LIVRE PREMIER. l
Francs dans les Gaules^ plus on fournira de preuves de l'indépendance de la Bretagne; car il n'eut pas été naturel que les insulaires , pour fuir le joug des Angles ou des Saxons, se fussent venus jeter sur une côte occupée par une autre nation barbare de la Germanie , qui venait d'j subjuguer leurs compatriotes. Si donc ils se réfugièrent en Bretagne , c'est que cette province était encore libre.
Ils ne venaient pas eux-mêmes attenter à cette li* berté. La nature de ces invasions s'explique par la nature des circonstances dans lesquelles l'île de Bretagne se trouvait alors. Envahie, refoulée, égorgée par des étrangers , la population ne pouvait se former en armée pour conquérir une nouvelle patrie. Ce n'étaient point des conquérants, que ces fugitifs qui se jetaient dans des barques , pour aller, au * delà de la mer, demander un asile sur la côte voisine.
L'irruption armée de 5x3, conduite par l'héritier de la couronne de Bretagne , prouve encore mieux l'indépendance de ce royaume , puisqu'elle eut pour objet et pour résultat sa délivrance.
Ainsi , pendant les 3^, ^ et 5^ siècles , l'Ârmorique avait reçu des Bretons insulaires ; de concert avec eux , elle avait brisé le joug des Romains. Un royaume s'y était formé vers 4io, à l'époque où le nom des Francs n était pas encore parvenu dans l'occident de la Gaule, et par conséquent sans leur aveu (i). Les Francs, en
(i) Il y a un passage qui dit formellement le contraire. Il est extrait d*un auteur nommé Ingomar, qui écrivait dans Iç
arrÎTant sur la irontière de ce royaume , n'avaient rien à rëdamer ni des Armoriques ni des Bretons , rien à prétendre sur le pays. L'histoire dit qu'ils lattaquèFent et qu'ils en ftirent repousses.
Quand Si Von Teut absolument que leur agression ait été
les Francs , . i i • )*i . ^ .
auraient ueureuse , le seul droit qu ils auraient a invoquer sela B^eugue, ™^ ^^^ ^^ ^ conquéte; mais les droits qu'on fait quels droits dériver de la force cessent nécessairement avec elle.
en
résniterait-u Une occupatîon violeote est incertaine et litigieuse
pour eux ? . ,
jusqu'à ce que le temps , les actes de soumission , les traités , l'aient convertie en un état de possession reconnu. Or il est certain qu'après Clovis la Bretagne conserva son nom , ses lois , son indépendance , ses princes, qu'ils se transmirent la couronne suivant l'ordre de succession en usage dans le pays , qu'ils firent la guerre à la France, qu'ils conclurent de» traités avec elle. Gomment faire revivre les droits de la force sur une conquête que les successeurs immédiats de Clovis ne surent pas garder .>^
II® siècle , mais dont la chronique est perdue. Pierre Le Baud en a recueilli quelques fragments dans son Histoire de Bretagne. Voici celui qu'on lit au chap. 9 : « £t dit Ingoraaru9 que Ruivallus 9 comte royal, pria Clotaire, en son palais à Paris, qu'il lui laissât posséder et exercer en paix ladite province avecques tous ceux qu'il avoit amenez deçà la mer, et que Clotaire luy donna congé de l'habiter, cultiver, posséder, donner et vendre, sous sa parole , domination et puissance, et de ses successeurs après luy, tant que les hommes y pourroient habiter. Lesquelles choses il rapporte en la susdite histoire , qui dit avoir trouvé es fables. «