‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,) (volume 2)Chapitre 110 sur 127 · TB41TÉS DE YIBNNB · texte numérisé non relu

TB41TÉS DE YIBNNB

contre ses deux paissants voisins ; mais ce ne fut pas encore assez pour la sécurité de cette seule dynastie italieune.

Modèoe fut rendue à Tunique descendante de la maison d'Esté , qui la transmit à un prince autrichien.

Il y eut de longs débats à Tégard des États pontiGcaux ; enfin il fut convenu de considérer le pape comme n'ayant point pris part à la guerre, et le traité de Tolentino fut regardé comme non avenu. Leur intégrité fut donc reconnue, sans excepter même les deux possessions enclavées de Bénévent et de Ponte-Corvo. Seulement la France conserva Avignon , et TAutricbe le droit de tenir garnison à Ferrare et à Comacchio , qui lui donne un pied de l'autre côté du Pô. Le pontife protesta, et refusa pour ce motif de reconnaître les traités de Vienne. On n'aperçoit dans ^ tous ces arrangements ombre de légalité ni de légitimité, rien . que de pures conventions politiques.

Les Bourbons de Naples, qui avaient pendant vingt ans

, combattu par les armes et par les supplices les hommes et les

; idées de la Révolution, n'avaient pourtant pas recouvré, lors

^ du premier congrès, le royaume de Naples. Il fallut, pour le

" leur rendre, la tentative avortée de Murât. Alors la terre ferme

,. fut rattachée à la Sicile; mais sans accroissements, comme en

avaient eu les autres princes. Seulement, on assure que les Mar*

, ches leur avaient été promises, tandis que l'Autriche aurait mis

^. la main sur les quatre légations. Par égard pour la vieillesse du

pape , on convint de tenir l'accord secret jusqu'à sa mort. Mais

quand Pie VII mourut , on sut éluder les espérances de la maison

'^, de Naf^es. Les Présides de Toscane, Piombino, et une partie

' de rtle d'Flbe, que Naples possédait depuis trois siècles, en fu-

. rent détachés pour être donnés aux Autrichiens de Toscane.

^^ Néanmoins quand les rivalités de pays seront éteintes, le royaume

^ des Deux-Siciles restera un grand corps, capable de peser dans

^' la balance non-seulement de l'Italie, mais de l'Europe.

L*a Russie pouvait avoir ses prétentions sur les îles Ioniennes ; mais le désintéressement d'Alexandre ou la jalousie de ses al^ ' . liés les firent ériger en république, sous le protectorat de l'An- '^ gleterre. Cette puissance , qui y tient garnison avec un lordcommissaire , nomme le président du sénat. Les ties Ioniennes , ^ 32

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dont la population ne vit que de commerce , fiirent ainsi ém* nées à la plus commerçante des nations.

Ainsi, à partir de cette époque, le droit féodal cessa d*exister comme droit public européen : les princes d^ Allemagne et les cantons suisse^ devinrent égaux entre eux; les répabliqaes du moyen âge disparurent, sauf quelques-unes, qui furent modifiées ; le principe de la légitimité avait été proclamé à Tégard des dynasties, mais non à l'égard des peuples, qui furent répartis à titre de satisfactions et d'indemnités. Les républiques d'Italie et d'Allemagne furent effacées , même lorsque le prétexte de l'occupation eut cessé. On soumit des nations à des étrangers , des républiques à des royaumes ; il ne fiit rien statoé ni sur le clergé ni sur l'exercice de l'autorité papale; la Belgique catholique fut assujettie à la Hollande calviniste , les anciens électorals ecclésiastiques à la Prusse réformée, la Pologne catholique à la Russie grecque: autant de germes de dissensioas.

Le parlement anglais tonna contre cette distribution arbi* traire des peuples , arrachés h des souverains qu'ils aimaient pour passer sous de nouveaux maîtres , comme l'avait fait Na« poléon ; réduisant ainsi la paix de l'Europe à un calcul numéri* que, sans égard aux sympathies et aux droits. Les hommes politiques demandaient pourquoi , sans respect pour les principes proclamés , on avait séparé la légitimité des dynasties de celle des nations.' Pourquoi unir la Suède et la Norwége, la Belgique et la Hollande? Pourquoi ne pas rendre à Gènes et à Venise leur existence.' le prétexte de leur occupation n'avait-il pas cessé d'exister depuis qu'on avait repris à la France toutes i^es conquêtes? Pourquoi laisser à la Saxe le nom de royaume, en la démembrant? Pourquoi ne pas reconstituer la Pologne? La haine et la rancune avaient donc remplacé la prévo}'aDCQ politique? S'effrayant âes périls passés, mais' imprévoyant de( dangers futurs , on s'efforça de transiger entre la peur de la veille et l'ambition présente, entre le désir de réaliser des promesses de liberté et celui de se maintenir absolus.

Ou ne décida rien sur le sort de la Turquie, cette proie pr^ destinée à qui on laissait, eu attendant, torturer la Grèce. Aucune résolution n'intervint non plus quant aux colonies de

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rAmérique iiiéridionale , qui pourtant étaient toutes alors en état d'insurrection : on aurait pu néanmoins faire avec elles des conventions commerciales avantageuses, prévenir de nombreux massacres , ouvrir un asile à une foule de gens que la tiaix laissait inoccupés , en substituant à Tesprit militaire les habitudes du négoce , et enrichir TEspagne par ce qui devait achever de la ruiner.

