LIVRE PREICIER' l
£nfiO| il me reste â combattre un argument bien étrange, et oet argument est d'un écrivain qui ma souvent servi de guide dans cette discussion, dont j'ai plusieurs fois invoqué lerudition, la sagesse» la boi^ne ibi. L abbé Gallet, après avoir prouvé que, par le fiait, la Bretagne jouit long-temps de son indépendance, éprouve tout- à -coup un scrupule: il je demande si cette indépendance était bien légitime, si les rois de France n'avaient pas quelque droit sur ce pays; et voici comme il raisonne : « Ce droit tirait son origine de la concession que Maxime avait fsiite à Gonan de cette partie de la Gaule. C'était une servitude trèsrédle et attachée à la terre même qu'on avait cédée , servitude qui du premier maître qui l'avait reçue, passait à son successeur..,. Or ce droit avait passé des Romains aux Français dans la personne de Clovis dès l'an 486* , par la défaite de Siagrius , le dernier chef un peu considérable des Romains , etc. » C'est-à-dire que parce que les Romains avaient vaincu autrefois les Armoricains , les peuples opprimés avaient perdu à jamais tous leurs droits ; c'est - à - dire que parce qu'un général romain y que Conan avait aidé à usurper l'empire, avait donné la Bretagne à ce prince, cette province était indissolublement liée à l'empire, et que bien qu'elle se iii\t affranchie , un barbare , venu des bords du Rhin , cent ans après , pouvait prétendre à faire revivre des droits que les Romains avaient renoncé à réclamer, et cela parce qu'il avait battu un gén^l de l'empereur. Ainsi la violence créait des droits légitimes, imprescriptibles. Les usurpateurs dé-
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tmîts les uns par ks autres , se transmettaieiit leurs usurpations comme un héritage. Il faut absolument un maître, un maître étranger, fât«ce un barbare, à dé&ut d'un Romain : l'usurpation imprime aux peuples le stigmate ineffiiçable de l'esdavage. Tous les dbroits sont pour les étrangers, il ne saurait y en av<nr pour le pays : déplorable exemple des maximes absurdes, autant cju'impies , où des écrits , même judicieox , peuvent se laisser entraîner, lorsqu'ils n'osent soumettre à l'examen ces théories qui ne sont que les préjugés de la servitude!
Les publicistes subtils dont la science vient toujours justifier les usurpations de la force, n*ont pas manqué d'énoncer le principe : qu'une domination, même passagère, avait établi entre les vaincus et leurs vainqueurs des rapports de dépendance et de protection désormais indissolubles; que la conquête du terri-^ toire avait fût des colons la propriété du conquérant; qu'elle les avait constitués dans un état de servitude dont ils ne pouvaient plus s'affranchir légitimement. Quand la raison indignée ne repousserait pas de pareiUes maximes , il serait évident que cette espèce de droit pubUc, conséquence du système féodal , ne pouvait être invoqué du temps de Clovis , puisqu'à cette époque les principes , le nom même de la' féodalité , n'étaient pas encore connus.
CoMsiiisioii. Ainsi, soit que Ton approfondisse les faits, soit que l'on interroge les critiques , soit que l'on invoque le droit , soit que l'on consulte la raison , on ne trouve aucune trace de la souveraineté de droit ou de fait