LES PAPES. — LES CONCORDATS
spéciales, on s'appliqua à scruter l'oeuvre de Timposture on de rignorance < .
I.a Trinité surtout fut prise pour point de mire ^ et considérée comme un symbole tantôt des trois rapports entre Dieu et le monde » tantôt des trois modes différents de représenter la Di- \ inité : Fils de Dieu signifie son favori , et la mort de Jésus- Christ ne fut plus rien qu'une parabole de la miséricorde divine.
Dès 1803, Bruno Bauer avait fait paraître la mythologie de la Bible ; et , dans la Critique des Évangiles des synoptiques , il déclarait la guerre aux écrits apologétiques chrétiens. Fewerbach traita , avec le cynisme des premiers réformateurs, de V Essence du christianisme ^ d^ la Philosophie du christianisme, de la Mortel de V Immortalité , et proclama Tanéantissement pauthéistique'; Schleiermacber supprima de l'Ancien Testament les prophéties ( 1834 ) ; du Nouveau , les miracles : il s^appliqua à concilier ce qui restait avec la philosophie et ses théories personnelles sur l'humanité. Voyant alors où il allait par ce chemin, il pensa qu'un temps viendrait peut-être où le christianisme serait d'un côté avec la barbarie; de l'autre , la science avec l'impiété. Penché ensuite sur le bord de Tabtme du néant qu'il avait creusé , il s'écria : « Heureux nos pères, « qui, inhabiles encore dans l'art des exégèses, croyaient, « simples et loyaux , tout ce qui leur était enseigné ! L'his- « toire y perdait, la religion y gagnait. Ce n'est pas moi qui ai « inventé la critique ; mais dès qu'elle a commencé son œuvre, « force est de l'accomplir. » C'est la conclusion de Kant, qui se traduit ici avec une effrayante ironie.
■ Les dogmes protestants étant publiés en Allemagne du haut tics chaires, Mohler voulut en faire autant pour les dogmes catholiques, et il exposa, dans la Symbolique, les divergences dogmatiques entre les catholiques et les dissidents; ce qu'il lit en di&tribuant, dans un ordre scientifique, les innovations religieuses du seizième siècle , et en aboutissant, par leur contradiction, à ce doute qui stimule la redierche de la vérité.
* RosenmQller, Eichhom , Ewald, Sack, etc., défendent maintenant le Pentateuque contre Wette, Gramberg, Sthxlin, Hartmann, etc.
414 QUESTkldlVS liELlGkEirSË^.
Ce que Wolf avait fait avec Homère et Nietmlir aVec Thistoire romaïDe , ie docteur Strauss prétendit le ûâre avec le récit évaBgélique , en le représentant comme un ramas dldées, d'inventions, de ïMnéeeptes, dif finals de temps et dmtention. « Le Clirist, dit-il, n*est pas un individu, mais une idée on plutôt un genre, c'est-à-dire rhtimanité. Le genre humain est le Dieu &it homme; il est ce Gh de la Vierge visible et du Père invisible, c'est-à-dire de la matière et de Teq^rit; il est le sauveur, le rédempteur, l'impeccable qui ressuscite, qui monte au ciel. Croyons a ce Christ , à sa mort , à sa résurrection : rhomme se justifie devant Dieu >. »
Les Annales de Cermanie propagèrent cette polémique , et combattirent Tidée d'un Dieu se connaissant lui-même et distinct de l^inîvers , de même que celle d'un Christ historique , le réduisant jusqu'à n'être rien qu'un produit des pensées humaines en un temps où elles étaient dans l'enfance ; combattant aussi la durée de l'existence individuelle après la mort, pour en conclure que la théologie doit se perdre dans l'anthropologie, la foi dans la spéculation, et que tout rapport doit cesser entre la croyance et la science.
Ainsi , pendant qu'un parti religieux combattait le catholicisme en ne considérant comme bon que ce qui avait existé dans le principe , d'a^itres soutenaient que la conception et la forme du christianisme primitif avaient été ce que réclamait le temps où il naquit , mais non la vérité absolue. I^es premiers parlaient donc au passé ; la religion nouvelle doit parler an pré*. sent et à l'avenir, en s'appuyant sur la vie sociale et sur la civilisation actuelle. Les formes et l'écrit du christianisme
' Vie de Jésus-Christ; Tobingiie, IS8S. he& protestants en ont fait de belles et vigoureuses réfutatlùâs. Salvador a employé les méoies ■rgaoïeats que Strauss , mais avec moins de force, attendu qu'il voudrait, comme juif , sauver les livres anciens. Cet écrivain avait dfià pablié un ouvrage sur Moise en le considénuit rationoelletnent , et Je procès de Jésus en démontrant quMl avait été régulier selon les nationales. Cette entreprise ri:»ible Tut combattue sérieusement px W. Dupin. ( c. C. j
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ne sont pas identiques , et les vases dans lesquels la vérité est contenue peuvent se briser sans qu'elle en demeure altérée.
