COALITION. — CAMPAGNE DE SAXE
L'impératrice abandonna la capitale (29 mars), conformément aux ordres de Napoléon; mais , depuis la Ré?olutioQ, Paris était la France. Tous tremblaient de voir les désastres de Moscou vengés sur cette capitale, et Marmont fut poussé à signer une capitulation (81 mars). Les alliés y firent alors leur entrée sans commettre de désordres, sans exiger de contributions. ^
Le sénat se rassembla ; la déchéance de Napoléon et des sieos y fut prononcée, et les alliés déclarèrent qu'ils ne traiteraient plus avec lui (3 avril).
Napoléon aurait pu se sauver encore , après rentrée des ennemis en France , même après roccupation de Paris , ai organisant une guerre populaire; mais les sacrifices qu'elle exige ne s'obtiennent qu'au prix de concessions , et Napoléon aina mieux céder le trône à des rois que de traiter avec les peuples. Despote comme les empereurs romains, il tomba comme eui,
« à remploi de ces moyo» désespérés qni avalent tant foit ans « de la Révolution , et que PEnrope avait empruntés et tournés eooln « lui. N'ayant de foi qu'à la science et à la force organisée , il k « consentit à une levée en masse qu'à la dernière extrémité : Il anB « cru mieux faire avec un débris d'armée et son génie. II était s^é « par les souvenirs de sa vie passée , et y avait pris lliabitude In- « corrigible de compter toujours sur des prodiges. Le temps des pro- « diges, en effet , sembla un instant revenu dans cette campagne de « 1814. Dans la période d'un mois comprise entre le combat de « Brienne et la fatale prise de Solssons , on retrouve tout entier le « général de Gastiglione et de Rivoli ; c'est la même guerre qui onrre « et qui clôt sa carrière. Faire tète encore à des forces triples , sup- « pléer à tont par la soudaineté de la pensée et de l'action , séparer « les corps ennemis, les frapper coup sur coup , et, à défaut de forées « suffisantes , les envelopper de son mouvement : voilà ce qu'otfreat « de commun ces deux campagnes. Mais si Ton met en regard les cirm constances; si l'on se dit que , dans la dernière, Pempereur n'oppo- « sait plus qu'un reste d'armée épqisée à un ennemi encouragé par « la victoire , et qui a?ait profité de ses défaites depuis le temps de « Wurmser et d'Alvinzi, on comprendra les préférences de ecn\ qui « citent la campagne de France comme le plus grand fait militaire • «le Napoléon. Cependant l'empereur y ré|)éta par moments ce q«Tl
lES ALUiS EN niANCB, 321
à la merci d'une armée. Soult, qui défendait encore la ligne des Pyrénées, livra bataille aux Anglais aux portes de Toulouse (10 avril); dernière protestation, quoique malheureuse, du drapeau tricolore. L*ennemi envahit encore le territoire de ce cité, et y trouva des partisans.
Ce fut h qui jetterait la pierre à celui qui venait de tomber; à qui lui reprocherait l'oppression de la pensée , la ruine du commerce, la perte de la liberté, rabaissement de la France , qui s'était confiée à lui prospère « maintenant foulée aux pieds par les chevaux des Hongrois et des Cosaques. Les alliés avaioit déclaré que Napoléon était le seul obstacle à la paix : on alla lui demander son abdication dans ce même palais où naguère il retenait Pie Vil prisonnier. Protestant donc qu'il n'y avaii point de sacr\fice personnel, même celui de la vie, gu^ii nefûl prêt à faire pour le bien de la France et pour la paix du monde, l'empereur abdiqua les trônes de France et dltalie, en se réservant la souveraineté de l'Ile d'£lbe. 11 stipula
venait de faire en Saxe contre son propre système, en confiant des coq» trop importants à des maréchaux paralysés par Texcès des btigues et la lourde responsabilité qnMl mettait sur eux. La manœnvre de Temperenr sur Saiot-Dizier fut une Inspiration pleine d*aiidace : il pouvait rappeler Pennemi en arrière, en s'élablîssant sur sa ligne de retraite, en ralliant les garnisons dn Rhin, en amiant les populations de la frontière; mais elle s^exécuta trop tard quand rennemi toiiclialt aux portes de Paris. Ce beau mouvement de rempereur lui enleva la dernière chance d*une bataille sous les Buars de la capilaie. Trompé sur les effets de sa manœuvre, il revint en li&le sur ses pas ; mais il arriva de quelques heures trop tard. La ville avait capitulé.
a Était-il an pouvoir d'un homme de changer encore la face drs événements? Restait-il à tenter une dernière épreuve des armes après Poccupatfon de Parts? Napoléon se le persuada encore : il rallia son armée, couvrit Fonlainehteau , et allait demander un arrêt définitif à la fortune, quand la défection de Tun de ses maréchaux lit tomber cette dernière illusion. Marmont livra ses positions à rennemi f et rempereur» atterré par ce coup sans remède , pencha la tétc, et ae résigna pour la première fois. >• (Am. RÉiNÉc , ari. Nai*oléon , de VEnajc, des gens du monde, )
822 tOALitiON. — CAICPAGIIB DS &AXfi.
en outre le duché de Parme et de Platsaoee pour Marie-Louise, deux millions de rente pour lui, un pour Joséphine, on établissement hors de France pour Eugàie : il ne paria pas des peuples.
Son dernier adieu ne s'adressa pas à la nation, mais à ran&ée: « Soldats, dit-il, nous avons combattu vingt ans ensemble; « j'ai été content de vous , et je vous ai trouvés toujours sur le « chemin de l'honneur. Toute l'Europe s*est armée contre « moi; j'ai été trahi par ceux dont j'aurais dû Tattendre le « moins. La France a voulu ehanger de gouvernement. Avee des « soldats tels que vous , j'auraië pu tHompher; mats j'abhorre « la guerre civile. Que mon intérêt cède à celui de la tranee! « Je pars; conserve^ votre foi au nouveau prince. De mephi- « gnez pas; je serai heureux, si je sais la France beaiean; « j'écrirai les grandes choses que nous avons faites ensemble. • Puis il les embrassa tous dans U personne de leor général, et donna un baiser à l'aigle du drapeau : « Adieu , camarades, « ajouta-t-il; mes vtibux vous suivront toi^jours; ne m'Oublies « pas! »
Les soldats pleuraient; mais les sentiments du peuple avaiciit tellement changé , qu*en se rendant au port où U devait s'embarquer, il fut contraint de se déguiser pour sa soustraire à la fureur des populations.
Le gouvernement provisoire hésita entre les différais partis qui s'étaient reformés h la chute du maître. La fiidioii r^ blicaine vivait encore; mais falleyrànd, qtti avait ëit| à b nouvelle de l'expédition de Bussie, Cest le commencemaU de la fin, sut faire prévaloir ses vues. D'accord aVec P0220 di Borgo, il fit circuler le nom des Bourbons^ à qui les rois alliés songeaient peu, 6t le peuple encore moins. Le séhat discota une constitution impro>dsée sous les baïonnettes ^ mais qui |^rantissait les libertés refusées jusque-là; et les Bourbons, à qui la France était rendue , grâce au concours d'anciens jaeobios, se firent précéder par des proclamations, hésitant entre la nécessité de promettre et le datiger pour eux de promettre trop.
BOYAUMB B'iTALIB. 323
nOYAUBfB D'ITALIE.
Ce fut une belle eréatioo de Napoléon que le royaume d'Italie, quoiqu'il inaiiquât de cette unité et de cette grandeur que Ton espérait de son indomptable volonté, quoique le peuple n*y fût ni consulté ni compté, et que la France eût flni par resservir. Napoléon n'avait pas eu besoin de modifier la eonstitutioo républicaine donnée dans |a consulte de Lyon; elle se trouva monarchique, rien qu'avec un changement de nom. Quelques-unes des garanties obtenues à Lyon furent confirmées; les deux couronnes furent déclarées distinctes (Napoléon seul devant les réunir jusqu'à ce que tout péril eût cessé), puis héréditaires en ligne masculine, ou transmissibles à un fils adoptif , pourvu qu'il fût citoyen français ou italien. La consulte avait demandé que la religion catholique, l'intégrité du territoiref la liberté politique et civile, l'irrévocabQité des ventes nationales, fussent garanties; qu'il n*y eût d'impôts établis que par une loi ; que les nationaux seuls fussent promus aux emplois : mais Napoléon ne s*occupa point de satisfaire à ces vœux.
Les Italiens, avec cet enthousiasme qui souvent n>st que l'expression de l'espérance et s*évanouit avec elle, s'empresliraDt de construire des arcs de triomphe avec ce qui avait été des aibres de liberté. Napoléon régla tout, jusqu'aux affaires des théâtres. U se rendit à Milan, où se renouvelèrent les pompes du eoufomiement. En ceignant, dans la cathédrale de cette i411e (|6 mai 1806) , la couronne de fer « pour la retremper et la raffermir, » il dit : Dieu me Pa donnée, malheur à qui ia toucherai mot qu'il voulut perpétuer en l'inscrivant sur la croix d'un nouvel ordre de chevalerie. Il ouvrit en pcrsoime le nou?eau oorps législatif, et désigna pour vice-roi Eugène Beauhamais, son fils adoptif, qu'il était assuré de trouver soumis et médiocre, et qui n'eut pas l'art de se faire
32*1 BOYAUME D^ITALIB.
aimer. Il imposa au pays le code civil français , puis il ordonna de préparer un code pénal et un commercial ; mais il coD|ia court aux discussions et aux travaux d'examen, en faisant traduire les codes qu'il avait donnés à la France. Les jugeoioits furent publics , mais sans jury ; et les commissions spéciales ne furent pas épargnées. Le mont Napoléon consolida la dette publique; les bommes les plus distingués furent appelés dans le sénat, destiné à figurer comme représentation d^apparat, plutôt qu'à, exercer une action modératrice. Le tribunat et les censeurs de la constitution n'étaient que de simples titres. Le corps l^slatif des jeunes et des anciens dut voter en silence. Il se hasarda un jour à faire une objection ; Napoléon entra en courroux , et dit que « vouloir le faire céder, ce serait vouloir faire reculer la lune; ^ et il leva la séance '. Les Italiens comprirent par là ce qu'était la constitution. Mais quatre routes ouvertes à travers le Simplon , le mont Cenis , le mont Genèvre et le col de Tende, réunissaient le pays à Tempire; une eoor splendide, des ministres magnifiques, des ambassadeurs, nn institut, des écoles spéciales, des cérémonies fréquentes, des constructions grandioses, apportèrent à Milan un &ste qui Msait oublier la liberté.
* Il écrivit de Boalogae, an mois d'août 1805, au président da eonn lé^ldatif do royaume d'Italie : • Honsiear le président Taverna, je reçois votre lettre du 1*' août, au nom du corps législatif. Les assnraaces de son attachement me sont d'autant plus agréid>les que sa coadnile m'a démontré qu'il ne marchait pas dans la même direetkm que bmî » qu'il avait d'autres projets et d'antrss vues que moi. J'Sai pour principe de me servir des lumières de tons les corps intemédiainn, soit lécit* latifo, wH mème^oHéges, tontes les fois qnlls auront la oièma tendance que moi; mais toutes les fois qu'ils apporteront dans lenrs dâi- . bérations un esprit factieux et turbulent , ou des projets contraires à ceux que je puis avoir médités pour le bien ou la prospérité de n» peuples, leurs eflbrts seront impuissants. Il ne leui restera que Is bonté, attendu que, malgré eux, j'accomplirai tous les foutes les opérations (|ue paurai crues nécessaires à la marche de Rouvemement, et k la grande idée de reconstHner et d^oslrcr H royaonie (Titalîe. »
BOYÂUMB D*lTALt]L 89S
Ce qo'îl y avait smtoot d'important pour Napoléon dans Je nooTeau royanme, c'était la eonacription. Le but du voyage qii*il y fit lut entièrement militaire , et il organisa des corps de réserve sur le Pd et sur TAdige , comme des flottilles sur la mer (1805).
Il y reparut de nouveau en 1807, et questionna dans ses visites beaucoup de gens, avec sa brièveté impérieuse, s'informent des besoins des villes en passant « mais s'occupant peu d'y satisftire.
« Par la paix de Presbouig (80 mars 1806), disait Napoléon, « j*ai repaie le mal que je m'étais vu forcé de faire aux pauvres « VénltieDS h Campo-Formio et à Lunéville , en les délivrant du « joug allemand ; et ce peuple bon et doux se trouvera satisfiôt • dese voir réuni à ses compatriotes. 9
La eonstitntion de Lyon fut étendue aux provinces véni* tiennes; les routes et les ponts %'y multiplièrent comme dans le reste du royaume, et les eaux y furent réglées de la même h^oa. Mais n Padministration procédait régulièrement dans randenne Lombardie, déjà habituée à obéir et à payer, il n'en était pas ainsi dans les pays nouveaux , accoutumés à un gouvernement faible et à des impôts très-légers. Quand Napoléon se rendit à Venise (1807), il y trouva ce qui pouvait le mieuii: lui plaire : le spectacle d'une grande force maritime; il donna beaucoup d'ordres relativement à la sûreté et à la prospérité de cette ville. Il lui accorda la franchise de son port, et commanda des travaux hydrauliques pour en protéger l'entrée. Mais Venise, qui avait repris quelque activité sous l'Autriche, se voyait enlever tout commerce par le blocus continental. Le trafic des verroteries, sa principale industrie, était anéanti ; les biens nationaux avaient été dévolus à l'État ou à des étrangers. Les impdtÉ paraissaient tellement lourds , qu'un grand nombre de pelita propriétaires abandonnaient leurs immeubles , dont l'administration passait aux municipalités.
En 1808 , Napoléon réunit an royaume d'IUlie les légations
de la Romagne , qui formèrent les départements du Métauro ,
du Musone et du Tronto. Il dit à Paris à leurs députés : « J'ai
« vn les vices de l'adminisUation de vos prêtres : que les eod^
BIST. DE cnrr ans. — t. n. 2S
S36 BOTACHB D*rrALIB.
« siâsffques gouvernent les âni«s, qn^iJs «naeigiieBt U ÛMy « gie , et rien de plus. L'Italie est déehue depuis que les pié- « très ont prétendu la gouverner. J'ai à me louer de mondei^ « d'Italie et de France; mais si, dans vos eontrées, quelque « fanatique ou quelque ambitieux voulait employer rinàucnce « spirituelle pour agiter les peuples, j^ saurais le réprinter. >
Les légations trouvaient aussi d'une extrême pewntffiir les charges inaeeoutumées qu'elles avaient à supporter» ^ les cqbscrits se dérobaient en foule au service militaire. Eugène y lança une prodamation , où il disait : « Vous v4ni$ plaignes que « chaque décret promulgué dans vos départeoieats est une « charge nouvelle. Quoi ! nesavez-vous done pas tire ? Vous d^ « vriez voir, au contraire , qu'il n'y a pas un de ces décrets qai « ne soit pour vous un bienfiiit. »
Le Tyrol méridional fut aussi réuni « au beau royaume d'Italie, » dont les vingt-quatre départemeets embrassèrent ainsi soixante-dix-neuf villes, sur vingt-huit mille quatorze lieues carrées, et une population de dix millions sept cent mille bommes organisés h la française. A quelle époque les Italienaavajent-ils eu plus de motifs d'espérer?
