‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,) (volume 2)Chapitre 30 sur 127 · POLITIQUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

POLITIQUE FRANÇAISE

àt qndqae fijuuici«r , ce qu'ils appelaient fumer leurs terres; et le malt^tîer enrichi se plaisait à faire manger ses dîners mopcueux par des gentilshommes affamés. Mais si Tamour ou nmérét délerminaient quelques grands seigneurs à s'allier à la rature, les distinctions orgueilleuses ne cessaient pas pour cela. Le littératear et Thomme d'esprit, bien venus dans les sociétés ttittoeratiques, y rencontraient pourtant leurs humiliations. Qi ne pouvaient demander réparation, Tépée à la main , des injiiKs qa^ils recevaient, et les coups de bâton des valets réponéwDt à nn cartel de Voltaire '.

Si noos jetons les yeux sur cette foule , nous y verrons suran nom qui fera grand bruit dans la Révolution ; c'est le ëe Mirabeau. Les Riquetti de Mirabeau descendaient des Airighetti, bannis de Florence en 1268 ; ils se fixèrent en Provcaee : cette maison compta dans ses illustrations le créateur da canal de Languedoc * , des hommes d'épéeet de robe. Victor, de Mirabeau, l'un de ces économistes qui croyaient le monde avec leurs théories , publia le livre P/^mi i 4a hommes, qui fut lu, traduit, applaudi , et où se trouvaient ' aoQsun galimatias peu intelligible beaucoup de notions d'agri- ' tihiire et de statistique'. Ce marquis passa sa vie à solliciter les aûaistres d*adopter ses vues philanthropiques; ses parasites ri|ipelaieot le plus grand homme du siècle, et il le croyait. Dans ' afrmille, Tami des hommes était le plus dur des tyrans : il tnit en onze enfants de sa femme , qui lui avait apporté une fcrtn» considérable ; et les plus grands scandales troublèrent ttC intérîenr. Fier de ses aïeux comme de son génie , tout en

* L'Mtrage auquel il est fait alIusioB est cf une époque très-éloignée ^ cdle dont fl est question ici. Rien de pareil ne s*est vu dans la se* CQi^ moitié da dix-huittème Ktècle ; les gens de lettres et les plilloso- I 1^ éUînt devenus Tobjet d^un grand entliousiasme de la part de toutes bdasitt, ainsi qn^on a pn le voir dans le passage de M. de Ségur, cité fhthaot. (A*. R.)

' Cegt une erreur : Rîqiiet n'avait aucun lien de |Nirenté avec les ^Ktli de Mirabeau. (An. R.) ^ Oa appdatt ses œuvres, dont la réunion formait près de quarante ,.' ^^iiLi, V Apocalypse de Véconomie polilfqne.

240 ADMINISTRATION. — IIIÉAABCHIB.

aimant à s^entendre appeler CÂmi des hommes, il obtint cinquante-sept lettres de cachet contre les membres de sa propre famille, toujours convaincu de sa justice et de son infaillibilité '.

Gabriel-Uonoré , son cinquième enfant, défiguré par la pctiti vérole , à côté de ses frères qui étaient parfaitement beaux, devint Tobjet de Taversion du père *. Lorsque la rare intelligenoc de Tenfant se révéla, le père se montra pour lui dur, oontradio teur, jaloux , jusqu'à dire : Cest un rien er^joUvé de fadaiêti gui donnera de la poudre aux yeux des caiUettes, mais çtri ne sera Jamais qu'un quart cT homme, si par aventure il esi quelque chose.

Il le fit changer de mattres d'écoles et même de nom^y pooi qu'il ne déshonorât pas sa race ; il l'entoura d'espions, et a^initi de l'estime que lui portaient ses maîtres 4.

' « Le marquis écriTalt au bailli aoD Arère : « Il y a quatre joars qae ji rencontrai Montpezat, que je n'avais pas vu depuis vingt ans » et do«t fa sottise s'attira une bùone provençalade : « Votre procès, me dit-il, avei madame la marquise, est-il fini? — Je Tai gagné. — Et où est-eQilf vf' Au couvent. — Et monsieur votre fiU, où est-il? — Au coavesl. —Il madame votre fille de Provence ( madame de Cabris )? — Au couve^ — Vous avez donc entrepris de peupler les couvents ? — Oui, niooaîea^ et si vous étiez mon fils, il y a déjà longtemps que vous y seriez. »

* « Ton neveu est laid comme celui de Satan , » écrivait le marqoi de Mirabeau à son frère le bailli. On se rappelle que le prince de TaHey rand Ait contraint par sa famille d^entrer dans les ordres, parce quMI éiaâ boiteux ; et il passa de collège en collège , sans jamais dormir une soi sons le U>it paternel.

^ f^ marquis de Mirabeau , ne voulant pas que « un nom halNlIé d quelque lustre fût traîné sur les bancs d'une école de correction, « Imposi à son fils le nom de Pierre Bvjfière.

