COLONIES ANGLO -AMÉRICAINES
Les choses de plus en plus tendaient au positif^ dans œ teapi où le règne des idées était proclamé si haut. La Prusse avec, sa discipline militaire l'emporte sur la monarchie autrichienne, composée d'éléments hétérogènes; l'industrie, et le bon sens pratique des Anglais , sur Tinsouciance espagnole et sur la mobilité française ; le despotisme russe, sur la turbulente aristocratie polonaise. Les monarchies se consolident partout, ea abattant ce qui reste encore du moyen âge , et en poursuivant Tunité adirinistrativesur le^ ruines de tous les autres pouvoirs. T^ puissance royale fut longtemps aux yeux des peuples une providence devant laquelle on s'inclinait, sans oser scruter ses fondements. Cette forme de gouvernement, quand on l'examina plus tard , parut bonne pour extirper ce qui restait debout des ^fficienoes institutions, et déblayer le sol. Aussi les classes priviiégiées, les droits seigneuriaux, les immunités du clergé et des corporations, les prétentions de Rome, les pariemeats, furent tour à tour battus en brèche. Les gouvernements en pro^ titèrent pour se rendre absolus ; mais ils se mirent ainsi
GOLOMIE» ATlGLO-AMtiAICAtNES. fSt
fRRiMedes peuples, qui apprirent à cotmeitre leurs dtoits, CD ittendsot rtieore de les réclamer.
DiBs b politique extérieure , la morale fut hardiment foulée
Six pieds; oo ne tint plus compte des nationalités^ des ancien*
aa possessions : on voulut. à tout prix arrondir les royaumes.
Oi eaaifia les faibles restés sans défense , pour éviter une lutte
taire les forts; on n^éralua la prospérité d*un État que d*après
h œofignration et retendue de son territoire» le nombre des
Ito, et le produit des contributions. La statistique seule té-
«signi de la félicité d'un pays. On intenta cette politique
■fipeiée de eafalnet , toute d'intrigues sans loyauté , qui eonsi«
éére cDoime le plus habile celui qui sait le mieux tromper. En
nom temps on n^avait entamé tant de négociations, ni sur des
^KstioDs si compliquées , si graves; mais toujours en prenant
poor ban la r4invenanee, et non la justice. Un système d'aï-
liaees contre alliances fut échafandé pour soutenir l'équilibre
irtifidel établi par la paix de Westphalie, et restauré imparfai-
taeat à Utrecht : ^ifice conventionnel comme la poésie du
twps, comme la peinture et Tarchitecture, comme les costumes
^eetie époque.
Le commerce devient un intérêt nouveau, et inaugure comme «ae nouvelle ère; on dirait que les cabinets sont devenus des cnapioiis : on y fait des traités , des ligues , des guerres, pour ^tarife, pour des exclusions de marchandises, pour la pèche, fnt le droit <le visite. Les guerres européennes commencent M le propagent dans les colonies; mais c'est de là aussi que le BMde verra surgir Texemple nouveau d*une vaste démocratie. Us dettes contractées amenèrent l'invention du papier-mon- , qui accroît les ressources des gouvernements , et les aide des entreprises qui autrement seraient inexécutables. L'aigent devient plus que jamais le moteur universel , le nerf éei annécB et des gouvernements ; il sert à fomenter les faciM dans les pays rivaux ; le faste usurpe la place du mérite ; ki traitants et les agioteurs , cette engeance nouvelle, devien*- Mnt des puiasanees. Gependant ce mercantilisme tempère Tin* Mranœ religieuse, et conduit l'administration , aussi bien que h science, à d'utile3 applications.
184 COLOMIES ANGLO AM£BtCAl{fBS.
L'iinporlance des lettres se fait sentir, et de protégées dhi deviennent protectrices. L*étade des langues , les voyages plm fréquents , le français , dont Tusage se répand , facilitent la communication des idées ; les penseurs sont admis dans les cabinets , ou y font pénétrer du moisis leurs opinions. Us TeulenC que tout soit soumis à Texpérienoe; que radministratîon etls politique s'élèvent à l'état de sciences , en répudiant le mystèra et les vieux préjugés.
C'est un des caractères les plus distincti& de cette époque, de ne reculer devant aucun doute , de liasarder les hypothèsa et les utopies les plus hardies, parce que la réalité ne lui a encore enlevé aucune illusion. Mais , tandis qu'en certains pajfi le peuple, enivré des idées nouvelles, pousse aux révolutions, il reste ailleurs tellement attaché aux vieilles traditions, qu'il fait des révolutions pour les conserver. Les princes , entraînés par Timpulsion , cherchent à la diriger, mais avei; des intentiooi timides qui ne satisfont pas les novateurs , quand déjà la foi des conservateurs est ébranlée. Ainsi le dix*huitième siècle reprenait l'œuvre commencée dès le seizième; œuvre suspendue dans le cours du précédent , et qui allait s'accomplir avec une violence terrible.
Aiais, pendant que les rois s'évertuaient à débarrasser leur poa« voir de toute entrave , un grand spectacle allait attirer tous les yeux sur ces contrées qu'on appelait le n(mveau monde, La persécution religieuse les avait peuplées de ces sectaires anglaii qui étaient allés chercher, au seizième etau dix-septième siède, la liberté de conscience sur ces rivages déserts. Ils obtinrent, en grandissant, des privilèges importants qui firent la prospérité de ces colonies, au grand profit de la métropole. Cest ainsi que l'Angleterre parvint à s'étendre depuis la baie d'HudsoB jusqu'au golfe du Mexique, et depuis l'Atlantique jusqu'au Père des fleuves , comme les Indiens, appellent le Mississipî , sur ua espace de plus de douze cents milles du nord au midi , et de mille de l'est à l'ouest. Parmi ces colonies, le Mew-Hampsbire. le Massachusets, Rhode-Island, le Gonnecticut, étaient au nofd et à l'est; New-York, Mew-Jersey, la Pensylvanie, la Delawarc, au centre : enfin le Maryland, la Virginie » les doux Carolines
GOLONISS A1IGL0-AMBB1CAIIIB8. 185
etlaGëorgiie, an midi. Ces pays, très-favorables à Pagricaltuv.eompiaîeat environ deux millions de blancs; mais Ib B*afaî«it qo^m très-petit nombre de villes.