Mais tout cela était donné, et non pas acquis. Napoléon codsidérait le pays comme subordonné à l'intârét de la France; il en détachait des portions à son gré, construisait et abattait des Ëtats , en même temps qu'il foisait espérer rindépendance à l'Italie, lorsqu'il lui naîtrait un second fils '.
A peine le royaume fut-il fondé , que la plupart des couvents furent supprimés, pour être abolis en totalité bientôt après; le gouvernement préleva sur leurs biens une somme destinée à terminer la façade de la cathédrale de Milan. Il diminua le
' « Napoléon voulait régénérer la patrie italienne , revoir les ïMem en une seule nation indépendante.... C'était le trophée înnBortelqi^ élevait à sa gloire... Tout était disposé pour créer la grande pslM italienne.,.. Napoléon attendait Impatleinnoent im second fibpoor le mènera Ronfle, leconronner roi dMtalie, et prodamer rindépwdiBM de ta belle péninsule, sous la légenee da prince Eugène. > Mémoires *fcWr à MottiUoiom.
■OTÂOMB D'ITALIB. 837
nonilNre des paroisses dans les villes, détermina celui des séimnarôtes, organisa militairement les lycées et les universités. L'imiformilé des poids et des mesures , ainsi que celle des mon* Baies, fut an moins décrétée.
La i^oîssaoce eicessive des préfets et les eodgences militaires troublèrent souvent ce bel ordre adonnistratif ; et la justice, reodoe avec ia poMicilé des débats et des îugemeiitSy fut entravée souvent par les cours spéciales et les lois miliulres.
£n 1805 , Grespiao , dans le département du Bas-Pô , s^étant révolté, fut mis hors la loi, et abandonné a la discrétion d'un colonel de gendarmerie; enfin, Tempereur daigna pardonner am rebelles, à la oonditioaque quatre cbe£i du complot seraient livrés; etil en fitexéenter deux.
En t809, l'arcbiduc Jean, après avoir soulevé le Tyrol, s'adressait en ces termes aux Itatiens : « Vous élea esclaves de la « France; vous prodiguez pour elle votre or et votre sang. Le « royaume d'Italie est une diimère ; la conscription, les charges, -• les servitudes de tout genre , voilà la réalité. Si Dieu seconde « Fempereur François, l'Italie redeviendra heureuse et respectée ; • une constitution, fondée sur la nature^tsur la vraie politique, « servira de barrière à l'Italie contre toute force étrangère. L'Eu- « fope sait que sa pafole est sacrée. Réveillez-vous, Italiens! « rapfyeles^ous votre antique gloire! » Quelques habitants de la Valteline se laissèrent entraîner, et prirent les armes. Un curé de Vallentelvi entré autres, nommé Passerini, crut, lorsque Napoléon avait promis l'indépendance, puis manqué à sa parole, qu'il suffirait d'un seul mot pour soulever les populations et leur f^bre rédanner leurs droits. 11 se mit donc, avec un petit nombre de prêtres et de paysans armés de fusils rouilles, de bâtons doreis au feu , à proclamer Tindépendanœ. Une poignée de soldais suffit pour réprimer ces mouvements, dont Técliafaud fit une justice rigoureuse.
Le budget du royaume alla toujours augmentant ; dans les dernières années, il montait à cent vingt millions. Cependant la plus grande partie était dépensée dans le pays pour Tentretien de Tarmée française. Prina, ministre des finances, était très-fécond en expédienls pour satisfaire les exigences croissantes de i'eaipe-
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BOYAUHB D*lTÂLn. t39
BcoO ; isekti de Pavie réunit le Jac de Gôme à rAdriatique. A mian , 1» fiiçade de la cathédrale fut terminée, et Ton com- ■MBça Tare de triomphe du Simplon. Une école de mosaïque tau instituée pour éterniser la Cène de Léonard de Vinci, qui dépérissait. Amîd fut chargé de confectionner, dans les fon* deries dé Parie , un miroir réflecteur de cinq pieds de diamètre ; et Canora, de sculpter le Thésée , destiné à orner la place Royale*. A Rome, un grand nombre d'édiflces publics furent dégagés » notamment le forum de Trajan , et Ton projeta le desséchemeot des marais Pontins. Alexûidrie, Gênes furent fortifiées , ainsi que les lagunes de Venise , où s'élevèrent les forts Malgbera et Bnmdolo ; Ancdne fut rendue inexpugnable. Tout cela se faisait dans un temps d^agitation , au milieu de guerres eontioueiles et d^efforts incessants.
Qoant au reste de Fltalie, Parme et Plaisance furent réunies à Tempire sous le nom de département du Taro. Lucques fut bouleTafsée en 1800 ,. et les conquérants qui s'y succédèrent la dépoailièrent de son argent et de ses armes ; enfin , elle fîit or* gaôîsée en république démocratique par Saiiceti • (1801). Lorsque Napoléon fut empereur, on ouvrit aux citoyens de cette république , comme d'habitude, des registres dans chaque pa« misse, pour témoigner du vœu public et réclamer une autre eonstitntion. Ce fut avec autant de liberté qu*iis demandèrenc pour souverain Félix Baciocchi, prince de Piombino, mari d'Élisa, sœur de l'empereur ( 1805 ), sous Tunique réserve d*étre esemptés de la conscription. Ainsi finit une autre république qui datait de six cent trente^neuf ans.
Massa et Carrare furent réunies, pour Tadminlstration, à cette |»rineipauté , ainsi que la Lunigiane, pour être érigée en fief ducal de l'empire. Les couvents , les établissements pieux et jusqu'aux simples bénéfices laïques , ayant été abolis par Tordre de Napoléon, cette petite principauté se trouva riche de
* Il a été porté à Vienne, ainsi que la Cène.
* 11 est prouvé qu'il fot payé en plusieurs fois à Saiiceti , de la main à la maio, par le trésor de Lucques, la somme de 6IS,7âO fr. C*ebt atnsi que se payait la liberté. Voy. Mazzakosa.
S30 BOYAOHB D'IT4LIB.
vingt mîHioiis. Avec ces ressources, la vive el spirilodle Êlia, qui était tout dans cette contrée , sut y en se résermit sa part, doter des hApitaux, secourir 1«!S pauvres et les infirmes , ouvrir des routes , encourager les beaux- arts et les études. De nouveaux collèges lurent fondés , ainsi qu'une académie qui commença rimportante publication des documents de lliikloire et Lucques. Un aqueduc fournit aux besoins de la ville; les lois pénales et la procédure furent réformées.
Par le traité de Lunéville , l'infant de Panne était devenu roi d'Êtrurie ; il mourut ( 27 mai 1 80S ), laissant un fils de quatre ans sous la tutelle de sa mère. Napoléon signifia au cabinet de Madrid qu'il avait l'intention d'occuper la Toscane , afin qu'elle ne servît pas d'appui aux Anglais. Charles IV se chargea de la garder lui-même, et y envoya 5,000 hommes; mais quand l'Espagne elle-même eut été envahie , la Toscane fut or^nisée à la française par le général Menou , puis attribuée h Élisa, qui prit le titre de grandc-dacbesse, et dmodonna Lucques, apiès y avoir résidé quatre ans.
Tant que son frère Joseph resta à Naples , l'empereur le tiaica en maftre, lui reprochant d'être mou, vain, irrésolu; de ne pomt savoir lever d'impôts, avoir une armée, reconquérir Gaete, et se préparer à une invasion de la Sicile. Il lui hidiquait les moyens de défendre son royaume avec peu de troupes, en les éclielonnant depuis Naples jusqu'à la pointe des Calabres. Il voulait qu'ail créât une grande place de^guerreau centre du pays, on le roi pourrait s'enFermer avec le trésor, les arcbives et les restes de Tarmée, et résister au moins six mois à soixante mille Russes et Anglais. Naples lui semblait peu propre à jouer ce rôle, outre qu'un roi étrangerne s'y maintient pas sans péril an milieu d'un peuple nombreux et naturellement hostile ; il pré* ferait Casteilamare , «t il voulait y dépenser cinq ou six miliîoin par an '. «
Joseph fut remplacé à Naples par Joaehim Murât, soldat de fortune, excellent dans une attaque, mais bien plus fait poar
• Lettres de Napolécm des 6 et 9 mars, 26 avril, 2 septembre ISC6, «ïécs par ruien, iiisLdu Consulat et 4c CJSmpire, lî?rc }i\S,
BOYAU &IE D*ITALIE. 83 i
briller è la gutsrre ou dans une cérémonie, qu^à la tête d'un gou- ▼emeiiKfVt. Il jura le statut que son prédécesseur avait donné de Bayonne ( 5 septembre 1808), mais jamais il ne Texécuta. (^pendant il fut à peine instnifé sur le trône , quMl diminua les rigueurs résultant de Tétat de guerre. Il ilt adopter les codes français , tint la main à Tabolf tion des privilèges féodaux , et prononça la suppression des couvents propriétaires ; mais il res* pecta ceux des ordres mendiants. Les évéques eurent ordre de ne publier leurs pastorales qu'autant qu^elles auraient reçu Taulorisation royale. Des sociétés d'agriculture furent instituées dans chaque province avec des terrains pour leurs expériences, et on jardin botanique fut créé à INaples. La culture du tabac devîiAt le monopole du gouvernement.
Murât réussit à se procurer beaucoup de soldats, mais non h les avoir bons. En habituant le pays à la conscription , il put mettre sur pied soixante mille hommes de troupes régulières et Tingt mille de gardes nationales; il multiplia les grades, donna de brillants uniformes à ses troupes, et passa force revues. Il fonda des écoles de génie et d'artillerie. Ne se résignant pas, comme Joseph , à souffrir un voisinage injurieux, il attaqua Caprée , occupée par les Anglais sous les ordres d'Hudson Lowe, le futur geélier de Napoléon , et les fit capituler.
Lors de la guerre de 1809, lord Stewart et la reine Caroline, toujours avides de recouvrer Naples ou au moins d'y porter le trouble, firent en Sicile des préparatifs considérables ; et une expédition anglo*sicilienne se dirigea sur la Calabre avec soixante bâtiments de guerre, deux cent six de transport, et quatorze mille hommes de débarquement (juin), outre un grand nombre de brigands qui furent jetés sur différents points. Naples fut témoin d'une bataille au milieu de son golfe ( 25 juillet ); mais, se souvenant de Nelson , elle repoussa d'un effort énergique ses implacables maîtres. Les Anglais débarquèrent h Procida; ils trouvèrent de la résistance à Ischia ; h Scilla , ils furent refoulés dans ta mer. Alors ils recommencèrent avec plus d'ardeur la guerre d'intrigues et de menaces , tentèrent divers débarquements dans l'Adriatique , et poussèrent des bandes de malfaiteurs jusqu'à Home, où MioUis allait se trouver en danger, si
AOVAIllU D'ITAUB.
ivBfédes troopes. La rktoke de Wafpin
Tcspoir de réussir} mais des miltieRde
duéeslcr la PomUe, la Basilicate et h
dé CDmcnter des insarrectioiisaH
Il en Sicile , voulant aussi ioiiler
Ls Anglais aenaireoi en défense, et une
mer avec grande dépense de
rénlial. Les bandits iooa-
«ctenlcnrfitla chasse avec une férocité sais
les MoB de la nature forent foalés aux fueds.
àfmknrpnicnnit on asile ou leur prétaitseooiiis!
avoir donné du pain à son ils, Inodîts; b femme d*un autre alla confier rcn-
à une amie: la charité fut dé-
\ cth asnlheureuse lut envoyée au suppliée. Le génénl
le &nmche eiéculeur de ees ordres terribles; les
pitié de toutes parts, furent réduils à
et ils ae rés^gncrenl à attendre»
yapohan , aelon toute apparence^ fut poussé par Marat à
feire cuaàuwe Pie Tf I en France, dans Tcspoir d^ajouler qael-
provînees à aes États. Mais la tiare outragée n'en defiat
plus %cBéiable; ntahe se prosterna devant le pontife pri-
; le conflit religieux fournit de nouveaux griefe an mé-
, et raviva le désir de seeouer le joug étraager.
éprouva lui<méme quelques velléités d'indépendaoee
, lorsque Kapoléon voulut, au faite de sa puissance,
, à Tétai de vassaux les roi^qu^il avait créés. H se mit dono
à exdure les Français des emplois et de Tamiée, et à résister aux prêlintkm«î impériales» 11 en fut gourmande rudement, etdelà prirent naissance les rancunesqui éclatèrent au moment des revers. Tant d^événements avaient ranimé Tesprit militaire eo Italie. Le Piémontdonna d'excellentes troupes à la France, surtout lorsqu'il eut été incorporé à l^empire. Gènes, fortiflée ainsi qu'Alexandrie, dut consacrer trois millions à la marine, avoir un arsenaJ de ^oasXxmttàoa , et entretenir au moins deux vaisseaux de soixaoteqyalre canons, deux frégates, quatre corvettes. La Cisalpine,
BOYAUMI D'ITAUB. SSt
etééeàpefne* arma des gardes nationales et des coq» fégulien déjeunes gens qnî portaient gravés sur la chair du bras ces deai molB : iM république y on ia mort! Elle fournit dés le principe de Taillants officiers, tels que Lahoz* Fantucci , Pino, Teuiié» Balabio, Fontanelli , Rossignoli , Porro, Pittoni , qui se montré'* Rnt dignement aux batailles d*Arcole et de Bassano » à la prise de Biantoue, de Faënza, d'Anc^ne, et plus tard. £n 1801, Farmée cisalpine fut portée à vingt-deux mille hommes; la république italienne y ajouta soixante mille hommes de réserve ; elle acheta de la France , au prix de quatre millions , les canons nécessaires pour garnir ses places fortes, et prit à sa solde deux demi-brigades polonaises et un régiment de cavalerie légère de cette nation. Elle eut deux équipages de pont , des fabriques d*annes à Mantoue et à Pizzighitone , seize cents gendarmes , un régiment de grenadiers pour la garde du gouvernement , ainsi qu'une garde nationale composée des citoyens de dix- huit à soixante ans.
En 1803 1 une division, sous les ordres du général Lecchi , 6t avec les Français la campagne de Gènes à Naples; une autre i eonunandée par Pino, se tenait prête à Boulogne pour la descente en Angleterre» La Lombardle avait offert pour cette ex* pédition quatre millions de livres milanaises destinées à construire deux frégates, le Président et la République , et, en outre, douze chaloupes canonnières portant chacune le nom d*un département. L'Italie enfin devenue un royaume , Tarmée fut passée en revue par Tempereur, dans la plaine de Montechiaro. Sur un mouvement que firent les Bourbons de tapies, Eugène réunit un camp de gardes nationales entre Modène et Bologne, aecorda à chaque département V/ionneur d*y envoyer de cinq cents à mille hommes, inhabiles au service , qui furent arrachés à leurs foyers. La conscription , toujours odieuse quand elle choque les habitudes d'un peuple , pesa chaque jour davantage. Pour atteindre les classes supérieures, Napoléon institua les vé Utes de la garde , dont chaque soldat devait recevoir annuellement deux cents livres de sa famille; un régiment de la garde, deux compagnies d'artillerie à pied, une d'artillerie légère , une de marins, outre Taucien régiment de grenadiers; enfin, les
tu BOYAUMB DITALUB. .
gardes d'hooneor, à ^i leor fiuniile aasnrut on refeno de dovae eents francs.
