LIVRE SECOND
d'héritage, La supériorité des rois de France sur la Bretagne n'était pas fondée sur un titre aussi incontestable. Il n'est pas de l'impartialité de Fhistoire de présenter les droits de l'hérédité comme moins sacrés que ceux de la conquête.
Hoel m n'étaitpoint un usurpateur : Sâlomon II le fut, non en prenant le titre de roi, mais parce qu'il s'empara de la couronne qui revenait à son frère aîné. Au reste , il y a bien quelque incertitude sur les sentiments de ce frère. Il parait qu'il était plus fait pour la vie monastique que pour le trône. Les uns disent qu'il l'avait d'abord occupé pendant quelque temps, puis quitté pour entrer dans un monastère ( i ) ; d'autres prétendent qu'il ne se résigna à ce sacrifice qu'après avoir essayé infructueusement de faire valoir ses droits.
(i) Ce Judicael était frèi« de saint Josse. Suivant l'auteur de la vie de ce saint ( recueil des Historiens de France , t. 3, pag. Sig ), Judicael avait régné avant de se faire moine. « /«thailfilio suo Judicail regniguhernacula dereUquitypostohitum; sedidem /iidicaii, 4:ùm regnare cœpisSet, post aliqujottempusy comam capitis radens^ clerificatus eit : quœ tamen devoHonis ejus tonsura non multo tempore in illo mansit; namfertur quodpostkac crinem sibi crescexe dimisisset et ad laïcum rêvertisset hahitum. Dum itaque hujus modi Jure regnum tencret postaliquot annos cœpit pœnitere depropriis actibus. » On voit que la version des légendaires diffère un peu de celle des autres auteurs.
l'jO HISTOIRE DE BRETAGNE.
Quoi qu'il en soil;^ il attende, dans la solitude de Gae} , au fond d'un cloître , pendant vingt ans , un retoiir de la fortunie.
On De cite des actions :de Salomoa II ^poe la fondation de quelques abbayes, et un secours de dix mille hpmiiies fourni à un des rois de la Grande- Bretagne, qui avait été dépouillé d^e ses états. ' 63a . Dès qme sa mort laidsa le trône .vacant y en 63^ ,
judicaci on vit sjon fcère mué , Judîcael , y monter et se ma*
roi
des Bretons. Txer. Les prétei^tîons du Toi Oi^pc^rt vmrent troubler les premiers moments de ce règne» Ce prince voulut faire revivre la suprématie que^ia FraAce avait gercée, par intervalles v sruk*la£re- ^gue ; m^is occiipé alors à réprimer ce qu'il ap-* pelait une féyoUe des Gascons^ tl n'appuya point sa réclamation par les armes ^ et les Bretons y ré* pondirent en faisant quelques courses et des dégâts sur le territoire français. Dagobert , au lieu de repousser cette insulte parla force , se èoïitenta d'envoyer en Bretagne une ambassade pour demander la réparation des dommages. Il .confia ççtte mission à Éloi, depuis évêquç de Noyon, et que l'égUse compte au nombre des saints.