LaNoovelle- Angleterre n'était pas sealement un établissement dlndnstrie et de commerce, comme les factoreries d'Afrique , m me ilomination sur des peuples agricoles d'une autre race , CMUM Tempiie britannique dans l'Inde, et l'empire espagnol M Mexique et au Pérou ; c'était plutdt une vaste colonie relîgMme, où la liberté civile se montra , dès l'origine , inséparable in la liberté du culte. Ce qui étonne dans cette contrée , c'est h imltiplieité des sectes religieuses : les puritains fondèrent taton; les quakers, Philaddphie ; les anglicans; New-York ; les Qlholiques, Maryland. De là vint que ces croyances diverses seiopportèrent mutuellement, et que la liber ié des cultes existât de £ut en Amérique avant même que la tolérance fût pratiqoéeen Europe.
Cet colonies avaient été fondées par des particuliers , à force et penévéranoe et de sacrifices ; le gouvernement ne s'en mêla 9K Ivd, pour en tirer des profits. Beaucoup de ces colons ctaient des citoyens libres , venus dans le pays pour y trouver h liberté de conscience ; d'autres , des malfaiteurs déportés ; ^Mtres encore , des indigents qui y étaient venus chercher du (i^^, flt qui, après s'être engagés au service d'autrui un cerlain temps, pour payer les frais de leur voyage et de leur premier établissement, devenaient libres après. Quelques seigneurs r avaient obtenu des terres, et fondé la féodalité à la manière vglaiBe- Celait, comme on le voit, un bizarre mélange de ^itift, de spéculateurs, d'enthousiastes, de gens perdus, fiiniiant néanmoins un peuple laborieux , qui comprK bien que le premier intérêt d'une association politique est de se tolérer tt de s'aider réciproquement.
On ne vit point là les sanguinaires excès des colonies espa- S>olet contre les naturels; mais leur froide destruction y fut P^ persévérante. Car si les Espagnols se livrèrent d'abord à ^atroces violence , ils se rapprochèrent ensuite des Indigènes ; n bien qu'aujourd'hui les deux races se trouvent mêlées , et Miwa un jour fondues ensemble, grâce à la liberté. lies Angio •
186 COLONIES ANGLO-AMBBICAINBS.
Américains , au coDtraire , repoussèrent tout mélange , refoulèrent les Kaces indigènes dans les déserts au delà du Mississipi, sans que la civilisation ni Tégalité républicaine soient parvenues à vaincre, même à présent, la répulsion dont ces races sont robjet.
Le gouvernement des propriétaires s'était conservé dans la Pensylvanie et le Maryland ; le pouvoir royal s'était étendu sur les autres colonies, à Texception da Conuecticut et de Rbode- Island , qui conservaient la constitution qui letir avait été accordée par Charles 11.
Ainsi divisées de gouvernement et d'intérêts, mais riches et peuplées , ces provinces contenaient déjà des âéments de oon« fédération. En 1687, elles contractèrent une alliance défensive contre les sauvages. En 1690, elles tinrent un congrès à New- York , dans le but de conquérir la Nouvelle-France, sans consulter même la mère patrie; m»s la ligue projetée entre ^cs donna de l'ombrage au gouvernement anglais.
L'Angleterre n'exerça d'abord sa suzeraineté que pour aider et protéger ces établissements; elle employait à des dépenses d'utilité publique les contributions , qui, selon divers autenn, s'élevaient à peine , entre toutes les colonies , à trois millions de francs ; mais elle voulut prendre pour elle tous les avantages commerciaux. Les manufectures ne pouvaient prospérer beaucoup dans un pays où les habitants étaient peu nombreux, vivaient simplement, et où la main-d'œuvre était fort chcre. L'on n'y connaissait guère que l'agriculture, et l'on exportait des bœufs du nord , des grains da centre , du tabac , de l'indigo , du coton, du midi ; ajoutes-y le poisson! et les bois de construction. L'Angleterre râlait les prix , de manière à balancer celui des matières premières qu'elle tirait en grande quantité de ces contrées, avec la valeur des produits manufacturés qu'elle y expédiait en petit nombre. En conséquence, l'argent y était très-rare , et l'on y suppléait par un papier imprimé, et par les polices de tabac en entrepôt.
La Virginie était de tous ces pays le plus prospère. Constituée par l'aristocratie anglaise, die en conserva le caractère; les lois, principalement celle qui concernait les successions , y favorisèrent la formation des grandes propriétés, cultivées par
coLonrEs anglo-aiiébic aines. isr
4t3 esdares. Les maîtres y aeqatrent ainsi ]*habitude et Tesprit do eommandement : n'ayant point à vaquer à des travaux de bas étage, ib purent développer leur intelligence parTétude; de là vient qtie ce pays a eu et gnrde encore en partie le privilège et produire les hommes les plus distingués , de même que les ttsb do nord deTAmérique produisent les sujets les plus aptes ITiiidttstrie, au négoce, au travail. Les premiers colons, browoisttt, ind^iendants , puritains, donnèrent à la législation et aux mcnirs un cachet judaïque , s'attachant à Tobservatlon riipde des formes extérieures, et déployant une grande rigueur d» pénalités. Ainsi on lisait, en tête de la loi du Connectieut : Çueedul-là meure, qui adore un autre Dieu que le Seigneur! A eeh se mêlaient les idées protestantes : Fégalité de tous , ANnme saints et inspirés; la conscience universelle, comme aititre du bien et du mal; la souveraineté du peuple, comme principe du pouvoir. La fraternité puritaine, qui se tourna OBoite en philosophie politique , portait à s'occuper de détails ilon négligés, pour prévenir et satisfaire les besoins sociaux, tris que Teotretien des pauvres aux frais du public , rétablissement des routes , l'éducation à tous les degrés.