Une révolution qui avait commencé par la démocratie aboutissait à la destruction des gouvernements populaires ainsi que des États électifs ^ et elle avait pour but de consolider les monarchies. Un empire qui avait tout renversé aboutissait à un immense agrandissement de ses ennemis. Par lui TAutriche se trouvait maîtresse de l'Adriatique ; le Piémont, de la mer de Ligurie. La Prusse, à qui Napoléon avait offert les villes han- Béatiques , comme il lui donna le Hanovre en haine de l'Angleterre, la Prusse domina sur le Rhin ; la Russie lui fut rede* vable delà Finlande, c'est-à-dire de la mer Baltique; et il fournit h l'Angleterre une occasion ou un prétexte pour abattre toute puissance rivale.

Avant la Révolution, les États européens se faisaient réelle* ment équilibre entre eux. La France rivalisait avec l'Angleterre, et leurs succès se balançaient en Europe comme dans les colonies. L'Autriche restait, par la possession de la Belgique, sous la menace de la France et sous celle de la Prusse, comme elle était sous le coup de la Turquie et de la Russie du côté du Levant. Ces deux dernières puissances se tenaient réciproquement en respect. 11 en était de même de la Suède et du Danemarck ; la Finlande donnait une telle prise sur la Russie, que l'altlère Catherine trembla un moment devant Gustave IH. Les faibles une fois dépouillés , il ne resta plus que les colosses. La puissance qui avait le plus acquis fut réduite à rien, et ceux qui avaient le plus perdu furent les mieux agrandis.

Mais si la France c^treinte , abaissée , désarmée , envahie, eessa de faire ^ur, d'autres étaient là pour menacer l'Europe à sa place. L'Autriche et la Prusse furent occupées à se défendre telles-mêmes contre leur position géographique et contre les dispositions des peuples ; mais la Russie et l'Angleterre devinrent

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formidables. La première, une fois la Vistule firanchie, toneha à r Allemagne , mal garantie par la Saxe démembrée; elle ne M, qu*à quelques journées de Dresde, de Berlin, de Vienne, ^ elle put choisir ses ennemis en Asie ou en Europe. L* Angleterre, à qui sa situation interdit d'étendre son territoire, se trouTait maîtresse de positions qui lui assuraient le sceptre des mers.

Deux puissances invulnérables s'étaient donc substituées à la puissance éphémère de Napoléon : Tune , qui prétend à la suprématie maritime sur toute l'étendue du globe; l'autre, qui veut soumettre l'Europe à la loi du glaive. Tantôt unies , tantôt rivales pour d'autres motifs que pour des idées.de justice, elles menacent le monde de deux servitudes différentes.

Et pourtant, par l'œuvre de Vienne, on prétendait faire revivre le passé et reconstituer l'équilibre : à ce but on sacrifia des droits anciens, des souverainetés historiques , des convenances morales , des intérêts religieux. Mais les souverains ou leois ministres s'inquiétèrent bien moins de discuter des principes que de tenir compte d'événements accomplis , placés comme ils étaient entre l'obligation de remplir leurs promesses et la nécessité de fonder un ordre quelconque ■ . L'embarras de remplir les engagements contractés pendant le conflit, la nécessité d'assurer immédiatement la paix, ce premier de tous les voeux, la crainte que la France inspirait encore; ajoutons-y l'orgueil d'one victoire qui avait dépassé toutes les espérances ; tout cela fit qu'avec des intentions droites au début on n'arriva qu'à un replâtrage de circonstance, qui ne satisfit ni les peuples ni les princes, et contre lequel les fiiits et les idées protestèrent pareillement

* M. de Pradt juge avec sévérité les actes de cette assemblée dans oavrage inUtalé le Congrès de Vienne ( Paris, 1815, 2 vol. )- A nae époque où les passions étaient encore vives et Pavenir, il en montra les erreurs, et en devina toutes les conséquences. Doit-on dire pour cela que son intelligence privée remportât sur celle de ces arcliimandrites? Non ; mais il écrivait dans son cabinet , et organisait TEurope selon ce qui lui paraissait plus juste et plus conforme à rintéfèt général , sus avoir à lutter contre des intérêts particuliers. — Les dépenses éa congrès ne coûtèrent pas moins de quarante millions à f Autriclie. La tatrie iapériale coûtait (rois cent mille francs par jour.

I^ Sainte-Alliance pouvait mériter ce titre- en abolissant Tesclavage des noirs dans les colonies, et celui des blancs sur les côtes barbaresques. Dans quel plus noble but TEurope pouvait-elle se réunir, que pour venger rbumanité outragée?

Le besoin d'exploiter les contrées intertropicales mit fatalement en contact, dès le temps de la découverte, les nègres et les blancs , qui, impuissants à un rude labeur, s'imaginèrent de transporter des noirs d'Afrique en Amérique. Ce fîit principalement aux plantations de sucre qu'on les employa.

Il fut établi, en 1788, qu'il y avait quatre cent dix mille nègres dans les possessions britanniques des Indes occidentales ; que les Anglais en achetaient chaque année trente mille sur les côtes d'Afrique , dont dix mille étaient destinés à remplir les vides parmi leurs esclaves, et les autres à être revendus; ce qui donnait lieu a une exportation de huit cent mille livres ster* liug en objets manufacturés par Tindustrie nationale, contre une importation d'un million quatre cent mille livres. Uverpool, qui était le centre de ce trafic , expédia, de 1780 à 1770, deux mille bâtiments négriers, qui transportèrent, des côtes d'Afrique aux Antilles , trois cent quatre mille esclaves.