Son traité Qg vénérable persohnaffe , d'un esprit conciliant
avec le roi *■ •
Dagobert. et d\ine vertu apostolique , prit facilement de l'ascendant sur Judicael, pacifia tous les sujets de discorde , et parvint à foire signer un traité qui réconciliait les deux couronnes. Nous n'avons point
cet acte, et les cfar0xiiqties.ii!eii lapportent point les concti^ionfi^. Mai&iK>usj¥QyoQ& qu'à son départ pour la FratiGe , ËLoi dét^mina Judicaet à vtoir aussi à là} cour de Dagobert. Les fais^ofrûenfi français se so»t crus ^A-di3oit4e-€OB€kipe^de-6ettedé* marche c[aé la paix avait été-achetéepàrla^sponiis* ^m du prince bretoh (i). Mais ni fet (^iiatificafioti
(i) C'est mue cliose curieuse que l'assuvaUce avSdc.iaipeiie Vellj cacoàifee cette alfaûre ,v posakit en ûiitt ce (fàii^t'Cii ques-» iioB, €*èst'-tàHdh«v.la supréqiatfte'légitiine'et avwéé.'de la Fianoesur iadrebagae^rc L'es»m)[>)e des Gosoonsy^jith&l^iaviait fait.révoker les Sretons. La tcratirte du même cbàdniait les fit rentrer danis le devoir, x» On vient de /voir- que «Dagobert n'avait pas même fait dés dispoeîtions militadres Ccmtre eux. « ludicaei leur duc , au mépris 4es concordats eivtre .le» nao^ mrques ârançaîs et les «omîtes de Bretagne, avait repris le Bom de Toi y et isyageait les fnontières de la WtBiact^ m Quek sont ces concocdatsque Thistoiitographe nous oite canuiie s'il les ayait vus ? où sont-ils ? quel e^t même TkîsUMdeD qui en parle? Toute Tantiquité^ dit Gallet^ s'est expliquée bien aubttment sur l'état et iadîgiiité de JudicaeL II fut roi, fils^de roi, frère de roi, descendu de la famille royale^ héritier du royaume^ (^apw 6, $ i5. ) 1 .
« Dagobert lui V envoya demander safeisfaotioDN, avec ordre de lui déclarer la guerre, s'il ne Venait •promptemeat•l^i rendre les> hommages qu'il lui devait. » L'auteur delà Ghro^ niqne de SaimvDems n'ensavâdt pas tant que yelly,.car>il dit tout simplement :.tK En ce p(»&t séjoumoit li rois en son.palais à €Uppi«Ses mesages envoya au roi de Bretaigne> et li manda qae cil Breton venissent à li à merci , et que il li amaudas-
172 HISTOimE DE BEETAGVE.
que les historiens donnent k cet acte , ni ce voyage ,
ni ce quisYpassa^n'autorisentcette conséquence.
Saint Ouen , chancelier du roi Dagobert , dit que
le négociateur mit dans cette afiaire tant de dex-
sent œ que il li avoient mesfait, et ycts les François. De la mespresnie se taist lliistoiie , et pour oe nous en conviait taire. * ( liv. 5, chap. i5. )
« Ce fut saint Eloi que le roi chai^ea d'une commission si d^îcate. Ce Tertuenx envoyé sut tellement profiter de la circcmstanoe <le la dé£adte des Gascons, et ménager si adrrâtement l'esprit du prince brefem, qnll l'amena à Clidiy, où il demanda pardon au roi , et le reconnut pour son seigneur. Le monarque le reçut avec bonté , l'invita même à sa table ; mais Judicael s'ea, défendit avec respect , le conjurant de lui permettre de tenir la parole qu il avait donnée de manger chez le référendaire Audoin, si omnu depuis soos le nom de saint Ouen. La sainteté de ce grand bomme (ut scm excuse. Le roi ne se tint point ofifensé d un procédé qui révolterait de nos jours. La vertu avait alors de grands privilèges. Judicael partit enfin, comblé des bontés et des bienfaits du prinœ y auquel il venait de jurer une inviolable obéissance. •
Ydly, en racontant la mission de saint £loi, avait sous les yeux la vie de ce saint, puîsqull en traduit une phrase ; mais il ne traduit pas fidèlement. Voici le texte : « Rt^atus à rege iegtoione fiatp, in partUms Britmuùœ... Brùannarum principem, tidiii, causas paed ùuUcopù, pads obsidem recepU, et càm nommtUaJurgia inier eos vel àeila nuUuo siid ùtdicata œstùnarent, tantâ prœfatum. prùidpem be/ùgnàaie, numsuetiidine ac lenàate aitravù, ui etiam eum secum adducere facile suaderei» Commonitus ibidem aliquamdiùy rtdiens demùmperdnuài secum rcgcm cuni muùo excrcitu geueris sui eumquCf