‹ Histoire de BretagneChapitre 34 sur 192 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

noYices dans le métier de la guerre , à l'approche de leurs ennemis ne savaient que fuir, qu- errer en vagabonds, implorer du secours en suppliants, avec larmes et gémissements. Incertains de leur sort, tremblants au milieu de leur propre patrie, ils se laissaient égorger en foule ou consumer de faim , et donnant volontiers les mains au plus dur et plus long esclavage, ils achetaient, aux dépens de leur liberté , les pitoyables restes d'une si malheureuse vie , quand ils ne pouvaient obtenir la grâce d'en voir terminer le cours par la mort la plus honteuse et la plus cruelle. Ce n'est là qu'une ébauche du portrait que Gildas nous en fait (i). » Je copie ces expressions : elles sont sans doute exagérées, car comment reconnaître à ce portrait le peuple qui , soixante ans auparavant , avait , sous

(i) Mémoires de Gallet, chap. 3, §. 2; et il cite les extraits

suivants de Gildas : « Omnis belli usas penitàs ignora

Fortia formidoloso populo monita traduntur,,,,, Statiiitur ad hœc in aditu arcis acies segnis , ad pugnam hahilis ( c'est sans doute </i^6i/û qu'il faut lire), trementibuà prœcordUs ùiepta, quœ diebus ac noctibus stapido sedili marcebat..,.. Iteràm ilUsfujgœ y iteràm dispersiones solito desperabiUores y ehsicui agni à laniantibus itaflendi cives ab inimicis discer-

puntun.... Jgilio ter consuli gemitus Britanniœ Repellunt

barbari ad mare, repelUt mare ad barbares; inter hœc duo gênera Junerum y aut jugulantury aut merguntur. y* (De Excidio Britanniœ y 11, 14, i5, 17, 19,25.)

les aigles de Maxime , disputé l'empire , conquis rArmorique , et qui plus récemment encore venait de briser le joug des Romains? Mais il &ut con^ sidérer qu'il y avait plusieurs nations dans l'île , que l'expédition de Maxime l'avait épuisée de soldats ^ et que quelques-uns de ces peuple pouvaient être peu belliqueux. Us se réfugiaient, dit le même historien, vers les pays d*outre-mer avec des cris lamentables, en disant : Seigneur, vous nous avez livrés comme des troupeaux , et . vous nous dispersez parmi les nations (i)*

Le secours qu'ils imploraient , le prix qu'ils y mettaient, ne prouvaient que trop leur £aâblesse. Leurs envoyés trouvèrent le roi des Bretons dans le cbàtel-rAudren, qu'il avait bâti , et auquel il avait donné son nom. Ils invoquèrent les anciens rap«ports existants entre les deux nations, lui offrant même, dit Geoffroi de Montmouth, de le reconnaître pour roi s'il les délivrait des étrangers. Audren , déjà vieux , refusa cette couronne , mais il leur accorda un secours de deux mille hommes , qui passèrent dans l'ile sous la conduite de son frère Constantin, et réunis à tout ce qu'il y avait de jeunesse dans le pays, forcèrent les barbares à

(i) 'Transmarinas regiones petebant cum huUulatu magno et clamabanty Domine , dedisti nos tamquam oves escarum et in gentibus dispersisti nos.

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