La réaction contre les idées nouvelles partit de Tuniversité de Munich , où professait Baader, propagateur des idées mystiques et de la démocratie chrétienne : il avait conseillé à la Sainte- Alliance de sanctifier ses actes en restaurant la nationalité polonaise. Il apercevait dans la Révolution française un besoin de réaliser socialement les principes évangéliques; et» depuis 1830, il s'est occupé ardemment des classes pauvres. Cest dans cette université de Munich que Philipps donna un droit canonique qui, comme celui de Watter, est selon Tesprit pontifical. Mais Philipp , Gôerrer et Dolinger, et tous ceux de cette école, furent dispersés. Plus tard, on sacrifia aux caprices d'une courtisane les traditions et les pratiques de ce pays.
Ce tableau sommaire des dissensions religieuses était indispensable pour comprendre ce qui en sera dit par la suite ave<; plus de détail. Ainsi TAllemagne , cet ancien champ de la divi* aion , agite de nouveau les problèmes fondamentaux ; des sectes y pullulent sans cesse , qui ne permettent pas d'espérer un rapprochement. Récemment encore , lorsque plus d*un million de croyants et onze évéques, pensant expier par là les délires d*une science funeste qui réduit le christianisme à un mythe , étaient accourus pour vénérer la sainte tunique exposée dans la ville de Trêves, une voix obscure s'éleva pour les critiquer. Bientôt il en sortit la secte des catholiques allemands ( 1844 ) , fXYNnptement diyisée sous les noms de Ronge et de Czerski , «t^jà souillée de sang. Leur bot est de généraliser la liberté de croyances , que ta paix de Westphalie avait restreinte a une seule par État, et le traité de Vienne à trois. Les vieux luthériens ont été reconnus; mais ils sont répudiés d*uncdté par les piétistes, et de l'autre par les amis des lumières , qui les accusent tous d*hypocrisie et d'absurdité.
Mais en qui doivent croire ceux qui n'ont pas le loisir d'examiner, c'est à-dire le plus grand nombre , le peuple ?
Le roi de Prusse ayant échoué dans sa tentative , qui avait |iuur but de réduire à l'unité les deux sectes légales, essaya de
4t6 QUESTIONS BELIGIEUSES.
réunir les deux Eglises prussienne et anglicane ; voulant apparemment introduire dans le protestantisme quelque élément positif, tandis que les anglicans, de leur côté, espéraient par là amener à eux leurs amis protestants : tentatire avortée encore.
En Angleterre aussi, un grand mouvement entratne les esprits vers le catholicisme ; 1* histoire s^y dépouille de préjugés; la controverse, devenant plus sérieuse, s^approche davantage de la vérité; les esprits ayant besoui de foi , et ne la trouvant pas dans le chaos des opinions personnelles , se tournent vers Tautorité.
Quel sera Tavenir? Dieu seul le sait. Mais, pour préparer de vaillants champions à ce combat des croyances, il faut une instruction ecclésiastique élevée. Outre la connaissance des sourofô théologiques et de l'histoire intérieure de TÉglise, il faut qu'elle montre dans le passé combien le christianisme a Jnflué sur l'état moral et social du monde ; qu'elle indique des remèdes a opposer aux maux si graves qui , depuis trois siècles, aflligent l'Église; que- les progrès des sciences lui fournissent des démonstrations h l'apptti de la vérité révélée, et surtout qu'elle associe la doctrine à la vertu. CTest ainsi que « Ton connaîtra la vérité , et la vérité nous sauvera. «
C'est un fait bien digne de remarque, que, dans le siècle qui suit celui de Voltaire, les plus grandes questions, celles qui émeuvent la société jusque dans ses entrailles, soient des questions religieuses. Les peuples , qui s'étaient crus indifférents , reconnaissent que leur cause et celle de la liberté se débattent dans celle de la religion. L'Angleterre, forcée dans son intolérance, arrive à s'étudier elle-même avec sincérité. Celle de toutes les sectes socialistes qui laissera le plus de souvenir se résout en religion. La France , au milieu de ses hallucinations douloureuses , arrête ses regards sur la restauration religieuse. On répétait que le pape n'était plus rien ; et cependant , lorsque' sa parole , étrangère aux intérêts mondains et aux petitesses de la peur, vient à retentir, le roi de Prusse s'effraye ; le czar se courrouce plus qu'il ne le ferait de mille diatribes libérales , et il met tout en œuvre pour aveugler ou pour séduire les peuples^