LIVRE SECOND. l
tion dhfine déroba ce saint personnage à rinimitié de cette reine adultère, qui fîit frappée de mort miraculeusement.
L'faéritîw de la couronne de Bretagne conduit, dans un âge si tendre, à la cour du roi de France, par un prélat, pour solliciter des secours, à la fiiveur desquels il pût rentrer dans ses états.
iMHitoi^hi
oeQe de dire une messe avant son départ, afin qae tonte la ooor pàt y assister. La teine ne sat pas dissimuler son dépiL Elle tourna le dos à l'autel pendant le sacrifice. Mais au moment où le prêtre prononça VAgnus Dei^ elle sentit ses deux yeux se gonfler, crever, sortir de sa tête; le sang jaillit à longs flots , et elle expira avant que la messe fut achevée.
On voit que les légendaires ont sacrifié Ultrogothe à la gloire de saint Samson. Les historiens font de cette reine un portrait tout différent. Grégoire de Tours nous la représente pieuse, charitable , passant les nuits dans la prière , les jours dans Tabstinenoe. UUrogotha regina, abstinens à cibo et somno,prœcurrennbus etiam largissinùs eleemosynis, pervertit ad iocum sanction, ingressaque basilicam timens et tremens neqaaquam audeb€U beatum adiré sepulchrum. ( Miracles de saint Martin, liv. i^% chap. la. )
Et qu'on ne dise pas que tout cela peut se conciher, en supposant que ses dérèglements succédèrent à des actes de piété; car il est impossible qu'elle soit morte à la messe de saint Samson, célélnrée devant Childebert, puisqu'elle survécut aa roi scm mari. Igitur defancto gloHosissimo rege ChUdeberto, 49 postquam regnare cœperat €Mno, nondum equidem fhdicaia ve/ consecrata Sancti Fincentii, qmun fabricai'erat ecclesia ( c'est aujourd'hui l'église de Saint-Germain-
l56 HISTOIRE D£ BRETÂGITE.
se trouvait dans une position trop difficile , pour repousser toutes les prétentions que ta politique française pouvait élever. Les souverains sont rarement généreux envers leurs pareils détrônés. Ils ne voient guère qu'un otage dans le prince qui leur demande un asile. D'un autre côté ^ les princes fugitifs font plus Êicilement des concessions que ceux que la guerre a réduits aux dernières extrémités , parce que leur fuite même prouve qu'ils né sont pas d'un âge, d'une capacité ou d'un caractère à se roidir contre le malheur. On concevra sans peine que Judual ait pu reconnaître un protecteur dans le roi qu'il sollicitait de le rétablir dans ses états. Quelle fut l'étendue de ses sacrifices ? Nous ne saurions le dire , mais il paraît que c'est de cette époque qu'on peut faire dater l'influence plus ou moins étendue, plus ou moins contestée , que les rois de France ont exercée sur la Bretagne.
Pendant le séjour de Judual à Paris , Canao
des-Prés ) gloriosus Clotarias rex conferre curavit cum heatissimo Germano, unàque cum Ultrogothâ reginây prœfati incliti Childeberti uxore. ( Aimoin, c. 4» chap. 29. )
Au surplus, si le roi Childebert avait formé le projet de renvoyer Judual en Bretagne, ce projet ne reçut pas d'exécution sous son règne ; car Childebert mourut en 555, et la cour de Clothaire, son successeur, servit encore d'asile au prince breton.