Uesprit démocratique s'implantait ainsi, se propageait; et tt peu de temps les colonies grandirent en nombre et en puisttore: raceroissement rapide de Boston, de New*Tork, de Hiiladdphie, montrait h quelle prospérité ces villes étaient deslisées. Elles avaient prodoit des magistrats , dds administra^ ims, des guerriers; la vie de chasse et de commerce avait frnirisé l'esprit de liberté et d'opposition que les premiers fondateurs y, avaient introduit. Originales sous le rapport des idées et des institutions , séparées par une vaste mer de la métropole , ^a'efies avalât aidée dans ses guerres comme alliées libres, cHa se sentaient assez fortes pour se passer désormais d'une dépendance qui , d'utile dans les commencements , devenait OBémne par les droits que la mère patrie prétendait exercer, (t para que cet esprit qui fait de chaque peuple une individoa- Kté distincte était parvenu à sa maturité. Un seul lien les retenait encore : le besoin d'être protégées contre des voisins meaarails, comme les Français dans le Canada', et les Espagnols
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dans les Fiorides ; mais quand ces dernières contrées eurent été cédées à T Angleterre par la honteuse paix de 1763, ce motif même disparut.
Les Américains, dans la guerre de.sept ans, avaient appris la discipline et fait Tessai de leurs forces. Mais les oflicien anglais, orgueilleux du brevet royal, traitaient de haut les officiels coloniaux, et le gouvernement entretenait ces Jalousies 9 donnant une plus forte solde aux premiers. , Les privil^es dont jouissaient les colonies de rAmériqoe ne s'accordaient guère avec cette maxime fondamentale des oolo* nies modernes, qui veut que la mère patrie y expédie des marchandises et en exporte des denrées. Cest ce qu^un bill tenta de réaliser sous George F''(1745). Mais les colons, qui croyaient n'avoir perdu aucun de leurs droits comme Anglais en tnuif* portant leur résidence hors de TAngleterre, y opposèrent nue telle résistance, que Tancien système fut maintenu. Plusieurs ibis r Angleterre s'efforça d*y rétablir le monopole; mais les Américains y échappèrent toujours par la contrebande, surtout avec les Hollandais.
La guerre de sept ans avait donné aux Anglais la suprématie en Europe et en Amérique : ils crurent donc pouvoir traiter les peuples comme ils s'étaient permis de traiter les rois. D'énormes dettes étaient résultées pour eux de la dernière guerre; après avoir épuisé dans la mère patrie les combinaisons d'une savante fiscalité, on voulut que les colonies, au profit desquelles die avait été faite, contribuassent à les payer ( 1764). En conséquence, on imposa une légère taxe sur les objets qu'elles ne tiraient pas directement de la métropole, comme les toiles, les mousselines de l'Inde , et le tlié. Bientôt un second bîll frappa d*un droit de timbre le papier employé dans les transaction publiques : le produit de cette taxe devait servir aux dépenses de l'administration, et l'excédant, à éteindre les dettes de TËtat.
il est de principe dans la constitution anglaise, comme dans J.es autres constitutions d'origine germanique , que nul n'est tenu à payer de contributions à moins de les avoir votées \ d'ailleurs les Américains, de tout temps, s'en croyaient exempts ;
COLONIES ▲nOLO-JLMBBlGAinXS. 189
contre un acte arbitraire qui lésait len» îotéfte. Us formèrent des réunions , mais on les dispersa ; ils pitentèrent des réclamations , mais le cabinet anglais les re» poos» arec opiniâtreté ; et une mesi^ qui devait alléger les diarfa du peuple d'Angleterre , eu fiiisant entrer dans les ooffn$ de Fécfaiquier 900,000 livres sterling, trouvait beaucoup d'appui dans les chambres.
11 ne restait donc aux Américains que la résistance ouverte. Les Virginiens furent les premiers à se déclarer, et les autres anvirent leur exemple, en refusant de recevoir désormais les produits anglais ; moyen terrible de ruiner un pays qui ne vit ^ du travail de ses manufactures. Le peuple se livrait partout à des démonstrations violentes : on inscrivait le mot Liberté jusque sur les cercueils portés au cimetière; on brûlait des balles de papier timbré; et, pour en répudier Tusage, on internxnpit les actes publics auxquels il s'appliquait. Une société des FUsdela liberté s'organisa pour entretenir cette fermentation populaire.
Llndustrie anglaise éprouva, par la prohibition complète de KS marchandises , des pertes que le produit du timbre n'aurait pu compenser. L'opposition appuya dans le parlement les griefs écs e(4onies, et, arrivée au ministère avecPitt, etle proposa la révocation des mesures en question.
Limpôt du timbre fut aboli , et la joie qui se manifesta en Angleterre fiit encore plus vive que dans les colonies. Mais une éériaration jointe au nouvel acte portait que « les colonies étaient de droit subordonnées à la métropole, et dépendaient de la couronne ainsi que du pariement d'Angleterre, en qui rendait l'autorité et la pleine puissance de faire les lois et status, auxquels elles étaient tenues d'obéir. » Dans cette question de la ttke , les droits de la métropole avaient été discutés. Mon- Mileaieiil on avait soutenu qu'il n'appartenait pas au parlement d'établir cet impAt, parce que les colonies n'avaient pas de représentants dans son sein ; mais on avait refusé même à la mère patrie toute suprématie sur elle, et le pouvoir de leur donner des lois. I^ déclaration parut donc tyranniqiie , et l'on com- ■cnça dès lors à discuter l'indépendanee des cotonies, et à la
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préparer^ Le parlement agit avec une imprévoyance qui défait les irriter davantage. Après avoir aboli le timlûre, il s*avisa de mettre une taxe légère sur les vitres, les couleurs, le thé et le papier importés chez dles. Les Américains défendirent auoitft i*introduction de ces marchandises (1769). I^ Massachusets invita les autres colonies à s'unir. Les troupes envoyées pour réprimer la résistance ne servirent qu'à Faccroître; et, dans une assemblée générale tenue à Boston , on résolut de ne plus laisser aborder dans les ports de navires marcliaods anglais.
