LIVRE PREMIER
Aussitôt qu'elle fut arrivée et aperçue par les Bauaic »«-
-val A
Gaulois , environ^ deux cent vingt bâtiments , parfaitement éqpipés et munis de toutes sortes d'armes, appareillèrent. pour lui offrir le combat (i). Brutus, les tribuns des soldats , les centurions qui commandaient les vaisseaux, ne savaient comment engager l'action. Leur éperon ne pouvait endommager les vaisseaux ennemis : les tours élevées sur les nôtres éta^ient dominées par les , poupes des barbares : nos traits , lancés d'en-bas , ne produisaient aucun effet, et les leurs étaient meurtriers ; maïs un expédient qu'on imagina nous • fat d'un grand sècouris. On emmancha à de longues perches dçs faux tranchantes, pareilles à cellfô qu'on empïoi,e pour la défense des remparts. Avec ces faux on accrochait les cordages et on les coupait, en faisant force de ranaes, ce qui entraînait la chute dés antennes ; et comme la voilure est l'unique moteur des vaisseaux gaulois , la perte dé leur manœuvre les rendait immobiles. C'était alors à la valeur de décider du succès, et là nos soldats avaient incontestablement l'avantage ,
(i) Dion Cassius dit, liv. 89, qu'à rapparition de la flotte desVenètes, Brutus quamdiu ventus velis eorum incumberet, véfitùs et copiam et magnitudinem navîum hôstium, ventiquc impetkm cum eorum eonatu fâcientem y in aàuersos provehi ^on est ausus f sed ad hoc se composait y ut relictis omninb fîùwlfàsy insùltus hostiUm in terrd dépelleret.
(fautant plus que le combat avait pour spectateurs César et toute l'armée , disposée sur les hauteurs , d'où l'on avait vue sur la mer; de sorte que la moindre action de courage ne pouvait rester ignorée.
Dès que les antennes étaient tombées, comme nous l'avons dit, deux ou trois de nos vaisseaux en entouraient un seul, et les soldats faisaient les derniers efforts pour passer sur le bâtiment ennemi. Quand les barbares virent un grand nombre de leurs navires pris par cette manœuvre , désespérant d'éviter le même sort, ils cherchèrent leur salut dans la fuite , et déjà ils avaient disposé leurs voiles pour prendre le vent , lorsqu'il survint toutà-coup un calme si profond, qu'il leur fiit impossible de se mouvoir. Cet accident nous fiit trèsfavorable. Notre flotte enleva les uns après les autres les vaisseaux ennemis, à l'exception d'un très-petit nombre , dont la nuit facilita la retraite* L'action avait duré depuis la quatrième heure du jour jusqu'au coucher du soleil (i).
(i) Après ce récit d'un témoin oculaire, on est un peu surpris de lire dans un historien beaucoup plus moderne une description de cette même bataille avec des circonstances toutes différentes. Inde cum Venetis etiam navale hélium^ sed major cum Oceano quam cum ipsis navibus rixa : quippe illœ rudes et informes, et statim naufragée quùm rostra sensissent :
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Cette bataille mit fin à la résistance des Yenètes soumission et de leurs alliés. Toute leur jeunesse, tous les que. hommes d'un âge mûr à qui leur rang, leur expérience donnaient quelque autorité, y avaient pris part; et comme ils avaient rassemblé tous leurs vaisseaux sur un même point, la perte de leur flotte les laissait sans refiige , sans moyens de défendre leurs villes : ils se rendirent à discrétion. César crut devoir les punir sévèrement, afin d'apprendre aux barbares à respecter les ambassadeurs. Il fit mettre à mort tout le sénat et vendre le reste à Fencan.
