‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,) (volume 2)Chapitre 16 sur 127 · ÉCONOMIE POLITIQUE · texte numérisé non relu

ÉCONOMIE POLITIQUE

de correction modèle. Mais la France était bien arriérée : beau' coup de malheureux y étaient ensevelis dans des cachots souterrains , tant en province qu'a Paris même , bien qu'une société fondée dès 1753 s'occupât de procurer des secours aux détenus, et qu'une dame de charité fût attachée à chaque pri* son. Les cachots de la Bastille étaient particulièrement redoutés.

Les prisonniers étaient aussi enchatnés en Suisse , mais les jugements y étaient prompts ; les condamnés aux peines infamantei devaient balayer les rues avec un collier de for; les autras, filer et tisser.

En Espagne, à l'exception de la Navarre, la torture était toujours en usage; les jugements n'avaient pas de fin; les geôliers louaient des chambres, et allégeaient le poids des chaînes moyennant finance. Deux membres du conseil privé devaient visiter les prisons chaque année , avec pouvoir de commuer les peines. Les libertins et les vagabonds étaient renfermés dans la "magnifique prison de Saint-Ferdinand, près de Madrid, où ils portaient un vêtement uniforme et se livraient à un travail régulier. En Portugal, la société de la Miiéricartie, composée de gens distingués, secourait les. prisonniers , payait, pour ceux qui n'étaient pas en état de le faire, la taxe due à la sortie. Dans quelques pays, les détenus no vivaient que d'aumônes. Les procédures étaient fort longues, et les geôliers permettaient aux prisonniers de sortir, à la condition de revenir pour l'appel.

Les prisons étaient déplorables à Turin, et elles ne valaient guère mieux à Milan, à l'exception de la maison de correction. Les plombs et les puits de Venise ont conservé une sinistre renommée. Lucques était dans l'habitude d'envoyer ses délinquants à Venise ou h Gènes; elle eut ensuite de mauvaises prisons. En Toscane, le grand-duc Léopold en avait fait disposer de meilleures. A Gènes , les débiteurs insolvables, les femmes et les prévenus de délits divers, étaient sagement répartis dans des endroits séparés. Les prisons de Bome avaient plus d*apparence que de bons effets ; celles de Naples regorgeaient àe mallieureux sans air et sans travail.

Howard dit à Joseph II que le gibet était préférable aux for-

PHILANTflBOPlB. lit

meiwngtriehigines. Ce philanthrope, qu'oa appelait /e Père daprimutiert, disait : • Les coupables doiveot être confina dut d«s cellules séparées, et s'y livrer à quelque traTail. S'ils mt réunis, ils auront boole de refenir au bien; laissei-les Koli iTCc eux-méma , et ils ressentiront la honte du mal. L'homme solitaire sent sa faiblesse ; il craint plus qu'il n'espère, d il n'est pas entreprenant. La solitude et le silence efCrayent kaint; ils portent l'ime à la réflesion, et la réflexion porte au npHitir. Le méchant est un être dépravé, il se purifiera d«ns le recueillement et dans le calme; et les heures taciturnes et pnrires ramèneront plus d'hommes égarés ou coupables à ranooT de l'ordre et de l'hounéteté , que tes plus sévères chft< liaunti. •

L'agriculture était tout à fait négligée en Allemagne, surkni dans les provinces dont s'est formée la Prusse. Les grands pnpriétaires s'occupaient d'intriguer dfms les villes, laissant l^tHTes à des fermiers ou à des colons dénués de connaissances R de moyens pour les améliorer. Le Hanovrïeo Albert Thaer, •prés avoir étudié les méthodes et les pratiques de l'Anfçletore, établit à Celle une espèce d'école rurale, publia un traité nr l'agriculture anglaise (1794), et plus tard les Annaiet de ^agrieëUure. Mitterpacher, de Bude , donna en latin le pre- ■ier cours complet de cet art , qui fut traduit dans toutes les Isagnes.

Geoffroy Copley fonda, à la Société royale de Londres, un |rii pcnr les mdUeures expériences ayant pour objet la couverutioa des hommes. Ce prix fut décerné au capitaine Cook, fiinena i fin ses mémorables expéditions, en n'y laissant f^K trto-petit nombre de marins. L'Anglais TVilliaro Uawes IsBda la Société d'humaoité, destinée à donner des secours dus tons lea casde mort apparente, d'inhumations praniiitee», Afupbyxie par immersion. Henri Pestaloui inhoilulsità /.uridi des méttiodes rationnelles d'éducation , se |ti'('|'<^^"' l'***^'' l« la vie réelle et non l'école, et où il n'entrait rien des sonps de Jtui-iocquee : i) s'appliqua, conJMntemoit nvec Fellemberp, i former les enfants pauvres à la vertu. L'abbé Cmuthipr rendait riiMcvction amusante pour ses élèves.