4 On trouve, dans les lettres d'une originalité si vive et &i singulièn du marquis de Mirabeau, les jugements les plus contradictoires à T^an de son fils. Tantôt la force de la vérité lui arrache des aveux oomiiM celui-ci : « (Test une intelligence, une capacité qui saisissent » éàtM. hissent , épouvantent, » Emporté ailleurs par ses scntimentâ d'avcf* sion et de jalousie, il s^écrie : a Ce n*est qu*un sot dangereux , à qm Vimpudente présomption tient lieu d'esprit; Vorgueil^ d^dme^ et i4 fougue, de cœur. » ( Au. R. )

POLITIQUB FBàNÇAISB. 241

Opprime par une sévère et injuste discipline, vivant dans la crainte des châtiments, Mirabeau ne put acquérir ni le calme de Tesprit, ni la paix de Tâme , ni les éléments de la conscience et de Hionneur. Avec les années , croissait en lui cette mqniétnde d*un caractère qui ne peut se plier à Tesclavage. SoQ père voulut essayer VeffeX de la discipline militaire sur cette nature rebelle : sans argent, il fit des dettes, puis s*enfoit à Paris. Son père renvoya prisonnier dans File de Rbé. Mirabeau obtint bientôt, grâce à Famitié du gouverneur, de 6îre partie de rei[pédition contre les Corses. Il s*y distingua^ it étudia à fond Fart militaire, lut tous les livres de tactique, cl éerivait à sa soeur : « Ce que je suis le pha né, ou Je me trompe fort, c*est homme de guerre; parce que là seulement je suis /nM, calme, gai, sans impétuosité, et Je sens moi» mime que Je greuidis beaucoup'. »

Mais r Ami des hommes Tarréta court dans cette carrière; il le rappela, lui fit lire ses ouvrages, et voulut en faire un écor ooniste. Le fils s*y résigna, et s'y appliqua avec tant d'ardeur (t d'intelligence , que son père se décida à lui rendre son nom. Mirabeau se livrait à l^tude et aux plaisirs avec une égale violence ; mais les sinistres impressions laissées par son éducation entretenaient chez lui l'irritation et le mécontentement. Le savoir ténébreux et pédantesque du marquis, son dogmatisme arrogant, étaient en perpétuel désaccord avec le génie, l'activité, Tinsouciance et la franchise du fils.

Son père lui donne enfin la liberté de visiter Paris et de paraître à Versailles, lui recommandant de ne pas souiller les cinq siècles d'honneur de la maison de Mirabeau. Il s'y fit bien venir et distinguer; et son père, dont l'orgueil n'avait jamais voulu itHversaiUer, disait : « Le voilà donc lancé dans ses présentations, et Dieu sait comme il s'y démène ! Sois silr qu'il me lavera du soupçon d'en vouloir faire un philosophe. Il est aussi insinuant 9K je suis intraitable. Il a le terrible don de la familiarité. ..'. »

* Il écrivit une Histoire de la Corse , et dressa une excellente topo- j

iT'phie de llle. ^

' U Mire suivante du marquis de Mirabeau fera comprendre, mieux i

741 JkDHINISTAATlON. — HIEBARCHIE.

Mirabeau voyant les affaires paternelles aller à mal entre les procès et les utopies , chercha à s'assurer une position indépendante. 11 épousa Emilie de Marignane , qui lui devait apporter trois cent mille francs comptant, mais qui ne lui donna qu'une pension de mille écus : avec pareille somme que son père y ajouta, il se mita tenir maison. C'était peu pour faire face à ses goûts fastueux et désordonnés. Par magnificence , par amour pour sa femme, il s'endette en une année de cent soixante raille francs. Pour satisfaire ses créanciers, il fait des plans d'économie ; mais son père, qui en fait de système ne goûtait que les siens , s'oppose à tout, met des obstacles à tous les expédients, et

que tons les récits, la nature de son fiis et le caractère expansirde sa première jeunesse. Ce tableau si vif de la cour de Versailles donnera en même temps une idée du style plein de relief et d*originallté du marquis de Mirabeau. 11 écrit à son frère le batUl : « Ton neveu est trois joars <( par semaine à Versailles; il n'usurpe rien et atteint tout, attrape les « entrées partout. Tout le monde est son parent : les Guéménée, les « Garîgnan, les Noailles, et je ne sais combien d'autres, le portent; il « étonne ceux-là même qui ont rdti le balai à Versailles. Ils le trouvent « tous fou comme un jeune braque. Madame de Durfort dit qu'il dé- R monterait la dignité de toutes les cours nées et à naître ; mais ils « trouvent quMl a plus d'esprit quVux tous, ce qui n*est pas habile de « sa part. Je n^ai pas du tout l'intention quMI y vive , et qu'il y Tasse, n comme les autres , le métier d'arracber ou de dérober sa subslaDoe « au roi , de patrouiller dans les fanges de l'intrigue , de patiner sur les « glaces de la faveur; mais il fauf, pour mon but même, qu'il voie ce « dont il s'agit. Et du reste, quand on médit pourquoi moi, qui n'ai ja- « mais voulu m'envfirsailler , je l'y laisse aller si jeune, je réponds qu^iï « est bâti d'une autre argile que moi , oiseau liagard dont le nid fut en « quatre tourelles ; que là il n'extravaguera qu'en bonne compagnie, soîtt disant. Qu'au reste, comme depuis cinq cents ans on a toujours soufn fert des Mirabeau, qui n'ont jamais été faits comme les autres, on souf- « frira encore celui-ci, qui, je le promets, ne descendra pas le nom. • Avec ses alternatives d'admiration orgueilleuse et de dédain liaineux pour son fils, toujours sensible et toujours persécuteur, au nom d'une conscience que l'esprit de système avait faussée , le marquis de Mirabeau est l'une des figures les plus singulières, l'un des types les plus rares au dix -huitième siècle, époque d'imluigencc et de relàelicment. (An. R.)

POLITIQUB FBANÇÀ18B. 243

CDfin oUiflol une lettre de cachet eontre son fils. Le voilà confiné dans la petite TÎUe de Manosque, interdit, et réduit aux pli|3 modiques ressources.

