‹ Histoire de BretagneChapitre 140 sur 192 · LIVRE TROISI^MR · texte numérisé non relu

LIVRE TROISI^MR

aller quand il voulait, mais il pouvait y faire recevoir ceux qui voyageaient par son ordre ou sous sa protection. Les sujets du seigneur étaient obligés , en outre , de lui faire cortège à la cour du suzerain , d'entretenir sa maison et ses écuries , de rebâtir ses chapelles et châteaux ; c'était ce qu'on appelait Vusement de OuevaisCy principalement en vigueur dans la Cornouaille et le diocèse de Tréguier ; et après avoir fourni tout ce qui se consommait dans le manoir seigneurial , ils ne pouvaient eux-mêmes ni manger, ni boire, ni Êiire un pas, sans payer au seigneur une contribution : droits sur les boissons , droits sur le sel , droits sur toutes les denrées , droits de jiltsse sur les ponts , sur les chemins , aux portes des villes , droits sur les blés mis en vente , droits de mesurage , droit de mouture , droit sur le four et sur le pain fabriqué , de sorte que cet aliment de première nécessité payait cinq fois l'impôt avant d'être consommé. Il ne fout pas s'étonner si Guillaume de Poitiers dit que les paysans bretons mangeaient peu de pain. Il y avait des terres où le seigneur héritait du colon qui ne laissait point d'enfant mâle , c'était ce qu'on appelait Vusement de Motte; il y en avait où il s'attribuait , sur chaque ménage , les biens de celui des deux époux qui décédait le premier. On voit qu'en résultat il ravissait aux enfonts,

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dans le dergé un ennemi , tandis que la ligue lombarde avait trouvé un auxiliaire dans la puissance pontificale, intéressée comme elle à délivrer l'Italie de la domination des empereurs. Ce nom de commune était odieux à un évêque français, qui rappelait un mot nouveau , détestable. Dans ces exécrables communes, disait-il , les serfs, en dépit du droit , sont parvenus à se soustraire au joug des seigneurs (i). Aux yeux d'un autre ecclésiastique, l'abbé de Nogent, les municipalités étaient une institution odieuse, qui convertissait les obligations personnelles du censitaire en une redevance, et n'assujettissait celui qui y manquait qu à une misérable amende, au lieu des exécutions, des peines afflictives auxquelles il était soumis auparavant. Heureusement pour les communes de France , le souverain sentit qu'il y allait de son intérêt à les prendre sous sa protection immédiate, pour accroître d'autant sa puissance, en diminuant celle des grands-vassaux de la couronne.

Le duc de Bretagne , qui se trouvait dans des circonstances à-peu-près semblables, imita l'exemple que lui donnèrent la France en 1 127, et l'Angle-

(i) Novum et pessimum nomen. In illis cxecrabilibus cornmunis , contra jus et fas , servi à dominorum jure se suhtrahunt.

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terre en 1 1 38, Conah III établit les adniinistrationvS municipales.

Entre les droits vexatoires qu'il entreprit d'abo- Droit d« lir, le plus inhumain peut-être était celui que les nailfragV seigneurs s'arrogeaient sur les débris que la mer rejetait après les tempêtes. Ces misérables restes de la fortune des naufragés devenaient la propriété légitime du seigneur dès qu'ils avaient touché le rivage. Ce droit , ou plutôt cet usage , avait probablement commencé dans le temps où les Normands, les Danois infestaient les côtes de la Bretagne. Tous les navigateurs étaient alors considérés comme des ennemis, comme des pirates ; on croyait ne leur devoir aucune pitié, même dans leur détresse; et l'on rendait grâce à la tempête qui couvrait le rivage de leurs débris. Mais on oublia l'origine de cet usage pour n'en voir que le profit; et les puissants , empressés de disputer aux pauvres ce tribut barbare, le décorèrent du nom de droit seigneurial. Le naufrage devint une espèce de crime qui emportait la peine de la confiscation ( i ). Les évêques en jouissaient sans plus de scrupule que Iç vicomte de Léon, possesseur d'une grande étendue de côtes , qui disait qu'il avait une pierre plus précieuse que toiptes celles qu'on admirait ,

(i) Questions concernant les matières féodales, par rapport à la coutume de Bretagne, par Hévin, p. ^44-

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