Les Italiens s'habituaient ainsi aux armes : ils eorat IncotAl un corps du génie et une marine , des fabriques d'armes dm les Marches et tes Légations , des fonderies à Bresda et à Pavie> des collèges pour les Jeunes gens, des hôpitaux militaires, da hospices pour les vétérans ; et leur ancienne valeur se réveilla dans les écoles , sous les drapeaux , à Tespoir des récompcines promises ou€spérées.
Les troupes italiennes se siçaalèrent dans les campagnes d'Allemagne et d'Italie; et quand Eugène et Macdonald réusn* rent^ après la sanglante bataille de Raab (14 juin 1 803), à JDindn napoléon avec Tarmée italienne, il la salua de œlte proclamation : K Vous avez glorieusement atteint le bat que je vous ai « indiqué :' le Semering a vu votre jonction avec la grande ar« ft mée ; soyez les bien-venus! Je suis content de vous. Surpns c par un ennemi perûde avant que vos colonnes fussent réunies, « vous avez dû rétrograder jusqu^i TAdige. Mais quand vous « reçûtes Tordre de marcher en avant , vous étiez sur lesBémo- « rable champ d'Arcole , et , sur les mânes de nos héros, voos « fîtes le serment de triompher. Vous Tavez tenu dans lesbatailles « de la Piavd , de Saint-Denis , de Trévise , de Goritz ; vous avcs « pris d*assaut les forts de Malborgbetto et de Prédill , et tooi « avez fait capituler la division ennemie qui 8*était retirée 80« « Lubeck. Vous n'aviez pas encore passé la Piave , et dqè fi vingt-cinq mille prisonniers, soixante pièces de campagae, « dix drapeaux, avaient signalé votre valeur. La I>rave, la Saie, « la Muhr, n'ont pu retarder un instant votre mardie. La eo- « lonne autrichienne qui entra la première dans Maoieb , it « donna le signal des massacres du Tyrol , entourée à Saint- « Michel , est tombée sous vos baïonnettes. Vous avez £ût « prompte justice des débris échappés à la colère de la grande « armée. Soldats, l'armée autrichienne , qui a souillé un mo « ment mes provinces de sa présence, qui prétendait briser o» « couronne de fer, battue , dispersée , anéantie , grâce à vous, « sera un exemple de la vérité de cette devise : Dieu ne /*< « donnée ; maUtewr à qui la touche ! »
BOYAUME D*ITALIE. StS-
Lies Italiens ne se signalèrent pas motos éatis la fatale guerre d'Espagne ; ef neuf mille à peine en revinrent, sur plus de trente mille qui y étaient entrés. Mais ils ne combattaient que sous des maréchaux étrangers. Les Napolitains , qui avaient bien servi FAutriche , ne se montrèrent pas moins valeureux soue Morat, qui en commandait cinquante mille en 1813.
A ce moment , le royaume dltalie se trouvait avoir soixante* quinze mille hommes sous les armes, deux divisions en Espagne , quatre en Dalmatie et en Italie ; et beaucoup de réfractaires pourtant, échappés à la dure loi du mattre, vivaient armés dans les bois et les montagnes.
Ao moment où se préparait la guerre d'Espagner^ tous les ci* toyens furent répartis en trois bans : de vingt à vingt-six ans dans le premier; de vingt-six à quarante dans le second; de quarante à soixante dans rarrière-ban. Le 18 février 1812, quarante mille Italiens se mirent en marche sans savoir contre qui, mais gais, disciplinés, pleins d'espérance, se confiant en lemr chef et en eux-mêmes. Ils formèrent le quatrième corps de la grande armée, et se trouvaient déjà àKalwary, en Pologne, lorsque la déclaration de guerre leur fut connue. Le gouvernement polonais, par une proelamatiim tout à fbit dassique, les convia à la délivrance d'un pays si semblable an leur, leur rappelant que la belle Italie avait reçu avec effroi les Russes dans ses riantes campagnes^ en invoquant vainement un wmveau Marins; que les hurlements du Scythe sauvage acaient retend sur le tombeau du cygne de Mantoue, Les Russes, de leur cAté , répandaient des proclamations pour exhorter les Italiens à déserter les drapeaux de leur tyran. Leur courage et leur fidé» lité ne se démentirent pas , bien qu'Eugène , qui les commandait, laissât percer de la déûance, et fit souvenir parfbis qu'il n'était pas Italien > ; quoique Napoléon ne les animât pas par sa présence, et ne fit presque pas mention d'eux dans les bulletins. Ce ne fut qu'au moment des désastres qu'il redevint caressant pour eux.
' Il laissa échapper, dans oae altercation, des p«Poles comme cellesci : /e ne erttifu al vos épées ni vos stylets.
3S6 «OTADMS D*lTiLLTB.
Cependant les Italiens se signalèrent à la bataille 4e la Mosoowa « et plus encore , au retour, à MaiojaroslaveU , où ili eouvrirent la retraite; aussi Rapp écrivait-il que < l'année d*ltalie pouvait inscrire cette journée dans ses ûstes. » En effet, Boutourlin en rapporte tout Thonneur à la garde du viœ-roj; et Robert Wilson admire rbéroïsme des Italiens, qui, sa nombre de seize mille au plus, avaient tenu téta à quatreiTiagt mille Russes.
Après avoir passé le pont de Brison , Tannée itatiome » vit réduite à deui mille cinq cents hommes; le reste avait péri, et ce n'était pas pour le salut de leur pays, pas même pour a gloire. Mnraft avait aussi montré le plus brillant courage pendant la campagne de Russie , et rendu de grands services à Napoléon. Les Cosaques avaient pour lui une admiration roélM d'épouvante; et ils Texprimaient par leurs hurlements, qaaad Us voyaient cet homme à la taille majestueuse , au costnais éclatant, s'élancer sur eux comme un ancien chevalier.
Napoléon demanda à l'Italie comme à la France de nouveaux sacrifices , sans savoir se faire des amis dévoués de ceux qu'il asservissait. A son arrivée à Dresde (8 mai 1813 ), lorsqu*ii eut quitté le commandement de l'animée de Russie , Eugène l«t envoyé à Milan par Napoléon, pour y appeler tout le monde sous les armes. Il avait réuni , dès le commencement d'août, cinquante mille hommes tant Français qu'Italiens, qu'il dii^ sur rillyrie et le Frioul pour tenir en respeet l'Autriche, dont les troupes, commandées par Hilier, étaient en £Drce sur b Save. Les hostilités commencèrent le 31 août^ et firent répandre sans résultat un sang précieux. Mais, après rissoedes grandes batailles , Eugène , voyant l'Italie menacée du eàté de Tyrol, se transporta de l'Isonxo à l'Adige, Sorti de Vérone le 16 novembre, il surprit l'ennemi à Caldiero , et le repoussa sor l'Alpone; mais il ne put poursuivre sa victoire , dans la craiala que les Allemands ne descendissent par le Tyrol, et que lespO' pulations, mécontentes de la domination étrangère, ne vinoent à se soulever.
U existait alors ( 1813) entre Murât et Beaubamais une rivalité jalouse, rivalité entretenue par Napoléon, qui, dansseï
BOYAillIB D'ITALIE. 337
lettres particulières comme dans ses journaux, rabaissait le premier et exaltait le second *. Murât se plaignit de cette tyrannie dénigrante. « Mille fois, disait-il , j*ai regretté le temps « où, simple officier, j'avais des supérieurs, non un maître.
• Devenu roi, et tyrannisé par votre majesté, dominé en fa- « mille, j'ai senti le besoin de Tindépendance, Je l'éprouve « davantage quand vous me sacrifiez à Beauharnais , mieux vu « parée qu'il est sileœieusement servile, et parce qu'il a gaie»- « ment annoncé au sénat français la répudiation de sa mère. Je
• ne puis refuser à mon peuple de lui laisser la faculté de se
• procurer par le commerce quelque soulagement aux gravss « dommages que lui a causés la guerre maritime. »
Cest ainsi que les liens de la servitude se relAcbaient. Les diarges pesantes qu'elle traînait à sa suite avaient fortifié chez les Italiens l'indestructible désir de l'unité et d<î l'indépendance *. Séduits d'abord en entendant ce nom de /oyaume d'I-
> iCipotéon disait: « il fout à un général du génie, des connaissuces, du courags. Murât a plus de courage que de génie. 11 n'a réussi ni en Espagne , ni en Russie, ni à Naples; U ne noanquait pas de oonnalasanoes acquises sur les champs de bataille; il avait un grand courage, à ce point que personne ne pouvait résister à ses cliarges de cavalerie. Masséoa aussi avait un grand courage et peu de génie; mais, sur le champ de bataille, il lui venait, comme par miracle, d^tieurcuses inspirations. Chez Eugène , ces qualités s'équilibraient : il n'avait pas un grand génie, mais il était proportionné à son courage, et il possédait phM de connaissances que les deux autres. Formé par Napoléon en Italie et en Egypte^ il deviendra Tun des meilleurs généraux , s'il en a Poccasioa. » C^heent ici la passion, comme toujours. Il disait une autre fois s « Moral n'a ni earactère ni tête ; excellent emur, mais vain et léger : s« denûères années sont celles d'un fou qui court de faute en faute. »
* Fonché écrivait à Napoléon , en novembre 1813 : « Je suis arrivé h Rome, ici , comme dans toute l'Italie, le mot d'indépendance a acquis une Tertu magique. Sous cette bannière se rangent sans doute des intérêts divers , mais tous les pays veulent un gouvernement local ; chacun se plaint d'être obligé d'aHer à Paris pour des réclamations de la moindre importaoce. Le gouvernement de la France , à une distance aussi considérable de la capitale, ne leur présente que des charges pesantes, sans aucune compensation. Conscription , hnpôts, vexations, privations,
338 BOYAPHB D*ITAL1B.
talie, ilg Tirent bientôt Napoléon incorporer à Teminre me partie notable de la Péninsule, et faire de Naples un loyiame a pan. Alors ils désespérèrent d'obtenir Funité de Tltafic; mais le sentiment s*en étant encore accru sur les diamps de bataille, dans la communauté des fatigues et des dangers , ils la préparèrent par desourdes intelligences, pardessociétéBseerètes, comme celles des Raggi à Bologne , des carbonari dans les Calabres. Ces derniers dérivaient des fruies^aç<»8, que Napoléon protégea , tout en les faisant surveiller par Ul police. Mais ai'ils adoptèrent leur hiérarchie et quelques-uns de leurs rites, ils ne se contenterait pas de s'occuper de bienfaisance et de plaisirs : ils prirent pour but Tindépendance nationale et le gouvernement des majorités; Us avaient même constitué m Calabre, leur point central, une véritable ré[M^ique. Lapo* lice, abusée, thvorisa cette secte, bien que le comte Dandok), di royaume d'Italie, Feût dénoneée à Murât comme hostile aax souverains; elle se répandit donc de plus en plus , attendu que son organisatioB la rendait admirablement propre à se répandre, et grâce surtout à l'adroite dissimuiatloo des Napolitains; elle couvrit même le reste de la Péninsule, et devint un ëmeaX actif des révolutions qui se préparaient.
Les patriotes italiens s'efforcèrent de tirer parti de Fambi* tion mal dissimulée de Murât, qui prêta l'oreille à leurs propositions , mais en garda le secret tant que Napoléon fut paissant. Sitdt que cette gloire se fut éclipsée, ils rentoorèreat dlnstanoes plus pressantes, lui représentant que Tinslaot était favorable ; que Tltalie était dégamiede troupes, indécise sur soa sort; que ses peuples étaient dégoâtés Clément de leurs anciens et de leurs nouveaux maîtres ; enfin , que les alliés ein« mêmes donneraient la main h celui qui se déclarerait contre Kt* poléon , comme ils l'avaient fait avec le roi de Suède. Mont
eacrifiMs, voilà, se disent les RomtiBs, ce que noos oonaaiMM^ gDoveraemenC de la France. A}outOBt qne nous n^avone auciiae «P^ d% oofluneree, ni Intériear ni extérieur ; que aos produits soat tm déboucbés, et que le peu qui nous vient du debon, ims le pS^ w prix excessif. »
^aboodift avec lord Bentinck, qui se trouvait en Sicile; mais les prétentioiis exorbitantes du gonvememeot anglais le déterminèrent à accéder aux nouvelles proportions de Napoléon : il alla donc combattre pour lui en jûlemagne , laissant le sceptre aux mains de sa femme.
. L^Angleterre envoyait en Sicile de l'argent et des troupes , et payait a la cour un subside annuel de quatre cent mille livres sterling. Mais Timpérieuse Caroline ne savait pas se plier aux exigences de%es amis. Déjà le gouvernement iMritannique avait répudié le brigandage qui continuait en Calabre au nom de Caroline et de T Angleterre; puis,unimpAt d*un pour cent, dont Caroline avait grevé tontes les transactions, entravait les opérations des négoeianis anglais. Des plaintes s'élevèrent dans le parlement contre un gouvernement qui était, dfsait-on, le plus despotique et le plus détestable qu'il y eût. Lord Bentinck , nommé généralissime de Tarmée anglaise dans ces parages, acquit la certitude des mauvaises dispositions de Caroline. Informé d'un plan concerté entre elle et Napoléon contre les Anglais, il Tobligea à quitter Ifle, où il introduisit une constitution sur le modèle de celle d'Angleterre, avec un système d'élections mieux coni^u, le Jury, et la liberté de la presse (1813). Cette constitution maintenait toutefois la propriété féodale et les biens de mainmorte ; mais les barons pro> posèrent eux-mêmes l'abolition des privilèges d'origine féodale. La Sicile put donc jouir d'un gouvernement libre ; mais elle eut à regretter de le devoir à l'influence étrangère.
Les carbonari napolitains , qui aspiraient à une constitution aembliable, nouèrent des intelligences avec les Siciliens et avec lord Bentinck , qui leur en promettait une , si les Bourbons étaient rétablis. Murât en eut connaissance, et , non moins enneoH que Napoléon de tout statut , même de celui de Bayonne % il proscrivit les carbonari , et redoubla de vigilance. Ayant envoyé en Calabre , où était le noyau de Passociation , le redoutable Manhès,Capobianco, qui en était le chef à Cosenza, fut
' Slaint donné par Joseph au royaume de Naplet, au moowDt où il allait prendre la oouronae d'Espagne.
340 boyauAe b'italis.
pris par trahison et rais à mort (1814); pais on eut reeovn aux mesures les plus violentes ^ comme s*il se iût eneore agi de brigands; beaucoup 8*enfuirent en Sicile.
