LIVRE PREMIER
douze heures, ni par mer, parce qu'à la marée basse les vaisseaux touchaient le fond. Ainsi , d'un côté comme de l'autre, l'attaque était difficile. Cependant lorsque nos digues refoulaient la mer, lorsque nos ouvrages dominaient les remparts, si, déconcertés par l'opiniâtreté de nos travaux, les ennemis perdaient l'espérance de nous repousser , ils renonçaient à la défense des lieux , se jettent dans leurs nombreux vaisseaux, et allaient retrouver dans des localités semblables les mêmes moyens de résistance. Il leur fut d'autant plus facile de répéter cette manœuvre durant une grande partie de l'été, que notre flotte était retenue par le mauvais temps , et que la navigation était très- difficile pour nous dans une mer immense , ouverte , soulevée par de grandes marées , et qui ne nous offrait aucun abri.
La construction des vaisseaux ennemis leur Marine des
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assurait d ailleurs une grande supériorité. La quille en était moins effilée que celle des nôtres ; de sorte que, tirant moins d'eau, ils pouvaient passer sur les bas-fonds , et qu'à marée basse ils Êttiguaient moins : la proue et la poupe, extrêmement élevées, résistaient mieux aux vents et aux flots. Le corps des bâtiments , formé du chêne le plus dur, pouvait soutenir la violence des chocs. Ijes flancs en étaient garnis de poutres larges d'un pied, et assemblées par des clous de la grosseur ï. 3
34 HISTOIRE DE BRETAOJVE.
d*un pouce. Les ancres avaient des chsunes pour câbles. Des peaux amincies servaient tk voiles, soit que ces: peuples n'eussent point* de lin, ou n'eni connusseni: pHs l'usage, soit, et c'est l'opinion la plus vraisemblable, qu'ils crussent que des toiles ne pouvaient opposer assez de résistance aux tempêtes de l'Océan ,^ni mettreen mouvement d'aussi louindes masses (r). Contre de pareils vai^ seaux les nôtres n'avaient qu'un avantage, l'agilité que leur donnaient les rames. Tottt ' le reste , la nature des lieux, la violence* des vents ^ fyrorisait l'ennemi. L'éperon de nos vaisseaux ne pouvait rien contre ces-masses , tant était grande leur solidité. Grâces à la liauteuride leurs bord&, ils bravaient nos armes de jet Entre les écueils ils couraient, moins de danger que^nous^ Le vent venait-il à s'élever?, ils s'y abandonnaient et résistaient mieux à la tempête. Le reflux' les laissait-il à sec? ils touchaient avec moins de dommage sur les bas^fonds. Tels étaient nos désavantages.
Après avoir forcé plusieurs places, César demeura convaincu que ces pénibles travaux étaient stériles, et qu'en prenant les villes il ne pouvait ni couper la retraite à l'ennemi , ni lui hire aucun mal : il résolut d'attendre sa flotte; - •
(i) Oa peut voir, sur la construction de» vaisseaux des Venètes, Stjr^bon, liv. 4-