‹ Histoire de BretagneChapitre 65 sur 192 · LIVRE SECOND. I · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. I

par le crime de son oncle , de la couronne qui lui appartenait, ne pouvait résider avec sûreté dans la Bretagne. Il y a des auteurs qui racontent que Canao, maître de sa personne, l'envoya au roi de France Childebert; mais le fait me parait peu vraisemblable. Il n'est pas de la politique d'un usurpateur, de mettre le prince qu'il a détrôné entre les mains d'un voisin puissant. Il me paraît plus naturel de croire que Judual se réfugia en France. Ce que les légendaires ajoutent sur son histoire, confirme cette opinion. Il est vrai qu'ils y mêlent des aventures où le romanesque se laisse à peine apercevoir, tant on y a prodigué le merveilleux.

Saint Samson, second du nom, évéque sans diocèse , ou , comme on disait alors , évêque partatif{\\ était venu s'établir en Bretagne, dans le monastère de Dol, à-peu-près vers l'époque de la révolution que les crimes de Canao avaient opérée. A l'exemple de plusieurs pontifes , il délibéra de renverser l'usurpateur et de couronner l'héritier légitime. Dans ce dessein , il se rendit à la cour de France pour intéresser Childebert en faveur de Judual , et obtenir qu'il renvoyât ce prince en Bretagne en lui confiant une armée.

Cet exil dans une cour étrangère dura plusieurs

(i) Histoire de Bretagne, de Dom Morice, préface du volume du Recueil de pièces.

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années ; mais la vue et les malheurs du jeune exilé avaient inspiré un tout autre intérêt à la reine , femme de Childebert, qui se nommait Ultrogothe. Désespérée du départprochain que le pieux évéque sollicitait si vivement, elle ne trouva pas de meilleur moyen pour rompre cette négociation , que de se débarrasser du négociateur (i). La protec-

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(i) Elle lui fit présenter du poison à la table même du roi. Samson, avant de prendre la coupe t l'ayant bénie d'un signe de croix, le vase se rompit en morceaux, le poison fut répandu, et la main de l'officier qui le présentait se trouva h l'instant couverte d'ulcères; mais le saint eut la bonté de la guérir par un signe de croix.

Ce mauvais succès ne découragea point Ultrogothe. Samson» quelque temps après,- ayant supplié le roi de lui faire prêter un cheval pour aller rendre une visite , le grand-écuyer, gagné par la reine, fit amener un cheval fougueux, qui devait rompre le cou à son cavalier. Il en arriva tout autrement. Celui-ci, avant de mettre le pied à l'étrier, fit un signe de croix, selon son usage, et l'animal se trouva le plus docile des chevaux du roi.

Ultrogothe, qui était une grande magicienne, ne se tint pas pour battue. Elle fit apparsûtre un lion énorme qui vint barrer le passage au voyageur, mais qui s'écarta avec respect dès que le saint eut prononcé le nom de Notre Seigneur.

Tous ces miracles, signes évidents de la sainteté de Tévéque breton, charmaient le roi, sans lui donner le moindre soupçon sur l'infidélité de sa femme. Il déclara au bon évéque qu'il allait faire partir Judualavec les forces nécessaires poiu* reconquérir ses états, ne demandant à Samson qu'une grâce»

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