Les quakers avaient les premiers demandé en Angleterre la liberté des nègres au nom de la religion , et ils avaient agi en conséquence dans leurs colonies. Guillaume Roscoe, auquel l'Italie est redevable de l'bistoire de Léon et de Laurent de Médicis , éleva la voix contre ce marché de sang en 1781. Wilberforce, méthodiste ardent, autour de qui s'étaient groupés des âmes Cendres, des sectaires, des philanthropes , se proposa pour but, toute sa vie , d'abolir la traite par rinflucnce des idées religieuses , sans s'iuquiéter des considérations politiques. Il se mit en relation avec des hommes illustres de tous les pays. Une société à' Amis des Méfjres se forma a Paris , et compta dans

LES KECBES.

son srÎD ^linl^au , la Fjyette, Condoreet , Brissot, et Grégpire. Mais il De suffit pas d'émouvoir; il faut décider. Foi Tint en aide a ors apôtres avec des idées plus terrestres et réalisables, endemobtiant qu'il y avait là un intérêt de Justice et de dignité hi:rr.aine. Pitt« alors ministre , hésita, et fit ajourner la propos.t;oo d'année en année ; car il s*agissaît d*un conimerœ trèsdcvcnu désormais le privilège de F Angleterre, à sa prepoodcranoe sur les mers. Mais lorsque le seule- Teneiit des oègres de Saint Oomingue répondit à Fappel de la RevolutioB française, Pitt se déclara le champion de la philanthropie. On raocuse d*avoir agi dans des vues politiques et de pur interêl, d^avoir proclamé Tégalité des races, pour rendre plus abaoloe el plus terrible la nipture de cette colonie avec la France : aujourd'hui encore on impute à des motifs pariiealieis les eâ'orts que fit T Angleterre pour Tabolition de la traite. Heu* PHce, en hwt cas, la natîoQ dont les intéréis sUdentifient avec ceux derbumanite !

Pitt prononça au parlement ( 1793) un éloquent discours où oon-seuiement il peignit sous de pathétiques couleurs les horreurs de la traite, mais exposa Torganisation coloniale , Tétat de la population , le rapport du travail libre comparé à celui des esclaves, les moyens de suppléer à ce dernier, de multiplier les bras et les produits de la libre culture. « Pourquoi abolir, disait41 , la traite des nègres? Parce que cest une injustice irrémédiable. L'anniment nVt-il pas cent fois plus de valeur ponr «ne abolition immédiate que polir une abolition graduelle ? En laissant cet horrible trafic se prolonger un seul jour de plus, mes honorables amb n*afiaiblissent-ils pas^ n'abandonnent-ils pas leur propre raisonnemest ? Si Piniquité de ce commerce doit le faire abolir une fois, pourquoi pas tout de suite .> Pourquoi laisser tme injustice durer une heure de plus? D*aprèsceque j'entends , tous sont convaincus de Tiniquité de ce trafic ; mais quelques-uns , qui en sont convaincus , ont supposé par oda nit^ine qu*il n'aurait jamais commencé sans une nécessité ir* résistible. On veut ainsi tranquilliser sa consdenee, en mettant ce mal à la charge de la Providence. Non , il n'y a de mai nécessaire que celui qu'on ne pourrait écarter sans un mal plus

« grand. Or, je n'en saurais imaginer un plus grand que d*ar- « racher, chaque année , soixante , quatre-vingt mille humaina « de leur terre natale , par les efforts combinés des nations les « plus civilisées , des pays les plus éclairés , sous la sanction des « lois du royaume qui s*intitule le plus libre et le plus heureux m de tous. Ces malheureux fussent-ils convaincus de quelque « grand crime, nous appartiendrait-il d*étre leurs bourreaux?..* « l^Iais si nous faisions pis, si nous les amenions à vendre leurs « frères , n*est-il pas clair que par des incursions, par des guerres « injustes , par des condamnations iniques, ils se procureraient « un nombre de victimes toujours croissant, à proportion de a nos demandes ? Les guerres d'Afrique sont-elles pour eux ou « pour nous? Les armes anglaises , mises aux mains des Afri- < cains, propagent sur cette terre la désolation. »

Après avoir réfuté tous les sophismes bien connus, il ajoutait : « Il fut un temps où des sacrifices humains étaient offerts « dans cette île que nous habitons , et l'on y faisait le trafic des « esclaves à peu près comme aujourd'hui se fait celui des Afri*- « cains. L'adultère , la sorcellerie , les dettes, fournissaient d'es*-

• claves le marché de Rome ; on y ajoutait les prisonniers de « guerre ; et quelques misérables , après avoir tout perdu au jeu,

• y aventuraient leur propre personne, celle de leur femme, « celle de leurs enfants. Chacune de ces causes est indiquée, « dans les mêmes termes , comme la source de l'esclavage eu %i Afriqfue. Or, ces faits et quelques sacrifices humains sont la « preuve prétendue que l'Afrique est naturellement incapable « de civilisation , et que la Providence Ta irrévocablement con- ^ damnée à être uue pépinière d'esclaves pour les Européens K libres et civilisés.