11 avait bien mérité ce châtiment par ses désordre et ses folles aoMNirs : la renommée ne respectait même pas ses relations avec n sœur, pour qui il avait une affection immodérée, comme tantes ses passions. Un gentilhomme ayant insUHé cette sœur, ânNDpit son ban et vint le défier. Son adversaire refusa le cartel ; (t Mirabeau lui donna un soufflet. De là procès. Le marquis olitiDt que son fils fât enfermé dans le château d*If. C'est de là qo*il écrivait à son oncle le bailli : « Relevez-moi donc, daignez me relever; sauvez-moi de cette fermentation terrible Ott je suis , et qui pourrait détruire Teffet produit sur moi par les réflexions et par l'épreuve du malheur. Croyez-moi , il est des hommes qu^il faut occuper, et je suis du nombre : Tactivité, qai peut tout et sans laquelle on ne peut rien, devient turbulente et peut devenir dafigereuse, alors qu'elle n'a ni objet ni emploi . »

Madame de Mirabeau fit prononcer sa séparation de ce mari, ^ dans sa prison séduisit la seule femme qui habitât alors le fcrt; il parvint de plus à gafpier l'amitié du gouverneur, qui s*efforça d*adoucir son père. Mais le marquis n'y répondit qu'en ehôehant pour son fils une captivité plus sévère : il le fit transférer au fort de Jouz en Franche Comté* Le nouveau gouverneur, le résistant pas mieux à l'ascendant inexplicable de son prisonaicr, lui accorda aussi quelque liberté. Il le présenta chez la ■larquisede Monnier, femme de dix-huit ans, mariée à un vieillard, et à laquelle le gouverneur, âgé de soixante ans, faisait la coir. Mirabeau gagna bientôt son cœur ; mais leur intrigue fnt découferte. Sophie se vit chassée, et Mirabeau renfermé par son père dans la citadelle de Doullens. Tous deux cependant parvinrent à s'enfuir, et après maintes aventures ils se réfugièrent en HoOande*. Ils y vécurent étrangers, pauvres, persécutés. Mirabeau parvint enfin à travailler pour les libraires; il écrivit, pour ôaquante louis, son Eisai sur le despotisme. L'ouvrage eut du

■ Ce fiit le ministre Maksberfoes qai lui donna aTto, par une lettre Mcretr, du danger qui le menaçait, et qni l'engagea à sortir de France.

^44 ADMINISXBATION. — UU&ABCHIE.

succès ; et Hauteur, travaillant de sept heures du matin jusqu'à ^^uf du soir, réussit à gagner un louis par jour, en composant et en traduisant < .

Ck)ndamné en France pour rapt et séduction, il fut décapité en effigie : le marquis avait dépensé six mille, livres à faire poursuivre son fils par la police; il 8*applaudit de le voir exilé pour toujours. Mais les parents de Sophie, espérant la rendre a son mari, firent si bien qu'elle fut arrêtée sur le sol étranger. Mirabeau pouvait fuir, mais il voulut suivre sa maîtresse; Sophie fut mise au couvent; son amant fut emprisonné à Vincennes ; et son père s*écriait : Enfin le scéUrat est dans les fers! Cest ainsi que s'élevait un fils de famille K

Enfermé dans un donjon, lui, le fils, le représentant d'un siècle d*amour, de révolte et de corruption, il s'abandonna aux sinistres conseils de la solitude et de la haine. Il y écrivit des lettres d'une sensualité brûlante à Sophie , il y composa des livres empreints de cette obscénité effrontée t|ue nous ne comprenons même plus aujourd'hui, et rendit par là sa captivité de trois ans et demi plus funeste à la société que le libertinage de vingt débauchés. Au milieu de ces honteux ouvrages, Mirabeau se mit à travailler sérieusement; il étudia.Tacite; il écrivit sur les lettres de cachet et les prisons d'État, démontrant éloquemment, d'après les principes du droit naturel , l'iniquité de ces procédures sommaires.

Ses suppliques au roi et au ministre demeuraient sans résultat ; son père le laissait à la merci de tous les besoins. Instruit de sa correspondance avec sa mère et sa sœur, il osa faire covrir le bruit d'un double niceste : le fils, porté aux dernières extrémités, y opposa des imputations non moins infâmes, qui pour-

' Il écrivait fious le pseudonyme de Saint-Martin , et donna, entre autres ouvrages, la traduction de VBistoire d'Angleterre, par madaine Macaulay, et celle de V Histoire de Philippe II, par Waston. Le premier de ces livres a été pabHé en 1791 avec dos notes, sous le nom de Mirabeau ; mais plnsienrs biographes contestent qu'il soit de lui.

(Aa. R.)

' L'éducation des fils de famille , à cette époque , péchait en général par un autre excès. (An. R.)

POLITIQUE IBAhÇjUSE. 34S.

tanl Dc tcsibknt pas avoir compromis la réputation de l'Ami dn

Ct qui iiritait le plus l'économiste contre son fils , c'était de ktotriDareberaousledrapeaadelapliilosophie. ■ A l'yard de Moirage sot de Vinceanes, écrit le marquis à son frère, tiHit tch n'est que le bavard philosophisme du f:raiid l't.ut-ùlre , fU)n des mauTais «ujets, impudente rémini.sueiice. Trois ou fntnuts, tels queRoosseau, d'Alembert, Cidrrut, ou autres hnnes de paille, habillés de clinquant, dont la blhliotlièque « ruiTCDtaire de la tour de Babel, et qui la plupart n'ont forigiDal que l'impudenee, ont été le magasin de toiiles ces ji^atopUeaiUeriet modernes , qui ne méritent qne Saint- Umie on Charenton. ■