Cependant de brillantes propositions^ de la partde FAutriehe, vinrent tenter Murât : il condut un traité avec cette puissaoee et un autre avec TAngleterre , s'engageant à faire la gucne À la France avec une armée de trente mille hommes, et à ne traiter que d'accord avec ses alliés (janfier 1814 )« Ces deux États lui promirent de leur côté de lui conserver le trône de Naples, en ajoutant à ses possessions des pays dépendant do territoire romain. Alors le commerce reprit, et la richesse afflua dans le royaume. Mais les Anf^ais exigèrent en garantie la remise d'ischia, de Procida et de Caprée, avec toute la flotte napolitaine. Cette exigence aurait dû ouvrir*les yeux de Mural, et le £ûre souvenir qu'il avait derrière lui la famille de Sicile, dont les prétentions ne pouvaient être réprimées que par Napoléon. S'il se fût préoccupé, non de sa propre ambition, mais du salut de son bienfoiteur, il aurait pu, en se réunissant à Eugène sur TAdige, refouler les Autrichiens dans riUyrie, el marcher sur le Rhin , en prenant à dos les alliés. Eugène n'atr tendait que lui pour s'avancer peut-être jusqu'à Vienne, quand il apprit que la France comptait en lui un ennemi de plus. Il dut alors non-seulement rétrograder de l'Adige sur le Mincie, mais encore envoyer des troupes sur la rive droite du P6, pour garder Parme et le passage du fleuve à Plaisance. Murât occupa Rome et Ancdne; il lança de Bologne ime proclamation ( 10 février), dans laquelle il disait que tant qu'il avait cru que Napoléon combattait pour la paix et pour le bonheur de la France, il lui était resté fidèle; mais que, l'ayant vu perpétuer la guene, il s'en séparait par amour pour ses sujets. « Deux drapeaux flot- « tent en Europe, lyoutait-il; sur l'un est inscrit : HeUgUm, a morale. Justice, modération , loi, paix, bonheur; sur « l'autre : Persécution, artifices, violences, tyrannie, larmes, « désespoir des familles. Choisissez ! »
La colère de l'empereur, à cette nouvelle , fut extrême; mais il ne pouvait punir. Il se décida alors à rendre la liberté au pape. Pie VII revint en triomphé; mais il trouva ses États occupés
BOVAUME D*ITALIB. 341
par Murât. S*étant arrêté h Césène, il convint avec les puissances que ce dernier garderait les Marches, qui probablement lui avaient été promises par les alliés; mais qu*il lui remettrait Rome , rOmbrie , la Campagne , Pesaro , Fano , Urbin.
L'ennemi s'avançait sur Tltalie ; Bellegarde , qui était entré à Vérone avec soixante-dix mille Autrichiens (!*' février 1814), n'eovahit pas la Lombardie. Par suite de ménagements politiques, il courut s'entendre à Bologne avec Murât. Eugène désirait reconquérir par des exploits militaires l'affection des soldats, qui lui échappait : il livra en conséquence plusieurs combats ; mais , bien que le résultat en fdt heureux , il se sentait si flûble, qu^il se retira derrière le Mincio.
I..es alliés , voyant que le succès leur serait difficile par les armes, eurent recours aux intrigues. Le général Plno se laissa entraîner. Le comte Nugent, qui intriguait dans les Légations, allait répétant aux populations : f^ous avez enduré assez longiempsunjùug insupportable; rétablissez votre patrie lesarmes à la main, et devenez Indépendants. Lord Bentinck , à la tête de quinze mille hommes qu'il avait débarqués h Livourne, marcha sur Gênes (16 mars), en arborant un drapeau où se lisaient ces mots : Liberté, indépendance italienne ! Les promesses les plus opposées et les plus illusoires étaient faites h la fois par le vice-roi, par les Allemands, les Anglais, les Pïapolitains; aussi les Italiens étaient-ils fort indécis.
Ce moment unique et précieux fut donc perdu. IVapoléon , informé de ce qui se passait, ordonna à Eugène de jeter des troupes dans Mantoue, dans 'Alexandrie , dans Gênes, et de rejoindre Augereau en Savoie par le mont Cenis , de prendre à Lyon le commandement d'un autre corps, d'attaquer TAutridiien Bubna , et de sauver la France. Eugène eût mieux fait d'obéir; mais il regrettait d'abandonner la Lombardie, et quelques chances heureuses lui firent croire les choses moins désespérées. Tandis que Murât se fourvoyait dans ses hésitations et ses continuels détours , les carbonari proclamaient les Bourbons avec la constitution , et déjà étalent maîtres de la Calabre et de l'Abruzze. Ils furent néanmoins écrasés ; et Murât, séduit par quelques victoires des Français , adressa à Eugène de nou-
rj.
343 ROVaUHB 0*ITAL1I. «
velles propositions. Mais le vice«roi révéla ses menées ma A«trichiens, ee qui le décida à agir plus résolument* afin d'efiiMer les soup^ns que sa conduite avait fait nattre.
Les alliés étaient entrés dans Paris {î^ avril ), que riapoim ne se considérait pas encore comme vaincu tant que le drapeau tricolore flottait à Venise, à Gènes, h Mantoue, à Alexandrie. Un de ses projets était de descendre des Alpes avec cent' cinquante mille lK)mmes , et de renouveler la guerre dans cette Italie où il avait acquis sa première gloire, ce qui lui aurait assuré d'honorables conditions. A ce moment cela était praticable encore ; mais les événements et son hésitation le réduisirent bientôt à abdiquer.
Eugène, dans ces extrémités, traita avec Bellegarde ( 16 avril } : il fut convenu que les troupes françaises , sous les ordres du général Grenier (vingt mille hommes et quarante pièces d'artillerie), rentreraient en France; que les troupes itaiieoncs conserveraient la ligne du Mincio et du Pô , jusqu'à œ que le sort de leur patrie fât décidé; que Venise, Palma-Nova, Osopo, Legnago, seraient remis aux Autrichiens. Eugène, appuyé par le roi de Bavière son beau frère et par Joséphine, avait intrigué pour être reconnu roi indépendont , sur la demande du sénat italien. Cette idée souriait à beaucoupde gens, attendu qn*en constîtoaDt Tindépendance, qui était le rêve de tous, on s^exposait le moins possible à ces changements qui sont toujours à regretter. )\Iais Eugène s'était fait trop d'ennemis; il vemdt encore de s'aliéner Tarmée^ en retardant le payement de la solde. D*aa^ { 1res tournaient leurs regards vers Murat> qui ^ meHleur soldat et déjà roi, était Taillé des vainqueurs; d'autres encore^ se soo^ venant de Tancienne domination de P Autriche, qu'ils se figuraient comme la plus douce, penchaient pour elle '.
> Dans les combinaisons préitarées par la Russie en cas de vidoirp, I devait être GonsUtiié un royaume cisalpin, formé du Piémont sa» h Savoie , mais comprenant Gènes , la Lombardie et FÉtat vénitien, poif , être donné à la maison de Savoie , comme noyau d^une Italie indépmdaiiie dans Tavenir. Cet État, en alleudanl , devait être uni par one «■rédératioD au royaume des Deux-Sicilcs,au pape, grand diancelierdeb confédéralion , au royaume d'Étruric, et aux petits ÉlaU de Lwiafft
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La pire position est de ne pas avoir de parti arrêté. An milieu de tant d'opinions, les intrigants prirent le dessus. Uusonlèvement éclata à Milan contre la demande du sénat; une populace, soudoyée par ceux dont le tumulte servait les vues, massacra le ministre Prina ( 20 avril ). On forma une régence provisoire, qui apaisa les esprits, en promettant de demander ce qui « est le premier bien et la principale source de la félicité d'un État >. »
Mais cette régence n^avait ni fait ni compris la révolution : impuissante devant les perplexités du présent et les incertitudes de Tavenir, elle crut que toute sa mission consistait à faire passer pacifiquement le pays d'une domination sous une autre. Le général Pino , qui avait pris le commandement des troupes, répondit aux députés que la garnison de Mantoue lui envoya pour lui offrir ses services : « Qu'ils ne rendaient pas justice aux puissances , en doutant qu'elles désirassent Tindépendance italienne, et qu'il fallait se reposer les yeux fermés sur leur probité. » Toujours les mêmes leurres, les mêmes espérances, et jusqu'aux nîêmes paroles I Cependant les alliés, sous prétexte de calmer le tumulte , passèrent le Mincio , qui était la limite convenue , et occupèrent Milan ( 26 avril ). Beauhamais voyant sa cause perdue du côté du peuple, et espérant encore du côté des rois, céda par dépit Mantoue à Bellegarde, avec Farmée qui n'était pas à lui , mais bien aux Italiens , et partit pour Parts avec son trésor. Il y reçut un accueil bienveillant d'Aèexandre, qu*il trouva disposé à parler en sa faveur, pour lui feiire obtenir un État indépendant ( 3 juillet ), L'impératrice Joséphine, sa mère, expira dans ses bras; et comme il fut latteint le même jour d'un mal subit , on sema le bruit quMl nvait été empoisonné par l'Autriche , dans la crainte qu'il ne
Ragiise, Malte, tics Ioniennes. Les rois des Denx-Siciles et de Piémont en auraient été alternativement les cbefs. La Savoie, la Valteline et les Grisons, auraient formé on canton suUse. L'indépendance de l'Italie était aussi la base de négodalions entre la Rossie et FAutriclie, au «ois d'octobre iSO'i. ( C. C. )
' l'rodamations du 27 avril et du 4 mai ISU.
344 ROYAfJMR D'ITALIE.
devint roi d*un pays sur lequel elle avait jeté déjà sou dévolu.
Les rêves de liberté étaient alors entretenus chez les populations parles ambassadeurs étrangers; celui d'Angleterre disait aux députés milanais : // faut avoir des idées eldes senHmadi libres i manifestez4es, et ma grande nation vovs protégera. Mais François répondit aux envoyés « que le traité de Cbâtilloa lui avait déjà donné la Lombardie, et qu'il ne pouvait plus être question d'indépendance italienne ni de constitution; que, da reste, il savait que les lois autrichiennes ne pouvaient convenir à ritalie ; et qu'il appellerait à Vienne les hommes les plus éclairés de l'Italie, pour préparer les lois du paya. » Ce langage montrait assez qu'il n'y avait plus rien à espérer que de la dênienoe d'un vainqueur.
Lorsque Bentinck eut occupé Gènes par capitulation , il publia cette déclaration : « Le vœu général de la nation génoise « étant pour l'ancienne forme de gouvernement^ sons lequel elle « a joui de la liberté, de la prospérité , de l'indépendance, et ce a désir paraissant conforme aux principes professés parles hanles « puissances alliées, de rendre à chacun ses anciens droite el « privilèges , l'État génois est rétabli tel qu'il était en 1797, avec « les modiGcations que la volonté générale, le bien public et « l'esprit de l'ancienne constitution pourront exiger. » En conséquence, le gouvernement fut rétabli sous son ancienne forme, et Jérôme Serra en devint le chtL
MaiS) en répétant des promesses qui retenlissaient dans toute ritalie , le général anglais ignorait les intentions de son gouvei^ nement; car, dès 1805, Pitt s'était proposé de rrunir Gènes au Piémont^ pour en faire une forte barrière contre la France. Dès que cette intention f Qt connue , le gouvernement provisoire protesta, en réclamant l'indépendance garantie en 1747 à Aiila-Chapelle. Sir James Mackiutosh représenta au parlement que l'Angleterre ne pouvait disposer de TÉtat de Gènes , attendu que c'était un territoire ami, qui, momentanément occupé , devait, après l'occupation, rentrer en possession de lui-même*. Mais
• Discours du 27 lévrier 181
BOTAtMS l>*lTALtB. $4&
la politique européenne se dirigea par d'autres motifs, et Gènes un donnée au roi deSardaigne. On voulait attrilMier aussi à ce prince le pays jusqu'au Mincio; mais d'autres prétentions s'y opposèrent , et le Tésin resta sa limite avec la Lombardie , ee qui laissa sa frontière sans défense. Victor-Emmanuel fiit alors rétabli sur le trône de ses ancêtres , avec un accroissement de territoire considérable , acquis sans effusion de sang. Les emplois , les titres, les fonctions redevinrent ce qu*i1s étaient avant la révolution , dont le roi ne voulut pas se souvenir ; et VAlmanack royal de 1793 servit de règle à cette restauration. Quelques-uns avaient proposé de donner à François d'Esté, cousin et beau-frère de l'empereur d* Autriche, la couronne d'Italie , ou tout au moins le Piémont ; il avait même , dans cette intention , épousé la fille de Victor-Emmanuel ; mais il n'eut poar sa part que le duché de Modène.
Ferdinand 111 revint en Toscane après quinze ans d'exil, et y rétablit toutes chosesoomme au temps de Pierre-Léopold. Pie VU rendit aussi vigueur aux lois, aux institutions abrogées, et rétablit , à l'instigation des puissances , l'ordre des jésuites ( 7 août ). En un mot, tous les princes restaurés crurent devoir, en prétextant le bien de leurs sujets , refsusciter l'ancien ordre de choses ; et ils s'accommodèrent en même temps des facilités que la Révolution avait apportées h l'exercice du pouvoir, en supprimant les entraves que les corps administratif et les franchises traditionnelles opposaient au despotisme.
Les rois, réunis h Vienne en congrès pour reconstituer l'Europe, pensèrent, comme de raison, à rendre le trône de Naples aux Bourbons de Sicile. On prétend qu'Alexandre, dans un mouvement de générosité, répondit que maintenant qu'il s'agissait des peuples, on ne pouvait rendre la couronne à un roi bourreau; et que Caroline en fut tellement irritée qu'elle en mourut presque subitement. Mais Talleyrand se chargea de renverser Munit, et d'arracher le (consentement d'Alexandre. Castlereagh, qui n'avait plus besoin de cet allié, passa du côté de ses ennemis ; tandis que Bentinck , resté près de lui , corrompait ses conseillers, et lui donnait à croire que la Russie , la Prusse , l'Angleterre, voulaient l'indépendance de l'Italie. Mais les yeux de
S46 LES ClflT-iOUBS.
Munit se dessîllèreot , quand il lui fut enjoint d'aroir à céteks Marches ; il se prépara alors à combattre ^ et noua dea inteffi* gences avec Napoléon.
LES CENT-JOtRS.
En effet , Napoléon pouvait déjà considérer sa chute eonuM un simple temps dWrét. Il était arrivé à Tlle d'Elbe avec madame Létitia sa mère , et Pauline Borghèse sa sœur, aocompagaé de cinq cents soldats de sa garde et de quelques génàraui ( 3 mai ). Les rois, qui ^i avaient eu tant de frayeur à Pragae et sur le Rhin, semblaient Tavoir oublié, et l'avaient laissé se poster en vue de ses bataillons , et comme en vedette en &ee des rivages de France. Témoin de la violation des traités, il ne tarda pas à concevoir Fespérance que les fautes des Booriioii et celles des alliés le relèveraient de son abdication; aussi sa petite île devint^elle le foyer des intrigues les plus actives.
Personne en France s après vingt ans de vicissitudes si doiih breuseS) ne se souvenait plus de la fiimille royale. Elle reDtiait dans le pays sans tpie sa restauration lui fdt un titre de gloire* puisqu'elle ne lui avait coûté aueun danger. Les Bourbou étaient rétablis par les alliés, mais non pas en vertu du di«it divin , car ils avaient déclaré que leur adoption dépendait da vœu national. En conséquence, le gouvernement provisoire im* provisa une charte ( 31 mars ), qui devait être un pacte d'unioa entre Tancienne dynastie ^ le pays renouvelé. Le sénat s^em* pressa de l'accepter ; mais Louis XVII I ne voulut pas Tadmettre comme émanant du sénat : il prétendit l'oetroyer Im-méoie comme rot , et sans consulter les corps de l'État ( 6 avril ). Cette charte contenait certainement de bonnes dispositions ; mais la forme de concession déplut à la France : c'était déclara qw tantd^années écoulées , tant d'événements , tant d'expérieoeest n'avaient pas fait faire un pas en avant.