« Pourquoi n'aurait on pu en dire autant des anciens Bre» « tons ? Pourquoi quelque sénateur romain, raisonnant comme « quelques membres de cette assemblée, n'aurait* il pu dire ; « C*esi un peuple qui n'arrivera jamais à la civilisation; qui « n'est pas destiné à être libre; qui na pas C intelligence des

• arts utiles ; qui, abaissé par la main de la Providence aur « dessous du niveau de la race humaine, est créé pour fournir tt des esclaves au reste du monde. Et pourtant nous sommes

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sortis de la barbarie depuis si longtemps, que nous oublioïK. que nous avons été jadis des barbares; uous sommes arrivés à rétat le plus éloigné de celui qu*un Romain aurait pu nous assigner, et que nous assignons aujourd'hui à l'Afrique. Une seule chose manque pour compléter ce contraste , et oous disculper d'agir<encore comme des barbares. Nous continuons toujours le trafic des esclaves , au mépris de nos droits ineontestables à la civilisation. Nous avons été jadis obscurs panni les nations, sauvages dans nos habitudes, corrompus dans nos mœurs, dégradés dans notre intelligence autant que les misérables Africains le sont aujourd'hui. Mais dans uoe longue série d'années, par une lente prc^ression, nous sommes devenus riches d'une grande variété de biens , favorisés sans mesure des dons de la Providence, sans rivaux dans te commerce, émioents dans les arts, plus avancés qu'aucun autre peuple dans les recherches delà pliilosophie et de lasdenoe, comblés de toutes les bénédictions de la société civile. Kous possédons la paix, la prospérité, la liberté; nous sommes protégés par des lois impartiales et par une excellente justice; nous avons un système de gouvernement que l'expérience nous autorise à déclarer le meilleur et le plus sage qui jamais ait existé. Nous aurions pu rester pour toujours exclus de ces biens i s'il se trouvait quelque vérité dans les principes établis par plusieurs membres de cette chambre en ce qui concerne l'Afrique. Nous aurions dû languir jusqu'à ce jour dans la brutalité et la dégradation où l'histoire atteste que furent réduits nos aïeux, et nous serions peu supérieurs , pour la mo- « raie et pour les connaissances , aux grossiers habitants des « cotes de la Guinée.

« Si nous écoutons la raison et le devoir, quelques-uns dVntre « nous pourront vivre assez pour voir les naturels de l'Afrique « occupés à des industries pacifiques et à un commerce Intime, « pour voir les rayons de la science et de la philosophie poindre « sur cette terre , qui plus tard peut-être brillera d'une lumière « plus complète. Alors nous pourrons espérer que l'Afrique re- " cevra vers le soir cette félicité qui descendit si abondamment * ^"'' nous à l'heure matinale. Alors l'Europe, profiUnt de celte

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« amélioration , recueillera la juste récompense de sa générosité, « si Ton peut appeler générosité Tacte de ne pas tenir davantage « ce continent sous des ténèbres qui ont diparu de régions plus « favorisées. »

L*abolition ne fut admise alors que graduellement; mais c*était beaucoup que de faire pénétrer ce principe dans une législation si attachée aux errements du passé. Nous avons vu , à propos de Saint-Domingue, comment Napoléon décréta et réglementa Fesclavage. La tranquillité nécessaire manqua ensuite à son règne orageux pour remédier à un si grand mal. Mats le Danemark avait aboli, dès le 16 mai 1792, tout trafic de nègres dans ses colonies.

La traite fut prohibée dans le congrès de Vienne , conformément aux idées évangéliques qui le dirigeaient ; mais la réalisation du principe devait être lente. C'est à l'Angleterre et à quelques provinces des États-Unis que revient le mérite des plus grands efforts faits pour y parvenir.

Déjà le congrès tenu à Philadelphie en 1774 avait condamné la traite des esclaves , et décidé qu'il n'en serait plus importé aucun '. Au mois d'août précédent, les délégués de la Virginie et le congrès provincial de TAmérique septentrionale avaient pris la même résolution*. En 1780, la Pensylvanie avait pro^ DODcé la liberté des nègres nés postérieurement à la déclaration de rindépendance ; peu après , les États du nord et du centre défendirent d'en introduire de nouveaux. Mais que faire de ceux qui arrivaient en contrebande.' Le parti le plus juste parut de les rendre a l'Afrique. En conséquence, les Américains, après plusieurs tentatives, fondèrent en 1816, sur les côtes d'Afrique, la colonie de Libéria , pour y placer les affranchis des États- Unis.

Néanmoins, le commerce des esclaves s'accrut démesurément après la prohibition ; et l'on évalue aujourd'hui encore à cent cinquante mille au moins le nombre des Africains enlevés chaque année à leur pays. Les deux tiers périssent avant d'être

' Journal qfCongre$$, 1. 1, p. 33.

* PrrKm's l/ijtory,t. I, ap. n^ 16; JoNB'ftDtf/eiu. o/Hivol., p. 145.

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udlisés dans les ocrfanies , où ils multiplient beaucoup ; mais la mortalité est toujours très-grande parmi eux. Des faits époufantables ont été révélés dans maintes protestations dont la tribune anglaise a retenti par philanthropie ou par raison d^Êtat Plu* sieurs nations ont assimilé la traite à la piraterie ; et la Grande^ Bretagne^ F Autriche, la France et la Russie, mettant taidivement à exécution ce qui avait déjà été proposé au congrès de Vienne, conclurent, le 20 septembre 1841 , un traité potir empêcher la traite. L'Angleterre , qui en avait fait un crime capital en 1817 , établit une croisière sur lesc6tes d'Afrique pour capturer les bâtiments négriers, sous quelque pavillon que ee filt, et mettre les équipages en jugement. La conséquence en fot le droit de visite; mais les autres gouvernements, y vojrani mie suprématie usurpée par Cette puissance, s*y opposèrent de toutes leurs forces. Lbs États-Unis, jaloux de leur indépendance, se sont toujours soustraits aux mesures préventif es ainsi qu'à la visite ; et les difficultés de répression ont laissé depuis subsister œ traQc«.bien qu'il soit déclaré piraterie*. L'£spagne tolère aussi la traite , autant que le lui permettait les principales puissances maritimes; mais elles ont eontraiot le Portugal à l'abolir, et à anéantir par là ses factoreries da Congo, qui en vivaient

