB NSUVIÈME. > a8l
assez doux, à ses propres lois, a son indépendance poUtiqiie, pour se placer sous une dominaticm étrangère et confondre ses intérêts avec ceux d'une nation plus puissante que lui, il arrive toujours que les actes par lesquels ces sortes de réunions s opèrent sont plus ou moins suspects de séduction, de fraude ou de violence. U est certain que plusieurs des traités que nous avons rapportés sont entachés de quelques-uns de ces vices; cependant, pour en apprécier la validité, U est ju^e d'avoir égard à la nature des droonstances et au caractère de ces actes mêmes.
Les règles de la succession n'étaient pas établies en Bretagne d'une manière invariable. Les femmes avaient été appelées plusieurs iois à la couronne préférablement aux mâles , parents plus éloignés du dernier prince. C'était par une femme que cette principauté avait été apportée à la maison de Dreux; et Pierre Mauclerc, premier duc de cette maison, était arrière petit-fils de Louisle-Gros. Cette branche de la famille des Capétiens se trouvait donc en possession du duché dès le commencement du xui* siècle. Dans la suite , trois princesses du sang de France furent mariées à des ducs de Bretagne de la maison de Dreux, savoir, Isabelle de Valois , petite-lilie de PhiUppe-le-Hardi , à Jean .III, en 1296; Jeanne de France, fille de Charles VI, à Jean V, en 1897; et Marguerite
HISTOia£ DK fiREXAGJME.
d'OrléftM, fille de Loui» de France et pelite^iâhf du roi Giiarles Y, à liichard, quatriènie tîU du duc Jean Y: ceHe<î Ait mère du diic F r ançoi s II. La reine Aune de Bretagne se trouvait donc, pwr ' son pàre, petite «-fille de Marguerite, et, par sa mère, elle était arrière-petite-iille de Jeanne de liwce ; ainsi elle desoendait de la aiaiâoB de France des deux cotés.
Dans le xv^ siècle ^ deux, dues, qui ne laissaieiil poùdt de fils , voulurent régler pour l'avenir Tordre de la succession : l'un , François F% dédara, par un codidle, que les femmes ne pouvaient hériter qu'à défaut de maies, quel que fut le dégrade proximité : l'autre, François II, statua, arec le concours des états du pays, que les femmes excluraient les mâles pkts éloignés qu'elles de k tige commune. Ainsi, dans l'un de ces systèmes, U préfére9Dioe étak attachée au sexe ; dans l'autre^ elle se réglait d'après le degré de proximité : le j^remier avait été établi par un testament, le second par un ac^e législatif. Les fidts âBtérietfS autorisaient l'un comme l'autre.
La France, dès le milieu du xvf® siècle, avait soutenu, infructueusement, à la vérité, les droits des femme» dans la plersonne die Jeaniie4a**Boi* leuse et du comte de Blois, son mari, contre leur oncle , ïeam de Montfoft. Ainsi , leâ priu^ cipes professés antérieurement, les exemples, les
LITAJE NEUVIEME. tÀ^i
lois écrites, consacraient, depuis long*teinps, le droit de souveraineté transmissible pwr ordre de parenté, sans distinction de sexe, lorsque Anne de j&retagne hérita du duc François II, son père, en i488.