Hinbeia se eonsomait, aan» porrenir à tonchsr celle âme d« |b«'; il épanchait, dans sea lettres, sa fiévreuse indignation. S«llBlégitinwiDOarntsabitement&rSgedednqans,etBVecdea

'Catcraittehire, BOUS le croTDOi, DUC idée UKi fsuase dn marfà de Hinbeau , que de Juger cet bomme d'um à forte originaliU liçtti la eondiiite qatl tint avec la «iena. Dsns ces procédés mime, ' àm, il étrangN qu'ib Krient , il étui pénétré de l'Idée qu1l rem- Ptett lejdas impérfanii des devoirs : ce n'éUlt point une Ime de ^uc, une putie de sa correqMHidaiice en bit fbli c'élait oae Ime tr^-PHtoBBée, nne ccrnsclence roDmjéepar nn iMitinieiitjaloui et mÙÊtmt idée de devoir. 11 écrivait i son frère : ■ U lettre démon fils

• ■'tU-eOe loocbé, il n'en snail ni plus ni rooioi dema tsfoo de penser, 'ttdapUBdecoDdaiteqniestïpostefiudansiDD&lmeetdsDS mt •«■Kîesee, qne j'aurai duii lOM lee cas vls-k-vis de ce penonuag^t < pmc qoe tool est fondé sur ridée tris-réaécble de mon devoir. Hais ■«tleleUreB'abltDil'Dniill'tutre, etjeleliitseurlernmier deses

■ trines.' •Cen'estpoiDl le témoignage des hommes qnei'implore,

• f* l'est pas IcBT justice après laqndle je cours ; mus si ma propre •tuUence me pèse, combien ne pèserait-elle pat aux autres? tmi-

• raaé de crimes : la mère, et sur cinq eobnts, quatre d'enfermés i •Mriide nom, débris de fortune, débris d'amis, que poi^-je sentir •a Mi qui me rassure conlre les décréta de la Providence, qui me

• liisM si longtemps dans la tonne de R^Iub?.,.. On m'a remis ma

■ ■risoD s^ae , nortasaMe , sans ddUe ni procès , parftuoée d'Iionnew

• t(ded<CBtté,enpo«seiiloodereslime générale. — En quel état...?

346 jiDHIMStBATION. — HIÉSABCHIB.

circonstances qui purent faire croire sa mort le cnme d'im collatéral ■ . La famille entière s'effraya à l'idée de voir périrson Doaa ; le marquis lui inSme pensa à délivrer soa fils. Il mit pour ciuidition que sa mise en liberté serait demandée par sa femme ; elle y eonspulit. Sapine aussi, avec cette chaleur d'jmequi fut la cause titrexcUso de ses égarements, écrivit au marquis, prenant toute ta fni^ sur elle, ffidiortsDt son amant à se rapprocher de sa femme ; ce ^id flt pâmer d'admiration l'Ami des hommes. Ponrtajit rieo ne put le décider à relSeher sitôt son (irisoniiier; il différa d'ime année. A près quarante mois de souf&ancea, Mirabeau sortit de Vmcennes, In santé ruinée, mais l'intelUgeoce armée d'une force et d'une audace indomptable. Fou de vengeance, il se (XMUtitua prisonnier poor faire casser la sentence rendue contre loi en FraBche^mté. 11 y allait de sa téie, et il écrivit sa défenaede telle manière que la sentence fat anuulée. Sophie obtint sa séparation de son mari. Ellle s'était démoralisée avec soDamaot; devenue veuve , au moment de se remarier avec un autre , il mourut, et elle S'asphyxia.

Mirabeau relevé parsou taleot, mais couvert de dettes, tenta de se rapprocher de sa femme, qui le repoussa. Alors il se

r n'allona pas plus loin ; mai* tu dois sentir ceounenl et pourquoi nw « conscience IntÉrienre ipp^e des témoiDS. •

Il est latpMBÎble de néconaaltR k ce fier langage , et i btea d'autre* pawagea de cea éloquentes lettres , QiM eoneciCM» iulleiible qui a'est trompée nir tes devoirs. (A«. R.)

' Le marquis de MIrabeaa écrivit: ■ Je reçois la Doutelte de la toort de mon enbnl, le dernier espoir de aotre nain Apris avoir tout supporté, je Crojsii k ma Torce. Dieu a voulu me détromper ; il a voulu , par ce dernier coup, me délaclier de la terre. Je n'ai pu m'etnpAcIter de lai demander, avec plus de tanglols que je n'en laissai percer en toate ma vie , de me juger lur I^lieure même, ou de me donocr une «utrê C4)nscicnr« qui m'éclairU sur la dettes parlesquelles j'ai mérité nn eatassement sans exemple de malheun. J'ai ticlié d'itre Imui fils, bon lïère, bon mari, bon périr, bon voisin, loyal en arbires, facile en accord. Cependant je semble Mrs tm objet du courroux du del , et dans tous les détails el de toutes les manières ) et , après avoir langt«ai|w repoussé le dur sentiment de me dire pitié àmoi-niéme, jetooibe dans uui'i.il pluscrwlcncore, qui est de me prendre en rebut. >> (Am. r^

POLITIQUE FEÀflÇÀISS. 247

toaraa rtn les tritMioanx, et, certain que le juge à convaincre étià le public, il plaida lui-même : une foule avide de scandale T oourot; sa demande fut repoussée, mais il resta triomphant dans Topinion. D'une puissance irrésistible auprès des fannies malgré sa laideur, il contracta avec mademoiselle de !^chfa une union qui dura tant qu'elle vécut , malgré de nombrenseB infidélités. Il s'enfuit avec elle en Hollande; il vint à bout de la grande, fortune , retomba dans la misère , et écrivit, n soQtenait sa réputation cependant, au milieu de ses déndres, à force de talent et de travail. Spéculant sur la haine des deux nations, en Angleterre il écrivait contre les Américains; fm flatter le ministère français , il bafoua Joseph II et ses projets contre la Hollande.

