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LA GRANDE FORÊT CENTRALE ATTAQUÉE PAR LA COLONISATION

Il n*y avait pas des doyens partoot, mais seulement là où se faisait sentir le besoin de former des groupes spéciaux pour assurer c Tordre dans les travaux de > la campagne, la police parmi les habitants. » Et, chose curieuse, le nombre des terres, des familles ou des personnes composant la décanie, t était en général » différent de dix (1). » — On rencontre dans le Cartulaire de Redon une demidouzaine de doyens de ce genre, savoir : Riwocon à Comblessac en 819, — Magdanoê en Peillac, de 814 à 821, — Catwodal en Carentoir en 844, — Cumdelo en Médréac, entre 841 et 848, — Rihowen, aussi en Médréac, en 863 (2). — Enfin le Riwaroë qualifié centurion, dans le plou de Molac, en 849 (3), devait être un officier du même genre à la tête d’un groupe plus nombreux peut-être qu’une décanie ordinaire. Quant à voir dans ce centurion (avec l’éditeur du Cartulaire de Redon) un centenier frank, lieutenant d’un comte frank, c’est absolument inadmissible; car nous sommes là à Molac, en plein pays breton, en Tan 849, c’est-à-dire en pleine indépendance bretonne, et sous le règne de Nominoë la prétendue existence d’un comte ou même d’un centenier frank en pays breton est une hypothèse contraire à toutes les données de l’histoire.

§ 4. — Forêt, vignes, salines, écluses.

Les bois, les forêts abondaient encore en Bretagne au IX^ siècle. Toutefois, si Ton considère en particulier le sol couvert par la grande forêt centrale, dite depuis l’époque bretonne forêt de Brecilien et son territoire le Poutrocoët, on constate sur ce territoire, particulièrement vers le Sud-Est, l’existence d’un assez grand nombre de colonies nouvelles, de plous récemment fondés, dont quelques-uns peuvent être antérieurs au IX® siècle mais se manifestent seulement à cette époque , et dont l’ensemble constitue une attaque sérieuse contre le grand réseau silvestre du Poutrocoët, une conquête notable de la culture et de la civilisation sur la brousse et la forêt de la région centrale de l’Armorique. Essayons d’indiquer l’étendue de cette invasion pacifique, en usant principalement des données fournies par les actes du Cartulaire de Redon (4).

L’angle Sud-Est de la grande forêt centrale s’appuyait, nous l’avons dit (5), sur le confluent des rivières d’Out et de Vilaine un peu au-dessous de Redon. Partant de ce confluent et remontant vers le Nord, la limite Est de la grande forêt suivait la Vilaine, puis le Meu. En s’éloignant de ce même confluent dans la direction de l’Ouest, la limite méridionale était marquée par la vallée de TArtz (affluent de TOut) et par la ligne Sud du plateau de Lan vaux jusqu’au Blavet. Depuis son confluent avec la Vilaine, TOut remonte vers sa source presque en ligne droite constamment dirigée vers le Nord-Ouest, et forme ainsi une longue artère centrale partageant le grand territoire compris entre le

(1) Guérard, Polyptyque de Vabbé Irminon, Prolégom., p. 456 et 461.

(2) Voir Cartul de Redon, p. 353, 163, 86, 146, 147.

(3) Ibid., no 251, p. 203.

(4) Pour réclaircissement de ce qui va suivre, voir à la fin de ce volume la cai’te du Poutrocoët au IX* siècle.

(5) Voir notre tome !•% p. 46.

COLONIES DANS LE BASSIN DE l’oUT ET DE LA VILAINE.

cours de la Vilaine à TEst et — au Sud — le cours de l’Artz et le plateau de Lanvaux. Sur les deux versants de la vallée de TOut étaient répartis — fort inégalement — les plous et autres établissements dont on peut au IX® siècle constater l’existence dans la vaste région forestière dite le Poutrocoët.

