‹ Histoire de BretagneChapitre 70 sur 80 · I.IVRB NEUVIÈME. 36j · texte numérisé non relu

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les étrangers venus de cette île qui est située de l'autre oôté de la Manche P S*il ne s'agissait que des étrangers, on pourrait conceToir qu'ils n'eussent été reçus quà titre de sujets : mais , puisqu'il s'agit ici de l'histoire de la Bretagne, on entend nécessairement parler de tous les peuples qui l'habitaient , et principalement des in-^ digènes. Or, ce pays était habité bien avant que les Francs eussent passé le Rhin. César nomme beau» coup de villes , de peuples qui étaient assez puissants, qui avaient une marine nombreuse et qui étaient organisés en républiques oonlédérées. Ces peuples, ces yilles, n avaient pas disparu, en trois ou quatre cents ans; et, dès-lors, que veut-on nous faire comprendre par la souveraineté originaire de nos rois sur cette province?

On peut sans doute entreprendre de prouver que ces peuples ont été soumis; mais on ne peut pas dire qu'ils ne furent reçus dans le pays qu'en qualité de sujets. On peut louer le vainqueur de leur avoir laissé quelques franchises; mais il est absurde de dire que sans lui ils n'auraient pàs été libres. Exposé dans ces termes, le système de rhistorien n'est pas raisonnable, et par conséquent ne saurait être vrai. 11 serait trèsâcheux pour l'histoire de France qu'elle n'eût point de vérité mieux démontrée que la proposition de l'abbé de Vertot.

Dans un autre -écrit, publié dix ans auparavant (en 1 7 1 o) , le même auteur avait combattu les historiens bretons, qui prétendaient que leur patrie n'avait jamais été sous la suzeraineté de la France. Ceci était

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une autre question : le fait de la mouvance était susceptible de démonstration ^ mais entreprendre de prou» ver quuQ peuple na jamais été indépendant, mab établir la souveraineté originaire de rois étrangers qui sont Tenus de fort loin et qui ne sont venus que plusieurs sîèdes après Tépoque où Texistenoe de oe peuple était déjà constatée; c'est s'engager à démentir tous les Êiits antérieure», et se réduire à des raisonnements qui ne sont sout^nables qu*à la laveur de quelques équivoques. Aussi Tabbé de Vertot commence-t-il par nier uou-seuiement Tindépendance , mais même i existence de tous les rois ou chefs de k Bretagne, pendant le IV* et le v* siècle. C'est évidemment aller beaucoup trop loin. De ce que Thistoire de çes temps est mêlée de contes absurdes^ on n*est .point en droit de conclure que ces princes n*ont jamais existé. Les savants auteurs de l'Art de vérifier les dates ne les ont point rejetés de leur chronologie. Ils n ont rejeté que les fiiits merveilleux.

Dans cette querelle, qui remonte au temps de Henri lY, on remarqua d'abord d'uii côté Bertrand d*Argentré, contre lequel écrivit Nicolas Vignier. Plus tard, Dom Lobineau renouvela la controverse : il fut vivement attaqué par Vertot et par l'abbé des Tuileries; mais Tun et l'autre, le premier surtout , ont été réiuies par i abbe GaLlet, auquel la victoire demeure décidément*

Lacté de i53a , par' lequel la Bretagne fut déclarée laire partie de la France , a sans doute contribué puissamment à assurer aux successeurs de François V

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la possession constante de ce duché ; mais on voit que la possesBion de fait n*a pas mis fin aux discussions sur la nature du droit. Cette controverse peut se diatinguer en trois époques : celle du xvi* siècle, entre Bertrand d'Argentré et Nicolas Vignier; 2? la polé^ mique qui s'engagea dans les premières ann^s du» xviu^ entre Dom Lobineau et l'abbé de Yertot. JNous en avons présenté sommairement l'analyse. Il noua reste à parler d*une troisième controverse qui se re» nouveia en 1764.

Le parlement de Bretagne, au sujet de quelques édits fiscaux , fit des remontrances dans lesquelles il s*appi|yait sur les privilèges de la province , et soutenait que ces privilèges étaient d*autant plus inviolables, qu*on ne pouvait les considérer que comme les conditions d'un traité fait librement lorsque la Bretagne avait été réunie à la France. Lé roi, dans sa réponse, fit observer à son parlement que cette compagnie ne devait jamais laisser oublier à la Bretagne son ancienne et première dépendance de la couronne. Ainsi, il ne s*agnsait pas de savoir si la Bretagne faisait partie de la France, si les Bretons étaient actuellement sujets du roi, mais s ils Tétaient depuis i53a ou de temps immémorial. C'était un problème historique.

Au lieu de le laisser discuter par l'Académie des Inscriptions, ce fut un ministre qui se chargea de cette polémique, et il le fit avec la permission du roi , » qui , dit-il, avec le reste de ses sujets, ne doit faire parler que son autorité; mais qui, avec ses parlements, dont l'obéissance doit toujours être ^À;lairée , se fait une

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loi de faire parler la raison, la vérité et la justice.» C'était déjà une singularité de cette époque que de jrëpoodre à des remontrances par une dissertation Ut^ téraire plutAt que par un arrêt do conseil.

Le coiuroieur-genéral , Laverdy , choisit pour cette ^ .polémique la forme épistolaire* Il adressa trois lettres au premier président du parlement de Bretagne ; et, comme son ambition ne se bornait pas à convaincre Jes magistrats, il fît imprimer son Êictum littéraire sous le titre de Prem^s de la pleine sm^erameti du roi sur La province de Bretagne, " Un pareil titre trahissait déjà le dessein de déplacer .la question. L*auteur n'annonçait pas seulement rin* teution de prouver que rauturite du roi remontait bien au-delà de i53a. Il ne s'agissait plus de savoir si cette autorité était ancienne, mais de démontrer qu die était absolue.

Il commence par établir les faits \ et, comme, par malheur, ces faits sont présentés par les historiens sous des faces très * diverses , il en résulte que Tecrivaiu moderne a le choix entre plusieurs versions contradictoires , qu'il ne manque point d'autorités pour appuyer ses systèmes, mais qu'il n*a rien prouvé tant qu'il n'a pas discuté le poids de ces autorités. Par exemple , il dit, « tous les auteurs conviennent que Clovls se rendit maître de la Bretagne. Fit -il la conquête du pays, ou fut-ce par un traité qu'il soumit cette province PG'est ce que nous n'examinerons point, le foit de la soui^eraineté de Clov ib nous su i lit. Ce qui a donné lieu de croire que le pays des Armoriques s était sou-

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