Ce fut la ruine de beaucoup de maisons ep Angleterre. Le nouveau ministre, lord North, bon financier et mauvais politique, se décida à abolir les taxes (1770), en maintenant seulement celle du thé , non pour le produit qu'il en espérait, mais dans le but de sauvegarder le principe de la suprématie. Les chefis des Américains ne s'y trompèrent pas; et, en rapportant l'esdusion prononcée contre les autres marchandises, ils laissèrent subsister celle qui frappait le thé. Le calme parut alors rétabli, autant du moins qu'il était possible entre des esprits aigris.
Il y avait à Boston un citoyen déjà illustre, nommé Benjamin Franklin ( 1706-1790 ). M pauvre, mais laborieux et économe, il avait commencé par être ouvrier imprimeur. Il avait publié un journal, un almanach de vérités populaires, et il s'était appli^oé à la physique. Sa réputation et son crédit firent écouter ses eonseils dans ces premiers mouvements , soit pour les modérer selon le cas, soit pour en assurer l'effet, et persuader à ses compatriotes de bien prendre leurs mesures et rassembler leurs forces avant d'en venir ù une rupture ouverte. Envoyé à Londres comme agent des colonies , il parvint à intercepter des lettres fort hostiles du gouverneur Hutohinson , qui oonseillatt eu minirtère de réprimer vigoureusement ce premier symp* tdme d'indépendance. Elles furent livrées a l'impression (1773), et les Américains demandèrent le rappel d'Hutchinson ; loiméme se fit, peu après, remplacer par lord Gage, qui avait le commandement de l'armée. Les colonies virent là une raison de s'unir plus étroitement. On forma dans chacune d'elles des Inimités en correspondance avec le comité central de Boston , pour veiller au salut de la liberté. Ce fut un véritable gouverne-
COLORIES ANGLO-AMBBlCAiNËS. lOI
■est indépcDdant. Il ne manquait plus qu'une impulsion , el le pailcnwnt psrdes roesares imprudentes ne tarda pas à la donner. .
1km avons dit que les Américains avaient refusé de recevoir . le thé anglais : ils tiraient cette denrée de la Hollande, par flostrebande. Il en résulta que la compagnie des Indes orien» . tstcsTît dix'huit millions de livres de thé, son principal com- WKS, aeeuroulées dans ses magasins. Lord North proposa d*nlDnser, pour se tirer de ses emluirras pécuniaires i Texportition du thé sous la taxe ordinaire d'un scbelling, et d'en établir des magasins en Amérique. La proposition passa. Que Grent ilors les Américains? Us prirent la résolution de se passer de tfié, et rqNwasèrent les bâtiments qui iW en apportaient. Tait ce qui fut débarqué resta à moisir dans les magasins, ou Art jeté à la mer.
(1774) Le parlement ne vit fdiuaalôrs que la forceà employer. Il décréta donc rintecdictîcm du port de Boston et l'abolition de la ehaite du Blafisacbusets : le gouverneur des colonies fut autorisé à embarquer pour l'Angleterre les Américains rebelles, et Fan easfoya des troupes à lord Gage pour mettre ces ordres. aesécotioii.
Ces actes cependant avaient rencontré une vive opposition le parlement, où les droits des Américains étaient souavee autaoït d'ardeur que les Américains auraient pu en wtUe eux-mêmes à les défendre. On mei^açait le ministère de Il perte des colonies ; on représentait que leur liberté était la ompagne et la sauvegarde de la liberté anglaise; qu'il fallait kv envoyer l'olivier, et non te glaive ; leur demander de parti^ les charges, mais constitutionnellenient ; et qu'enfin le : nciilcBr moyen de les engager h subvenir aux besoins communs état de leur Dure aimer le gouvernement. Mais lord JNortb, («■iposé de vioftence et de faiblesse , se eonfiait dans la supé* riorité des aidées disciplinées.
Les Américains des colonies épousèr^t les griefis de Boston ctdn Massachnsets. En conséquence, ils repoussèrent imani- «tnena les marchandises britanniques» et les liabitants des psrtsdédaièrent qu'ils ne oonaenticai^t jamais à s'enrichir au éétiimtnt de leurs frères.
192 COLOniBS ANGLO-AMBAICAINSS.
Pendaut dix ans de débats , Fétode de la législation s^était réfoudae. I.es théories de Sidney et de Locke avaient été wm* seulement proclamées, mais avaient passé dans la pratique. Les journaux des colonies discutaient toutes les questions ; et les articles d*Adams, dans la Gazette de £o$Um, sur le droit canonique et féodal , auraient Êiit honneur à tout écrivain en Angleterre. Les assemblées étaient d*usage général pour Tadministration intérieure. Aussi, bien que les colonies dissent de formation récente, s*y trouvait-il déjà une hardiesse et une expérience dignes de la salle de Westminster. La division en vbigs et en torys avait passé de la métropole dans les colonies , où Ton désignait sous ce dernier nom les gens riches, ennemis des bouleversements et favorables au roi ; mais ils étaient par cela même primés par les whigs, défenseurs de la liberté , dont la fougue était soutenue par le peuple, qui est toujours du parti de ceux qui s'agitent le plus. Leur crédit s'était accru de Thésitatioa du par* lement, qui, par ses demi-mesures, menaçait avant de frapper, ou s'arrêtait après avoir menacé. La presse propageait Tesprit der liberté en Amérique autant qu'en Europe. On appela , à Boston , arbre de la liberté un orme sous lequel on se réunissait. Partout on se mit à planter aussi des arbres de la liberté; et les réunions se convertirent en conventicules révolutionnaires. On n'y parlait pas encore ouvertement d'indépendance, mais du droit de décréter les impots , et de l'injustice qu'il y avait à vouloir leur faire prodiguer pour le luxe de Londres ce qui était nécessaire à leur propre sûreté. De pareils mouvements ne s'arrêtent pas au premier choc : bientôt l'on en vint à refuser obéissance au gouverneur. Puis, au lieu de l'anarchie à laquelle l'ennemi s'attendait , une discipline rigoureuse s'établit spontanément, et un congrès général des colonies fut constitué à Philaddphie. Ainsi le péril commun rapprochait ceux qui n'a* valent pu s'entendre pour repousser les sauvages, quand ceux-ci les avaient attaqués isolément.