Au Sud-Ouest de l’Out, dans la zone étroite courant de l’Est à l’Ouest entre ses deux affluents la Claie et l’Artz, nous trouvons les plous de Poliac ou Puliac (Peillac), de Molac, de Cadoc (ou Pleucadeuc), si souvent nommés, surtout le troisième dans les chartes de Redon, et assez près de là vers l’Ouest, mais sur la rive gauche de la Claie, celui de Sérent (1). Beaucoup plus haut dans le Nord- Ouest on rencontrait le plou de Moriac (auj. Moréac) sur le territoire duquel s’élevait un monastère important dit Loc-Menech (auj. Locminé) (2); — encore plus au Nord, l’église de Cherdin (Crédin), les plous de Noala (Noial-Pontivi) et de Brenguilli ou Saint-Goneri, mentionnés au VI® siècle, Cherdin dans la Vie de saint Tudual, les deux autres dans celle de saint Goneri (3).

Passons sur l’autre bord de l’Out. Le versant Nord-Est du bassin de cette rivière est coupé en deux dans sa région inférieure par son affluent l’Aff, qui un peu au-dessus de Redon se jette dans l’Out et de là remonte presque en ligne droite vers le Nord jusqu’à Plélan et à la forêt actuelle de Penpont. Entre l’Aff et l’Out, existaient dès le IX® siècle les plous de Carantoir, de Tréal, de Rufiac (si fréquemment nommé dans les actes de cette époque) avec sa trêve importante de Treb-Etwal; le plou de Caroth (Caro) et sa trêve Ruminiac (Reminiac) (4); un peu plus au Nord, allant de l’Ouest à l’Est, les plous de Giliac (Guillac), d*Arthmaël (Ploërmel), d^AIcam (Augan), de Wern (Guer), de Kenpeniac (Campénéac), de Bicloën (Beignon); à l’opposé, dans la direction de l’Ouest, tout à fait contre la rive gauche de l’Out, Lancés, auj. Lanouée (5); — et au Nord de Lanoës le plou de Maton auj. Mohon (6), le Kamp der Roué et le plou de Mioc (Plumieuc) déjà existants au VII® siècle (7).

Sur la rive gauche de l’Aflf, dans le territoire limité à l’Ouest par cette rivière et le bas cours de l’Out, à l’Est par le cours de la Vilaine et celui du Meu, on rencontre au IX® siècle, d’abord, au confluent de la Vilaine et de l’Out, l’illustre abbaye de Redon, puis en montant vers le Nord, le plou de Bain renfermant les monastères de Ballon, Basal, Cornon (auj. Cournon); puis encore les plous de Plaz (ou Brain), de Langon, de Rannac (Renac) de Sixt avec sa trêve ou randrémès d'Alarac (auj. Saint-Just) (8) ; — les plous de Bruc, de Prispiriac (Pipriac),

(1) Voir CartuL de Redon, Poliac, p. 71, 72, 80. 164. — Molac, p. 201, 202, 203. Pleucadeuc, p. 10, 13, 205-207, 217. - Serent, p. 213, 218.

(2) En 886-888 : c Moriacensi cœnobio, quod est Loc-Menech, prœerat eo tempore Taneth abbas (Vit. S. Gildœ, n» 33, dans Mabillon, A. SS. O. S. B., Sæc. I, p. 148).

(3) Voir notre tome !•% p. 382 et p. 406 note 3.

(4) CartuL de Redon, Carantoir, p. 6, 9, 10, 15, 27, 45, etc. — Tréal, 157, 158. — Rufiac et Treb- Etwal, 10, 13, 30, 36, 116, 154, etc. — Caroth et Ruminiac, 21, 149, 218.

(5) Ibid., Giliac, p. 88, 103, 104, 171, etc. — Plou Arthmaél, 20, 158, 356. — Alcam, 5, 6, 36, 54, 94, etc. — Wem, 154, 221. — Kenpeniac, 81, 150. — Lanoés, 127, 128. — Bicloén, 83, et Veingloên, ci-dessus p. 176 note 3.

(6) CartuL de Redon, p. 207, cf. 242.

(7) Voir notre tome I«, p. 481 à 483.

(8) CartuL de Redon, Bain et ses monastères, p. 2, 26, 70, 80, 81, 91, 181, etc. — Plaz, 47, 357, 363, 371, etc. — Langon, 147, 148, 149, 357, etc. — Rannac, 43, 80, 160, etc. — Sixt ou Siz, 4, 37, 79, 156. — Alarac, 17, 24, 41.

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