A cette époque ) les armées A^çaises ravageaient k Bretagne , en occupaient presque toutes les places, et tenaient la capitale assiégée. Anne se Toyait Mnacée de perdre sa liberté et sa con«ronne. Elle épousa le roi Charles VlII contre son ffré. Trbp peu expérimentée alors pour discuter elle-même les conditions de son contrat de mariage, eàe- en laissa la rédactiou à seB conseillers , que la cour de Frahcë avait peut-'étre gagaés. Ces conditions, qui n'étaient pas débattiÊBs avec tne entière liberté, lurent, si Ton veut, imposées par la violence; mais enfin elles ne firent que corroborer la règle établie , ^t con^ £cmdre les droits plus ou moins fondés de la maiscm de France et de la maison de Bretagne sur ce duché. ^
L'inclination, la pofitiqite on l'c^ligatîon ré*sultant de son contrat de mariage, déterminèrent Anne, devenue veuve, à ^ouser le suc*- <ses5enr de Chartes YIII : ce fut un lien de pins entre la i^rance et la Bretagne. Il est vrai qu'Anne tenta, par les stipulations de son nouveau contrat de mariage, de séparer son duché du royaume ;
'Ji6^ UISTOIAE DE BtiETA,GNE,
ce qui donne bien à cet acte le caractère d une entière liberté : mais elle n'eut que deux filles. Le duché passa naturellement à Tainée , qui épousa encore un roi de France; et, de celle-ci, à son fils.
Ainsi , trois mariages maintinrent cette souveraineté dans la main de nos rois; et, à l'avénement de Henri II, elle se trouva possédée, comme la couronne de France , à titre héréditaire, et dut suivre les mêmes règles.
Les deux donations successives Élites par la reine Claude, en faveur du roi François I*', pou* . valent n'être regardées que comme des concessions dues à FafFection ou à la dépendance conjugale ; mais le testament de cette reine , qui laissa l'usufruit à son mari , et la propriété à son fils ainé , était dans Tordre de la nature comme de la législation.
Enfin, un acte solennel est fait en 1 53a, qui émane d'une délibération des états etde l'assenti* ment du souverain. Cet acte prononce la réunion irrévocable de la Bretagne à la France, et établit, pour celle-là, le même ordre que pour celleci. Celle résolution paraît n'avoir pas été mûrement délibérée dans l'assemblée qui représentait la nation. Un est en droit de soupçonner, et Xmémè de dire , qu'elle fut le fruit de la corruption pratiquée sur quelques membres des états ;
LIVJl£ NEliVIÈMI::. 285
mais il n^en est pas moins vrai que, d*après toutes les régies ancieimes et nouvelles , le duché appartenait alors incontestablement aa dau-^ phin François , puis à son ii ère , qui fut roi sous le nom de Henri II, et qu'il dut, au méme .ti* tre , appartenir à ses fils François II , Charles IX , Henri III, qui régnèrent Tun après l'autre. Voilà donc quatre rois de suite qui ont possédé la Bretagne à titred'héritage, indépendamment de Tacte d'union de iSSs.
Mais, lorsque la postérité masculine des Valois vint à s'éteindre dans la personne de Henri III, toutes les questions relatives à la possession de la Bretagne se reproduisirent. Henri de Bourbon, qui se portait pour héritier des Valois, ne descendait ni de cette branche , ni de la maison de Bretagne : seiUement, il avait avec l'une et avec l'autre une tige commune. On pouvait dire que, la maison de Bretagne n'étant éteinte que dans sa postérité masculine , c'était à ceux qui représentaient la postérité féminine que le duché revenait de droit. Henri opposait à cette objection que, la réunion , l'incorporation de laBretigne à la France ayant été consommée par l'avènement de Henri II et par les traités, ces deux états étaient désormais inséparables; que, la succession devant y être réglée par les mêmes lois, Tun devait suivre le sort de l'autre, et qu'il piéten-
u80 illhlUIKE DE liii£lAGNK.
dait au duché de Bretagne , parce qu il était hé*-
ritier de la couronne de France : mais c'était pi eeiiéraent parce que sea ennemis voukieat rexr dure du troue de France il$ s'attachèrent à lui disputer la Bretagne.