Le remède radical contre la traite sera l'abolition de l'esclavage t et l'humanité devra encore ce bienfait à la politique de l'Angleterre. Un ami de Wilberforce, Fowel Buxton, soumit cette question aupariement en 1823 : il y expliqua de quelle manière l'affranchissement graduel avait été fait dans quelques parties des États-Unis. Mais il n'obtint qu'un certain nombre d'améliorations, telles que l'instruction religieuse et des écoles pour les esclaves; leur admission à tester dans les affaires civiles ou criminelles; la faculté pour eux de se racheter à imprix raisonnable^ de posséder et de transmettre leurs propriétés; la lé*

> Lm Élits^-UDis en 1820, el PAngleteirc en 18H, déciderait ^m U traite serait assimilée à la piraterie , et punie de mort. Ces principes fiirpirt adoptés par la plupart des États européens, dans les oongris de Vieiuie et de Vérone. (AM.R.)

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gitimation de leurs mariages, Tobligation de ne pas séparer les familles lors des ventes; un adoucissement à l'autorité des mal* très , et plus de régularité dan&Ia justice.

Ce pas fait ne contenta personne. Mais, en 1831, le gouTer<> aement prononça la libération immédiate de tous les esclaves de la couronne, et créa des magistrats protecteurs. Enfin le gonvemement, sans s'arrêter devant les plaintes des colons, fit décréter l'abolition de l'esclavage dans les colonies occidentales pour le 1*^' août ta34, sous la condition d'un noviciat de quatre ans pour les esclaves domestiques, de six ans pour les cultivateurs, en lep obligeant de continuer en atteqdant à travailler pour leurs maîtres , sans que l'on pût exiger d'ei^x plus de quarante- cinq heures de travail par semaine. Vingt millions de livres sterling furent affectés à indemniser les cor loQS, à raison de trente-cinq livres par tête; et )e nombre des esclaves s'élevait à sept cent mille.

Les injustices invétérées ne s'extirpent pas sans qu'il en coûte, et sans qu'il faille se résigner aux maux qui suivent toujours la cessation du mal. En effet , outre les énormes dépenses du trésor, les terres du domaine public restèrent improductives, et beaucoup de propriétaires furent ruinés. Les nègres ne tin? rent pas compte du bienfait, ou ils en abusèrent; et ils considé? vèrent comme un privilège de la liberté de se livrer à la fainéantise , comme les maîtres. Le commerce déclina à ce point, que le gouvernement britannique fut réduit à payer six millions de francs par an à ses bateaux à vapeur qui faisaient le trajet des Antilles, et à protéger, à l'aide de troupes nombreuses, les colons 0uropéens contre les nègres affranchis.

Les bras manquant partout, il fallut y pourvoir jusqu'à la transformation complète de la méthode de culture; on y suppléa en transportant d'Afrique des travailleurs volontaires, et ep favorisant les émigrations d'irlandais et d'Écossais. 11 surgit une foule d'abus dans la pratique , lorsqu'il fut question d'exéf euter l'acte du parlement, ce qui détermina les législatures locales à préférer Témancipation immédiate et générale atix mesures partielles et préparatoires. L'émancipation fut pronon^ cée le 1^' août 1837, au milieu de fêtes religieuses; et sept ceal

384 LES NÈGBES.

miUe êtres privés de leur liberté redeTÎnrent homines, sans que les colonies fussent bouleversées. Depuis lors, les mariages remplacent la promiscuité, les bons sentiments reprennent leur empire ; et les noirs affranchis , qui se livrent à la culture et an commerce de détail , recherchent et se procurent les petites aisances de la vie.

Robert Peel, qui n^était pas favorable à rabolitîon de Tesdavage, rappelait pourtant , depuis, « la réforme la plus heureuse dont le monde civilisé puisse offrir Texemple; ».et lord Stanley disait au pariement ( 22 mars 1842 ) : « L^efiet de cette grande « expérience a dépassé toutes les espérances des amis les phis • zélés de la prospérité coloniale : non-seulement le bien-être « matériel de chaque tie s*est grandement accru , mais il y a eu « progrès dans les habitudes industrielles, perfectionnement « dans le Sjrstème social et religieux ; les qualités du cœur et de « Tesprit , bien plus nécessaires au bonheur que les objets ma- « tériels de Texistence, se sont développées chez les indiridas. »

Mais la traite n'en continuait pas moins, et semblait redoubler d*ardeur: Une société puissante se fonda à Londres en 1839 pour la combattre, en faisant pénétrer la civilisation en Afrique. Elle acheta des bateaux à vapeur qui remontèrent les fleuves, conclut des traités avec les chefs noirs, et n'épargna rien pour stimuler chez eux des idées d'humanité fort inconnues. Mais tous ses efforts échouèrent; elle y dépensa en pure perte plus de trente millions ; si bien qu en 1838, Tannée même de rémancipation, qui coûta cinq cents millions à TAngleterre, la traite se fit plus largement que jamais, surtout par Tentremise des Portugais; on compta, cette année-là, jusqu'à cent cinquante mille esclaves vendus en Amérique, et cinquante mille sar les marchés mahométans.