Ce récit fait naître plus d'une réflexion. L'histo- observarien nous représente toutes les villes de ces peuples cette guerre. placées sur des promontoires qui s'avancent dans ia mer, et aujourd'hui nous voyons presque toutes les villes anciennes à quelques lieues du rivage. Ces nations sont indépendantes les unes des autres : elles se secourent, se confédèrent , mais elles n'ont point de gouvernement commun. D'une part, ces voiles faites avec des peaux , n'annoncent que des arts grossiers : d'un autre côté, nous voyons
sed hœrebat in vadis pugna y quiim œstihus solitis cum ipso certamine ; subductus Oceanus intercedere bello videretur, • César eut plus de peine à dompter les vagues de l'Océan que les vaisseaux des Veftètes. Ces bâtiments grossiei-s , informes , échouaient au premier choc de leperon. Les flots se retiraient, comme pour faire cesser le combat; il fallut rachever sur la j»réve.
que ces peuples étaient habiles à donner à leurs vaisseaux une forme convenable , une construction solide. Ils n'avaient point de rames , ce qui annonce déjà l'expérience de la manoeuvre et l'hâbitude de s'éloigner des côtes. Ils avaient des communications avec l'île de Bretagne ; enfin ils comptaient parmi leurs alliés les peuples de la Gueldre et du Brabant, circonstance qui prouve qu'il existait entre ces nations des relations conlmerciales , sans quoi elles seraient i*estées ibconnues les unes aux autres , ou au moins indififé* rentes, faute d'intérêts communs.
Rien dans ce récit de César n'indique iavec précision le point sur lequel se donna cette bataille navale; mais il est certain que ce fut à peu de distance de la côte des Yenètes. La tradition du pays a conservé le nom de camp de Césatr, à une émînence située entre la pointe de Quiberon et la presqu'île de Rhuis (i).
Nantes cbA- Ce u'cst pas saus défiance que Taioute ici une
tiée par Jules * ^ J J .
céiar. circoustance qui feiit suite au récit de César, mais qu'il n'a point consignée dans ses commentaires.
(i) On peut voir, sur la situation de ce camp, un mémoire de M. de La Sauvagère, intitulé Recherches sur les antiquités des environs de Formes ^ et une carte qui y est jointe, représentant le littoral du pays des Venètes et le combat de leur flotte contre celle des Romains. Ce mémoire fait partie du recueil des Antiquités gauloises , par le même auteur.
lilYRE. PREMIER. .. . Sg
On â dity^r la foi.d'un manuscrit. qui n« m'est point connu (i),.que ce. conquérant^ repassant dans l'Aquitaine, après son expédition d'Ahnorique, s'airêta devant Nantes, pourpunir cette ville du secours qu'elle av^it fourni aux Yénètes, et la détruisit entièrement; . . .
Lorsque Auguste di^sa la Gaule en provinces, rArmori. rimonq«efutcompH« d;m.o«ll. qu'on .ppda T-^jï lyonnaise. Ensuite, sous Adrien,. cette province mains. fut subdivisée en deux , et enfin ily eut une troi- J^® aî'^u siàoie' lyonnaise, dont Tours était la capitale, et ^'proynce
•7 ^ * ' lyonnaise.
qui comprenait ce que nous appelons la Touraine , l'Anjou, le Maine et la Bretagne^ .
Tant que l'empire resta dan& sa force , le joug Révoltes. des Ronatains fiit dur pour les peuples barbares. Les Bretons, quoique défendus un. peu de l'oppression.par leur éloignement et leur pauvreté^ la supportèrent impatiemment; des révoltes infructueuses qui se renouvelèrent sous les règnes de Tibère et. de Néron , attestèrent leur amour pour
(i) « Il faut remarquer que, combien que César ne rapporte peint en ses commentaires qu'il y ait eu un combat contre ta^ ville de Nftnles , toutes fois ùous trouvons en un vieil manuscrit depuis peu rec;ouvett, etc. » ( Apologie pour la communauté de Nantes et autres communautés de la Bretagne, contre la préséance prétendue par la communauté de Rennes, pajr le sieur de Chambellan et des Perrières Boutin. 1619, P- 4^- )
4o MISTOIRK DE BRETAGNE.
l'indépendance. Ils passèrent quatre siècles dans la condition de peuples vaincus , tributaires, gouvernés par des étrangers, forcés de renoncer à leurs dieux comme à la liberté ; car Auguste n'admit les Gaulois à l'exercice des droits de citoyen qu'à condition qu'ils abjureraient le culte des Druides. Dans cet état dé misère et d'abjection , l'Armorique ne pouvait attirer les regards de l'histoire. Aussi dans ce long intervalle est-il à peine un événement dont elle ait conservé le souvenir. C'est l'arrivée de quelques barques chargées de Bretons insulaires, que les pirates germains avaient forcés d'abandonner leur patrie.