Hirabeao, à tout prendre, n'était pas pire que les autres; d'aotres aussi avaient subi des condamnations, tandis que lui en Ait BDrti abeous. Mais les autres se taisaient; lui, il donnait do retentissement à ses persécutions. Il ûiisait vanité de Toppnmo dont il a^ait souffert ; il joignait à ses vices une vigueur de talent qui manquait aux autres ; et les intelligences comme la sienne trainent à leur suite dUmplacables haines, comme des attachements passionnés.

Dangereux ami et ennemi plus dangereux encore, craint de M rivaux et caressé toutefois par eux, vendu à Galonné , conlidéfé comme espion dans les cours d'Allemagne, il s'attaqua i tontes les réputations pour se faire de l'argent et un nom. Tonjours pauvre et dissipateur, on le voit lutter sans relâche. Hosieurs de ses libelles furent brûlés par la main du bourreau; il était enfermé dans le château de Saumur, lors de la convocation des états généraux; là se termina le roman de sa vie; nous la Terrons bientôt passera l'histoire.

Noos avons voulu, par ces détails , donner une idée de la macère dont s'élevaient les représentants de la gloire nationale '.

' L'éducation de Mirabeau et ses passions fongneiises , pas plus que Hniibcable rigaeur de son père envers lui, ne sauraient être présentées CBBoie des types communs à cette époque. Le marquis de Mirabeau ^ on père tout exceptionnel, dont la sévérité tyrannique et con»feit contraste, noos Pavons déjà dit, avec Tindulgence relâcliée

348 AOMIlflSTaATION. -- HIBBUIGHIB.

Les doctrines de liberté et d'alité qu'a?aient préefaées kf philosophes servaient à la jeune noblesse à se débamsser d'entraves gênantes, sans qu'ils renonçassent pour cela aux avantages de leur rang. Ils revenaient d'Angleterre enchantés de sa constitution, et dégoûtés des institutions de leur patrie ; mais l'Angleterre ne donnait que plus de force à leurs instincts aristocratiques; et leurs aspirations, en Eût de liberté^ se ré* duisaient à siéger dans une chambre des pairs.

Mais la France telle que l'histoire l'avait £aîte n'y était point préparée ; les circonstances ne l'avaient pas mise en état de pouvoir concentrer dans un seul corps tous les pouvoirs consti* tutionnels, et de se donner le prestige d'une représentation nationale. C'était le système des peuples germaniques* de réunir les cbefis de la nation conquérante pour traiter d«s iniéréls communs; les vaincus n'étaient point représentés dans ces assemblées, sauf le cas où les évéques y apportaient quelques plaintes contre l'oppression des seigneurs.

La division des races devint moins absolue sous la troisième dynastie; celle de classes et d'états lui fut substituée. Les premiers nobles, appelés francs ou barons, étaient réunis par ks rois en assemblées appelées cours ou parlements, mais sans époques fixes ni régularité. Ils y siégeaient d'abord sans autre distinction que celle qui résultait des titres féodaux ; puis Louis le Jeune choisit douze grands vassaux qui, sous le nom de pairs, furent considérés comme les conseillers-nés du roi. Ils se re& daient, comme les autres, aux parlements, composés senlemeiK de barons et d'évéques; mais, à la fin du treizième siècle, le

des autres poar les dérèglements de leurs fils, m Si on enfermait , disaîl V bailli à son frère, tous les jeunes gens endettés, on ne verrait que de barbons par les rues. » Les Mémoires de Mirabeau, publiés par son 61 adopUr M. Lucas de Montigny, nous ont révélé, par des extraits précieu: de leurs correspondances , le portrait saillant de diacun des membre de la famille de Mirabeau : ce sont autant de caractères d'une ori^oia lité frappante ; tout, jusqu'à leur langage si fortement buriné, lesdistingia de leurs contemporains. Aussi le marquis disait-il : « II y a cinq ans qu^on est habitué à voir des Mirabeau qui ne sont point fiiits les autres, i* (Am. R.)

POLITIQUE FAAHÇAISE. 249

législM y eotrèreat en qualité de eonselliflis , et en même len|M les évéqoes en sortirent» à l'exception de ceux qui étaient fûK de France du droit de leurs si^es.

Soiot Louis changea le caractère des parlements ,. en y faisant fféialoir le rôle judiciaire sur le rôle politique. En effet, cette iMtfe cour féodale renon^ implicitement à concourir avec les Rpremtauts de la nation à la confection des lois, du moment «I die se mit à les interpréter en se faisant magistrature. CoBncat aurait-il été possible de donner place à la mobile RpréKDtalion du peuple, lors de son avènement à la vie pu- Ui^oe, au milieu des pairs, conseillers-nés de la couronne, et des pas de loi, ses conseillers de confiance?

La parleoients ne pouvant donc être un corps législatif, où K CQMeotrassent toutes les forces vives de la nation, on fut loieé, dans les circonstances graves, de convoquer les états gé- ■énui, où le rot appela, outre les nobles et le clergé, les reprérniSBls des conununes, c'est-à-dire les représentants de la ri- Dobilière, qu*on^nomaia le tiers état : s^ils obtinrent cette , e*esi qu^ils étaient en mesure de fournir au roi de quoi p^des troupes, avec lesquelles il pouvait se passer des barons.