Les constitutions de l'Amérique du nord ne font aucune mention de droits politiques en ce qui concerne les esdaves. Jjes droits civils leur sont refusés , ils ne peuvent faire de contrat valable ; cette prétention entraîne même parfois un châtiment. Quant aux droits naturels , ils varient : les noirs sont considérés comme choses et comme propriété mobilière à la Caroline, immobilière à la Louisiane; il est en conséquence défendu de les

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instruire. l>aiis de certains États, le maître qui leur donne les eonnaissances les plus élémentaires est passible d'une peine. Ils ne peuvent fuir, attendu que, dans les États même où l'esclavage est aboli , les fugitifs sont repoussés et livrés *. A la Caroline, il est permis de les prendre et de les fustiger; dans la Louisiane^ de tirer sur eux. La pénalité diffère ou maître à Tesclave. Le blane qui blesse un nègre est passible d'une amende de quarante scheUings; l'esclave qui blesse un homme libre est puni de mort. Le nègre , n'ayant pas de propriété, ne peut être puni d'une amende; le retenir prisonnier, œ serait faire tomber le châtiment sur le mattre seul : il ne reste donc que la mort, en payant au maître la valeur du condamné. Or, le mattre préfère le châtier lui-même sans frais et sans perte de temps. Ainsi, contrairement à toute bonne législation, ils ne sont pas jugés parleurs pairs, d'après des lois positives, portant des peines déterminées; ils restent à la discrétion de l'offensé.

Le code le plus récent des États-Unis, celui de la Louisiane, qui date de 1825 , attribue (art. 226 ) aux enfants illégitimes le droit de rechercher leur père , pourvu qu'ils soient libres et blancs ; les jeunes mulâtres ne peuvent exercer cette recherche que parmi les hommes de couleur. Les esclaves, dit Tart. 461, bien que propriété mobilière de leur nature , sont tenus pour immeubles , par disposition de la loi. Les petits des animaux et les enfants des esclaves appartiennent au propriétaire de la mère , par droit d'accession ( § 442 ).

La démarcation est aussi profonde dans toute l'Amérique du nord, entre les blancs et les hommes de couleur, qu'entre les différentes castes de l'Inde. Quelque riches qu'ils puissent être, la loi leur interdit d'avoir une voiture ; certains vêtements leur sont défendus. Dans les cafés, dans les théâtres , sur les bancs des églises , ils sont obligés par l'usage de se placer à Técart. Bref, ils sont partout traités comme des êtres d'une nature inférieure, et l'on en donne pour preuve ou pour excuse leur naturel malfaisant.

Personne, dans ces contrées, ne s'indignera de voir des nègres

I Cela fatconCrmé de nouveau en 1850.

conduits sur le marché. Des chrétieiis, des républicpins font acheter de petits esclaves , pour les élever et les revendre à gros bénéfice, comme faisait le vieux Caton. Ceux-ci les louent à à» tailleurs, à des cordonniers , à des cochers ; ceux-là laissent à leurs noirs 1^ liberté d^aller ramasser de Targent coqime ils peayent, pourvu que le soir ils rentrent au logis avec une piastre oo deux. Mais la condition la plus rude est celle du noir cultivateur : Tesdavage aux États-Unis est encore de fait aujourd'hui ce qu'il était il y a un siècle dans lies colonies européennes; l'esclavage , dans ce pays si fier de sa liberté , offre encore aujourd'hui le même cortège de sévices et d'horreurs. Le noir, sur aucune terre, n'a peut-être plié sous un maître plus méprijHUit, plus inhumain que ne l'est le répuhlieaii) de la Carotine, de la Floride ou de la Louisiane,

Les lois ont essayé , dans quelques États, d'apporter ua palliatif à l'excàs de ces misères; mais l'ignorance pu l'escUve est tenu fait qu'il les ignore , et le maître s'eflobarrasse peu de Té- (clairer à cet égard. L'oppression sous laquelle il a vécu depuis SA naissance lui persuade qu'il est d'une nature inféneure, voué à la peine et à robéissance. Il n'y a que l'excès du mal présent qui le jette dans Ja rébellion : alors il s'enfuit dans les forêts , fait une guerre mortelle aux blancs , tue, incendie, empoisonne; des chiens dressés pour la chasse de ces esclaves fugitifs sont lancés à leur poursuite, et mettent en pièces eeux qu'ils peuvent saisir.

Cependant l'esclavage tend à diminuer dans la plupart des ^tats de l'Union par l'influence des idées religieuses, par l'œuvre de quelques sectes qui s'y consacrent entièrement; par les progrès de la civilisation , qui font rougir un peuple libre de tolérer ce régime barbare , et par la conviction que les États où l'esclavage a été aboli ont accru leur prospérité, en arrachant à l'oisiveté la portion la plus intelligente des habitants, c'està-dire les blancs. Mais on discute encore sur les moyens d'en sortir. On a proposé de racheter les nègres aux frais du tiésor; mais le recensement de 1880 en portait le nombre , dans toute l'Union , à deux millions neuf raille : ce serait donc une dépense de cent millions de francs, en ne les évaluant qu'à cent dol-

Lss nioRfis. SA7

Jars par tête. Combien ne serait-il pas dangereux en outre dé placer tout à coup cette population, aigrie par de longues souffrances f à côté des anciens oppresseurs ! Le conseil de JefTerson, qui proposait de les installer stir un territoire à part ^ aurait créé deux sociétés hostiles , et apporté aux Étàts*Unis un mal dont la nattire les a affranchis, le voisinage d'ennemis dangereux^ Les transporter de nouveau en Afrique coûterait immensément. D*ailleurs, dans les États du sud, toutes les fortunes reposent sur le travail des esclaves ^ et nulle Indemnité ne saurait en compenser la perte. Reste à déclarer libres ceux qui naissent : mais si cette mesuré diminue les inconvénients , elle ne les détruit pas ; car les pères sentiraient plus vivement le poids de leurs chaînes, etTénormité de l'esclavage en ressortirait davantage, quand il pèserait sur les pères en épargnant les ëofknts.

