LA RÈGLE BÉNÉDICTINE A REDON
se produisit à Redon qui ne devait point être sans influence sur les destinées futures de cette abbaye. — Il y avait tout au fond de la Bretagne un solitaire appelé Gherfred, sorti de Tabbaye bénédictine de Saint-Maur sur Loire (Glanfeuil) et qui, poussé comme un moine breton par la passion de Tanachorétisme , s’était enfoncé jusque dans les montagnes boisées du pays de Poher, sous la conduite d’un Breton appelé Fidweten. Là tous deux avaient passé ensemble plusieurs années, se macérant à cœur joie en la compagnie des fauves sous les grands chênes d’une forêt dite Coët-Wenoc, sur les bords de la rivière d’Elez, dans le canton qui, du nom de Gherfred légèrement modifié en Keffred, se nomme aujourd’hui encore Loc-Kefîred, c’est-à-dire Ermitage de Keffred (1). Au bout de ce temps, Gherfred en songe entendit une voix qui criait :
— ce Quitte ce lieu, va trouver mes serviteurs, moines encore novices, retirés en un désert où ils vivent du travail de leurs mains sans demander secours à autre qu’à Dieu. Tu leur enseigneras la voie par laquelle ils peuvent venir à moi et vivre selon la règle. »
Cette règle c’était évidemment celle du monastère de Saint-Maur, c’est-à-dire la règle de saint Benoit. Mais où trouver les religieux dont Gherfred devait être l’initiateur? Arrivé à Vannes avec Fidweten, il fut hébergé par un prêtre en grand renom dans cette ville, appelé Worelven, et il lui conta son songe. Worelven ne douta pas un instant qu’il ne s’agit de la nouvelle communauté de Redon. Le lendemain il donna à Gherfred un guide pour l’y conduire. Convoion prévenu de son arrivée alla au-devant de lui avec ses moines et l’introduisit, en chantant les louanges de Dieu, dans sa maison, où Gherfred resta deux ans, et d’où il ne partit, pour retourner à Glanfeuil, qu’après avoir fait des moines de Redon de parfaits disciples de saint Benoit (2). Nul doute que cette adoption de la règle bénédictine, si révérée par Louis le Débonnaire, ne fût de nature à modifier les dispositions de l’empereur pour le troupeau de Convoion.
Mais quand Gherfred commença à instruire les Redoniens, c’est-à-dire en l’an 833, l’empereur ne pouvait s’occuper d’eux. Cette année même, on le sait, ses méchants fils l’emprisonnèrent de nouveau vers la fin de juin à Saint-Médard de Soissons et finirent par le déposer solennellement à Compiègne au commencement d’octobre. Malgré tous ces troubles et ces déchirements inouïs de l’empire frauk — provocation véritable et très séduisante à un nouveau soulèvement en faveur de l’indépendance bretonne, — Nominoë, nous l’avons dit plus haut (p. 30), ne bougea pas. Il profita seulement de l’occasion pour donner et procurer à l’existence, encore incertaine et quelque peu ballotée du monastère d’élite — où l’on priait tous les jours pour la Bretagne — une confirmation, une consécration définitive. Il avait promis antérieurement à S. Convoion de visiter solennellement son abbaye, il prit ce temps pour accomplir sa promesse. Un beau jour on annonça à l’abbé que le lieutenant de l’empereur, avec les principaux seigneurs de Bretagne, était aux portes. « Aussitôt (dit l’historien de Redon, témoin oculaire)
» aussitôt Convoion et ses moines allèrent à sa rencontre, le reçurent avec de
(1) Loc- Keffred ou Locqueffret, ancienne trêve de la paroisse de Plounevez du Fou; apj. coni“« du Qton de Pleiben, arrond. de Châteaulin, Finistère. Voir notre tome I", p. 24.
(2) Voir Gesta SS. Roton, 1,3. édit. Mabillon, p. 194-195; D. Morice Preuves I, 234-235.
MALGRÉ l’empereur, ET AU NOM DE l’EMPEREUR ,
» grands honneurs et l’introduisirent dans l’abbaye au chant des psaumes et î) des hymnes. Nominoé en ce jour eut grande joie au cœur (gauisus est gaudio » magnoj; il consola les pieux serviteurs de Dieu, se recommanda à leurs prières et promit de leur faire du bien tous les jours de sa vie s (1).