L'Europe prenait intérêt a cette résistance légale; et, dans ce temps où l'enthousiasme périssait sous une froide incfédulité , on sentit renattre le besoin de croire à quelque chose. On se mit à discuter les droits des autres, à défaut des sieDs;oa
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fot dercntfaoasiasiiie pour les AméricâÎDS, soit par ce penchant que Ton ^raore pour des gens qui soutiennent des droits me* lacéi, soit par Fenvie de voir le despotisme anglais humilié.
Tdie était la disposition des esprits , quand s'ouvrit le congrès de Philadelphie, d'où sortit la célèbre déclaration de i6^«( 1774). Après avoir rappelé que le parlement britan- Bîqoe, i la suite de la dernière guerre, s'était arrogé le droit de dider des lois et d'imposer des taxes aux colonies d'Amérique; qoll avait éCenda la juridiction des cours de l'amirauté, rendu itt juges, les gouverneurs, les conseillers dépendants de la couronne; entretenu des troupes durant la paix, déclaré que tel accusés de trahison pouvaient être transportés en Angleterre pour y être jugés ; que le port de Boston avait été interdit et la constitution de Massadiosets abrogée, le congrès proclamait qae les colons avaient droit à la vie , à la propriété , à la liberté, comme les premiers émigrés , leurs ancêtres; que le parlement aaglais ne pouvait faire des lois pour eux, parce que personne se les représentait dans son sein; qu'Us ne devaient être jugés qae par leurs pairs et voisins; qu'ils avaient la faculté de se Ranir pour discuter sur leurs intérêts, et adresser des pétitions SB roi. En conséquence , ils cassèrent tous les actes inconstitutooels, et décidèrent, d'un commun accord, qu'il ne serait plus introduit aucune denrée ni aucun produit manufacturé d'origine anglaise, et qu'ils n'enverraient plus rien dans les ports anglais.
Ds adressèrent au roi une lettre respectueuse dans la forme, ■ttis plus hardie qu'il n'était habitué à en recevoir ; et une autre à la nation anglaise, où ils lui représentaient que sa liberté se trouTait menaeée dans celle de sujets qui relevaient de la même couronne.
L'enthousiasme des Américains fut grand pour les actes de ce congrès ; tout ce qui se sentait opprimé s'y associa , et ce fut îoèjet des entretiens de toute l'Europe. Une déclaration des droits de l'homme h rencontre de l'État pouvait convenir à un peuple nouveau, mais ^ non à ceux dont le gouvernement était fondé sur rhistoire. Cependant les autres puissances, pour faire pièce à l'Angleterre, la laissèrent publier dans toutes les
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gazettes , sans deviner Pinfloence dangereuse qu'elle pourait avoir sur rimagination des peuples. Le roi d'Angleterre et le parlement , asservi à ses volontés, repoussèrent les pétitions des Américains; on adopta le biil de prohibition, qui interdit tout commerce avec les treize provinces , déclarait de bonne prise tout bâtiment, toute propriété appartenant à des Américains. Il ordonnait, en outre, des prières et des jeûnes solennels pour attirer les bénédictions du ciel sur les armes britanniques. « Quoi donc ! s*écriait Borke, nous appeler au pied des autels avec la guerre et la vengeance au cœur? Le Sauveur nous a dit : Que la paix 90il avec vous ! mais bous , nous célébrons ce jeûoe public, n^ayant dans le oœur et sur les lèvres que la guerre, la guerre contre nos frères.- Tant que nos églises n'auront pas été purifiées de cet abominable office , je les considérerai doo comme les temples du Seigneur, mais comme des synagogua de Satan. » Heureux le bon droit qui trouve pour sa défense de si chaletureux accents ! Lord Gage comment les hostilités (1775), et d*une manière malbeureuse pour les Anglais. Cest alors qu'un nouveau congrès, réuni à Philadelphie, proclama la confédération des treize Provinces-Unies « pour partager la bonne comme la mauvaise fortune. » Il nomma pour président Jean Hancok, créa un papier-monnaie et une armée centrale, dont le commandement fut confié à George Washington ' ( 1732-1799 ). Ce riche planteur de la Virginie, qui avait acquis, en combattant les Français dans le Canada , la réputation d'un homme sage, prudent, plutôt que le renom d'un général, ne présente à Thistoire rien d'héroïque : rien de brillant ne Taccompagne; point de débots remarquables, point de vive éloquence, point de magnifiques victoires, mais un jugement solide, une profonde connaissance des hommes et des clioses, une patience extrême contre les attaques de ces exagérés qui gâtent les oeuvres des véritables patriotes. « Simple soldat, dit la Fayette , il aurait été le plus brave ; citoyen obscur, tous ses voisins l'aimiient respecté. Il avait un cœur droit comme son
* Vie, correspondance et écrits de Washington , avec une introduction de M. Guizot; Paris, 1839, 4 vol. în^".
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Hj^it'. • Chef snupréme pendant oeuf années, il ne gagna aucune ik ces grandes batailles destinées à fimmortalité, et les avantages décisifs forent remportés par d'antres. Mais il eut le mérite de cféer un gouveraennent là où il était si difficile de faire préraloir sur les causes de discorde les intérêts et les sentiments qui étfient communs à tous.
Washington rétioit vingt mille hommes de milices, tirés de ëfm États , ayant des usages divers et une diseipline difTé- Rote; dans quelques-uns de ces États, les soldats nommaient Ifors officiers; souvent la subordination succombait sous Tesprit de liberté; pour tous le service n'était que d*une année : cependant IVashington sut établir Tordre et la discipline. 11 bloqua Boston, où lord Gage avait reçu des renforts, avec les instructions les phis sivères; et la lutte se continua autour de cette ^e avec des chances diverses : escarmouches, combats d'avantpostes, qui pourtant (comme le disait plus tard la Fayette au ^ioqiieur d'Arool« et de Marengo) devaient décider le sort de » nouveau monde.
