LIVRE TROISIÈME
que tous les évêques bretons reconnussent la suprématie d'un archevêque français ; l'intérêt de la cour de Rome était qu'une scission feite sans son aveu fût déclarée nulle, et que les archevêques de Tours et de Dol ne tinssent leurs droits que de son autorité. Aussi les papes n'avaient-ils jamais décidé nettement cette affaire; et suivant qu'ils voulaient ménager ou inquiéter le roi de France ou le ducde Bretagne, ils laissaient pencher la balance de l'un ou de l'autre côté. A chaque renouvellement du pontificat, on allait plaider cette affaire à Rome, et jamais elle ne se trouvait instruite définitivement. Ces interminables lenteurs avaient amené plusieurs fois des négociations entre les deux églises ; mais on n'avait pu parvenir à les concilier, quoique l'archevêque de Tours fût allé jusqu'à reconnaître l'évêque de Dol pour archevêque métropolitain , à condition qu'il le reconnaîtrait lui-même pour primat. On se brouilla pour cette dernière condition et sur le pai^tage des suffragants; l'église de Dol voulait être métropolitaine et absolument indépendante. Cette affaire, fort importante alors, semblait assoupie par l'abus même qu'on avait fait des excommunications et des protestations, lorsque le pape Grégoire VII, pour mortifier le roi de France, envoya \e pallium à l'abbé de Saint -Melaine, Even , en lui conférant le siège de Dol. Déjà quel-
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ques-uns des titulaires de cette église avaient reçu autrefois cet insigne de la dignité archiépiscopale , et les Bretons s'étaient crus autorisés à en conclure le rétablissement de Tévêque de Dol dans ses droits de métropolitain et l'indépendance de Féglise de Bretagne. Cette conséquence dut paraître bien plus certaine lorsqu'on vit Grégoire VII donner au nouveau prélat le titre d'archevêque , par intérêt, ajoutait-il, pour les évêques bretons et pour toute la province, en ordonnant de hii porter obéissance comme métropolitain, jusqu'à ce qu'il eût été décidé si l'église de Dol devait être sous la juridiction de la métropole de Tours (i). Quatre ans après, le même pape annonçait que cette contestation ayant été mûrement examinée dans un synode, les droits de cette métropole avaient été reconnus; mais que l'archevêque de Dol ayant. allégué qu'il avait d'autres titres à produire, l'affaire était renvoyée à l'examen d'un légat (2). Treize ans plus tard, en logS, Urbain II accordait encore l'usage du palUum à l'archevêque de Dol , toujours sous la réserve des droits du métropolitain de Tours (3).
(i)Liettredu 27 septembre 1076. Recueil des Historiens de France, t. xtv, p. 597.
(a) Lettre du 8 mars 1080. Même Recueil, t. xiv, p. 644- (3) Lettre de 1093. Même Recueil, t. xiv, p. 704.
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Cette controverse, si imprudemment rallumée^ dura pendant tout le i a^ siècle , et ne fiit pas sans influence sur les déclarations de guerre qui eurent lieu dans cet intervalle. Mais, malgré le zèle des Bretons à soutenir les droits de leur métropole les armes à la main, leurs efforts devaient être impuissants contre l'ascendant du roi de France, intéressé dans la cause de l'archevêque de Tours.
Aussi le même pape Urbain II, qui venait d'accorder \epaIUum à l'évêque dont les droits étaient contestés, déclara-t-il qu'à l'avenir les évêques de Dol ne le recevraient plus, et qu'ils devraient reconnaître l'archevêque de Tours pour métropolitain. Maisàpeine cette décision était-elle rendue, que Pascal II, successeur immédiat de ce pontife, s'en écarta en feiveur de Baldric, abbé de Bourgueil, nouvellement nommé au siège de Dol, à qui il donna le pallium et le titre d'archevêque. Innocent II en fit autant. Lucius II, en ii44» prit un parti absolument contraire , et ordonna à toutes les églises de Bretagne de se soumettre au métropolitain français. Malgré cette décision, les évêques de Saint-Brieiix et de Tréguier continuèrent de reconnaître le métropolitain breton. Leur résistance fut en quelque sorte justifiée par Adrien IV et Lucius III, qui continuèrent d'ac-
corder aux évêqiies de Dol le titre et le signe de Farchiépiscopat.
Il faut convenir qu'il y avait là de quoi éterniser la controverse , et que le roi de France était assez fondé à se plaindre de tant de décisions contradictoires, qui jetaient le trouble dans l'Église et la division entre deux états. Il disait que séparer la Bretagne de son antique métropole, c'était le déshériter comme un lâche, mutiler sa couronne et la fouler aux pieds (i).
Ce ne pouvait être qu'une chose agréable au souverain pontife de prononcer sur ce long différend, et l'occasion était favorable, parce que le roi de France tenait le duc de Bretagne sous sa dépendance. Philippe-Auguste en sollicita Inno-
(i) Sustinuimus pacem et ccceturbatio : et in lœsionc Turonensis ecclesiœ, quœ tempore patrum nostrorum integram metropolitani junsdictionetn in totâ minori Britanniâ ohtinuity regnum nostrum turpiter ^mminuere et mutilare contenait ro~ mana ecclesia, coronam de capite nostro dejicere , frangere et pedibus conculcare» Quid enim aliud est archiepiscopum in eâdem provinciâ contra metropolitanum suum et integritatem regni nostri erigere vclle y quàm ah hœreditate patriun nostrorum nos tamquam imbecilles et resistere non vaîentes ejicere etfugare? CLetlre io8® de Philippe- Auguste à LuciusIII. Voyez la préface du 14* volume du Recueil des Historiens de France, par M. Brial, p. xi. )