‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,) (volume 2)Chapitre 17 sur 127 · RÈGNE DÉS PHILOSOPHES · texte numérisé non relu

RÈGNE DÉS PHILOSOPHES

gigantesque , le front de Tépoux se dégarnissiiit aussi d^une batterie de frisures dont il était hérissé.

« La dernière occupation de chaque jour, pour dos pères, c^était de monter, leurs montres. Ce n*était pas un petit exereiee : chaque gentilhomme avait deux, montres, et deux bottes par montre. Tout était double en ces bienheureux temps : on portait

deux montres , deux mouchoirs , deux tabatières Que Ton

nous passe ces futiles détails , qui remplissaient cependant la vie de nos aïeux. »

A Texempte de l'Espagne , le Portugal aussi était entré dans les voies de réforme : le roi Joseph était un prince voluptneox et ignorant; le marquis de Pombal, son ministre, esprit résolu , despotique , prit à tâche de relever le pays. Il avait , dans ses voyages, fait connaissance avec les philosophes; et ces réformateurs lui persuadèrent que, pour créer des citoyens, on gouvernement, un État, un esprit public, il suffit de jeter une constitution sur le papier. Il poussa donc le roi aux innoTations avec une énergie qui ressemblait à la violence.

Écarter les jésuites, auxquels il porta le premier le coup; humilier les nobles, qui le traitaient avee hauteur, quoiqu'il appartint à leur caste, c'est là ce qu'il eut de plus pressé. Il fit rentrer au fisc grand nombre de propriétés que les roîs précé* dents avaient assignées, tant en Asie qu'en Afrique, à certaines familles; il interdit les mariages entTeXes/kkUgos, conttÈta aux fils les titres des pères, défendit à l'inquisition de conduire personne au supplice sans l'approbation du roi, détruisit les r^istrès où étaient inscrits les noms de ceux qu'elle avait condanmés, ce qui était pour leur postérité une note d'infamie ; il supprima la distinction entre les vieux chrétiens et les nouveaux , restreignit la faculté de léguer en mainmorte, guerroya de toutes les manières contre la juridiction romaine , repoussa la bulle itt Ccena Domini et l'autorité du chef suprême de l'Église.

Pour remédier à la décadence des études, qu'il imputait aux jésuites, Pombal réforma l'université de Goïmbre, en y fiiisant prédominer les sciences mathéhiatiques , et en y appelant des hommes distingués d'Italie et d'Irlande. Il fonda le collège des

iuflubhcb db l*écolb philosophiqub. 117

DoUes, dota les hôpitaux et les éeoles avee les biens des congrégatkns supprimées > et il songeait à instituera Mafra un ordre rifri des religieux de Saint-Maur. 11 fut {Nnssamment aidé dans raeeomplîssement de ses desseins par la tentative d'as* asniat dirigée contre le rd, et par le tribunal dHncot\fklenza, dont rinstitation remonte à eette époque.

Le jour de la Toussaint de Tan 1755, un h<Hrrible tremble- Mat de terre reuTersa les deux tiers de Lisbonne; une partie de ses halntants, que Ton a portés jusqu'à soixante mille, tuent écrasés ou enterrés viTants. La mer s'éle^ de six pieds »dessQS des plus hautes marées, fracassa les navires, renversa lacêliees , et noya les campagnes'. L*ioeeodie accrut encore h Biaoe des ruines ; des pluies torrentielles furent pour les sur- TivaitB, rtfugîés sous des tentes au milieu des champs, une aosfdle cause de maladies et de mort. D'autres villes se ressenlirealde ce désastre, surtout Coîmbre et Braga ; Sétubàl fut abtoiée ofee tous ses habitants.

Pombal s'acquit une gloire véritable en portant remède à (Hte désolation ; mais, voulant régénérer à fond son pays, il agit >^ eette prédpilation inconsidérée qui était une mode, sans Rgkfixe en politique, désireux du Inen sans en avoir l'intelli- Resee. En France, où l'on considérait plus les idées que les faits, ifitt beaucoup loué; mais les faits firent bien voir qu'il était *iaé par la haine et par la cupidité, désireux avant tout d'af* fcnnir le despotisme par la calomnie et la terreur. Il voulut ré* Mr Tordre matériel, et il prépara le désordre moral, en sapant Jcsiastitutions et les croyances nationales.

I48 ordonnances les plus minutieuses attestaient sa fiévreuse

' Getld aeeottsw se fit sentir sur oo espace quatre fois plos grand ^loote PEnrope : dans les Alpes, sur les côtes de Snède, aux An- Qki|«i Canada, en Thnrînge, sur les rives de la Baltique. Des fleuves ^ûWi taraX drames de leur coors ; les sources thermales de Tdplitz ^"ni^ poig coulèrent de nouveau , colorées d'ocre ferrugineux, et ^"•dèreat la ville. A Cadix, la mer s'éleva jusqu'à vingt mètres au- '(wvdo niveau ordinaire; dans les petites Antilles, où la marée ne ^*^P>SK pu soixante-quinze centimètres , die monta à plus de sept

Ijg ' BÀGNB 0ES PHILOSOPHES.

aclÎYité : il réglementa la vente des marrons, la forme des tain* bres de poste, les vignobles, dont il fit sacrifier on tiers à la culture du froment, même dans les lieux qui n'y étaient pas propres. Il voulait tout renouveler, sans écouter de conseils ni souffrir la contradiction , sans attendre Toeuvre du temps. Il réussit toutefois à procurer d'énormes richesses à sa famille, et à satisfaire sa passion de vengeance. Il favorisa la manne , mais il négligea les armées de terre, pour Ater cette ressource à la noblesse. Il humilia les noblei, mais il convoita leur alliance; il chassa les Jésuites, et conserva les ordres mendiants; il abolit le monopole du tabac , et établit celui du sel ; il &t traduire Vol* taire, Rousséan, Diderot, et brâler Raynal; il applaudit aux nouvelles doctrines, et défendit tout ouvrage périodique à Lia» bonne , où il ne voulait pas que la poste arrivât plus d*une fois par semaine ; il réprima Tinqulsition , puis lui donna le titre de mqjesté pour la faire servir à ses vengeances : il nomma son frère grand inquisiteur. 11 trancha de Tesprit fort, et il accrédita les miracles de Tévéque d'Osma, ennemi des jésuites; il détruisit lA puissance de cette compagnie et celle des nobles, mais pour lui substituer le despotisme ministériel ; il confisqua leurs ri* chesses, mais pour s'en go^er lui ou les siens, sur qui il aocu* mula titres, charges et honneurs.

11 établit ainsi un pouvoir sans limite, et qui touchait à la tjrrannie. Déjà, avec une sévérité orientale, il avait condanmé an gibet, ipso facto, ceux qui avaient commis des vols pendant le désastre de Lisbonne. Mais souvent il Hiisait pendre comme vo* leurs des gens qui se plaignaient de misères auxquelles il ne savait pas remédier ; et Ton dit quMl en envoya somnmirement au supplice jusqu'à cent dans un jour. Il offrit vingt mille cruzades de récompense à quiconque dénonçait un citoyen pour avoir dénigré des actes publics , ou des agents du gouvernement Il fit un crime de lèse-majesté de toute résistance à la volonté du souverain, c'est*à-dire à la sienne. Ses ordres se terminaient d'ordinaire par cette phrase : « Pîonobstant toute loi contraii«. » Correa Garçao, surnommé THorace portugais , rédacteur de la gazette, s*étant permis de dire quelques vérités, fut jeté dans une prison, où on le laissa mourir. L'évéque de -Goîmbre

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