112 ÉCOIVOUIE POLITIQUE. — PHILANTHROPIE.

( ] 739-1792. ) Richard Arkwright, né dans la Lancasbire d*ime pauvre famille dont il était le treizième enfant , commença par chercher le mouvement perpétuel : il délaissa bientôt cette étude stérile, pour s'occuper des moyens de venir en aide à l'industrie au milieu de laquelle il grandissait. L'Angleterre commençait à tisser les indiennes , au lieu de les tirer du pays dont elles ont reçu leur nom; mais on eji faisait la chaîne en fils de lîD pour qu'elle eût assez de solidité , et le coton de la trame était filé à la main. Malgré sa pauvreté, Arkwriglit monta dans sa maison une mécanique à filer, et bientôt il établit des manufactures. Contrecarré comme tous les novateurs, il triom* pha de ses ennemis par le succès , et mourut certain d^avoir doté sa patrie et le monde d'un mécanisme qui fournirait à bas prix les étoffes que les riches jusqu'alors avaient pu se procurer.

( 173G-1819. ) L'Écossais Watt devait exercer une influence plus grande encore. En perfectionnant les machines à vapeur pour les rendre régulières et précises , il songea à les appliquer aux besoins de l'industrie; il en fit d'abord usage pour épuiser l'eau dans les raines de charbon de Kiuneil. S*étant associé avec Boulton, riche fabricant de Birmingham, il construisit des nlachkies qu'il d<snnait aux extracteurs de mines « n'exigeant d'eux en retour que le tier& de l'économie qu'ils feraient sur le combustible, ce qui produisit des résultats énormes. C'est à quoi se borna, dans le dernier siècle, une application qui , dans le nôtre, devait acquérir une si vaste importance.

Au milieu de cet élan communiqué à la société au nom de la philanthropie, commeen d'autres temps au nom de la charité, on eut à déplorer plus d'un genre de délire. Certaines expé* riences coûtèrent des millions à l'État, et entraînèrent la ruine de beaucoup de familles. On voulut expliquer, par les attractions de Newton, la formation du foetus aussi bien que celle des mon* tagnes. Des géomètres même soutinrent qu'en provoquant l'exaltation de l'âme à un certain degré, il était possible de deviner Tavenir. On attaqua la propriété ; la société fut accusée de pervertir les hommes... Mais la philosophie, qui avait pour croyance les droits de l'esprit et pour but les progrès de l'humanité, montrait, à ceux qui l'accusaient de ces folies, les améliorai'

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tîoos qol étalait son ouvrage ; et, devenue de plus en plus absolue, afiranehie de doutes , se complaisant en elie-méme, elle âfrait eontre le passé une bannière sor laquelle elle avait inserit : HaUan et humanité !

liant DES PHILOSOPHES. — IHPLUERCE DE L*fiGOi;B PHILO- SOPHIQUE sua LES GOUYERNEMENTS.

La vieille société européenne était doublement attaquée par leidoctrines encyclopédiques, par la scienee, par les intérêts, par la haine, par la philanthropie. Il fisiut bien que le libéralisme ée nos jours en convienne, quoiqu'il lui en coûte : les idées ■oiveUtt furent non-seulement tolérées , mais j^tégées par les souverains ; voyons-les à l'œuvre.

Chartes ni, après avoir occupé vingt^quatre ans le trdne de Kaples, succéda en Espagne à son firère Ferdinand. Sans être •B de ces grands princes dont la force suffit pour régénérer un pays, il prépara du moins les améliorations futures. Riche de ^alités naturelles mais peu cultivées, il régnait par lui-même, tes la tempête comme dans le calme : de mœurs pures, très- Kdigieax, sans se mettre sous la dépendance de Rome et des coofesseors, il était opinifttre dans ses opinions. Le marquis de SquiDaee, qu'il avait chargé des finances et de la guerre, y introdâisit de bonnes réformes. Il fit éclairer Madrid , défendit de porter des armes, interdit les manteaux longs , les larges chapesm , et proscrivit d'autres abus. Le peuple se souleva et loohit le massacrer (1766); n'ayant pu s'emparer de lui, il demanda son renvoi, la diminution des denrées et surtout qu'on loi rendit les longs manteaux et les chapeaux rabattus. 11 fiiliut, pour calmer ce tunralte, que le roi envoyât quatre jésiliites , le cnieifix h la main , pour consentir à toutes ces réclamations, twoonables ou non.