^-a France était épuisée , mais comme un athlète qui a Mé
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tom le jour, et qui, tout en demandant un moment de trére, eonserve le sentiment de ses forces* 11 fallait doae user de ménagements avec elle , et respecter un passé glorieux, ainsi que ravaient conseillé les alliés. Mais, avant l'entrée de Louis XY III, Talleyrand et le comte d'Artois s'étaient hâtés de céder cin* quante-deux places fortes , douxe cents |)0uches à feu , avec les magasins militaires et les vaisseaux. La France perdait, en outre , sa marine qui se trouvait dans les ports d*Anvers , de Venise , de Gènes, ainsi qu'une foule de matelots. Elle se trouvait par là réduite à des forces iniérienree à celles que Maples ou la Sardaîgne se croient en état d'entretenir. Depuis Henri IV^ elle n'avait pas cédé de territoire, et le vieux et pacifique car» dinal de Fleury lui*méme Favait agrandie de la Lorraine; Louis XY lui Avait acquis la Corse. Mais en ce moment elle se trouvait refoulée, après tant de conquêtes, dans ses limites de 1792, avec la seule adjonction d'Avignon et du comtat YenaiS" sin, détachés des Rtats du pape, qui encore protestait contre cet acte de violence. Bien plus, elle perdait son influence ; aussi le patriotisme, sentiment si vif chez les Francis, en fut-il blessé au cœur, et la Restauration fut ooosidérée comme im afiront pour le pays.
Comme s'il n'eût pas suffi de la présence des étrangers, qui se pavanaient en vainqueurs au milieu des villes, on voyait des insensés abattre les monuments qu'on ne saurait effacer de l'histoire, (hi ressuscitait les anciens titres de noblesse, on parlait de remanier le concordat, de détruire le sénat, dont la chute de rïapoléon avait été Touvrage , et de restituer les bieus des émigrés. Louis XYIII se faisait voter trente-deux millions de liste civile, et la liberté de la presse se trouva bientôt menacée.
Les couleurs sous lesquelles le pays avait été vietorieux furent remplacées par ce drapeau blanc qu'il avait répudié. Les vieux émigrés purent prétendre à tout; les soldais couverts de cicatrices se virrat remplaces par des gardes du corps; des allures nobiliaires, aristocratiques, reparureut, avec l'espérance de recouvrer les privilèges, la dtme, et les biens nationaux. Napoléon , dont la liberté avait fait la grandeur, s'était rendu impopulaire en reconstruisant le despotisme et l'aristocFSiitie*
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Rien ne venait plus à propos pour lui rendre la favear qu'un goiiTemeinent qui blessait le peuple dans ces mille choses auxquelles il tient tant EnGn , les deuils publics , les services fimèbres , les expiations dont Louis XVI et Marie- Antoinette étaient Tobjet, rappelaient , d*une manière péniUe et insultante, une révolution que les Bourbons auraient dâ, dans leur intérêt, s'efforcer de faire oublier. Ils affectaieoA de tout devoir aux étrangers, et rien à la nation. (Tétaient eux qu'ils remerciaient, tandis qu'à chaque instant le sentiment natiOBal éclatait par de fréquents conflits avec les soldats alliés. Aina, tous les instincts patriotiques se montraient hostiles aux Bourbons. La dévotion, qui devint une mode de parti, ravivait les inimitiés religieuses; et Napoléon reprenait, avec sa glorieiisa auréole, la mission de libérateur.
Pendant ce temps le congrès européen siégeait à Yiouie (3 novembre). Les empereurs de Russie et d'Autridie, les rois de Prusse, de Bavière et de Wurtemberg, y figuraient es personne; lord Castlereagh y représentait F Angleterre, et Trileyrand la France, qui n'y avait été admise qu'avec difficulté, et seulement pour prendre part aux discussions relèves à ses frontières.
Des fêtes, des carrousels, le jeu, les intrigues galantes, procuraient d'agréables passe-temps à une assemblée de qui dépendaient les destinées de l'Europe '. La Russie, qui alors était toute-puissante sur l'opinion , et la Prusse , qui avait pris le rôle de libératrice des peuples, voulaient s'agrandir. La première obtint la Pologne, et la seconde la Saxe*, concessioai qui en entraînèrent beaucoup d'autres : elles tendaient toutes à rabaisser la France, comme dangereuse, et à Tentourer de voisins puissants. Gênes fut attribuée au Piémont, et la Belgique à la Hollande. Trois nouveaux cantons , le Valais, le territoire de Genève et Neufchâtel , procurèr^t à la Suisse une
' Le prince de Ligne disait : le congrès danse , mms ne marche pas.
' Ou platdt une partie de la Saxe. Sur deux mlUioDS dliabilante qae renfermait ce petit royeame , sept cent mille furent donnés à la PrusK» qui iasisU vainement pour obtenir Lcipslck. (An. R )
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ligne militaire. Il fut décidé qae les petites puissances n^anraîent pas vote an congrès , ce qui était un acheminement à disposer aussi des grands États. Mais Talleyrand, qui s*était habitué à considérer les gouvernements comme des formes transitoires, et à les accepter en tant seulement qu'ils savent se mainteoir, voyant les souverains disposés à faire tout par eux et pour eux, réussit à les rendre jaloux les uns des autres. Les petits princes d'Allemagne se plaignaient hautement de leur exclu* sîon ; Murât , s*apercevant qu'on songeait à le détrôner, prit les armes , et demanda à TAutriehe de lui donner le passage avec quatre-vingt mille hommes , pour aller combattre les Bourbons en France. Louis XYIII réunit en conséquence une armée nombreuse dans le Dauphiné (1815).
Il r&ultait de tout cela un mécontentement universel. Les souverains alliés, tout en affectant une confiance mutuelle, intriguaient en secret les uns contre les autres. L'Autriche , la France'et l'Angleterre notamment , s'entendirent pour diminuer la prépondérance que les qualités personnelles d'Alexandre et les événements avaient attribuée à ce prince. Mettemich et Talleyrand convinrent que l'on resterait sur le pied de guerre , dans la prévision de nouvelles hostilités. L'Angleterre encouragea l'ambition théâtrale de Murât, afin de se faire plus beau jeu au milieu de discordes nouvelles.
Bonaparte observait tout avec une secrète satisfaction : il espéra dès lors , et multiplia ses intelligences avec le continent. Les Italiens, morcelés , annulés , formèrent des conjurations, surtout dans l'armée; excités d'un côté par l'Autriche et parles Bourbons de Naples , qui cherchaient un prétexte pour renverser Murât; de l'autre, par la France, la Bussie et la Prusse , pour troubler l'Autriche dans la possession de l'Italie. Déjà cette puissance la regardait comme sa conquête; Murât, au contraire, se flattait de conquérir cette couronne de fer que tous désirent et que nul ne sut garder; et Milan, Bologne, Alexandrie, où les earbonari avaient beaucoup d'affiliés, préparaient en secret son avènement comm^ roi indépendant.
Mais comment chasser les Autrichiens ? L'armée italienne était dissoute, ou transférée en Hongrie; celle de Murât ne
so
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suffisait pas. Les olfiders des Légations , de Modène et du Pif^ moob étaient disséminés, et surveillés par rÂutriche; les forteresses étaient occupées par ses troupes. Il fallait donc ^ndr« la conspiration. 11 fut convenu que Ton s'assurerait a Turin des royalistes et du général Bubna ; à Milan , de Bellegarde et de Somnuirlva , que , de son côté , Murât occuperait Ropae et les Légations. TalleyraMl espérait, dans sa duplicité, ressusciter en Italie le parti français, et éloigner l'Autriche des frontières de France; tandis que le duc de Berry , envoyé à Lyon aodevant de la division Grenier, qui revenait de Fltalie, faisait entendre aux principaui^ officiers que le sang répandu de Tautre cAlé ^es Alpes n'aun^t pas coulé en vain. En même temps on de ses émissaires s'introduisait parmi les conjurés ; mais dés qull fut infwmé de tout par cet agent, voyant qu'il s^agissait non de 1» France, mais de la seule Italie, le prince dévoila le complota Bellegarde y qui fit arrêter les chefis le jour même où il devait éclater.
A ce moment Napoléon quitte Tlle d'£lbe, et débarqpeeq Provence (l*^^mars 1815). Les régiments envoyés contre lai grossissent sa petite aratée , ainsi que l'armée réunie dans le Dauphiné. Le drapeau tricolore réveille renthousiasipe de ses premières années ; « l'aigle Vole de clocher en clocher » josqu'î Paris. Benjamin Constant s'écriait alors dans le Journal de$ Débats : « Je n'irai pas, misérable déserteur, me traîner d'un pouvoir à l'autre , couvrir l'infamie par le sophisme , et b^ gayer des paroles profanées, pour racheter une existence honteuse. » Et bientôt il était conseiller d'État de Napoléon. Ney dit à Louis XVllI, en lui baisant la main : Sire, je ramènerai Bonaparte dans une cage^ Il part pour le combattre, et le lendemain il passe sous ses drapeaux. Le 8 mars, jSeult adressait à Tarmée un ordre du jour où il traitait Napo^ léon d'insensé et d'usurpateur ; le 2G, il allait lui faire sa coor, et bientôt il devenait son majpr général. Il ne resta pins i J^uis XVIII qu'à se résigner à un nouvel exil.
A peine débarqué, Bonaparte avait dit à Cambrone : foici ma plut belle campagne. Je vous confie le commandement de mon, aearu^garde. Défense à vous de tirer un coup deJusU,
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P^mtÈ ne tencôfUrerez partout que des an^s : $ohge% ^qia ntu eauronne doit m' être rendue ions une gotttte de sang fran^ cals I En effet, il se présentait désarmé aux soldats Un seul garde national ardit accompagné le eomte d* Artois à son départ de Lyon; Napoléon lai donna la croix d1u>nnettr, et recom« manda d^épargner la famille royale. Ce sera une belle page dans son histoire. Il entra à Parts (20 mars) , où il s'annonça comme le reiMi§sentantde Tindépendance et du bonbenr delà France; il eassft les chambres ^ abolit la noblesse, et convoqua une assemblée nationale pour déterminer les limites du pouvoir.
Murât lui écrivit que , Repentant ^ ses torts , H voulait les réparer; et Rapdléon lui répondit de se tenir prêt % mais de ne rien entreprendre contre T Autriche ^ avec laquelle il était en négociations ) et d'attendre ses ordres. Si en effet il se fût refranche menaçant dans les Abru2zes ^ il aurait suffi pour tenir en respect les Autrichiens; mais, écoutant des conseils impru* dents ou peut-être perfides , il mit en marche deux colonnes : Tone , commandée par le général Lecchi , se dirigea sur Rome, d*oà le pape s'enfuit; il envahit les Marches avec Tautre; et, toQt esk eontinuant ses protestations aux alliés, il attaqua les AntrlchienS) à Pesaro, et> de Rimini , annonça aux Italiens qu'il ▼enait pour leur donner Tindépendance.
On se trompait des deux càtés : Bfiurat, en se vantant d'à* voir soixante mille soldats \ les libéraux ^ en lui promettant des secours considérables. Il n'avait en réalité que 34,300 hommes d*infanterie, 5,000 cavaliers, et 5 bouches à feu seulement. Les Autrichiens avaient en ligne contre lui 60,000 fantassins, S,000 Chevaux , et 64 pièces d'artillerie. Bologne et quelques autres villes se déclaièrent, mais le reste du pays demeura spectateur. Les Autrichiens se retirèrent derrière le P6 et le Tanaro.
Bien que Murât eût peu de troupes et manquât d'artillerie , s'il eût passé le pont à Oechiobetlo , il eût peut-être trouvé des dispositions favorables chex les Lombards et les Vénitiens, qui déjà étaient préparés; mais des lettres de Caroline le rappelèrent dans son royaume , que menaçaient les Anglais. Il vit alors qu'il était trahi, et, perdant le courage, 11 le fit perdre aux I. Vivement poursuivi » il aurait été fait prisonnier près de
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Mantoue avec son état-major ( 2 mai), si un bataillon 4e recrues des Légations , commandé par de vieux sous-offideR, ne loi eût ouvert un passage. Il fut défait par Blanchi à Tolentiiio ; Nugent marcha sur le royaume par la Toscane et par Teiracine. Murât combattit encore à Ceprano pour prot^r la retraite, mais sans plus de succès; et il arriva à Naples sans équipages ni parc d'artillerie ( 29 mars). Il y donna une constitution; mais il était désormais trop tard. Le commodore anglais Campbell menaça de bombarder la capitale. Murât se décida à faire abandon de tout; mais au moins il stipula des ganuilifs pour assurer la dette pul|lique, les revenus des domaines de l'État , la nouvelle noblesse, les grades, les honneurs, les pen* sions aux militaires qui passeraient au service du nouveau roi, comme aussi une amnistie générale. Les troubles qui édatarent dans Naples Orent appeler en bâte les Autrichleas (23 mai), et ce n'est qu'après beaucoup de sang répandu quils parvinrent à les apaiser.
Ramené par Tannée sicilienne dans le royaume qu'il n'avait pas conquis , Ferdinand, prenant alors le titre d0 roi des Deux- Siciles, promit un gouvernement doux, des lois fondamentales, le maintien des codes et des emplois. Mais ce malheureux pays, qui depuis vingt ans avait vu tant de révolutions, où les vainqueurs et les vaincus se succédaient tour à tour, avait amaâié un horrible trésor de haines et de vengeances. Il conserva du moins une grande partie des biens que lui avaient procurés ces dix années^d'administration française.
Après avoir erré longtemps, réduit à se cacher, Hurat aborda en Corse, où il réunit une poignée de gens dévoués, dans le but de raviver en Calabre, contre les Bourbons, la petite guerre qu'ils y avaient fomentée contre lui. La tempête les dispersa, et il débarqua à Pizzo avec vingt-huit compagnons seulement (8 octobre). Il arbora son drapeau; mais il ne tarda pas à être fait prisonnier, et l'ordre de le fusiller arriva de Naples, où l'on apprit en même temps le péril et la délivruiee. Murât avait alors quarante-huit ans >.
' CmoHm MuraC se rendit à Tricete avec ses enfants ; Lucien , pria»
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Napoléon ne pouvait donc phis compter sur une diversion du cdté de ritalîe : réduit à ses propres forées, il Bt ressource de tout. Huit années furent Improvisées. Deux millions de gardes nationales auraient pu renouveler les prodiges de la Révolution ; mais il craignait que Tâan national n*ébranlât son pouvoir, et il le comprima. Lui qui s'était écrié à Fontainebleau , Ce rCest pas la coalition des souverains qui nCabatf ce sont les idées hbéraies, il aurait dû se rattacher à ces idées si puissantes. J*ai voulu Tempire du monde, dit-il en s'adressant au peu* pie ■ ; et pour rassurer, il me fiillait de toute nécessité un pouvoir sans limites. Pour gouverner la France seule, peutéti6 une constitution vaudra-t-elle mieux. Vous voulez des élections libres, des discussions publiques , des ministres responsables; vous voulez, en un mot, la liberté : moi aussi, je la veux... Il serait surtout absurde d'in^rdire ou d'étouffer la presse.... • Tels étaient ses discours; les actes malheureusement continuaient à suivre la tendance des idées impériales.