A Saint-Domingue , cette tle si florissante sdus les Français, les deux races , depuis le moment de raffranchissement , sont restées en présence , déplorablement armées l'une contre l'autre. Mais outré les inimitiés de couleur, on y trouve aussi celles de religion; et en 1843 Tégalité des cultes ayant été proclamée, les Espagnols naturalisés protestèrent les armes à la main, ne voulant d*autre religion que le culte catholique; ils ont fondé la république dominicaine^ qui a été attaquée, à diverses reprises, par les chefe du gouvernement d'Haïti.

L'esclavage a toujours été moins pesant dans lés colonies espagnoles , où l'influence du clergé a grandement adouci la sévérité des maîtres, et contribué à rendre les esclaves meilleurs. Lorsque les Américains du sud eurent recouvré leur indépendance , ils eurent recours à mille moyens pour arriver à détruire ce fléau, et pour le rendre, en attendant, le moins dommageable possible. H fut décrété ( i83t ), dans la Colombie , que les entants à naître des femmes esclaves seraient libres , et que les maîtres nourriraient et vêtiraient ces enfants, qui , en retour, les serviraient jusqu'à l'âge de du-hkiit ans. lA traite fut défendue, ainsi que Timportation de nouveaux nègres dans le pays. Il fut établi un fonds pour racheter les anciens, et une commission chaînée d'en délivrer un certain nombre aux anniversaires de la liberté nationale.

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Aa Mexique, tout bâtiment portant des esclaves est confisqué, et les capitaines punis de dix ans d^mprisonnement. Dans le Guatemala , on a prononcé Fabolition de l'esclaTage , et kt maîtres ont refusé Tindemnité qui leur était allouée.

L'esclavage subsiste dans les colonies espagnoles et portugaises, quoique mitigé par le catholicisme, et par le zèle qu'apportent les curés à donner l'enseignement aux nègres et à favoriser les mariages. A la Havane , la traite a été défeodue sous peine de dix ans de galère ; et l'on décréta que l'habita* tion sur laquelle il serait trouvé de nouveaux nègres serait confisquée ; que les esclaves recouvreraient leur liberté après m apprentissage de quatre années» C'est dans ce pays pourtant que la traite a le plus d'activité. Le terme de l'esclavage daas les colonies françaises avait été fixé, par une loi, à 185S ; eUe avait prescrit des mesures préparatoires à rémancipatlon ; elle avait conféré aux noirs le droit de posséder, de se racheter. Mais la révolution de 1848 est venue brusquer les choses, et un décret du gouvernement provisoire y a aboli l'esclavage sans transition.

Dans ces pays même où l'afiranchissement existe ou se prépare , le préjugé de couleur subsiste , et le blanc ne supporterùt pas l'égalité avec l'ancien Africain. Les deux races vivent distinctes, non-seulement au tribunal , mais au théâtre, dans le temple, dans les prisons; elles sont séparées même dans les cimetières. Le temps seul pourra efl^cer, non pas cette aristocratie empreinte sur la peau, mais faire disparaître la race étrangère par le mélange du sang'. Le temps seul aussi parviendra à vaincre l'orgueil des blancs , et leur obstination à suivre les vieilles méthodes , qui exigent plus de force que d'intelligence. Le respect pour la nature humaine leur persuadera que la Providence n'a pas donné à une terre le privilège de certains produits, pour les payer avec le sang humain; qu'elle n'a pas fait

' Macaulay disait cependant à la chambre des communes , en mars 1844 , qu*au Brésil la religion surmonte ce préjugé; car on y voit souvent un blanc aj^cnoiiilté devant un confesseur nègre, et les bluicset es noirs communier ensemble.

rboinnie pour les seules jouissances matérielles ; que l'homme est an être intelligent, dont le bien suprême est la dignité.

L'introduction de la civilisation en Afrique sera tme barrière puissante contre la traite. La colonie de Libéria y prospère , et un nègre de cet établissement dirige en ce moment une habitation modèle au confluent du Niger avec la Gadda. Les noirs aUrancbis de FAmérique envoient des fonds pour soutenir lés missions dans Tintérieur de l'Afrique ; les princes de cette contrée commencent eux-mêmes à comprendre qu'Us auront plus de profit à faue travailler les vaincus qu'à les vendre. Il résultera de là une espèce de servitude de la glèbe, qui sera un acheminement au travail libre. On a calculé même que la seule huile de palmier produira à l'Afrique plus que la traite. Aux missionnaires chrétiens il s'en joint maintenant de musulmans , qui, partant de la capitale de TÉgypte, traversent l'Afrique jusqu'à Tombouctou, et qui, descendant le Pîîger, établissent des mosquées à cdté des églises.

La Perse , la Turquie , l'Egypte , les autres pa)'s mahométans, conservent des marchés humains ; les Arabes de cette lisière du Sahara, qui s'étend de Tripoli à Geuta, continuent à tirer, comme le faisait Carthage , des esclaves noirs du pays des Garamantes. I«es caravanes égyptiennes qui fréquentent le Darfoiir en acliètent , les échangeant contre du sel , du tabac , des figues, des étoffes, des cornalines. La ruine imminente de l'empire ottoman favorisera aussi de ce côté Fémancipation ; et déjà la Grèce, rendue à la liberté, a prononcé des peines très^ sévères contre la traite : il est vrai qu'elle se fait encore sous pavillon turc.

