RENNES
LIBRAIRIE GÉNÉRALE DE J. PLIHON ET L. HOMMAY 8, Rue Notte-Fablet.
IMPRIMERIE H. VATAR.
MCMVl.
AVERTISSEMENT
E présent volume contient le récit de l’Histoire de Bretagne de l’année 753 à l’année 995, pendant les deux siècles qui correspondent au règne de la dynastie carolingienne en France. Rencontre d’ailleurs purement fortuite ; ce n’est point la durée de cette dynastie qui nous a déterminé à nous arrêter à la fin du Xe siècle. Mais cette date de 995 marque la fin d’une époque de transition qui suit la première Période de notre histoire, et pendant laquelle la dignité ducale de Bretagne est l’objet d’une lutte très vive entre la maison des comtes de Nantes et celle des comtes de Rennes. En se fixant dans cette dernière, la dignité ducale et avec elle le duché de Bretagne prennent la forme définitive qui persistera pendant toute la deuxième Période de notre histoire, jusqu’à l’union à la France. Nos deux premiers volumes, qui ensemble contiennent plus de onze cents pages, sont donc exclusivement consacrés à l’histoire des origines bretonnes, c’est-à-dire de la première partie de nos annales, antérieure à la constitution et au développement du duché de Bretagne, qui est, on le sait, le point central, le principal épanouissement de l’existence nationale des Bretons d’Armorique.
Mais la période qui avait préparé cet épanouissement, est elle-même fort importante, et était jusqu’ici fort peu connue. Nos Histoires les plus développées ne lui accordaient qu’un espace des plus restreints : dom Lobineau 86 pages, dom Morice 65. — Pour faire comprendre la nature, le caractère, les mœurs, les institutions
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de cette première période qui va de l’époque gallo-romaine à la fin du Xe siècle, pour exposer autant qu’on le peut faire l’enchaînement logique des événements, c’est évidemment trop peu. Ainsi étriqué et desséché, ce récit n’est pas une histoire, à peine en est-ce le squelette, et encore chez dom Morice il est absolument déformé par la fable de Conan Mériadec et de sa chimérique dynastie (1).
C’est pourquoi il nous a paru nécessaire de donner à l’histoire de cette période tout le développement qu’elle comporte, ne nous bornant pas aux dates des règnes et des batailles, à des notions générales plus ou moins vagues, recueillant au contraire tous les épisodes, toutes les circonstances d’un caractère historique, propres à faire connaître les hommes, les choses, les mœurs de cette lointaine époque.
Nous n’avons pas cru pouvoir nous dispenser, dans le présent volume, d’exposer à nos lecteurs, avec détail, les institutions bretonnes du IXe siècle dont le Cartulaire de Redon nous a transmis le souvenir, d’autant plus que ces institutions, très originales et spéciales à la Bretagne, n’avaient jusqu’ici été nulle part l’objet d’une étude sérieuse un peu approfondie, pas même dans les Prolégomènes de l’édition du Cartulaire de Redon, qui renferment beaucoup de choses intéressantes, mais où ce que l’on peut appeler les spécialités du Cartulaire sont à peine effleurées. — Aux institutions civiles nous avons joint les institutions religieuses et de curieux tableaux de mœurs qu’on ne nous eût pas pardonné d’omettre, et qui achèvent de faire connaître cette grande et intéressante époque du IXe siècle breton.
Bref, dans nos deux premiers volumes nous avons voulu tracer de la première partie des annales bretonnes une histoire claire, vraie et suffisamment complète qui n’existait point encore. Mais si nous poursuivions notre œuvre dans les mêmes proportions, elle risquerait fort d’atteindre des dimensions exagérées. A partir du Xle siècle, nous suivrons une marche plus rapide, car depuis cette époque les chemins de l’histoire, plus larges et mieux frayés, sont d’un parcours plus facile, et d’autre part, les institutions
(1) Une page in-folio de l'Histoire de Bretagne de D. Lobineau ou de celle de D. Morice est d’un tiers ou à peu près plus forte qu’une de nos pages, c’est-à-dire que 3 pages de Morice ou de Lobineau égalent 4 des nôtres. Â ce compte, les 65 pages de D. Morice répondent environ à 87 de nos pages, et les 86 de Lobineau à 115. On voit quelle distance il y a de ces chiffres aux 1100 pages de nos deux premiers volumes.
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bretonnes étant désormais fort analogues à celles du reste de la France, nous n’aurons plus à les décrire en détail comme nous l’avons fait jusqu’à présent; il suffira d’indiquer à l’occasion les singularités qui les distinguent.
Et de la sorte, tout en introduisant dans notre récit beaucoup de notions nouvelles, négligées par nos devanciers, sur les mœurs, les arts, la littérature du moyen-âge en Bretagne, nous maintiendrons notre œuvre dans les bornes primitivement indiquées, quatre ou cinq volumes au plus.
C’est un devoir pour nous de remercier le public du bon accueil qu’il a fait à notre tome premier, des encouragements de toute sorte qu’il a bien voulu nous prodiguer. Ce volume a soulevé toutefois quelques critiques ; il en sera de même sans doute de celui-ci et des suivants; nous nous y attendons; nous ne prétendons point être impeccable ni doué du privilège de contenter tout le monde. Les critiques venues jusqu’à nous ne sont pas d’ailleurs bien redoutables; il en est même où l’on trouve, en compagnie d’une bonne foi médiocre, une ignorance ou une inintelligence singulière des documents de l’histoire de Bretagne.
Nous comptons y répondre cependant. Mais — sur le conseil d’hommes compétents — nous nous refusons à couper le fil de notre récit par des digressions de polémique. Ce récit terminé, dans notre dernier volume, à toutes celles de ces critiques qui en vaudront la peine nous répondrons d’un coup.
La mort impitoyable, survenue avant qu’il pût terminer son 4« Volume presque achevé, n’aura pas permis à M. Arthur de la Borderib de remplir cette dernière promesse, qui, du reste, est et demeurera à peu près sans objet. L’accueil du Public fait à son Œuvre la justifie pleinement à nos yenx ; et cette réimpression obtient d’ores et dé|à le succès qu’elle mérite. — Le Public peut aussi se féliciter d’avoir trouvé en M. Barth. Pocqubt un digne continuateur de THistorien national de la Bretagne {Note des Editeurs],
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