Les états généraux furent convoqués pour la première fois Km Philippe le Bel ; et peu à peu ils remplacèrent le parlement les questions qui tenaient le plus à la politique, surtout rétablisBement de nouveaux impdts. 11 leur arriva parfois , M oilien de l'anarehie des &ctions et de Tinvasion étrangère, ^•e saisir nolenunent du gouvernement du royaume; mais h paix publique à peine rétablie, ils ne prétendaient à rien de piss qu'au droit d'accorder des subsides , et de statuer, d'accaid avec le toi, sur les grands intérêts de la nation. Cependant kl limites et les formes étaient fort mal définies; et les prékstioos réciproques des cours suprêmes et des états confondaient la idées et les faits. Il n'y avait rien de fixe pour leur réunion. A partir de 1303, les états ne furent réunis que vingt-deux fois. Can de 1484 avaient demandé que les assemblées revinssent périodiquemeot et d'une manière stable ; mais ils ne l'obtinrent pas. I^esr dernière réunion eut lieu en 1614; et le tiers état y parut dttu un rang si inférieur , que , sur quelques mots de fraternité

260 ADMiniSTBATlON. — HIEBAHCHIE.

qu*ii fit entendre Tles nobles s*indiguèrent oomme d'un oa^

Au milieu des désastres de la fin du règne de Louis XIY, ennemis disaient qu'il était impossible de condure arec hn paix durable tant qu*il serait roi absolu , et proposèrent de soumettre le traité à la ratification des états généraux : mais le roi se garda bien de les convoquer; et il fit répondre aux pamphlets où Ton démontrait la nécessité de rétablir Tusage et I*autorité de§ états généraux , par d'autres écrits où ils étaient représentés comme une imitation étrangère que le pays n*agrémit pas. On lisait dans Tun de ces écrits : « Presque toutes les fortunes particulières dépendent de l'autorité royale : à eelle-ci sont attachés les gages , les emprunts énormes, les pensitMis, les arrérages des rentes. Si donc elle est ébranlée, plus des trois quarts des autres biens sont en danger de périr. • Le Régent , dans les embarras produits par le système de Law, pensa aux états généraux; mais Dubois, à qui il demanda son avis à ee sujet, lui répondit que les rois de France avaient évité avec raison de les réunir. « Un roi , dit-il , jk'etit rjea suis 8u)els : bien que le monarque soit leur chef, Tidée qu'il tient d'^evx tout ce qu'il est et toiît ce qu'il possède, l'appareil des députa du peuple, la permission de parler devant le roi et de lai présenter des doléances, ont je ne sais quoi de fâcheox, qn^on grand roi doit toujours éloigner... N'oublies pas que le dernier malheur d'un roi est de ne pas obtenir l'aveugle obéissance du soldat. . . Éloignez de la France la dangereuse pensée de Daire des Français un peuple anglais. » Le Régent écouta œ conseil, et il préféra la banqueroute.

Les états n'étaient donc pas une institution régulière et staliiet mais un moyen de résistance instantanée et de vengeance , qui n'éveillait aucun sentiment de droit et de liberté. On cessai de les convoquer ; les parlements accrurent leur pouvoir, et les magistrats s'arrangèrent peu h peu pour que leur autorité ne fût pas seulement apparente, mais réelle. Certaines provinces, en se rendant au roi de France, avaient sauvegardé leurs droits; et leurs parlements agissaient comme le parlement de Paris. I/esprit de corps et le savoir rendaient dangereuse l'opposition de ces compagnies , qui étaient devenues indépendantes i-ar

' POLITIQUE FRANÇAISE. 2hi

nite d'on désastreux expédient de finance. Dans un moment diMo extrême, les rois avaient vendu les charges; et lorsqn h pénurie d'argent reparut , ils en avaient créé de nou- ^neOeSt qid avaient été achetées de même. Ces charges étaient deitBoes un patrimoine , et les magistratures administratives djodidaires se transmettaient par héritage. Une pareille absurdité faisait toutefois que le magistrat, se sentanMnamovible , KtroQTait fort contre les volontés despotiques de celui dont il Ktaait pas son siège. De là la stabilité des parlements, dans lefifoels les gens du roi siégeaient plus bas que les conseillers, ctKpooTiîent parler qu'après avoir plié lo genou.

Oint Charles Vil qui fractionna le parlement unique alors a ploseois pariements provinciaux , de flacon à placer un Mie de justice partout où il y avait eu un centre féodal. Le p^max de Paris devint la plus puissante institution judifâir» qn se soit rencontrée dans aucun pays. Placé près du roi, i (iiit à portée de donner et recevoir des conseils ; il se reprià eomme Théritier de la cour des pairs , il éleva ses préititiQns, et ne voulut pas restreindre ses remontrances et ses fcrnafités d'enregistrement à ce qui concernait le duché de fnutt: il les étendit à tout le rovaume. Le roi s'accommoda de cette prétention,' trouvant plus facile de faire admettre ses «oloDtés par le parlement que par les états généraux. La nation ét-mèmt sembla préférer à leur réunion, presque toujours ora- 0MM, un corps stable et permanent.

Les droits du parlement ne se fondaient que sur Tinterpré- <i^ ambiguë du mot enregistrer; car la question était de 9Mir s'il entraînait le droit de remontrances, et en consé- ^«oct celui de s'opposer à In volonté royale. Mais jusqu'à quel pliai les parlements pouvaient-ils résister légalement ? Jusqu'à qael point le roi pouvait-il les réprimer sans faire acte de t^nnnie? Aucune loi ne le disait. Des exemples antérieurs justifient les coups d'État. Louis XIV avait congédié le parlement W fooK à la main ; Louis XV avait multiplié les lits de justrce.

