‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 193 sur 392 · B CENSUM REGIS · texte numérisé non relu

B CENSUM REGIS

L’éditeur du Cartulaire de Redon veut voir là la livre d’argent qui , d’après les lois galloises du siècle, était due annuellement à chacun des brenins ou rois de chacun des petits royaumes bretons de la Cambrie par chaque maenor ou manoir libre. Mais, en 842, il y avait en Bretagne armoricaine un seul roi, Nominoë, nullement semblable aux roitelets gallois puisqu’il était le chef universel du pays. Ce qui répondait alors aux petits brenins gallois, c’était les héritiers ou représentants des petits rois brito-armoricains de l’époque mérovingienne, c’était les comtes du IX« siècle. S’il s’agissait ici d’une redevance analogue à la livre d’argent du brenin gallois, elle s’appellerait non censas regis mais census comitis, € le cens du comte, b En outre s’il y avait eu en Bretagne, au IX® siècle, un cens ou tribut payé régulièrement soit au roi soit au comte par toutes les terres libres, il serait mentionné dans plus d’un acte. En dehors de la charte de Wenerdon on aura beau fouiller le Cartulaire de Redon et tous autres documents bretons du IX® siècle, on n’y trouvera nulle trace du censas regis. Il faut donc chercher, pour expliquer ce terme, autre chose que la livre du brenin.

Si cette charte n’appartenait pas à l’époque de l’indépendance bretonne proclamée au mois de juin 841, peut-être pourrait-on voir dans ce census regis une levée faite pour payer le tribut mis, depuis 799, sur la Bretagne par les Franks. Mais, outre que ce tribut aurait dû s’appeler census imperatoris plutôt que census regis, on n’expliquerait pas pourquoi il n’en est question que dans une seule charte, alors qu’il reste un grand nombre d’actes de l’époque de la domination franke.

Cette mention du census regis, puisqu’elle est de l’an 842 et qu’elle est unique, doit se rapporter à une levée de deniers faite une fois seulement, dans une circonstance unique, exceptionnelle, se rapportant aux grands événements qui depuis le mois de juin 841 avaient commencé de remuer, de soulever toute la Bretagne. Pour soutenir la grande lutte engagée par lui contre l’énorme puissance des rois franks, Nominoë, génie très pratique, sachant fort bien que l’argent est le nerf de la guerre, avait dû frapper sur tous ses compatriotes une contribution extraordinaire exclusivement destinée à fournir les premiers fonds nécessaires pour la grande lutte de la délivrance, dont il espérait bien en définitive faire payer les frais aux Franks. Cette levée de deniers, nécessitée par le salut de la nation, dut être malgré tout peu agréable aux Bretons, généralement (on l’a vu) à court d’argent. Surtout elle ne dut pas être renouvelée, et voilà

(1) « Wenerdon vendidit islam terram pro isto pretio ad Sulcomin, sicut de trans mare super scapulas suas in sacco suo detulisset et sicut insula in mare, sine fine, sine commutatione, sine jubeleo anno, sine exactore satrapaque, sine censu et sine tributo, sine opéré alicui homini sub cœlo, nisi Sulcomino presbytero et cui voluerit post se commendarc, præter censum regis » (Ibid.J.

Gooje

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