Au moment où il venait de débarquer à Cannes, il s'était servi du mot de citoyens; à moitié route, il disait Français; à Paris , sujets. Ses revers ne lui avaient donc rien appris. Il donnera une charte, mais sans en faire discuter les articles, et comme une addition aux anciennes lois de l'empire. C'est un mélange incompatible d'esprit despotique et d'esprit populaire. Camot lut domia en vain des conseils auxquels son orgueil
de Canine, quitta Rome an retour de Napoléon, ponr aller lui offrir ses services; Louis resta à Rome, madame Létitia à Naples. Après te désastre de Waterloo , Joseph s'enfuit à Kew-York ; U vint ensuite chercher on asile à Florenoe » où il est mort en tS44. Ces illosires proscrits ftireal en botte à des persécutions de la part de la France, pendant la Restauration. Mais Rome, fidèle à sa résolution hospitalière, résida toujours aux demandes d*e\pnlsion. Plusieurs membres de cette famille slioaorèrent par leur mérite personnel, avant que de nouvelles révolutions les lissent reparaître sur la scène politique. ( C. C. )
■ Ce n'est point an peuple que ces paroles furent adressées, mais simplement à Benjamin Constant , qui les a rapportées dan j ses Mémoires sur les Cent' Jours. ( An. R. )
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n'était pas aocbUtUrtié t il Texhorta à régner poar ses ai^^iS) à respecter le vœU public , comme si c'était celui d'une armée. Pas une concessioa libérale ne vint de lui spontanément; quelques-Unes furent obtenues par le conseil d'Etat, qui lui fit abolir la ttlftnsurei et il proclama la souveraineté du peuple *. Mais le champ de mal, Où il convoqua les corps de TÉtit, ramée et les députationii des départements, fut un expédient maladroit^ qui permit de compter ses amis et ses ennemis. 11 n*avait point d'ailieuts de signification, puisque l'acte additionnel ètiÂi éé^h soumis à l'acceptation individuelle des citoyens: épreuve dont Napoléon était certain » par l'expérience qu'il en avait £ûte.
Les deux chambres avaient appris à parler; aussi les avocats firent-ils passer de mauvais moments à Napoléon, et recoonut-il la nécessité de confier de nouveau sa fortune aux champs de bataille, pour y ressaisir le droit de manier le gouvemeineDl selon son gré.
Napoléon était souverain indépendant de l'île d'Elbe; il avait donc, autant que tout autre prince, le droit de déclarer la guerre, surtout lorsqu'il avait, ptmr la jostiier, la violatioo des traités faits iavec lui. Cependant les alliés, réunis à Vienae, déclarèrent qu'il a s'était mis hors les relations sociales et civiles, et qu'il restait exposé ^ comme perturbateur du monde, à la vindicte publique. » Après l'avoir, de cette étnmge sorte, exclu de l'humanité^ ils mirent sa tête à prix, comme aui temps barbares, en la taxant à deux millions, ils dédarèrent qu'ils ne traiteraient plus avec lui, attendu qu'on ne pouvait se lier à sa parole. Les rois qui n^avaient point désarmé, daas leur jalousie réciproque , oublièrent leurs défiances devant l'ennemi commun, et se préparèrent de concerta le renverser. Ce fut en vain que l'opposition représenta , dans le partemeat d'Angleterre, ^ue l'on devait respecter le vœu des Francis, et ne pas intervenir quand 11 ne s^agîssait plus de se défendre. Trois armées s'avancèrent bientôt contre Napoléon : les Antrichiens, sous les ordres de SChwart j&enberg ; les Anglais, commandés par Wellington; les Prussiens , par Blûcbcr; et,
• ^om/cw), 2G mars 1815.
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pour ne pas gl^ever les peuples quand on affichait tant de xèle pour lenr cause , il fut arrêté <}ue Ton ferait une estimation des frais de h cattipagne, pour en faire solder le total à la France.
Une seule chance de salut s'offrait à Napoléon : c'était d'oublier qu'il avait été empereur, pour se mettre à la tête d*une guerre nationale; réveiller l'enthousiafime en parcourant la Franceentière ; entraîner ainsi dans le tourbillon les indifférents, les récalcitrants méme^ et déjouer par là tous les calculs de ses enoemis. Telle ne fut pas sa conduite; et ,- eu portant la guerre an dehors, il se sépara etacorê de la nation.
A la télé de cent cinquante mille hoitimes, il s'élança vers la Belgiqae, et se jeta entre les Anglais et les Prussiens ; il les battit Béparément, et entra à Bruxelles. La Belgique se souleva en sa faveur; ii remporta à Ligny sur les Prussiens un succès qui rap* pelait ses anciennes victoires : la Saxe^ la Bavière^ le Wurtemberg répondirent à son appel; il était ene»re le génie des batailles. Mais ses troupes ne brûlaient plus du même feu , ses lieutenants n'étaient plus les hommes d'autrefois; ils discutaient ses ordres, et laissaient échapper l'occasion» Quelques ins* tants de repos que le soldat demandait , et qu'il eût refusés dans d'autres temps» permirent aux Prussiens d'opérer leur jonction avec les Anglais à Waterloo (18 juin). Napoléon y déploya les manœuvres hardies d'Austerlitz et de Wagram; mais Wellington lui opposa l'ancien système de résistance dans des positions avantageuses, système à l'aide duquel il avait vaincu à Torres-Vedras; il put tenir ferme ainsi jusqu'à l'ar* rivée de Blâelier, qui lui amena un puissant renfort. La victoire resta aux alliés; l'armée française fut écrasée. Napoléon, réduit n fuir à travers les morts et les mourants, apporta hii*méme à Paris la nouvelle de sa défaite *. Cependant Lamarque était vie*
' Certaines anecdotes , bien qu'apocryphes , ont , si la vérité leur manque, la vrai^mblancedu moment, et sont connues de tout le monde. IM vieille garde meurt , et ne se rend pas! répond Cambronc quand il fst sommé de se rendre. WelMn^lon dit aux soldats, qui réclament mi moment de repos : Impossible! Moi , vous , tou$ tant que nous sotiUHcs, H nous faut vaincre ici , ou moitrir à noire posle.
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lorieux en Vendée, et Suchet dans les Alpes; mais NapoloNi s'écria : « Je ne |Miis rétablir mes afifoires; fai méeenteaié les peuples. »
Aveu remarquable; et pourtant il ne voyait encore d*autre expédient, pour organiser la résistance natiooale, que de demander la dictature. Mais les représentants s'y refusèient: Nous avons assez fait pour Napoléon^ dit la Fayette; nofre devoir est de sauver ia patrie. Il lui fut enjoint d'abdiquer, et de partir. Alors on- capitula avec les alliés, qui occupèrent Paris. On paria d'obtenir un gouvernement plus libre : les mis voulaient Napoléon H ; les autres proposaient de substituer la famille d'Orléans à cdie dont l'easai avait été si malbeureox; mais Foucbé intrigua si bien que le retour de TancieDiie bnndtt des Bourbons parut inévitable, et Louis XVllI remonta ssr le trtea( 8 juillet).
Napoléon s'achemina vers Rochefort, avec Tintentien de passer aux Ëtata-Unis; mais une croisière ennemie surveillail ces parages; il fallut y renoimr. Alors il se rendit à bord d'un vaisseau anglais, d'où il écrivit au prince régent qu'tf oeMîf, comme Thémistocie, s'asseoir au foyer du peuple britan' nique, Iss alliés , le considérant comme prisonnier de guerre, décidèrent qu'il serait transporté à Sainte-Hélène; il y vécut six ans captif, jusqu'au 5 mai 1821 . Il dit en mourant, aux con* pagnons de son exil : « Proclamez que mes intentions élaieot « pures. Je voulais le bien, l'ordre et la justice. Je voulâs rajea- •> nir la société en refrénant l'arrogance, en démasquant l'inh % posture, en frappant l'iniquité. Les temps étaient difficiles; « j'avais de puissants ennemis; j'ai été contraint d'être- sévère « malgré moi : jamais cependant je ne fus injuste ni cruel. Je « n*ai jamais pu détendre l'arc; ce qui fait que les peuples ont « été privés des institutions libérales que je leur destîoab, « parce que mes ennemis en auraient tiré parti. »
Le jugement des peuples s'est appesanti sur lui. Celui de la France s'est ressenti de la gloire dont il l'avait comblée. Les Cent- Jours lui apportèrent de nouveaux dommages , une loogoe occupation , «t ils devinrent un prétexte pour entamer ses libertés. Les vainqueurs inexorables voulaient la réduire à ce
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qu^élle était sons Henri IV. Le palriotisaie alleniand redemandait r Alsace et la Lorraine ; rAntriclie, la Prusse et F Angleterre voolaient qu'elle oédât le territoire des anciennes places fortes du eotédes Pays-Bas, et que les fortiGcations d'Uunlngue fussent démolies. Alexandre, plus désintéressé < , obtint pour elle des eonditions moins dures* Elle fut frappée d'un iinpdt de guerre de sept cents miUicms, payables aux alliés en chiq année». Cent einquanle mille soldats étrangers occupèrent les plaees et lesfrotitière8»8ortede <^iarantainequ*elle eut à subir. Le Midi sHnsurgea contre les bonapartistes : le maréchal Brune fut assassiné h Avign<m « le général Ramel à Toulouse; beaucoup d^autres furent égorgés çà et là; l'armée fut licenciée; les journaux subirent le bâillon de la censure. Les Anglais eurent leurs quartiers dans Paris t dont un général prussien devint gouverneur; les autres armées alliées campèreflt aux alentours. Louis XVllI leva une contribution extraordinaire , an mépris de la charte; il exclut vingt-neuf membres de la chambre des pairs , flt citer devant la justice militaire dix-neuf généraux , parmi lesquels figuraient Ney et Labédoyère. Ney lîit eondamné à mort par la chambre des pairs, en violation de la eapitulation de Paris ; Tautre fut aussi fusillé. Le général Lavalette dut son salut au dévouement de sa femme > qui le ût évader de la prison. Les Bourbons commençaient leur règne, eomme Napoléon, par des procès : on fit des lois de circonstance contre les rebelles et les suspects; Ton créa des tribunaux d'eieeptîon >. La chambre des députés, qui Ait élue sous l'empire de ces passions, en reproduisit toute la violence; et Louis XVIII eut le mérite de se montrer plus clément que cette chambre intrauvabU (mot par lequel on la désigna). Des lois prononcèrent Texil perpétuel des membres de la famille de Napoléon et des conventionnels qui avaient voté la mort de Louis XVI.
• Note sur Alexandre, tirée des Mémoires de la Fayette. ' On lit daas un codicile de Napoléon : « Dix mille francs an soiisofllcier CanUllon , qui a ewnyé un procès comme prévena d^avoir voulu liaer lord WeUiogton , ce dont il a été déclaré innocent. »
2r>É itS GENT-IOÙBS;
Tâllëyr^nd sfe vît bientôt remplacé âa mhiislèfe des aflhfrts étrangères paf le duo àè Richelieai qui avait servi sous Alexandre ^ et qui était pour l*aliiance russe, de préféreoee à ^alliance anglaise. Louis XVHI et sort ministre accordèrent tout aux alliés pour délivter le pays de roeenpationétraogère, sans s'apercëvoif que lés puissances elles-méaMS atneat bâte de se retirer. Il y avait là dés exemples de r^olutimi et de liberté dangereux potkr letirs soldats^ dans m temps Sartolitoù les mis eux-mêmes avaient favorisé l'éian des peuples , et où les Anglais répandaient partout les Idées eoostkutioDiielles.
Le due de HicheHeii fît entendre aux cbambres des paroles nobles et tristes en leur présentant le traité du 15 novembre, qu'il qualifia de fatal. C'était , il lui semblait , une tache indé^ lébile qu'if attachait h son nom i mais il se consolait en pensant que îa France réclamait h grands cris d'être afirancbie de Toecupation étrangère».
Les chefs-d'œuvre de Tart que la lictolre avait réunis dans le musée Napoléon et que la première invasion ai«it réspeâés hrent, après les Cent-Jours ^ redemandés à la Fmnoe^ mais Ils furent du moins restitua non aux souverains, mais auipayseuimêmes. Les tableaux d'Anvers firent rendus à la Bdf^quBt at non h l'Autriche , son ancienne souveraitte ; œ qû avait M elKlevé h Venise libre fût rapporté à Venise ssservie. Denon Mnt dit à Pie VIÎ , en lui montrant le musée du Lonvre , qu'il menait avec un vif regret tous eOs chefe-d'oewvre enlevés à son pajs : La victoire, llil répondit le pontife, les avaU partes en it^Ut; la victoire les a déposés ici : qtti sait oà eite les reportera an jour? La prophétie venait de s'accomplir. Mais la Fnumcn
* M. de Riclielieii écrivait^ le 19 novembre ISIS : « toat eA Mi- Mmmé : j'ai apposé Uier, piiis mort que Vif, mon nom à ce latal tniH J'avais juré de ne pas le faire, et je l^avaisdit au roi; ce malbrarcM prince n»*a conjuré , en fondant en larmes , de ne pas rabandoniier, li de ce moment je n'ai pins hésité. J'ai la confiance de croire qoej «tœ point, personne n'aurait mieux fait que moi; et la Pnllce, ex| sous le |K>!ds qui l'accable, réclamait impérieosemenf mie délivrance. EUe commencera dès demain , an moiis à ce «irc, et s'opérera successivement et promplement »
■oiifliptt ooimne d'un afifront ; el Canova ^ qui était v«iiii {ly^ider à Texpédîtion des tableaux et des statues appartaoaiit à l'Italie, se vit eo butte à toutes les railleries ^ .
C^est ainsi que la France sortit des mains de Napotépu » humiliée, ayant perdu au dehors la grandeur, au dedans la séeurité, et fatale après tout aux nations de rEurepe; car, soua prétexte de la punir, les rois finirent par ppprimeir las antres peuples que son exemple avait entraînés.
TILAIT^ DE YI]^NlfE>,
Le vetoor de Napoléon avait interron^pu les fêtes et les trayaux des rois , assemblés h Vienne ppnr asseoir un nouveau droit public, La Révolution avait renus an question tout le sys* tème international^ Les puissances avaient proclamé le droit d'intervenir dans la politique intérieure des autres États, et elles avaient provoqué la guerre civile en France par les coa* Utionsde Mantoue et de Pilnit^. La Fraoce , d'une autre part, usurpait eu 1797 le pouvi)ir cMistituant à Venise et à Gènes. A Ratisbonne, la constitution germanique était abolie. On assassinait à Eastadt les ambassadeurs^ Dans les transactions suc- Dessivcs, il semble que les grands États prissent à tâche de oomproosettre leur propre existence , en effaçant la Pologne, les républiques italiennes, les souverainetés ecclésiastiques de FEmpire, les principautés, les villes libres, las ordres chevaleiesques, les dynasties régnantes. Les rois coalisés, en un
' On disait de lui que ce n'était pas un ambassadeur, mais un entballeur.
* Tout le onzième volume de V Histoire des traités de Scliœll est consacré au traité de Vienne, et contient tout ce quil y a de mieux dans les importants travaux de G.rL. Kluber, Acten der Wiener Congresses 1SI5, 7 vol., et UebersicHt der diplomatischen Verhandt lungen des Hlener Congresses uberhaupt, und insonderheiC #tof wiehtHie AngelegenheUen des Deutschen Mundes; isis*
dêù TBAITBS DB TIBNRC.
mot , comme les révolutionnairee , avaient aubatîtoé parloat la force des armes au droit iotérieur des nations , et ponaé des peaples à Tinsurrection , en lear proâigaant forte promesses qu*ils s'inquiétaient peo de tenir. Des condescendances trompeuses, des traités contradictoires, des ambiguïtés calodéa, avaient déshonoré la politique et la diplomatie dans le covrs de ces vingt années.