Le parlement aspirait à se faire considérer comme le suc^ ttswur des états généraux : il voulait que toutes les cours souveniaesdu royaume formassent un seul corps réparti en diveï^s

252 ADMINISTRATION. — HIBBABCHIE.

classes, siégeant en différents lieux. Ayant conc^té eette levée de boucliers contre la monarchie , les parlements demmdèrent à la fois Tallégement des impôts. Louis XV déclare, dans un lit de justice , que les parlements n*étaient que des tribunaux, organes de la volonté royale ; qu*ils avaient souteira des thèses contraires à la religion , aux moeurs et à la souveraineté du roi ;*et qu*en conséquence il leur défendait de se servir des mots unité, indiotsibUité , classes. Le parlement persista, et cessa ses fonctions judiciaires ; ce qui , mettant le troubli dans toutes les af&ires, contraignait d'ordinaire le roi à céder.

Mais lé duc d'Aiguillon, d'accord avec le chancelier liaopeov et le contrôleur général Terray , songea à dompter la résistanei des magistrats. Dans la nuit du 19 janvier 1771 , deux mousr ()uetaires se présentèrent à la porte de chacun des membres d( la compagnie, en exhibant Tordre que le roi lui envoyait di reprendre ses fonctions , et de signer sur-le-champ son aceep lation ou son refus. Surpris avant d'avoir pu s'entendre , L plupart se retranchèrent dans la négative. Leurs offices foren confisqués, et eux-mêmes condamnés au bannissement. Trenti huit d*entre eux, qui avaient d'abord adhéré, se rétractera le lendemain. On suppléa au vide qui en résulta au moye d'un parlement con)posé de conseillers d'État et de maîtres di requêtes; mais aucun avocat ne se présenta pour plaider.

En conséquence il fut tenu, le 13 avril, un lit de jusliec où le parlement ainsi que la cour des comptes furent cassés, ■ remplacés par le grand conseil ; la vénalité des offices ainsi ip les épices furent supprimées , c'est-à-dire que l'administratic de la justice fut rendue gratuite, ou plutôt laissée à la chav) des parties , qui devaient continuer de payer, mais non pi au profit des juges. Les autres parlements du royaume fure aussi ou supprimés et réunis, ou modifiés de la noéme manièi

Ce coup d'État , contre lequel protestèrent les princes < sang, était l'œuvre du chancelier Maupeou. L'ancien pad ment, toujours prêta accorder des victimes à un gouveraemc dont il entravait les bonnes mesures, pouvait avoir mérité di^râce; mais pouvait-on se fier à ceux qui Tavaient abatt La vénalité de la justice était détruite; mais comment croire

POLITIQUE FKANÇA18E. 243

désiotéresseiiieQl des nouTe^iix juges? Puis, telle était la force àe riiabitude, qu^on regarda comme une chose humiliante de icadre la justice aux frais du roi. On ne pouvait concevoir que, (ksmaïKJstFats à gages pussent être des hommes intègres; et on loir refusait tout crédit , parce qu*on ne les voyait pas entourés ëe grandes fortunes, comme on y était habitué. Cependant, à partie procédé despotique, Maupeou avait raison de se vanter it cet acte hardi ; car il fit taire les factions , et entrer au parlenest des magistrats d*une grande distinction.

Louis XYI aurait pu profiter du coup d*État de son prédéces- «v,d*autaiit plus que le pays 8*habituait à la nouvelle juridic* ioDctniéoie s'ea applaudissait. Mais Maurepas, imprévoyant et tiitiky rappela les magistrats exilés , réhabilitant ainsi la rébel-^ lioB, domiant un centre à Topposition , une représentation à la daee privilégiée, et préparant des résistances aux réformes que le toflips exigeait.

Ce rappel produisit les conséquences les plus désastreuses au pNnmir, e'es^à-dire la nécessité de combattre la force sur lafselie il a besoin de s*appuyer, ou d'y suppléer par des moyens invgHlien, qui, toujours plus scandaleux qu'efficaces, mènent à de graves abus , comme de cassec^les arrêts, d'instituer des iriiwiiaux extraordinaires , de lancer des lettres de cachet.

Du reste, si puissants que fussent les parlements au temps de hLigneet delà Fronde, ils n'allèrent jamais jusqu'à refuser au >M Im subsides, ce qui fait la force du parlement anglais. ^ Le parlement ne s'appuyait donc sur rien de constitutionnel.^ Les hommes d*épée dédaignaient d'y siéger à côté des gens de idie, tt*ouUiant pas que ceux-ci avaient souvent aidé les roisà^ Kttreindre leurs privilèges. Les intrigues où le parlement s'était jrté durant la Fronde montraient qu*il était un danger poyr la' piix- Le clergé savait qu'il lui était hostile; et si en lui résîs-' ^, ainsi qu'à la cour de Rome, le parlement s'était concilié la, ^vear populaire j oomniè tuteur des franchises nationales , on >»ait qu^il avait fait brûler en dix ans plus de pastorales d*évêr 9KS qu'il n'avait fait brûler de livres impies depuis qu'il exis-, <Mt 11 fit livrer aux flammes V Emile eu 1762 ; mais il avait dé-, fcadu en 1738 de vénérer saint Vincent de PauL Sa manie de

■IST. D£ CEXT ANS. — T. I. 22 * '

254 ADMINISTBATION. — HIEHABCIIIC

vouloir tout soumettre h ses arrêts Tavait porté anctennement à confisquer les premières imprimeries, à défendre en 1652 f imprimer V Imitation de Jésus- Ckristsoiis un autre nom que éelui de Thomas d*A-Kempis ; à menacer de la peine de mort, en 1624, quiconque donnerait un enseignement contraire mx quatre éléments. d*Aristote. Les philosophes savaient bien qu'il repoussait les innovations ; ils se rappelaient qa*il avait poussé Louis XV à de nouvelles rigueurs contre les protestants, et qu'il était Pauteur des condamnations de Calas et du mi* nistre Rochette. Il répugnait d'ailleurs aux idées du temps que Ta justice devînt un patrtciat, et qu*un corps à la fois politique et judiciaire pût en suspendre le cours, pour soutenir ces droits, ses abus, ses préjugés. Puis, dans la quereDe du jansénisme , on était tombé des deux cotés dans des excès déplorables.

