XIV. Alain II le Long, fils de Judicaêl
638 ou 642-690
Ainsi c*est toujours, en définitive, la dynastie conanienne de Geofroi de Monmouth, quelque peu modifiée, qui fait le fond et la base de tout ce système ; or, de Taveu de tous les critiques, l’œuvre de Monmouth, ou si Ton veut, le Brut y Brenined d’où il l’a tirée, n’est qu’un tissu de fables et de contes en l’air, indignes, au point de vue historique, de toute discussion. — Donc, sauf Grallon ou Gradlon, Eusebius et Jadicaël, qui ont été — non pas du tout rois de Bretagne — mais, le premier, roi de Cornouaille, — le second, duc mérovingien de la marche franko-bretonne (voir tome P**, p. 332-334), — le troisième, roi de Domnonée, — sauf ces trois-là, tous les personnages de cette prétendue dynastie sont entièrement fabuleux et n’ont jamais existé.
Mais sont-ils drôles, ces pauvres rois postiches, avec cette kyrielle de noms dont Gallet les afiuble I Voyez par exemple Alain pi*, il en a plus que sa charge, il succombe sous le faix. Et pourquoi lui imposer ce fardeau? Uniquement parce que les individus très divers ornés de ces noms variés sont censés avoir vécu à peu près dans le même temps que lui. Pas d’autre motif.
Quand Gallet essaie d’identifier ces divers vocables, c’est encore plus drôle. Un personnage (frère de Judicaêl) s’appelle Worhaël ou Gourhaël; un méchant copiste en fait GoreluSf et à l’accusatif Gorelum, Gallet suppose une variante Gozeluniy qu’il décompose en Gol-Selum, Gouit-Salaum, puis Wit-Salaun, et cela veut dire, selon lui, le sage Salomon ; moyennant ces inventions fantasques, Worhaël devient (pour Gallet) le même nom que Salomon. Tout le reste à l’avenant. C’est archi-grotesque.
NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS
LE VANNETAIS ORIENTAL AU IX« SIÈCLE JUSQU A LA FONDATION DE L’ABBAYE DE REDON.
(Voir ci-dessus, p. 32, notes 4 et 5.)
ANS sa Géographie de la Gaule au Yh siècle, publiée en 1878 (p. 170, 171), M. Auguste Longnon, dont tout le monde connaît les belles études sur la géographie historique de la France, attribue à la Bretagne, c’est-à-dire au pays occupé, possédé par les émigrés bretons, la ville de Vannes et la région comprise entre cette ville et la Vilaine depuis Guipri jusqu’à son embouchure, c’est-à-dire ce que nous appelons Vannetais oriental ou Vannetais gallo-frank. Et il ajoute : < On a voulu nier que Vannes dépendît de la Bretagne et l’on ne semble » disposé à lui accorder que la portion du Vannetais située à l’Ouest de cette ville. » (Voir A. de la Borderie, Annuaire historique de Bretagne, 1862, p. 19). Mais cette i manière de voir repose uniquement sur l’histoire de Macliau qui, fuyant la persécution » de Canao comte des Bretons, se relira à Vannes » — ce qui semble à M. Longnon une preuve insuffisante.
Aussi ne m’en étais-je point contenté. Dans mon Annuaire historique de Bretagne, non de 1862 mais de 1861, aux pages 49 à 51, on lit :
(Fin du V« siècle.) — Eusehius, dux ou rex Venetensis, c’est-à-dire maître de Vannes, d’après son nom et celui de sa fille Aspasia, n’était point un Breton (1).
511. — Modestus, évêque de Vannes, assiste au premier concile d’Orléans réuni sur l’ordre de Clovis, et dont tous les membres reconnurent le roi des Franks pour leur seigneur et maître.
548. — Conoo, comte du Vannetais breton, ayant voulu faire massacrer son frère Macliau, celui-ci se sauve à Vannes et y trouve un sûr asile.
578. — Waroch, neveu et second successeur de Conoo, ayant pris Vannes dans une guerre contre les Franks, la rend à la paix au roi Chilpéric, à qui il en demande le gouvernement, avec promesse de transmettre fidèlement au trésor royal tous les tributs et impôts que cette ville y devait verser (2).
590. — Waroch règne encore sur le Vannetais breton, et il fait encore la guerre aux Franks. Les hostilités amènent jusque dans Vannes le duc Ebrakher, l’un des généraux de Contran roi d’Orléans. L’évêque Regalis en recevant dans Vannes ce puissant personnage, lui dit au nom de tous les habitants : « Sache bien que nous ne sommes » nullement coupables envers les rois nos maîtres, nous n’avons jamais pris parti contre » leurs intérêts, mais tenus dans la captivité des Bretons, nous avons à porter un joug » pesant (3). *
Voilà un ensemble de faits et de textes embrassant tout un siècle, qui prouvent que la ville de Vannes, sur la fin du V« siècle et pendant tout le VI®, appartenait aux Franks, et que les Bretons eux-mêmes, tout en poussant de temps à autre des expéditions contre cette ville frontière, reconnaissaient hautement le droit des rois franks sur cette cité.
(1) nu s. Melanü, f 34, dans Boll. Jan. I. p. 331-333.
(3) « Venetos eivitattm Wantchui refudit sub ea eonditione, ot si mereretur tant per Jussionem regis regere, tributa vel omfUa quse exinde debebantur, annis singtilis, nuUo admonente, dissolveret » (Oreg. Turon. Hist. eccl. Franc,, V, 37) .
(3) « Nihil nos dominis nostris regibus eulpabiles sumus, noc unqaam contra utilitatom eoruni superbi exstitimas, s«d in captivitate Britannoram positi, gravi jugo subditi sumus > (Id., Ibid., X, 9).