LIVRE TROISIÈME. 3l
terrompu sans tenir ; quelle forme on y gardoit , il est malaisé à dire, car auparavant ce temps là il ne se trouve un seul mot escript de parlement. »
L'époque des premières croisades était aussi «J^^®*^' celle des désordres de l'Église et des scandales du clergé. Tandis qu'un ermite enthousiaste entraînait vers l'Orient les princes et les peuples pour la délivrance des lieux saints, un zèle non moins ardent suscita en Bretagne un homme dont la parole féconde peupla les déserts et ramena la pénitence dans les monastères.
Robert, né à Arbrîssel , village à quelques lieues de Rennes, était fils et petit -fils de prêtre (i). U combattit d'abord, dans ce diocèse , l'ambition , la simonie , les dérèglements de tout genre auxquels les ecclésiastiques de son temps s'abandonnaient. Obligé de s'éloigner, à cause des haines qu'il s'était attirées, il alla porter dans le reste de la Bretagne, dans la Normandie, dans les provinces voisines son éloquence apostolique. Ce nouveau missionnaire se vit bientôt suivi de plusieurs milliers de disciples , campant avec eux dans les forêts , vivant de ce que lui apportaient les admirateurs de ses austérités et de son zèle , entraînant après lui la population des villes, les seigneurs des châteaux,
(i) Dom Lobineau, Histoire de Bretagne, liv. 4 » 1. 1, p. 1 13, et Dom Morice, t. i, p. 83.
3aO HISTOIRE DE BEETA^GNE.
les pécheurs les plus signalés , une multitude de femmes perdues ( I ), et jusqu'à une reine de France, £simeuse par ses dérèglements et par sa beauté , car elle avait deux maris à-la-fois (a). Tous ses disciples, toutes ses pénitentes vivaient pêle-mêle autour de lui. On l'accusait même de s'imposer un nouveau genre de martyre , en s'exposant témérairement aux plus dangereuses tentations (3). II ne
(i) Quodam die^ cîtm 7>enisset Rotomagum, lupanar ingresstiSj sedensqueeuifocum, pedes calefacturus, àmeretrkihus circumdatury œstimante^ eum causa Jornicandi esse ingressûm. Sed prœdicante eo 7>erba vitœ, ac misericordiam Christi eis promittente y una è meretricibus, quœ cœteris prœeraty dixit eiy qui es tu qui talia loqueris ? scias pro certo quia per vigind quinque annos quibus hanc domum ad perpetranda scelera sum ingressay numquam aiiquis hue adpcnit qui de Deo loqueretuVy vel de ejus misericordid prœsumere nos faceret. Tamen siscirem vera esse y etc, Statim eas de citUtate eduxit, et ad eremum cum eis gaudens pèrexity ibique peractâ pœnitentiây Christo féliciter transmisit, ( Manuscrit de Tabbaye de Vaulx de Cemay, cité par Bayle, article Fontet^rault. )
(2) Bertrude, fille de Simon de Montfort, femme de Foulques, comte d'Anjou, et épousée, du vivant de son premier mari, par Philippe V^, roi de France.
(3) Foeminarum quasdamy ut dicitury nimis familiaritertecum habitare permittis et cum ipsis etiam et inter ipsas noctu fréquenter cubare non eruhescis, Boc si modo agisy vel aUquando egistiy noi^wn et inauditum sed infructuosum martyrU genus inpenisti,,,.. Muliertun quibusdam, sicutfimia sparsit, et nos antè diximusy sœpeprivatim loqueris et earum accubitu