‹ Histoire de BretagneChapitre 176 sur 192 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

droits d'Artur sur ces possessions; et, en effet, Artur n'aurait pu exercer ces droits que comme fils d'un Plantagenet, et non comme issu par sa mère de la maison de Bretagne.

Tout le changement qui résultait pour la Bretagne de ces grands événements se réduisait à ne plus avoir un duc de la maison des rois d'Angleterre, et à relever immédiatement de la couronne de France ; car la Normandie cessant d'appartenir à un prince étranger, la mouvance directe de la Bretagne revenait à la France, après trois cents ans d'aliénation.

Mais les progrès de la puissance du roi de France ia<>6, donnèrent de l'inquiétude à Gui de Thouars. Son frère Emmery, qui avait toujours conservé des relations avec le roi d'Angleterre, ne cessait de dire que la Bretagne ne pouvait désormais échapper à l'oppression , depuis qu'il n'y avait plus sur le continent français deux grandes puissances dont la rivalité fît la sûreté des faibles; que surtout il n'y avait rien de plus incertain que l'existence d'un prince qui ne régnait pas de son chef, mais comme tuteur d'un enfant ; que pour ne pas devenir esclave de Philippe, la politique conseillait d'oublier les crimes de Jean et de se liguer avec lui ; que si on avait recherché cette alliance dans d'autres temps, il était bien plus

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naturel d'y recourir lorsqu'elle était sans péril ; qu'enfin, dans les circonstances actuelles, le véritable danger était de rester brouillé avec le roi Jean , qui tenait entre ses mains la princesse Éléonore , véritable héritière du duché de Bretagne.

Ces insinuations firent impression sur l'esprit de Gui. Les princes ne peuvent supporter l'idée qu'on ne les croie pas absolument indépendants. Après la résistance de leurs sujets , ce qui les irrite le plus, c'est l'influence d'un voisin puissant; et, presque toujours, c'est par d'extrêmes imprudences qu'ils constatent leur liberté. Celui-ci mit son amour-propre à changer de politique, à se montrer accessible aux propositions des Anglais, et à prendre l'engagement de leur livrer quelques places. C'était une défection à laquelle il ne manquait que d'être déclarée.; le traité était déjà convenu , et Gui de Thouars n'attendait plus que l'arrivée de Jean-sans-Terre sur le continent pour attaquer les frontières de la France.

Philippe pénétra et déconcerta leurs desseins. Pendant qu'il envoyait mettre à feu et à sang 1^ terres du vicomte de Thouars , il se présenta devant Nantes, dont on n'osa lui refuser les portes, fit déclarer duchesse, au mépris des droits d'Eléonore, Alix, fille de Constance et de Gui, se réserva la tutelle de la princesse , et réduisit le

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