LIVRE NEUVIEME. HQÏ
d*tine princesse de la maison de Blois (i). Itfois
les droits de cette famille commençaient à être bien surannés, puisqu'il y avait deux cents ans qu'elle les reproduirait sans succès. Cependant le duc de Mercœur ne laissait pas d'être un concurrent dangereux, parce que le roi Henri III avait eu l'imprudence, malgré l'opposition du chance-
(i) Raoul, duc de Lou aine, marié en à Marie de
Chàtilloa, iiile de Gui, comte de Blois.
Jean de LoxTaiiie.
Charles , duc de Lorraine , Ferri de Lorraine , comte mort sans enfants mâles. de Yaudemont.
Antoine de Lorraine, comte de Vaudemont et de Guise.
Ferri II àe Lorraine, comte de Yaudemont et de Guûe.
René, duc de Lorraine et de Bar. |
Antoine, duc de Lorraine et de Bar. |
Nicolas de Lorraine, duc ) de Mercœur.
Philippe>Emmanuel de Loi^ raine, duc de Mercoeur.
ag^ HiSTOiirs de brbtagnb.
lier CUi verni, de lui douiier le gouvernement dVne province ou il possédait déjà trois places fortifiées y Guingamp, Lamballe, Moucontour, et sur la souveraineté de laquelle il élevait des prétentions. Son ambition, bien plus que son zèle neUgieux , le porta à organiser la ligue en Bretagne et à y lever une armée contre les réformés, qui voyaient à la téte de leur parti les comtes de Laval et le vicomte de Rohan. Le duc de Guise envoya à Mercœur un renfort de quatre régiments.
Mais il ne suffisait pas de soutenir de telles prétentions par les armes. On appela l'histoire au secours de la controverse. Ce fiit à l'instigation du duc de Mercœur que Bertrand d'Argentré composa une Histoire de Bretagne, dans laquelle les droits de la France sont soigneusement dissimulés, atténués ou contestés. Il entreprit de soutenir que les premiers souverains de la Bretae^ne avaient porté le titre de rois; que ces princes étaient absolument indépendants de la France et même antérieurs à cette monarchie ; que par conséquent la Bretagne n'avait pu être dans l'origine un fief delà couronne; que depuis elle n'avait été conquise ni par Charlemagne,niparlessuccessettrsde celui-ci: d'où il résultait qu'eile n'avait pu être placée par Charles-le-Simple sous la mouvance des ducs de Normandie; qu'enfin elle n'avait jamais relevé de la France.
Ces propo5iuoxi5, dont les trois premières seulement étaient vraies, et dont les autres étaient appuyées tl'autoriLcb fort suspectes, parurent mal sonnantes au parlement de Paris, qui condamna lelivre(i),bien que les droits delleniiIV ii'eussenL pas encore été sanctionnés par la victoire. Cependant, comme un arrêt n'est pas une réponse, on choisit pour réf uter Fiiistorien breton un médecin nommé Nicolas Yignier (a) , à qui cette mission revenait de droit, puisqu'il était historiographe duroi«
II faut lui rendre justice : c^était un écrivain fort érudit , qui allait chercher au loin tout ce
qui pouvait être favorable à sa cause; mais, iiuilgi c les nombreuses autorités qu il appelle à son se-
(1) Le proeui«ur^énéral du parlement de Paris, La Guesle, disoit: « Quatre ou cinq ans se sont passes, qu'à Paris fut « imprimée une nouvelle Histoire de Bretaigne, que d'Ar- « gentré, faciendaire du duc de Mercœury avoit escrite, la- « quelU nous fismes saisir. »
(2) « Sitôt que Thistoire de Bretagne parut, feu mon père « eut commandement de ceux auxquels pour lors appartem noit la manutention et défense de l'honneur et des droits
« di la couronne, de recueillir en un traité ce qui se trouve <t tesmoigne au vrai par bonnes et fidèles lùstoires de l'ancien « état de la petite Bretaigne. » ( Avis au lecteur , qui précède lé Traité de l'ancien état de la petite Bretaigne et du droit de la couronne de Fnince sur icellc, par Nicolas Yignier* )
:iy4 HISTOIRE DE liilElAGrvE.
cours, je suis forcé d'avouer que la plupart des
questions historiques qu'il traite ne paraissent pas suffisamment éclaircies.
Cette polémique, qui, comme on voit, n'était pas purement littéraire, à duré plus de cent ans, les uns prenant à tâche de prouver Findépendauce originaire, immémoriale , constante , absolue de leur pays ; les autres voulant absolument que, depuis le commencement de la première race, il eut été soumis à la monarchie français; tous partant d'un système et bien déterminés à dénaturer les témoignages et les faits, jusqu'à ce qu'ils y eussent trouvé des preuves. Aussi ont-ils merveilleusement réussi à embrouiller la question et à obscurcir la vérité , également méconnaissable dans les écrits des uns et des autres.
Quant à ceux qui abandonnaient la discussion des Êtits, pour n'examiner la question que sous le rapport du droit, dans les nombreux écrits qui furent publiés contre les prétentions de Henri IV, on partait de ce principe , que la Bretagne était une principauté susceptible d'être possédée et transmise par les femmes. Ce principe était incon* testable. Dès la fin du ix^ siècle , les gendres des rois Érispoé et Salomon III s'étaient emparés de la couronne, à la vérité par la violence et le meur- • tre , mais enfin , n ayant point de droits personnels , ils n'avaient pu, alléguer que ceux de leurs