C'était avec de si tristes exemples , avec de si déplorables antécédents, que le congrès de Vienne se disposait à Fancien édiCce politique , et à mettre en équilibre , à répoque de la paix de Westphalle , les intérêts de toute FEarope, depuis les contrées du pAle jusqu'à la Grèce. Si tons les traités , sous le règne de Napoléon , avalent été plotôt des halles et des préparations à des hostilités nouvelies, le champ se trouvait Hbre après lui : point d'ennemi , point d'autres néoessilés que celles de la justice ; des rois qui, après avoir perdu leur coonmoe, la recouvraient tout à coup et sans peine , n'en devaient être que plus disposés à des concessions envers les peuples , dont les idées avaient marché bien plus que la politique, et qui étaient désabusés par des expériences nombreuses. Napoléon n*avait voulu tenir compte que de ses idées et de ses j^ans , plus chimériques parfois que ceux des idéologues, dont il se moquait Mus les rois avaient proclamé l'intention de tenir compte des peuples qpn s'étaient soulevés pour eux, et semblaient garder au fond du cœur le souvenir de promesses sacrées. On avait en peur de l'épée, et l'on avait voulu la briser; mais personne n'avait peur des idées et de la liberté. On n'avait recouru aux armes que pour faire cesser le règne de la force. Une restauration ëtà invoquée ; mais pouvait-on honorer d'un tel nom une paix qui ne ferait que fixer matériellement les limites àes États et le rétablissement des dynasties?
Les souverains , en prenant le parti de traiter en penooue autour d'une table ronde, mêlés à leurs propres sujets, éviterait les questions de préémineuce qui avaient fait perdre à Utrecfat un temps infini. Leurs maximes, celles de leurs ministres étaient extrêmement libérales. Les princes et les peaples, di* ■aient-ils, ne doivent faire la guerre que par une nécessité iaé*
TBAITBS DB YIENNB. 361
vitable; FesdaYage et le servage doivent être abolig, sous quelque forme que ce soit; il faut que la religion , la politique et la morale marchent unies; Tépée ne saurait attribuer de droits j et rindépendance de chacun doit être Tobjet du respect de tous ; il est nécessaire que les gouvernements aient des règles précises et expresses; les peuples ont le droit de participer à la 'législation et de déterminer les impôts , comme de manifester librement leur pensée par la parole et par la presse.
Malheureusement personne n'était préparé à Tœuvre : la ra« pidîté des événements, les circonstances ne permirent pas de se décider franchement entre les deux écoles , Técole historique et recelé rationaliste, entre Tesprit teutonique et Tesprit li* béral.
Nous avons indiqué les causes de désunion qui existaient à Vienne entre les monarques. Mais lorsque Napoléon eut quitté file d'Elbe , ils se rapprochèrent , et voulurent montrer leur forée par la promptitude et la résolution avec lesquelles ils écra<sèrent ce nouveau mouvement. Lorsqu'ils en furent sortis triom^ phanta , ils opérèrent avec plus de célérité et moins de ménagements.
Alexandre était le héros de ce temps : jeune , aimable, il avait à gouverner un peuple tellement habitué à Tobélssance, qu'il* ne devait pas craindre de parler de liberté. Il semblait que la puissance napoléonienne se fût brisée contre lui seul , et que de lui dépendissent les destinées du monde. Son penchant déclaré au mysticisme , qui fut attribué à l'obsession d'un sou» venir funeste, se fortifia dans la connaissance qu'il fit de la ba*ronne de Krûdner'. Elle avait renoncé aux douceurs de l'opu^
' La baronne de Krâdner, née à Riga en 1766, était peUte-filIe du maréclial de Munich. Elle fut élevée à Paris, et publia en 1803 le roman de Valérie, qui eut un succès de vogue. La reine Louise de Prusse, entre autres, subit Pinfluence de madame de Krûdner, dont les Buuiières étaient pleines de charme, et Tesprit rempli de persuasion et d'agrément. Après une jeunesse tout à fait orageuse , qui força son mari à la répudier, elle se prit de passion pour les idées mystiques, Elle était à Paris à Tépoque de rentrée des alliés : ce (ùt là qu'elle eut occasion de voir d'abord Tempereur Alexandre et le roi de Prusse , qui
niST. I>E CENT ANS. — T. II. 3*
303 TIAITSS DB YTENHE.
lence pour proclamer la parole de Dieu, et pour christianiser le monde selon les principes de TÉglise primitive. Elle avait pris dans les diverses communions un choix de vérités à son usage; elle était belle , éloquente , entraînante. Elle avait déjà promené son enthousiasme en Allemagne et en Suisse, quand le congrès de Vienne vint lui offrir Toccasion d'exerœr en grvid son apostolat. Elle tint dans ce but des conférences mystiques, où les princes assistaient ; mais la femme inspirée s'adrena particulièrement à Alexandre , le bras de Dieu ; elle Favait surnommé range bianc, de même que Napoléon éiaU tamge nmr. Elle parvint ainsi à s'insinuer dans rimaginatioa vive et, par cela même , mobile du czar, qui conçut le projet d'établir uo nouveau droit public européen , sur la réconciliation des Églises dissidentes; rapprocliement d'où daterait le règne de la paix et de la félicité universelles. Il rédigea en ecmséquence, dans on style quasi inspiré , comme celui de toutes ses proclamations, Pacte de la Sainte- Alliance s par lequel les quatre principaux souverains s*obligeaient diplomatiquement aux Tertns évûgéliquès : expression singulière de la politique aoua fonne bibii-
8ê rradireat phK d'usé fois dans oet oratoire fréquenté par beameour de grands personnages, où madame de Kriidaer se montrait eo costume de prêtresse. Elle a donné , dans une brochure publiée à cette époque sous le nom de Camp des Vertus, la description d'une 0te que Parroée russe célébra dans les plaines de CbAlons. Madame de Khidner ne sut pas conserver toujours la faveur de ces rois de la Sainte- Alliance , dont elle Ait quelque temps la confidente. Son exaltation, q« allait croissant , ayant donné lieu à quelques désordres dans ses prédications , la plupart des gonvemements la firent expulser. Elle tA morte en Crimée en 1824. (An. R.)
' Le traité de la Sainte- Alliance, conclu d'abord entre les empereurs de Russie, d*Antriche et It roi de Prusse, avait été rédigé, diton , par l*empereur Alexandre , à Paris , sous les inspirations de madame de Krûdner; il se compose d*un préambule et de trois articles. dont on peut trouver le texte dans le t. VI des suppléments an Recueil des traités de Martenne , p. 6.^. Lonis XVlll et le prince régeaft d'Angleterre y aecédèrent, mais pour leurs personnes seulement. La pinpart des princes de PEnrope suivirent oet exemple : le pape seul reita «n deiiore de cette convention. (Au. R.)
TRAITÉ)» DE VIBNKB. 363
que , et qui révèle combien le besoin d^unité était généralement senti. Les quatre monarques s'engagèrent donc , « conformé* « ment au précepte évangélique qui nous commande de nous • aimer comme des frères , à rester liés par le nœud indisso- « lubie d'une amitié fraternelle; à se prêter une assistance muai tuelle; à gouverner leurs sujets en pères; à maintenir sincè- « rement la religion , la paix et la justice. I^es rois soussignés se m considèrent comme membres d'une même nation chrétienne, « ayant pour unique souverain Jésus-Cbrist , Verbe très-haut, « et chargés chacun par la Providence de diriger une branche « de la même famille; ils invitent toutes les puissances à re- « eonnaître ces principes , et à entrer dans la Sainte- Alliance ' » (26 septembre 1815).
11 y avait de quoi faire illusion avec ce traité, conclu au nom de Dieu et pour le plus grand bonheur de Thumanité. Mais après tout, que signifiait ce langage? Que les princes contractants étaient des pères qui se concertaient pour décider seuls 4e ce qu'ils croyaient le plus avantageux à leurs eofants , sans les consulter sur ce point. L'Angleterre refusa en conséquence de prendre part à ce pacte , le trouvant incompatible avec la liberté des peuples.
Le congrès se proposait deux objets : asseoir les -frontières des divers États, et sanctionner les principes. Sur le premier point, ee qu'on voulait c'était de prendre ouvertement ses sûretés contre la France, et secrètement aussi contre la Russie. Sur le second point, les intentions d'abord avaient été libérales; on voulait mettre des liornes au despotisme , mais, chemin faisant, on Gnit par prendre plus de liberté. Déjà les grandes puissances s'étaient fait par les armes une large part, en prenant <, les Prussiens la Saxe , les Russes la Pologne , l€s Autrichiens la haute Italie , et les Anglais Malte , Helgoland et le Cap; personne ne paraissait vouloir céder en rien. Il avait été fait, en 1814, des traités particuliers avec Murât, avec le Danemark, avec Eugène, avec les princes médiatisés. Ainsi les nombreuses questions qui se présentaient, et qui devaient trouver leur solu-
' Moniteur» & février 1316.
364 TllAITÊS DE VtfiNItS.
tion dans les principes du droit international , furent relues par des considérations personnelles. On voulut satisfaiie les hautes puissances en consolidant leurs acquisitions, et humilier la France en la resserrant entre l'Autriche et la Prusse, et en augmentant les forces de ses voisins. Quant aux peuples , il n en fut pas question.
Louis XVflI, sans s'arrêter devant la crainte de pasKr pour ingrat envers ceux qui Tavaient rétabli sur le trône, avait écrit de sa main à Talleyrand, qui le représentait au congrès, que ni la conquête ni la possession violente ne donnent auem droit, si elles ne sont sanctionnées volontairement jtarwt renonciation ou par un traité. Quand même on aurait rendu à la France ses anciennes limites, il n*auraît point existé d'équilibre , puisquç les autres puissances s'étaient agrandies. Elle fut cependant diminuée d'un million et demi de sujets dans les colonies , et de dix-sept lieues carrées en Europe , sur ce qu'elle possédait en 1789; elle ne conserva plus rien en Italie, rien en Allemagne; elle se trouva repoussée du Rhin et de la Savoie; elle se vit entourée partout de puissances d'attaque et de défense; désarmée , tandis que lés autres conservaient leurs troupes sur pied; isolée, tandis que les autres s'étaient liés entre eux; sans garantie à Tintérieur, après un si grand bouleversement ; ayant à sa tête un nouveau gouvernement , jaloux de celui qui venait de tomber , et novice aux nouvelles fonnes constitutionnelles. Peu s'en fallut même qu'elle ne fût plus maltraitée, car les Anglais et les Allemands insistaient pour qu'on lui reprit l'Alsace et la Lorraine. Heureusement pour elle, l'orgueil de deux pais* sauces, qu'un triomphe inattendu avait enivrées au moment où elles croyaient succomber, eut pour comre-poids la roodératioa ou la prévoyance jalouse d'Alexandre. Sagement dirigé par les conseils de Capo-distria , le czar ne cessa de s'opposer à ces buiniliations imprudentes, qui devaient avoir pour r^ltat de pousser la France aux réactions, et de lui faire chercher un appui dans les sympathies populaires.
Talleyrand , le grand instrument de la chute de Napoléon et de la restauration des Bourbons , inventa alors le mot nouveau de légitimité, mais en l'appliquant seulement aux rois : c'est
TBAIT&S DE VIENNE. 3G5
ainsi que rancien révolutionnaire, homme positif et partisan de la force, fît échec aux principes de sainteté et de fraternité évangéliques qu'on venait de proclamer.
La Norwége avait été promise au roi de Suède par les hautes puissances : en conséquence , TAngleterre entreprit de la réduire par la force et par la famine ; mais elle se défendit avec rénei^ie du désespoir, et se donna nne constitution ; puis , lorsquelle fut réduite à céder, elle en stipula formellement le maintien (14 mai 1814). Cette acquisition fît une très-belle position à la Suède. En effet , l'abandon de la Finlande la délivrait du voisinage menaçant de la Russie , et en même temps la Norwége réioignait d'autant dy Danemark : elle eut donc moins de motifs de crainte et moins de dépenses à l'intérieur, et resta assez forte entre la Russie et l'Angleterre pour protéger la Baltique.
Le Danemark obtint en échange de la Norwége la Poméranie suédoise et l'Ile de Rugen , qu'il céda à la Prusse , en échange du Lauenbourg jusqu'à l'Ëlbe : faible compensation en superficie, Q7ais importante par sa situation.
La Suisse fut déclarée neutre, et protégea ainsi le côié faible de la France ; on lui ébaucha , en outre , une constitution fédérale , avec cette précipitation dont furent empreints les actes de ce temps.
Il n'y avait point à s'occuper de l'Espagne , puisqu'elle avait déjà recouvré son roi. Le souverain du Portugal s'étant transporté au Brésil , c*était la métropole qui était devenue colonie, et il aurait été convenable delui donner une organisation; mais l'on attendit les événements, qui arrivèrent à Fimproviste, et auxquels il fut trop tard pour remédier.
La Russie avait ajouté à son territoire la Finlande au nord , la Bessarabie et une portion de la Moldavie au sud , ainsi que pluâeurs provinces à Test, par un traité fait avec la Perse. Quant à la Pologne , Alexandre voulait la reconstituer en royaume pour son frère Constantin ou pour le duc d'Oldenbourg; mais la Prusse n'y était disposée qu'autant qu'on lui donnerait la Saxe. Or Talleyrand soutenait que l'dn ne pouvait ainsi déposséder une dynastie , et que la conquête ne détruisait pas les
aiM» TRAITÉS DB VIENNE.
droits existants '. Les choses allèreot à ce poiut , qu'on fui à la Teille de recourir aux armes. Un^ alliance se forma alors entre la France, F Angleterre et rAutriclie, tandis que Constantin io- ▼itaît les Polonais à se lever pour protéger leur propre cause, et que le comte de Messelrode déclarait que huit roillions d'hommes allaient s'armer pour leur iodépendanoe. Maïs si Castlereagh était Time de ces mouvements, dans la peur qu'Alexandre n*aequit trop de prépondérance, une autre peur plus grande et commune rétablit Taccord entre eux tous. Le retour de Napoléon écarta pour un moment toutes les jalousies. La Pologne sortit de nouveau morcelée des conférences de Vienne. L'un de ses débris, sous le nom de royaume , fut placé sons le sceptre du czar Cracovie fut érigée en ville libre r/ indépendante à perpétuité *. La Saxe fut cliâtiée de sa condescendance pour Napoléon; on la laissa vivre, mais réduites la moitié de son territoire : le reste en fut attribué à la Prustt, qui , avec les acquisitions du traité de Lunéville , se trouva double de ce qu'elle était sous Frédéric II. Elle en fîit redevable
Talleyrand, dans une note du 19 décembre 1814 à MetterDidi,s>\* prime avec chaleur, etfail valoir des motifs qui peuvent étonner de la part d'un tel tiomme et dans un tel lieu : « La <|iiestiaa de la Saie, «lisait-il, est devenue la question x^pilale; car dans aucune antre les deux princip4*s de la légitimité et de l'équilibre ne sont compromis à la fois et à un si haut degré. Pour trouver légitime la disposition que Ton prétend taire de ce royaume , il faudrait tenir pour vrai que les lub peuTent être Jugés; qu'ils peuvent Pètre par quiconque veut et peut ticcuper leurs possessions; qu'ils fieuvent être condamnés sans être entcndas ni liéfendus; que leurs familles et leurs peuples sont envelopp» dans leur ^condamnation •; que la «'.onfiscatlon , bannie du code des nations civilisées , doit , au dix-neuvième siècle , être consacrée par le droit {général de fEurope^ comme si la confiscation d^un royaume était moins «odieusc'que celle d*une chaumière; que les peuples n'ont aucun droit xtistinct Vie ceux de leurs souverains , et peuvent être assimilés aux Ironpeanx d*un domaine; que la souveraineté s'acquiert et se perd pir le seul fait de la conquête; en un mot, que tout est légitinne pour crlui
qui est le pins fort
* L'Autriche pourtant s'en est emparée en 1847.
