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RÉSISTANCE DE LA FORÊT

et Selefiac (1), la vallée de TOut limitait vers TOuest la zone de la grande forêt centrale (ou du Poutrocoët c’est la même chose) sinon encore complètement rasée — il s’en fallait de beaucoup — du moins très fortement attaquée, envahie, disloquée, ajourée de nombreuses clairières, sillonnée de larges défrichements, peuplée de plous, d’églises et de monastères, de colonies diverses, en un mot battue de tous côtés par la vague montante de la civilisation. C’est là un point à noter, qui nous servira plus tard, au XI« siècle, pour expliquer la constitution des fiefs dans la Bretagne centrale.

Dans ces plous créés aux dépens de la grande forêt et dont le développement tendait forcément à la détruire, cette œuvre de destruction au IX® siècle était loin d’être achevée, la forêt se maintenait encore sur beaucoup de points et se défendait vigoureusement. La preuve s’en trouve dans cette clause habituelle des chartes de Redon qui nous montre à peu près tous les ranns et autres domaines vendus cum silvis, avec les bois, les quartiers de forêt qui en dépendent. N’avons-nous pas vu aussi, en Pleucadeuc, les machtierns successifs, les larnhitin, les Portitoë, provoquer à grands cris les défricheurs et leur donner sans compter tout ce qu’ils pourraient abattre de forêt (ci-dessus p. 174, 200, 212-213) ? — En février 848, quand Conwoion rapporta de Rome et déposa sur l’autel de Redon le corps de S. Marcellin, un fils de Portitoë, Conwal, offrit à ce glorieux martyr une terre de Pleucadeuc qui venait d’être tout récemment arrachée à la forêt et mise en culture (2). — Les pièces de terre labourées, cultivées, étaient presque toujours entourées d’un épais rideau de bois, exemples, entre autres, la terre de Villar Wrhatoui (3), et cette grande « champagne » de Brontro (campus Brontro) en Renac, divisée entre six propriétaires, bordée d’un côté par la petite rivière de Camun (le Canut), et de tous les autres enveloppée par la forêt (4). — Suivant l’historien des premiers moines de Redon, écrivant vers l’an 850, la première opération d’un bon laboureur pour cultiver sa terre, c’est d’abattre les arbres qui l’encombrent et d’en brûler les troncs, après quoi seulement il va chercher sa charrue (5). Les souches entassées, enchevêtrées dans ce sol depuis des siècles, étaient dures à extirper ; on croyait s’en être débarrassé, et l’année suivante, par un vigoureux effort elles faisaient jaillir de terre des jets souples et robustes, des taillis touffus et des frondaisons nouvelles.

La lutte de l’homme contre la forêt était donc alors encore en pleine activité. Les plous du Poutrocoët dans lesquels cette forêt indestructible semble, d’après les actes de ce temps, avoir gardé plus de force et plus de terrain sont sur la rive droite de l’Out, ceux de Pleucadeuc, de Molac, de Sérent, — - sur la rive gauche,

(1) Noala était sur la rive gauche du Blavet, le pont Ivi en dépendait; Cleguérnc et Selefiac, sur la rive droite, renfermant les monastères de Saint>Serge et de Saint-Ducoca , les châteaux de Penret et de Castel-Cran.

(2) « Petiolam de terra, quœ fuerat antea siloa et foresta, jacens inter Bachon et Coéthaêloc » (Cartul. de Redon, n® 116, p. 88).

(3) c Vendidimus petiolam de terra de Villar Wrhatoui, de silva quœ in circuitu ejus est » {Ibid. no 101 , p. 76-77).

(4) « Terciam partem Brontro, a silva usque ad Carnun ; — sextam partem Brontro, a silva usque ad Carnun » — totam portionem suam in campo nuncupante Brontro, a silva usque ad Carnun. » — {Ibid, n®* 39 , 40 , 82, p. 31 , 32 , 63.)

(5) c Sicut bonus agricola terram suam exerce! : primitus silvas excidit, truncos incendU > etc., voir ci-dessus p. 41 note 3.

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