Comme le reste du royaume, cette pioviiicc renfermait des éléments de guerre civile. Les opinions des réformés y avaient été apportées , dès Tan iSSS, par pandelot , frère de Tamiral de Goligni, neveu du connétable de Montmorenci, et gendre du dernier seigneui' de JOLieux , dont li avait épousé l'héritière. Son crédit et ses alliances avaient merveilleusement servi sou ardent prc^ sélytisme. U était secoudé par la vicomtesse de RoUan, sœur du roi de Navarre , qui , à la laveur de ce titre , avait obtenu de la cour la liberté de conscience pour elle et pour sa maison. Elle ne manqua pas d'y comprendre tous les partisans des nouveaux dogmes ; et , quand le gowvemeor de la province voulut lui £aàre quelques repié* sentations sur Textension qu'elle donnait à son privilège, elle répondit que ce n était pas trop pour la fille d'un roi; et son château de Biin de» viut le centre des prédications , le foyer des in^ trigues, Fasile des réformés. Grâce à l'autorité de ces illustres exemples, à la controverse, à Fiii" tolérance 9 à la persécution, le calvinisme mwmi fiutde grands progrès; et, dès 1 569, ou comptait
déjà vmgt-liuit églises protestantes dans un pays où Ton avait vu récemmenl; le pape prétendre au droit de conférer tous les bénéfices , et <d>tenir du roi des 4Xrdre$ réitérés pour obliger le parle* . ment à enregistrer les lettres patentes qui contenaient ces déplorables concessions.
Du reste , les deux partis s'étaient livrés à tous les excès également odieux et ridicules qui caractérisaient ailleurs cette guerre de religion si fatale à la France : entêtement fanatique , disputes vio* lentes, prédications séditieuses, processions de moines armés, barricades, miracles, toutes ces scènes scandaleuses avaient désbonoré iiennes et Nantes comme Paris (i). Il n^ avait que le massacre de la Saint -Barthélémy auquel la Bretagne eût eu le bonheur d'échapper, grâces à l'absence fortuite de son gouverneur et à la sagesse du commandant Bouillé, qui le remplaçait On conserve dans les archives de Nantes une lettre du duc de Bourbon-Montpensier, gouverneur parti-
(i) L'évéque de Nantes alla en peismma assiéger avec du canon une maison où quelques prolestants s'étaient réunk.
C'était imiter saint Martin , archevêque de Tours , qui , dix siècles auparavant, se mettait à la tète des soldats ^ pour poursuivre les idolâtres. A Nantes, il fit brûler un pressoir dans lequel ils s'assemblaient. Les ecclésiastiques de Ifantes, aussi belliqueuic que leur évéque, montaient la garde. A Rennes, le temple des protestants fut brûlé trois fois.
a88 HiSlOlIlE 1>K BRETAGNE.
culierde cette ville^sous la datedusôaoût j 679. (i par laquelle ce seigneur, qui, le 24, s'était signalé dans le massacre de Paris, ordonne au sénéchal et aux magistrats d'imiter l'exemple delà capitale, «Par là, leur dit-il, l'intention de Sa Majesté est assez connue pour le traitement qui se doit faut aux huguenots des autres villes. » Le sénéchal, qui se nommait le Maire Duplessis Querré, et Michel le Loup duBreil, chef du corps municipal, eurent le courage de désobéir. Les esprits se trouvaient ainsi déjà divisés, lorsque la vacance du trône vint compliquer les discordes allumées par la diversité des croyances. Le récit de la guerre qui en résulta appartient à l'histoire de France, mais il Êiut au moins expliquer la controverse qui s'éleva relativement à la Bretagne.
Les prétentions rivales venaient de ce que le roi Henri II , outre les trois hls qui lui avaient succédé, avait laissé trois filles , et que les frères étant morts sans postérité , les maris de ces princesses réclamaient pour elles la Bretagne à titre de succession. En effet, elles étaient petites-filles de la reine Claude , et par conséquent arrière* petites-filles d'Anne de Bretagne.
(i) 11 y en a une copie dans les Recherches économiques et statistiques de M. Huet» sur le département de la Loire- Inférieure , p. 463. Elle porte, la date du 8 septembfe.