TBMTiB I»B VIERNB. 907
fn partie au comte de Hardenberg/son- habile représentant. Qoant au reste de TAIlemagne, il y avait h répartir les territoires vacants : on appelait ainsi les domaines séculiers et média* tiaés qui n^appartenaient pas à des princes reconnus , et qu'on ne songeait pas à restituer aux possesseurs déchus ; puis il y avait à constituer le pays conformément aux larges promesses qui avaient été faites, alors que les espérances allaient i*ncope au delà. Le traité de Paris portait que « les États d'Allemagne se» raient indépendants, et réunis par un Ken fédéral. » Mais que ▼oulait-il exprimer? De quelle nature devait être ce lien ? Cette question fut discutée par T Autriche et la Prusse, ainsi que par la Bavière, le Wurtemberg et le Hanovre, convertis en royaumci mais à l'exclusion de la Saxe, dont le sort n^élait pas encore fixé* Les autres États et les villes , mécontents de se voir exclus , for* mèrent un conseil à part, dont on ne s'occupa nullement, de même qu'on ne s'inquiéta ni des traditions de l'histoire ni des voeux des peuples. On admettait bien la nécessité de relier les États entre eux, mais l'on n'en voulait pas admettre les moyens. La dignité impériale, qui ne répugnait pas moins à l'AutriclYe qu'aux nouveaux rois, ne fut point rétablie; et il parut que c'était foire assez que d*aecorder à l'Autriche et à la Prusse un poids ^al dans la confédération.
Quant aux libertés promises aux peuple3 , le moment des nécessités est bien différent de celui où Ton examine froidement les choses, fiéanmoins, on était généralement d'accord pour introduire ou rétablir les états provinciaux ; l'Autriche ellemême était de cet avis. Les institutions données par Stein et Hardenbcfrg avaient fait de ta Prusse la nation la plus avancée de l'Allemagne ; elle était -mare pour recevoir une représentation nationale, et le rôle qu'elle avait joué en 1813 l'avait gi*andie, et la rendait chère aux cœurs allemands. Le Hanovre , qui vivait d'idées anglaises , faisait observer que les changements apportés par la conquête ne devaient pas engendrer le despotisme, ni rabolilioii des constitutions particulières, et de ces gouvernements représentatifs qui , depuis les temps les plus anciens, étaient de droit commun en Allemagne. En effet, Texen) pic de TAngleterre séduisait alors tous les hommes dM^tat; et Top
360 TRAITKS DE TIENNE.
pariait sans ces^ de constitutions destinées à assurer aussi la paix intérieure , en empêchant la lutte des factions d'arriver jusqu'au roi, et en n^y opposant que des ministres responsables. Mais la Bavière et le Wurtemberg s'opposèrent à l'idée d'un conseil fédéral, blessante, disaient^ilS) pour la souverainelé qu'ils avaient acquise ; ils soutinrent que les droits des peuples h l'égard des souverains étaient une question domestique , dont le congrès n^avait pas à s*occuper.
Le débarquement de Bonaparte en France assoupit encore sur ce point les dissentiments particuliers : on Onit par reooonaitie que l'organisation intérieure était une propriété sacrée, et oi laissa chacun y pourvoir séparément. Ceux qui pensaient autrement se résignèrent^ trouvant que mieux valait une constitution imparfaite que Tabsenoe d'une constitution. L'Autriche recouvra le Tyrol et le territoire de Saltzbourg , en indemnisant la Bavière au moyen des territoires vacants. La Toscane fut rendue au grand-duc de Wiirtibourg; le primat renonça au duché de Francfort; les autres membres de la confédération du Rba restèrent ce que Napoléon les atait fiiit8« Le royaume de Westphalie fut démembré entresesponesseurs primitifs. Oldenbourg Mecklembourg, Saxe-Weimar, eurent le titre de grands-duchés, comme aussi le Luxembourg, annexé au royaume des Pays-Bas. Francfort, Brème , Lubeck , Hambourg , forent déclarées villes libres. Voici les bases de l'acte fédéral : « Les cités, avee ks princes souverains d'Allemagne , y compris l'empereur d'Autriefoe, les rois de Prusse , de Danemark et des Pays-Bas, fonneat une confédération perpétuelle ' pour leur sûreté intérieure et «-
' Voici les États dont elle ae compose : l* TAutricbe et 2** la Prnaat, pour les pays appartenant à riCinpire germanique , y compris la S*lësie; Z" la Bavière; 4° la Saxei 5** le Hanovre; 6** le Wurtemberg; 7** Bade; 8"^ Uesse électorale; 9** grand duclié de Hesse; 10* le Danemark pour le Uobtein; 11** les Pays-Bas pour le Luxemboarig; 12* Brunswick; 13* Mecklenibourg-ScliweriU; 14* Nassau; 15* Saxe Weimar; 16* Saxc-Gotlia; 17^ Saxe-CoboUrg ; 18* Saxe-Meininsa; ii>«'Saxe-HilJbiirghausen;20''Mecklemboufg-StréUt2; 21** Holstein-Ol- <leiibourg; 22« Anhalt-Dessau ; 23* Anhalt-Bernbourg; 24*» Anbalt-K»tbeu; 25» Schwartibourg-Sondershaii&en ; 26* Schwartzbourg-RuM-
tBAttÉS DE VlENIfB. 860
térieure, lear hidépendanceet leur inviolabilité réciproques. Tous sont égaux en droits ; la présidence honoriflque de la diète , dont le siège esta FraDcfort-sur-le*Mein, appartient à l'Autriche; les dix-sept votes y sont répartis entre les trente-huit membres* Lorsqu'il y est question de lois fondamentales , chaque État vote en assemblée générale, à raison de son étendue, ce qui donne alors le nombre de soixante-dix-neuf suffrages* Les différends qui s'élèvent entre eux ne doivent pas être vidés par les armes; ils sont libres dans leurs alliances , mais en agissant toujours avec réserve à l'égard de la confédération ou des États qui la composent. » On devait établir dans chacun d'eux des états territoriaux , mais on ne définissait ni comment ni quand ils de* vraient être constitués; ce qui laissait les princes assez libres de D*en rien faire.
Les États médiatisés , qui réclamaient leurs possessions per* dues, furent renvoyés à la diète, qui se contenta de leur donner, à défaut du vote qu'ils réclamaient, quelques privilèges et quelques distinctions dans les États auxquels ils avaient été annexés. On ne fit rien pour les princes ecclésiastiques, car leurs dépouilles avaient profité à tous les rois, et l'on ne songea pas même à assurer leur existence ; mille autres choses , Jusqu'à la liberté de la presse, furent laissées à la décision de la diète.
L'ancien ordre était donc entièrement changé en Allemagne. L'idée même du vieil empire romain avait disparu : plus d>mpereur, plus d'électeurs, plus de hiérarchie entre les princes, plus de tribunal commun. La diète aussi change de nature, l'Église, la noblesse, les villes, n'y étant plosjeprésentées. La bulle d'or et les capitulations électorales sont mises de côté, et Ton accepte les titres et le pouvoir absolu , tels que les a donnés la main d'un conquérant étranger. La suprématie de fait reste à la Prusse, tandis que l'Autriche se tourne de préférence vers
tadl ; 27** HohenzoIlem-HechtDgen ; 1S<' Uchtenstein ; 29* Hohenïollern* Sigmaringen; 30** Waldeck ; SI ** et 32** Reosf , lignée ancienne et lignée cadette; 33** Sdiaumbourg*Lippe ; 34" Lippe-Dctinoid ; as"* Lubeck ; 36" Francfort • S?"" Brènoe; 38° Hambourg.
370 THAITBS DB VlEtVNB.
ritalie et vers les Slaves. Le catholicisme, réduit aux deux seah votes de r Autriche et de la Bavière, n*a plus qu*un rang subalterne dans cet empire, qui, au moyen â^s, était à la télé de la chrétienté ■. En conservant Tunité de la race germanique, onae s'inquiéta pas de Tunité qui résulte des lois, des institutions et des garanties communes. U n'y eut point de concentration; tous les défauts de Tancien empire subsistèrent, moins le prestige dont le temps Pavait entouré ; et T Allemagne se trouva dépouillée de ses antiques libertés , sans obtenir celles au nom desquellei elle avait couru aux armes.
Tant d'espérances trompées ou différées firent silence cependant ; on prit patience, car le voeu général d*unité et de nationalité se trouvait satisfait. L'affranchissement du joug étranger faisait fermer les yeux sur tout le reste ; et quoique cet accrois» sèment de petits trônes augmentât la dépense, les armées, les cours, et que tous fussent trop faibles pour agir isolément, l'Ai* lemagne recouvrait son indépendance et ses anciennes frontières. Elle n'avait pas à craindre rambition autrichienne ou prussienne , car la France et la Russie étaient là pour Fenrayer. On voyait avec plaisir tous les États obligés de se lever comme un seul devant Tennemi du dehors, et n'avoir pour maîtres que des princes allemands.
Les Pa^-s-Bas furent annexés à la Hollande, « à titre d'accroissement de territoire. > On pensa que celle-ci avec ses flottes, ceux-là avec leur armée , se trouveraient assez forts et en bonne posture entre la France et le Nord, d'autant mieux que ce nouveau royaume pourrait facilement donner la main à la Prusse. La maison d'Orange prit la couronne, en octroyant une constitution par laquelle elle chercha à réunir des peuples différents d'origine , de culte et de langage. Les colonies de Surinam, Curaçao, Sùnt-Eustache, Saint-Martin, Batavia, Banca
> Le roi de Saxe est catlioliqiie , mais la prédomiDanoe des prolestaBb dans sou pays Toblige à agir dans leur sens. UohenzoUern-Sigmariigen, Hediingen et Liditensteiii » qui sont catholiques , ont un vote partagé avec cinq États protestants. Il y a cependant qoinie nûllions de catliotiques et Irène millions de protestants.
TBATTES DE VIENNE. 37 1
et les'Moluques, qui furent restituées à la Hollande , restèrent sujettes du roi seul.
L'Autriche s^était montrée la plus opiniâtre dans une lutte presque sans relâche de vingt-deux ans, où elle n*avait regardé ni aux dépenses , ni aux sacriGces , ni aux affections : toujours la dernière à se retirer du champ de bataille, préparant la guerre au sein de la paix , elle avait fait alliance avec l'ennemi, mais c'était pour mieux épier Toccasion de le trahir. On trouva donc juste qu'elle sortît de cette lutte plus grande et plus forte. La Prusse était jadis sa rivale, elle venait de s*en ûiire une alliée ; TEmpire était devenu pour elle un fardeau , elle l'avait rejeté. Ses provinces formaient un amalgame de hasard : elle les réunit sous un titre pompeux. La Belgique, possession éloignée , lui rapportait peu , elle était difScile à défendre, et lui coûtait plus en une année de guerre qu'elle ne pouvait en tirer en dix ans de paix; déjà elle avait tenté de rédianger avec la Bavière en 1778 : sa perte ne lui était donc pas dommageable. Mais voyant qu'elle trouverait des obstacles à s'agrandir en Allemagne, et se souciant peu de s'étendre vers le Levant, où son système patriarcal aurait pourtant servi à arracher les peuples à la barbarie, elle tourna ses vues vers l'Italie, où elle obtint un royaume étendu et florissant.
Pendant la Révolution l'Italie avait été refondue, de gré ou de force; les systèmes politiques et les idées s'y étaient succédé. Napoléon avait fractionné des peuples dont la patrie et la langue étaient les mômes , pour constituer un royaume qui ne pouvait marcher que par des moyens artiGciels , et n'avait en lui-même aucune chance de durée ; car s'il restait faible , il devait être absorbé par la France; s'il devenait fort, il absorberait les pays qni en avaient été détachés. Napoléon aurait pu , sans les violences qu'il exerça envers le pape , constituer dans la Péninsule trois États confédérés entre eux , sans intérêt à offenser les autres puissances , en même temps que la jalousie de l'Autriche et de la France aurait sufQ pour garantir leur indépendance. Le courage lui manqua pour faire ce grand pas vers l'unité. Les rois coalisés avaient aussi caressé chez les Italiens l'immortel désir de l'indépendance; leur union, ainsi
372 TBAITBS DE VIENIIE.
que l'aeeroîssement de leur force et de leur industrie, en démontraient assez la possibilité; mais quand vint le moment d'agir, ils s'en reposèrent sur oes promesses, et ce qu*ils avaient rêvé leur échappa encore une fois.
Quelques États disparurent dans ce remaniement, d'autres s'arrondirent. L'Autriche, qui, dans le siècle précédent, ne possédait que le Milanais, se trouva y gagner un ropumede cinq millions d*bommes et de quatre-vingt-quatre millions de revenu , comprenant la Lombardie et les États vénitiens , aTec trois cents milles de cdtes , des forêts et des honunes propres à lui constituer une force maritime. Elle se ménageait, d*aa côté, Taccès ouvert en Suisse ainsi qu'en Piémont, faiblement défendu par le Tésin; de Tautre, ses garnisons de Ferrare, de Plaisance et de Gomaccbio lui assuraient le passage du Pd; ses provinces de chaque coté des Alpes se trouvaient unies par la Valteline et le Frioul. Les trônes de Toscane, de Modène et de Parme étaient occupés par des princes autrichiens , ce qui assurait son influence sur Tltalie centrale. La seule difficulté qu'elle rencontrât était dans les idées peu concordantes à sod système, qui s'étaient propagées durant la domination française dans les pays où elle devenait maîtresse; et de là résultait poor elle la nécessité de les satisfaire ou de les réprimer.
La Toscane eut eu partage les Présides, et cette portion de rtle d'Elbe qui avait tant coûté à tapies; puis la principaoté de Piombino et les fiefs impériaux. Parme, Plaisance et Guastalli furent donnés en souveraineté viagère à Marie-Louise , cette veuve d'un empereur vivant. Lucques, qui gardait encore sa souvenirs de république, fut occupée quelque temps par les Allemands; puis elle fut attribuée, comme possession temporaire, à l'ancien roi d'Étrurie, à qui durent revenir, à la mort de Marie-Louise, Parme et Plaisance, en échange de cette prindpaaté, qui retournerait dès lors à la Toscane.
La maison de Sardaigne., qui s'était montrée si hostile à la Révolution contre ses propres intérêts , conserva non-seulemeit tous ses États au delà et en deçà des Alpes , mais obtint de pfas Gènes , sous l'obligation d'y conserver un port franc et quelqofs autres droits. On voulut par là fortifier le gardien des Alpo