LIVRE TROISIÈME
les comtes de Penthièvre , de Léon et de Porhoet, les seigneurs de Dinan , de Vitri , de Fougères , de Gael, de Château-Giron et de Lohéac; et, après la conquête , ils reçurent de sa munificence de riches dotations dans le pays. Le comte de Penthièvre , notamment , eut en partage le comté de Richemont, qui se composait, dit -on, de quatre cent quarante-deux fiefs (i).
(i) Voyez archives de Nantes, armoire M, cassette A, dix-neuf lettres f|dsant mention des dons faits par les rois d'Angleterre au duc de Bretagne de la comté de Bichemont et ses appartenances^ et autres choses concernant ledit comté.
« De grands espaces de pays au nord d'York furent le partage du bas Breton Allan, que les Normands appellent Alain, et que ses compagnons , dans leur langage celtique , surnommèrent Fergan, c'est-à-dire le Roux. Cet Alain construisit un château-fort auprès de son principal manoir appelé Gilling , sur une colline escarpée. Il baptisa d'un nom français ce château qui devint sa demeure, et l'appela Bichemont. » ( Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands , par M. Thierry, t i, Kv. 4- )
J'ai une observation à faire sur ce passage de M. Thierry, quant à la signification du mot Fergent.
Plusieurs historiens bretons le traduisent par Cadet, Moindre; d'autres prétendent que ce mot signifie le Roux, dictum rufum vel Fergaunt. ( Recueil des Historiens de France, t. xii, p. 568. ) Cette double interprétation a donné lieu à une erreur beaucoup plus importante, par suite de laquelle on a quelquefois confondu des personnages historiques très-dis^
3o8 HISTOIRE DE BRETAGNE.
Ces fortunes immenses acquises si subitement, enflammèrent la cupidité des gens d'outre - mer ; ils accoururent dans l'île nouvellement conquise , comme dans une terre nouvellement découverte qui appartient à tout venant (i).
D'un autre côté , les seigneurs anglais chassés de leur patrie trouvèrent un asile en Bretagne , où ils furent favorablement accueillis par le nouveau duc Hoel V.
1066. Q^ prince, déjà comte de Cornouaille et de
"°di7' Nantes, recueillit l'héritage de Conan II, son de Bretagne, bcau-frère , qui ne laissait qu'un fils naturel. Ses droits sur le comté de Rennes venaient de ce qu'il avait épousé Havoise , fille du duc Alain V. Voilà encore un exemple de la souveraineté transmise par les femmes. Mais il y a apparence que ce principe du droit public du pays n'était pas généralement reconnu à cette époque , car l'élévation de Hoel au duché éprouva de grands obs-
tincts: Alain , surnommé le Roux, qui prit part à la conquête de l'Angleterre , et Alain Fergent, qui régna sur la Bretagne, sont deux personnages différents. Alain- le-Roux était fils d'Eudon, comte de Penthièvre; et Alain- Fergent, fils de Hoel V, duc de Bretagne.
(i) Le même auteur cité ci-dessus parle du seigneur de Cognisby, nommé Guillaume, qui arriva de la basse Bretagne dans rîle avec son épouse Tifaine, sa servante Manfa et son chien Hardi-Gras.