INONDATION NORMANDE EN BRETAGNE
§ l®^ — La Bretagne après la mort d* Alain le Grand /907-919J,
UNESTE et déplorable entre toutes fut pour la Bretagne la mort d’Alain le Grand.
Sa nombreuse postérité, ces cinq fils qu’il aimait tant grouper autour de lui, semblaient assurer l’avenir ; sur ce nombre il s’en trouverait bien un pour recueillir quelques parcelles du génie de son père, et tous héritant de sa vaillance s’empresseraient de défendre, avec l’œuvre paternelle, la cause de la Bretagne. Telle était sans doute l’espérance d’Alain. Elle fut mal réalisée. Et d’abord, aucun de ses fils n’hérita de la dignité royale; pourquoi, nous tâcherons de le découvrir. Trois d’entre eux — Pascweten, Werec, Budic — peuvent être morts avant leur père, car il n’est plus question d’eux nulle part après 903. Deux au moins — Rudalt et Derien — lui survécurent. Le dernier, dans un acte de l’an 908, est formellement qualifié t fils d'Alain ^ et « filleul du comte Tanki, t avec qui il possédait en commun le vaste plou d’Elven (1). En 909 et 913, Rudalt porte le titre et joue le rôle de comte de Vannes (2) ; toutefois si Tanki et Derien tenaient Elven, le comté de Vannes avait été démembré et n’était pas entier aux mains de Rudalt ; le titre de celui-ci implique toutefois qu’il en avait la plus grande partie. Mais si ce comte Tanki, sans être fils d’Alain, possédait Elven concurremment avec un enfant de ce prince, ce ne pouvait être que du chef de sa femme, ce qui donne au roi Alain le Grand deux filles et deux gendres — Matuédoi et Tanki — au lieu d’une seule fille et d’un seul gendre qu’on lui attribue ordinairement.
Des quatre héritiers d’Alain le Grand que nous venons de nommer, le premier de ces gendres (Matuédoi) parait avoir été le personnage le plus important. Le comté de Poher était bien diminué depuis Conomor ; il avait perdu toute sa zône maritime et ne comprenait plus guère que la pointe Nord-Ouest de l’évêché de
(1) « Tanchi cornes... partem terne quœ vocatur pars Lunen S. Salvatori atque Maxentio ... dédit. Cum hœc igitur perageret Tangi, filiolum suum Derian, filium Alani, qui secum plebem Elven partiretur, advocavit, ut et ipse parrœchiam quœ vocatur pars Lunen, in plebe Elven sitam, manu sua S. Salvatori daret et per manicam suam una cum Tanchi grafüaret. Quod ita factum est. » {Car lui. de Redon, m 279, p. 226.) L’éditeur date à tort cet acte de Tan 910. Dans notre Chronologie du Cartulairt de Redon, à l’Examen détaillé des chartes, n» 279, nous prouvons que la vraie date est 908.
(2) Voir Cartul. de Redon, n« 278 et 274, p. 225 et 222.