Le congrès , dont les noembres n'étaient guère que des dél^oés des diverses colonies, dont les décisions étaient soumises aox ratifications partieulières de chacune déciles , le congrès prq»arait la guerre avec modération et activité; il soutenait le otidit, et publiait des proclamations pour justifler sa cause aux van du monde.
Le gouveroement anglais, résolu à tous les efforts pour ter- "MBer la guerre d'un coup, fit un marché d'hommes avec les pclits princes de l'Empire, s'engageant a payer 80 thalers par ^1 et 30 autres pour chaque soldat tué ou pour trois estropiés, irritable assassinat que ces princes commettaient sur leurs sujets pour se procurer de l'argent , puisqu'ils n'étaient déteriDÙKs ni par les obligations d'un traité d'alliance , ni par la ^^nuBonauté d'intérêt politique.
A Faide de c^ trafic, l'Angleterre put porter l'armée de terre a (Jaqnanta-cinq mille hommes. Mais l'infomie de cet acte dé- ^1 d'antre part, ceux qui hésitaient encore; et le congrès
' lÊémQirm dé la Fayette.
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américain rompit tout à fait avec la mère patrie : il déclara les colonies indépendantes, afin de pouvoir, à ce titre, réclamer des secours étrangers et agir avec plus de résolution.
Les succès de Washington venaient déjà entretenir la coo- Ûance ; et un opuscule de Thomas Payne , intitulé le Sens commun, communiqua aux opinions une nouvelle ardeur; chaque colonie fut invitée à se donner la forme de gouvernement quelle croirait la meilleure, et toutes se mirent à rœuvre aussitôt. La forme populaire prévalut là où les fortunes étaient médiocres, les mœurs slfaiples, et où il n'existait pas de classes privilégiées. Le système représentatif, qui y fut généralemeot adopté , se modifia selon les circonstances particulières. Le pouvour législatif fut divisé entre la chambre des représentants, qui proposait les lois, et le sénat, qui les sanctionnait ; TélectiaD se Gt directement ; l'autorité judiciaire demeura distincte des autres pouvoirs; toutes les religions furent protégées, et les ministres du culte exclus des fonctions publiques.
(1776) L'indépendance existait donc de fait avant même que le congrès, sur la proposition de Henri Lee, déclarât les colonies libres et indépendantes '.
> « Noiis ragardons comme des vérités évidentes par eUesHnémea, qne » tous les hommes oot été créés égaux ; qu^ils ont reçu de leur Créaieor « aertains droits inaliénables; qu'au nombre de ces droits sont la vie, M la liberté, et la recherche du bonheur ; que c'est pour assurer ces droits « que les gouvernements ont été institués parmi les bommes, et qu'ils ne « tirent leur juste pouvoir que du consentement de ceux qui sont goover- « nés; que toutes les fois qu*une forme de gouvernement devient des- ^ tructive de ces faits, le peuple est en droit de la changer ou de rabofa'r, « et d'instituer un nouveau gouvernement, en établissant ses fondementi « sur les principes , et en organisant les pouvoirs dans les formes qm « lui paraîtront les plus propres à assurer sa sûreté et son bonbeur. La « prudence veut, il est vrai , que des gouvernements établis depuis kng' « temps ne soient pobt changés pour des causes frivoles et passagères : « Texpérience de tous les siècles a prouvé, en effet, que le genre bo- « main est plus disposé à souffrir, tant que les maux sont toKrables, « qu'à se faire droit à lui-même en abolissant des funnes auxquelles il « est accoutumé. Mais lorsqu'une longue suite d'abus et d'usurpatioos. « ayant invariablement le même objet pour but , prouve évidemment
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Les ÉtaU-UnU de V Amérique sepfeKfrionale ' , comme ils f mtitolèreiit , eonaervèreut chacun sa constitution particulière,
de sonmetlre le peuple h un despotisme absolu , il est Cl éroA (el c'est même son devoir) de secouer le joug d'un pareil {MTcnwoienty et de pourvoir, par de nouTelles institutions, à sa propre sOrelë. Telle a été la longanimité des colonies, et telle est préMitement la nécessité qui les contraint à altérer le système pri- BûUf de leur gouTemement. L'histoire du roi de la Grande-Bretagne eet vne suite dlnjures réitérées , et d'usurpations tendant à établir une tyrannie absolue; il suffira, pour le prouver, d'exposer la série des feUs an jugement impartial du monde. » Suit Ténumération des tricii; puis le congrès ajoute : « A cliacune de ces oppressions, nous sfeas i^^iloré justice en termes respectueux; mais à nos suppliques i^éitérées il n'a été répondu que par de nouvelles injures* Un prince qui s'est signalé par des actes de tyran n'est pas digne de gouverner OB peuple libre.
- Roos n'avons pas négligé de recourir à nos frères anglais, en les informant des attentats de leur corps législatif pour étendre sur nous Boe autorité illégitime. Nous leur avons rappelé les circonstances de rém^tion et de notre établissement dans ces contrées; nous avons fût appel à leur justice et à leur magnanimité naturelle, en les conjsraal, par notre commun lignage, de désapprouver des usurpations qui ftBiraiait inévitablement par interrompre nos relations ; mais ils ssal aassi restés sourds à la voix de la justice et de la parenté. Nous Bout trouvons donc dans la nécessité de nous séparer d'eux , et de ks tour, de même que le reste du genre bumain, comme amis en paix , oooime ennemis en guerre.
• £n conséquence, nous , les repréfsentants des États-Unis d'Amérique assemblés en congrès général, attestant le Juge suprême de l'univers de bdroilnre de nos intentions, au nom et de l'autorité du bon peuple de poMiottssolennellement et déclarons que ces colonies unies doivent être de droit des États libres et indépendants; qu'elles franches et exemples de toute obéissance envers la couronne ; que toute liaison poliUque entre elles et le royaume de la Grande-Bretagne est et doit être entièrement dissoute; et qu'à titre 'Étals libres et indépendants elles sont pleinement autorisées à foire
■ Céftaient New*Hampsliire, Massacbusets, Bay, Rbode-lsland , Con« •Ktioit, New- York, New-Jersey, Pen&ylvanie, Delaware, Marylaad Virgmie, les deux CaroUnes, Géorgie.
