‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 61 sur 392 · RÈGNE DE SALOMON · texte numérisé non relu

RÈGNE DE SALOMON

§ 1*". — Affaires politiques et militaires.

^ALOMON, on vient de le dire^ trouva d’abord en Bretagne contre son pouvoir une forte opposition, qui ne pouvait manquer de croître quand la vérité sur son odieux attentat achèverait de se répandre dans le pays. Le secours vint à Salomon d’où il ne l’attendait guère, du roi des Franks. En voyant celte division des Bretons, Charles le Chauve crut avoir trouvé une excellente occasion de prendre sa revanche des défaites monumentales subies par lui sous le glaive ~ mieux vaudrait dire, sous la botte — d’Erispoê et de Nominoë. Il mit sur pied une armée et marcha vers la Bretagne. Arrivé sur la frontière il constata, à sa grande surprise, que nulle trace de division n’existait plus entre les Bretons, tous désormais unis, serrés en faisceau contre l’étranger. La menace de l’invasion franke avait fait cet accord. Il fallait un chef pour la combattre : le seul possible étant Salomon, tous les Bretons s’étaient groupés autour de lui, tous avaient accepté son autorité, tous étaient prêts à défendre de toutes leurs forces leur liberté. Devant ce mur sans brèche et sans fissure du patriotisme breton, Charles le Chauve prévit, s’il donnait l’assaut, une troisième déroute digne des deux autres. Prudemment il s’abstint, au lieu de faire la guerre il fit la paix et renouvela avec Salomon le traité conclu en 851 avec Erispoë (1).

Charles le Chauve s’était arrêté uniquement par crainte ou impuissance, non par aucun sentiment d’amitié ou de bienveillance pour les Bretons ou leur chef. Celui-ci, qui le sentait très bien, se rangea dès lors tout naturellement parmi les ennemis du roi des Gaules. Le désordre et la faiblesse du gouvernement de Charles avaient fini par former contre lui, parmi les seigneurs franks, un parti puissant qu’on appelait le parti des Comtes, ayant à sa tête, entre autres, le célèbre Robert le Fort, Odon comte d’Orléans, Ingelbod, etc. Ces comtes demandèrent et obtinrent sans beaucoup de peine l’alliance de Salomon et

(1) c Carolns tertio super Brittones cum exercitu irruere disponit. Sed cum ad terminos eorum appropiuquassetf audito quod ad resistendum totis viribus parati essent, subito mutata voluntate, inagis elegit pacem suscipere quam bellum inferre. Facta itaque pactione cum Salomone, quam dudum cum Herispoio fecerat, abscessit. » {Reginon, Chron. anno 806 [rectè 857], édit, de 1566, f. 48 V» ; Annal. Mettens., dans D. Bouquet VII, p. 194.)

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