LIVRE SECOND. ao
leurs captifs à rançon , et faire entre eux , le sabre à la main , le partage du butin.
On se demande ce que pouvait être une ville qui se laissait saccager par une poignée d'hommes venus par mer dans soixante^sept barques d'osier revêtu de cuir : car c'était avec de pareilles embarcations que les barbares affrontaient les tempêtes de rOcéan ; mais c'était aussi avec de telles armées qu'ils remontaient la Seine et répandaient ' la terreur sur ses deux bords. Il y a des temps où une race d'hommes acquiert un ascendant extraordinaire sur les autres hommes.
Lambert , rentré dans Nantes , s'y fortifiait contre ses voisins et contre les Nantais euxmêmes. Il eut à repousser les attaques du duc d'Aquitaine et des comtes d'Auvergne et de Poitiers 5 qui s'étaient avancés pour pénétrer dans la Bretagne par cette frontière.
Pendant que ces choses se passaient du côté de Nantes , Nomenoé , qui s'attendait bien à être attaqué par les Français, s'était approché de Rennes , pour défendre cette place. Une première armée envoyée contre lui par Charles-le-Chauve , se répandit sur ce territoire au mois de novembre 843 (i); mais elle se borna à commettre des 843. dévastations inutiles , dont l'unique effet fut d'ir-
(i) Chronique de la Chartreuse de Villedieu.
12o6 HISTOIRE DE BRETAGNE.
riter les habitants , et se retira sans avoir comg44. battu. L'année suivante Nomenoé prit ToiFfensive, se montra aux portes du Mans, passa la Loire , et pénétra jusque dans le Pmtou.
En s'emparant de l'abbaye de Saint-Florent, il obligea les religieux à placer sa statue sur leur clocher, le visage tourné contre la France. Dès qu'il se fut retiré , ils informèrent de cette bravade Charles - le - Chauve , qui leur ordonna de renverser la statue de Nomenoé , et de mettre la sienne à la place , le visage tourné vers la Bretagne. La vengeance était digne de la menace. Nomenoé revint à Saint - Florent , et mit le feu à l'abbaye (i).
22 notemb. ^^^ guerre plus sérieuse se préparait Charles- BatTiiie l^Chauve arriva sur les bords de la Vilaine , avec
de Ballon, m^g arméc composée de Français et de Saxons (2).
gagnée par * * ^ ^
Nomenoé Nomcuoé marcha à sa rencontre. Ils se trouvèrent
sur Charles-
le-chauve. eu préscucc près d'un monastère appelé alors Ballon. Une bataille sanglante s'y livra le 2 a novembre 845. La nuit vint suspendre les efforts des combattants avant que la victoire fut décidée. Ils continuèrent le lendemain de se la disputer
(i) Dom Morice raconte ce fait dans son Histoire de Bretagne, 1. 1, p. 35, mais sur la foi des cartulaires de l'abbaye.
(a) Nithard, liv. 3; recueil des Historiens de France, t. 7, p. 26.