LIVRE TROISIÈME. 33l
priétés placées sous la garantie de la foi publique ; chose d'autant plus vraie que, par le résultat du mouvement social , ils ont passé de main en main.
Lorsque la vigne s'introduisit dans quelques parties de la Bretagne, ce qui eut lieu dans le courant du J2® siècle (i), cette nouvelle culture produisit une révolution , d'abord fatale aux cultivateurs. On les écrasait de travaux , on les cantonnait sur le terrain , pour le préparer et pour garder la récolte. Les seigneurs auraient voulu convertir leurs vastes forêts en vignes. Dans la suite , ils imaginèrent de concéder des terres aux colons , sous la condition de les cultiver en ignobles, et de livrer le tiers ou le quart du produit à l'ancien propriétaire , qui se réservait le droit de rentrer dans l'objet concédé, si la culture venait à être changée. Ces essais, étendus
(i) Voici qui prouve que la vigne était cultivée en Bretagne au i3* siècle. Anno Domini iiS'^ perierunt vinece per Franciamy et Cœnomaniam, et Turoniamy et Andegaviam^^ et Britanniam ^ excepta territono nannetensL ( Antiq, scheda Cap, Nannet, )
Cette culture était beaucoup plus ancienne dans le teiritoire de Nantes; car en 587, Guérech, comte de Vannes, entra dans les vignobles de Nantes, y fit faire la vendange, et transporta les vins dans sa ville de Vannes. ( Histoire de Bretagne de Dom Morice , t. i , p. 20. )
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sans mesure , ne furent pas tous également heureux; mais cette bienËdsante production contribua puissamment à l'affranchissement de la terre et des hommes.
Une autre cause concourait au même effet. Les bourgeois réunis dans les villes étaient redevables du peu de liberté individuelle dont ils commençaient à jouir, à leur nombre et à la communauté de leurs intérêts. Ils payaient des contributions annuelles, sous le nom de tailles; et ces impositions revenaient, sous d'autres dénominations , toutes les fois que le seigneur avait besoin d'argent , soit pour lever des troupes , soit pour payer sa rançon , soit lorsqu'il était reçu chevalier, soit lorsqu'il mariait ses filles. Mais c'était sur les serfs ou paysans que portait surtout le poids des exactions féodales. Ils devaient garder les châteaux du seigneur, curer ses fossés , cultiver, fumer, ensemencer ses terres, faire toutes ses récoltes , voiturer ses denrées et lui remettre une part des leurs, l'héberger dans ses voyages. Les maisons à qui étaient imposées ces redevances de l'hospitalité et de la table , s'appelaient des mangeries. Dans ces siècles grossiers où il n'y avait sur les routes aucun établissement pour la commodité des voyageurs, le souverain luimême avait des mangeries chez les plus riches de chaque village , et non-seulement il pouvait y