Celait là un événement inouï en Espagne, et Charles III en prda rancune à la France , qu'il soupçonna d'y avoir mis la mahi : mais le duc de Ghoiseul sut lui persuader que c'était Tcnirre des jésuites, et qu'un soulèvement qu'il leur avait été si facile de calmer ne pouvait venir que d'eux. Charles III le

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crut, et travailla aetivemeat à la destruction de Tordre. A Go de prévenir d'autres orages, le comte d'Aranda, nouveau ministre, chassa de Madrid six mille oisi£i, et y fit entrer vingt mille hommes de troupes. Il améliora Torganisation administrative, modela Tarmée sur celle de la Prusse , augmenta la marine , afEiiblit le tribunal de la nonciature, restreignit les lieux d'asile, établit des écoles pour suppléer à celles des jésuites ; et Tlnquisition, qu*il n'était pas pos^le d'abolir, fut du moins modérée.

L'Espagnol José de Samoza décrit ainsi , en 1760, la vie de Madrid, qui était celle d'une grande partie de l'Europe : « Tout gentilhomme, en sortant du lit, attendait le barbier. Pois le perruquier venait peigner, pommader et poudrer la tête; ce qui était fort long. Alors seulement on procédait à la grande affaire de s'habiller, ce que les plus lestes ne terminaient pas en moins de trois quarts d'heure» ttot il y avait de pièces à lyuster, d'agrafes à mettre, depuis celles qui soutenaient le col jusqu'à celles qui serraient les chausses. Cette architecture terminée, notre homme ceignait son épée, et priait Dieu qu'il fit beau, attendu qu'il allait affronter rinteropérie de l'air, de pied feme et la tête découverte, quelque temps qu'il fit AllaiMl k pied? il lui fallait la plus grande précaution pour préserver de la boue ses bas de soie blanche et ses souliers à la Mmkimnaite, J'ai connu un jeune offlder qui se fit une grande réputation pour avoir traversé Madrid en hiver sans se crotter. Les plus indépendants étaient astreints à certaines convenances, réglées par im cérémonial inexorable, qui ne laissait pas un seul jour de repos. Manquer à l'un de ces devoirs suffisait pour que deux ftmilles devinssent ennemies. Le moindre voyage exigeait des visites de congé, que chacun rendait le lendemain; de même au retour. Quand venait la fête d'un saint, l'étranger qui entrait dans une ville pouvait croire qu'il y éclatait im incendie ou une sédition , tant la foule courait empressée, se heurtant, se bouleversant, criant par les rues. Les artisans mouraient à la peine pour servir tant de pratiques qu'il fallait peigner, chausser, habiller, dans ces grandes circonstances. Telle était la société dans les jours solennels.

« On dtnait à une heure; on mangeait plus qu'à présent, et

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0 ftUait plDs d'habileté pour savoir manger que pour gagner de quoi manger. On 8*adiaptait sur les manehettes certains entoanoinde carton. D*autrea machines avaient été inventées pour garauitir des taches le bord de i'habit et le col de la ebewêêb; mais aucune n'était si compliquée al si singulière gue cffledent on se servait pour faire la méridienne « usage général de notre dimat Tai vu le célèbre Jovellanos dormir le nez ttrUoreilIer) mais sans le toucher autrement qu'avec le front, pour ne pas se défriser.

• Cependant la condition des hommes était meilleure que (Hk dès femmes, car ils pouvaient du moins appuyer le pied pr terre ; tandis que, perchées sur de hauts Mona en bois , ctrmglées impitoyablement par un corps de baleine » elles ne poitaient ûôre le mcHudre exercice, sans s'exposer à être rennnéiB au plus petit choc. Ce corset était un tel esclavage, que (ntaines mères allaitaient leur enfant à {ravers une espèce de tnppe oav«rte dans Fétoffe baleinée.

• Chaque Jour le cavalier subissait trois métamorphoses : hcape et le bonnet le matin, l'uniforme militaire à ndidi, l'habit Silant rbprès-dtnée, pour assister aux combats de taareaux. La invité espagnole conservait le silence et le déeorum pour les loirées. Rien de plus grave et de plus solennel que ce qu'on appelât on rafrtftchissement ou une collation. Les dames, placées^ lerooe «trade, formaient un front de bataille formidable, ne dosnant d*antre signe de sensibilité et de vie que le mouvement f<égalier et monotone des éventails. Venait ensuite une ligne panflâe de seûons, par ordre de dignité , de rang et de mérite. ^o« auriez dit de gens assemblés , ncm pour s'amuser ^ mais Po«r assister à la terrible cérémonie de la vallée de Josapbat. Mit de musique, point de danse , point de causerie galante ^ (celcment des joneors de cartes plantés au milieu de la salle ivaieat le droit de hurler, de s'injurier, et de marquer toutes ^ péripéties du jeu par de grands coups de poing sur le tiq^is*

< Cette belle affîure terminée , chaque famille se retirait, lï ttlait autant de temps pour défaire cette toilette compliquée fi'en en av»t mis à Tajusterl Tandis <|a'on désarmait la tête ^ madame, qui déposait un énorme bonnet et une perruque

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