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avec le droit de la cliai^eri, en attribuant au oongrès la dîrectioa des affaires politiques , la conciliatioiides difféieads vktn les divers États, le droit d'établir les impôts , de faire des emprunts, d'organiser rarmée et la flotte.
Mais en attendant il fallait, sans armée, sans argent, sans alliés, tenir tête à une nation formidable. Nous n'avons pas à suivre toutes les vicissitudes de cette guerre , où Washington, à travers les rivalités jalouses et les tracasseries d'une liberté naissante , s'accrédita de plus en plus dans l'estime et la confiance de son pays. Ce congrès , pour faire face à de croissants dangers , conféra une autorité dictatoriale à Washington , fit des emprunts, et se décida à rechercher l'alliance des Francis. Benjamin Franklin et Arthur Lee furent envoyés pour la négocier. Ils trouvèrent l'Europe, et surtout la France , pleines d'admiration pour les mâles vertus de ce peuple nouveau, qor, jaloux de ses droits, résistait, avec des milices improvisées, à ceux qui faisaient trembler l'Europe. Les classiques les comparaient aux Fabius et aux Curius; les philantliropes lisaient dans la charte de l'indépendance un manifeste contre tous les tyrans, et dans le triomphe de cette cause, la chance de voir accomplir leurs rêves. Tous le& nobles cœurs battaient pour cette guerre, qui seule , entre toutes les luttes politiques et dynastiques de ce siècle, répondait aux idées du temps. Franklin , déjà illustre par ses découvertes en physique , faisait Tadmiration générale par la simplicité de ses manières et de son costume. Les philosophes, directeurs de l'opinion et dispensateurs de toute gloire, le comptaient parmi les leurs et popularisaient sa renommée ; et lui, plein de finesse sous son air débon* naire, riait de leurs exagérations, tout en les mettant à profit.
La France aspirait à effacer la honte de la guerre de s^t ans ; les pliilosophes la poussaient à propager et à soutenir le&
« la goerre comme la paix , former des alliances , établir des « ments de commerce, faire tous autres actes et régler tous autres objets» « tel quMl appartient à des Étals indépendants. Et, nous reposant fer- « mement sur la protection de la Providence divine, nom engageaos « muluellement, Pan envers Pautre, pour le maintien de la présente " dcilaralion, nos vies, nos biens et notre honneiK. »
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priaeipeggéBà'eiix. Tout le inonde se réjouissail ^ Ibuaiiliation ftei poiflaace rivale. Mais les finances étaient en mauvais HlfUH était peu séant à un roi d'eneourager la rébellion. ^Bgot représentait qn'il ne convenait pas d'aider les oolonies , vu qœ TAngleterre, pour les dompter, serait obligée d'épuiser m foro»; que le moment d'ailleurs n'était pas éloigné où les 1^ Métropoles seraient contraintes d'abandonner leurs possessions MMlines, et de s'en tenir à des relations commerciales avec Mhs. Cependant le cabinet de Versailles louvoyait. Il déclarait iHannateors et les captures exclus du royaume, mais il les hissait entrer ^ S ne reconnaissait pas publiquement les ambasnicujif mtÔÊ ii les écoutait en particulier; il laissait transpxer en Amérique des armes et des vivres. Néanmoins, après h ééfittte de Burgoyne , les aoroyés américains demandèrent au obinet français une décision catégorique: autrement, ils anamçaient l'intention d'offrir un arrangement à l'Angleterre, et ietfillier avec elle contre la France. Il ne restait donc à cette Nnanee qu'à choisir entre deux guerres : l'une qui promettait iMieet profits, Tautre où il y avait tout à perdre. Mais, au Kai'ile reconnaître ouvertement l'indépendance des Améri- Qisi, et de déclarer avec eux la guerre à la Grande-Bretagne, la appréhensions pusillanimes de Louis XYI Grent dégui- *île Iraité d'alliance sous l'apparence d'un traité de compote (1778). La France ne stipula généreusement aucun ^'Mlase pour elle, sauf la promesse que les Américains ne I^MlenieBtjaoaaisavec les Anglais pour se remettre sous leur Jn- Elle leur avança jusqu'à 18 millions en argent, rembourttUes seulement à la paix, sans intérêts; elle garantit un enipnmt contracté par eux en Hollande. Mais ce qui était nouveau (^important pour toute l'Europe, c'est qu'elle légitimait ainsi k prJDcipe de rinsurrection.
l^éjà un certain nombre de volontaires étaient passés de ^'»ce en Amérique avec te jeune marquis de la Fayette , qui ^'^'odoiiBait, pour aller servir cette cause lointaine, les jouis- 'f'cesamtoeratiques au milieu desquelles il était né , les loi- ^"ée b fortune , et la tendresse d'une jeune épouse de grande et dont on vantait les vertus. Quelques Polonais allèrent
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aussi verser leur sang pour la liberté « qu'ils avaient perdue dans leur patrie ; et cette intrépide jeunesse était moins utjh par sa valeur que par l'opinion qui en résultait, que la caaiij des colonies avait l'approbation de TEurope. Enfin, Louis XYI expédia ouvertement des troupes: sa flotte mit à la voile, scmm commandement du comte d'Estaing, et réunie à celle d'Es*' pagne >, s'éleva à soixante -six vaisseaux de ligne : c^étaitla flotte la plus forte qui jamais eût menacé l' Angleterre, fia même temps soixante mille bommes, dirigés sur les cotes d« Bretagne et de Normandie, se tenaient prêts pour une invasion» d'autant plus redoutée que les troubles de l'Irlande étaient m sujet d'inquiétude à l'intérieur. Pendant œ temps la guerre tournait en Amérique à l'avantage des insurgés, qui firent prisonniers lord Gomwallis et toute son armée ( 1781 ). Ce fut le coup de grâce du ministère Nortb : l'Angleterre s'avoiia lasse d'une guerre où toutes les victoires amenaient des désastres, où tous les saorifices aboutissaient à la ruine; et le pariemeot reconnut l'indépendance américaine (3 septembre 1783}. Les préliminaires furent arrêtés à Paris, où les républicains obtinrent plus que des espérances; car l'Angleterre, voyant les colonies échappées de ses mains , se plut à leur accorder au delà de ce que d^iraient l'Espagne et la France.
