LIVRE PREMIER
prince d^Âlbanie , c'est-à-dire d'une partie de l'Ecosse , se détermina à suivre sa fortune. Il est probable qli'il n'avait pas beaucoup de soldats à lui offrir : il n'était que le neveu du roi de l'une de ces petites contrées montagneuses qui avaient échappé à la domination des Romains. Mais l'exemple d'un prince indépendant pouvait avoir déterminé beaucoup de Bretons à marcher sous les aigles du nouvel empereur. Ce prince se nommait Conan Mériadec (i).
(i) Les auteurs qui ont écrit contre Findépendance des Bretousy vont jusqu'à contester l'existence de ce Conan et des rois qui lui succédèrent; mais elle paraît fondée sur des preuves auxquelles il serait difficile de refuser toute qroyaqce. Voici en quoi elles consistent pour ce qui concerne Conan.
i^ Un. tombeau qui a existé dans la cathédrale dé Saint-Polde-Léon, passe, d'après une tradition immémoriale, pour aFoir été celui de ce prince. Ce serait en vain qu'on objecterait que cette église n'existait pas au 4^ siècle : on peut fort bien concevoir qu'elle ait été bâtie sur les débris d'une autre, «t qu'en la reconstruisant on ait eu soin d'y recueillir les tombeaux i et surtout celui d'un ancien roi du pays; et quand cette pierre n'aurait jamais renfermé les cendres de Conan, la tradition qui le supposait n'en attesterait pas moins un souvenir de l'existence de ce prince.
2° Une autre ruine confirme ce témoignage : c'est un vieux château situé dans le pays de Léon, entre le village de Ploutin et la mer, et qui a toujours été connu sous le nom de château Mériadec. L'historien Le Baud , entre plusieurs auti'es ,
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Ils passent Maxime et son allié passèrent la mer et vin-
nent. rent débarquer à l'embouchure de la Rance. Ils
n'arrivaient point pour conquérir l'Armorique,
en fait mention. « Conan, dit-il , construisit un noble chastel en la fin du peuple que la langue britannique appelle Ploccolm, jouxte le fleuve de Guillidon, lequel il interrompt jusques à la moitié , et est ce chastel encore de son nom appelé le chastel Mériadoch, auquel, si comme dict Thistoire de Saint-Guesnou, il fit sa première résidence. »
3*^ On cite aussi une médaille dont un côté présente la tète d un homme couvert d'une cuirasse et ceint de lauriers , avec cet exergue, Conanus Britonum rex^ et le revers une hermine. or Cette médaille , frappée à l'honneur de Conan , se trouve parmi les recherches et curiosités de M. le baron de Vieux- Châtel.Ëlle a été jugée, par les plus habiles antiquaires, avoir toutes les marques d'antiquité; car elle a l'œil, le métal, la bordure et le toucher de toutes les anciennes. » C'est ainsi que s'exprime le P. Toussaint de Saint-Luc (de l'ordre des Carmes), dans son ouvrage intitulé : Recherche des preuves et autoritez qui confirment le règne de Conan Méncidec , prince souverain de la Bretagne gauloise.
On peut douter de l'authenticité de cette médaille ; on peut contester que dès ce temps-là l'hermine fut le symbole des princes bretons ; on peut dire qu'après Conan Mériadec il y eut dans ce pays d'autres princes qui portèrent le nom de Conan : mais il est juste aussi de faire remarquer qu'ils ne portèrent que le titre de comte ou de duc, et qu'ainsi ce n'est pas pour eux que la médaille peut avoir été frappée. Il n'est pas probable qu'elle l'ait été du temps de Conan Mériadec; tuais elle peut avoir été frappée en son honneur à une époque moins reculée.
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mais la pourpre. Ils ne portaient la guerre qu'à l'armée de Gratien , et non à des peuples à qui le choix d'un empereur devait être assez indi£fé-
4^ Passons à un autre monument moins ancien , mais plus irrécusable : c'est le procès-verbal des assises ou états du pays, tenus sous le règne du duc Alain Fergent, vers la fin du II* siècle. Une dispute s'éleva dans cette assemblée pour la préséance entre le vicomte de Rohan et d'autres seigneurs, et il fut décidé que le premier rang appartenait au vicomte, quia descendit de lineâ Conaniy Britonam régis , parce qu'il descendait de Conan, roi des Bretons. Il faut avouer que l'authenticité de ce titre a été contestée. Voici ce qu'en dit l'abbé de Vertot, dans le discours préliminaire de l'Histoire critique de rétablissement des Bretons dans les Gaules : « Des personnes élevées dans l'étude des anciens titres, et qui ont examiné avec soin cet acte, prétendent que ce n'est qu'une simple copie, dont on ne présente point l'original , et que cette copie, qai se trouve à la chambre des comptes déliantes, donne de grands soupçons contre son authenticité, par l'écriture, qui ne paraît, au plus, que du i5* siècle, par des ratures et par des anachronismes, etc. » L'abbé de Vertot aurait bien dû citer lui-même ses autorités et indiquer ces anachronismes. Quoi qu'il en soit, ce titre, s'il était vrai, prouverait au moins qu'au II* siècle on reconnaissait comme incontestable l'existence de Conan.
5° Quant aux auteurs qui parlent de ce premier roi des Bretons, ils sont en fort grand nombre. <t Je produits, dit le P. T. de Saint-Luc , plusieurs autheurs qui escrivoient il y a près de six cents ans, GeofTroi d'Aspha, Guillaume de Malmesburie, Henry, archidiacre de Hongtingdon, Robert de Torigné, moine de l'abbaye du Bec, Paul Jove, Hnmfridus,
Bataille rent. Cette armée , qui apparemment n'avait pu inée de rem- s'opposer à la descente , attendait les troupes de pereur ra- j^j^^jj^^ entre Renues et la mer. La bataille se
Volaterran , Sigebert , Nauclerus , Bergomas y Aventûi , Le Baud, Alain Bouchard , d'Argentré, Etienne Pasquier, et plusieurs autres. »
Tous ces auteurs ne sont pas antérieurs de six siècles au P. T. de Saint-Luc; mais il aurait pu grossir sa listé, ce qui n'aurait pas empêché ses adversaires de récuser tous ces témoins , en disant qu'ils se sont copiés les uns les autres. Ce reproche peut s'appliquer en effet à beaucoup d'enftre eux ; mais les historiens sont souvent obligés de répéter ce qu'ont dit leurs prédécesseurs, et il n'en résulte pas qu'ils aient menti. Enfin les plus anciens de ceux qui ont écrit sur la Bretagne déposent de l'existence de Conan et de son établissement dans cette contrée. Les circonstances fabuleuses qu'ils ont mêlées à leur rçcit prouvent leur crédulité, sans empêcher que l'existence du personnage dont ils parlent n'ait été réelle.
L'unp des causes de l'obscurité de l'hi&toire de Bretagne étant la multiplicité de$ noms donnés au même prince par les auteurs anciens, je crois devoir indiquer ceux par lesquels on a désigaé chacun des rois. Je les transcris dans l'ouvrage de D. Morice et dans le^ dissertations de l'abbé Gallet. Conis, Cono, Goun, Caun, Cun, Caradoc, Conomaglus, Gonomachus. Coton, Cathon, Caton, Canao, Canon, sont le même personnage que Conan, surnommé Mériadee.
Voyez, au surplus, sur le grand nombre et la diversité des noms, la note 32 de l'abbç Gallet, à la suite de l'Histoire de Bretagne de D. Morice , t. i**", p. 956.