La résolution prise par le bey de Tunis d'abolir le marché aux esclaves, et d'affranchir ceux qu'il possédait, est un fait très-important. Quand l'imam de Mascate, en guerre avec les Égyptiens, réclama l'assistance des Anglais , il dut abolir la traite; mais elle eoutinue avec activité à Madagascar et dans la Malaisie.

I/Angleterre conserve , dans ses colonies d'Orient, non-seulement l'esclavage, mais même la traite : aussi ses rivaux le lui reprochent ils , comme une preuve qu'elle n'a proclamé l'éman-

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cipation en Amérique que parce qu'elle peut produire , à VniAt des machines, ce que la» autres n'obtiennent qu*à force de bras, et parce qu'elle a besoin de trouver dans les colonies un débou* elle à l'excédant dé sa population , bien certaine que la ruine des colonies rivales tk>ba fera que prospérer davantage celle? qu'elle possède en Asie. Mais si l'esclavage dans les Antilles csi une institution civile , il eat dans TOrient une institution religieuse inhérente à la société ;)Bt son abolition n*atteindraitpas là seulement un petit nombre de isolons , mais cent cinquante millions de naturels.

On songea aussi, énvk le c^èngrès de Vienne, à délirrer la Méditerranée des pirateries des croiseurs barbaresques.

L'Afrique septentrionale tend à devenir de plus en plas on appendice de l'Europe. Placée entre la Méditerranée, l'Atlantique et le désert , tsUe touche presque à TËspagne ; à l'est du cap Bon, elle a la Sicile en vue; le èap Rotige s'avance vers la Sardaigne. Les Maures qui rhabitentn'ayant jamais cessé de eoorir sur les bâtiments européens et d'infester les côtes de la Blêditerranée, les Espagnols dirigèrent souvent contre eux des expéditions, et les chevaliers de Malte, ceux de Saint- Étiome, et d'outrés encore , se proposèrent j^ur but de les réprimer.

On comptait à Alger, en lG23v trente^tnq mille chrétiens, et , en outre, deux mille familles de Maures chassés d'Espagne, et six mille renégats , c'est-à-dire qu'ils formaient les trois quarts de la population de cette ville. Sa marine se composait, en 1588, de trente-cinq galères, dont quatorze seulement appartenaient à Alger, vingt à des renégats européens '.

Ces États, connus sous le nom de Barbaresques, violaient toutes les lois des nations : ils né respectaient le pavillon d'aucune puissance, et donnaient la chasse aux bâtiments qui pa^ couraient la Méditerranée, [tour enlever les hommes et les femmes; ils n'étaient rendus que nioyéfirtant une grosse rançon , faute de quoi où les réduisait en esclavage. L'Europe « résigna longtemps à payer un tribut a ces barbares , pour lesr faire ^respecter ïe\ du tel j^avillon. De temps à autre, queiqu*

• Âfriqwc Ultutrcêf par Cramage.

puissance leur faisait la guerre^ pour les châtier plutôt que pour les anéantir.

En ISOGjes Anglais proposèrent au dey d*Alger de leur céder eelte régence contre une pension annuelle de onze mille livres sterling : c'était en vue de s'en faire un appui pour Malte ; mais le dey n'écouta pas ces propositions. Le blocus continental accrut Taudace des Barbaresques« La paix étant venue , TAngleterre fut chargée par le congrès de Vienne de négocier l'abolition de Tesclicvage des chrétiens. Elle s'en acquitta mesquinement, et négocia des rachats , au nom de Naples et de la Sardaigne. Résolue enGn à s'affranchir de ce honteux tribut , elle envoya lord Exmouth dans ces parages, pouï* exiger la déli\Tance des chrétiens sans rançon, et mettre un terme aux entreprises des corsaires barbaresques. A son apparition-, Tunis et Tripoli «ffrayées s'engagèrent à respecter le pavillon chrétien. El-H ussein, dey d'Alger, temporisa, sous- prétexte de soumettre le cas à la décision du Grand-Seigneur; mais à peine l'amiral euC-il repris la mer, que les prisonniers furent en butte à de nouvelles cruautés. Lord Exmouth revint alors-, et bombarda Alger, qui» après avoir vu incendier sa flotte , se résigna à traiter (septembre 1816 ) , abolit l'esclavage des chrétiens, et rendit les Européens capturés pi^r ses corsaires. Il se trouvait à Alger mille esclaves dirétiens , et quarante-neuf mille dans tous les Ëtats barbaresques.

L'Europe inscrivit ce triomphe dans les fastes de la Sainte- Alliance; mais ce ne fut qu'un succès éphémère, car ses décrets n^empéchèrent pas la piraterie de continuer, jusqu'au moment où l'insulte, poussée à l'excès, amena la prise d'Alger par les Français.

Le Maroc, qui a des côtes très-étendues et des relations fa* elles avec rinténeur, redoutait peu les menaces des puissances 9 aussi les insultalt-il audacieusement, et les traités de l'Europe avee cet empire étaient autant d'humiliations. Venise lui payait cent mille livres par an. L'Autriche n'ayant pas voulu comi<> nuer à subir ce tribut, les Marocains prirent un de ses bâtii iiieots. L'escadre qu'elle envoya alors sur ses côtes y croisa quelque temps sans résultat : ayant enfin perdu beaucoup

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