* Les voyages de Behring et de Cook avaient fait connaître aax Anglais rimportance du pays de Noutka, chaîne de montagnes ou de Ibrèfs impraticables y à Texception de bordures verdoyantes le long de la mer, foutes en golfes et en ports, avec une température tèUement douce à une pareille latitude , que les plantes d'Europe s*y accllmataîent. Dès 1 774, les Espagnols s'étaient établis dans le port Saint- Laurent pour la flèche de la baleine et d'autres cétacés , pèche qui est extrêmement abondante. Le commerce des peaux et des fourrures y attira les navires anglais, rosses, français; au point que le port de Noutka fut considéré comme le principal marclié de la cèle nord-ouest de TAmérique. Les Espagnols, qui en conçurent de la jalousie, envoyèrent des gens poar y construire une redoute, et arrêtèrent un bâtiment anglais qui sorvinl. Mais l'Angleterre obtint par les armes une réparation complèle des tendues injures qui lui avaient été faites; elle eut la liberté de et de pécher tant dans la mer Pacifique que sur ces cêtes, et bienlM elle planta son drapeau sur les ruines du fort espagnol.
GOLORIIS ANGLO-AHBltlCÀllfES. fOf
Eo cooséqneoee, l'AngleteiTe «eeonnut les treize États cMmneinys libre et souTeradn. Le Mississipi et la péclie au hmt de Tenne-NeoTe furent dédarës libres entre les deux naliaBft. Les frontières embrassaient des territoires habités par des peuples indépendants, et qui étaient inconnus aux une et m autres. Elles restèrent donc mal déterminées; et il s'en Mot peu , à plusisura reprises , que la guerre ne se n^umât pv ce motif. La question a enfin été vidée par le traité du I aoât 1843.
L» France eonclut aussi sa paix, qui lui valut des droits plus tedns pour la péehe de Terre-Neuve et la propriété exclusive en tltt Saint-Pierre et Miquelon. Elle conserva Tabago , en Krtjtuaat la Grenade et les Grenadines , Saint- Vincent, la Do- ■ûûqoe, Saint-Christophe et Hontserrat. Elle recouvra , avec éei augmentations , ses possessions dans Tlnde ; et , en Afrique, le Sénégal et Ftle de Gorée ; les restrictions mises sur le port de Duakccque furent annulées. L'Angleterre renonça, vis-à-vis l'Espagne, à toutes prétentions sur IVlinorque et les deux Flontks; de son côté , cette puissance lui restitua les îles Bahama et de la Providence , et lui accorda la faculté de couper des bois de teinture dans la baie de Honduras. La Hollande, aban* 'mnée , seréûgna à céder à la Grande-Bretagne la ville de Néffptam, et la libre navigation dans les mers de llnde.
Celait beaucoup pour la Grande-Bretagne, sans alliés, #u ■iiea d'ennemis puissants , avec la guerre intérieure et la di« viaonau sân des chambres, de sortir d'une pareille crise avee iHaneor. Les hésitations à l'origine, les atrocités commises tes le cours des événements, les conseils de vengeance dont « 'était inspiré , avaient détruit tout espoir d'amener à bonne ^ «ne gnerre qui coût» à TAngleterre trois millions de sujets , «a territoire d'un million de milles carrés , cent mille soldats, ^ cent millions de livres sterling ajoutés à la dette nationale, ^^^ismoms, elle ne perdit pas autant qu'elle devait le craindre; lOQeommeroe interrompu reprit avec plus de vigueur; elle tira Beflleor parti des terres incultes et de tout l'argent qui, de- Ni la paix d'Aix-la-Chapelle, avait éié employé à tenir les (<taiks en état de défense. La France avait espéré ruiner le
commerce et la puissance 4e T Angleterre ; mais si elle réussit à lui faire reconnaître rindépendanoe de ses colonies, elle &*en tira pour elle-même aucun avantage, et elle donna un 0%ea»§h qui bientôt fut imité à son détriment.
Tandis que leurs destinées se décidaient en Europe, les États- Unis étaient en proie à une violent» agitation : Washington avait à souffrir k» amertumes et les con^rodictions réservées à quiconque sert sa patrie. Après avoir apaisé la sédition et repoussé les ennemis , Washington , sans «coûter raoïbition , et ne prenant pour guide que le pur zèle de la liberté et Tamour de la patrie , déposa le généralat Pois, avec cette lassitude des affaires publiques, qui saisit toujours ceux qui ont eu uns grande part aux vicissitudes républicaines, il se retira dans son habitation de Mount-Vemon, pour y jouir d*un glorieux repos.
Homme de bien'plutôt que héros à la manière antique , uns fois que Tidée du devoir lui était apparue , il T sans prétentions. Ferme dans sa conviction , hardi à ex' ce qui était sa conviction, il ne s'effraynitpasdes obstacles v confiait dans la Providence; et, plus fort que ses passionsUt que celles des autres, il suivit invariablement une coûdoilif aussi simple que calme. Modeste et patient, il n'aspira point à gouverner les hommes, ni à s'offrir à leur admiration ; mais il as conserva toujours le même , soit qu'il cultivât son domaiiie, setl qu'il réglât les destms de T Amérique. Après avoir lutté dix ans pour fonder Tindépendance de son pays, il lutta dix autres an** nées pour en constituer le gouvernement; et jamais on ne vit laiblir ni sa ooi^lance dans la cause qu'il défendait, ni sa|inibilé« ni son désintéressement. >