Cette controverse, et surtout le débat relatif aux jésuites, dans lequel le parlement sortit tout à fait des limites d'une éour de justice, et stattia sur une question qui ne lui était pas soumise, développèrent beaucoup la faconde des avocats, en les habituant à traiter des questions générales : or, une fois armés de cette dialectique, ils éprouvèrent le désir d*en faire usage.

I..es parlements n'étaient donc en bonne harmonie ni avee le foi, ni avec la noblesse, ni même avec le peuple, qui les Considérait comme les défenseurs de privilèges qui lui étaient odieu):, tout en les estimant comme opposition à un pouvoir ^'il méprisait.

Ainsi jamais le clergé , le parlement et le roi n'agirent d'accord ; ils se transformèrent selon lestemps, ce qui prolongea leur durée , mais en se contrariant toujours , sans jamais se soumettre ni s'équilibrer.

Au-dessous de tout cela se trouvait le peuple , exclu de toute position dans l'État. Les impôts, trop lourds et, ce qui est pire, iniquement répartis, pesaient de plus en plus sur le peuple, surtout celui des campagnes. Noblesse, clergé, fonctionnaires étaient exempts de la taille et des corvées. Il fallait en conséquence ag* graver les contributions indirectes, qui sont toutes à la charge da peuple. Depuis que le goôt de la simplicité s'était introduit dans

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le cotteoie, Paris avait perdu le sceptre de la mode ; et une owltitudeàgensy étaient sans travail et sans pain, au grand profit d^ rAjigieteire. La disproportiun était eacore plus grande dana lea^ caaiNipes, où les exigences féodales venaient s'ajouter à celle» da Use royal et de ladime ecclésiastique. Il existait deux ee* pÀ8 de serrage : le serf de tenance ne pouvait disposer de s^ poiODDe ni de ses biens sans la permission du seigneur; mais sTieuitias de sa tyrannie, il pouvait s'en aller, en lui abandon* UBtseï biens. Le serf de corps, au contraire, ne s*afiran* dunit pas même en laissant ce qu'il possédait ; et leseigneui; pooTaitk réclamer partout, et le châtier arbitrairement. Il est ^qoe cet esclavage ne subsistait plus que dans un très-pe^it ■>d1)r de contrées. Cependant T Assemblée constituante n'ea% tendit pas sans frémir les obligations avilissantes auxquelles ^nt astreints certains liabitants des campagnes. Cétait dans cette classe inhumainement sacrifiée qu'on re* civliil de préférence pour le service militaire. Tout roturier, âgé ^ seize à quarante ans, était tenu de tirer annuellement à la ^^ Mais les habitants des villes jouissaient de privilèges qui ^■Bicot retomber la chai^ entière sur les paysans; et il n'y ^ pour les plus braves aucune espérance d'avancement , tous ^ Sndes étant réservés aux nobles et aux rielies, qui entraieni, * torrice comme volontaires, ^ae armée forte donne raison ù un despote contre la Kberlé : ^ U France ne s'était pas maintenue au niveau des autres; "'^^tt dans l'art de la guerre, malgré les travaux du maréchal, ** ^, de Gribeauval, qui améliora l'artillerie ; de Folard, de ^^^^et de Méril-Durand, qui approfondirent la tiiéorie. Le JUJBistre Saint-Germain réforma l'armée h la hâte , avec de "^ idées, et des manières brutales. Il supprima les corps. jl'^^és, changea la forme et l'ordre des r^io^ents, l'habit, ^'^'^i la discipline, l'échelle des avancements; il voulait: "W*wr ITiôtcl des Invalides. Il bouleversa ensuite la disais i en mtroduisant le châtiment du bâton et des coups de |j"^ sabre, à la manière allemande : aussi fut-il promp« ***! congédié. Il fallait, pour être sous^lieutenant , établir, '^u déclaration de quatre témoins, qu'on était d*une faœiUe-

256 ADMiniSTBATION. — H1EBABCH1E.

vivant nohUmenL Comme il était facile de suborner des témoins-, on exigea des preures de noblesse faites béraldiquemeat (1781 ) : antre imitation prussienne qni substituait à un abus un autre abus plus grand, et excluait les roturiers d'une carrière qui Jadis était la plus honorable pour arrirer à la noblesse. L*armée ne sortait donc plus du peuple, et il ne restait rien de commun ni de sympathique entre les officiers et les soldats. Les bourgeois s*étaient exemptés du service au moyen de la taille; mais, pour que Ton pût les retrouver au besoin, on avait formé des réglmentsprovinciaux delevée forcée. Du reste, les régiments se remplissaient par Tembauchage. Ainsi un contemporain a*exprime-t-il ainsi : « Au lieu de voir sous les drapeaux les Gis de famille de toutes les classes appelés par la conscription c( par une loi générale, on n'y comptait que des Jeunes gens, dont la plupart ne se décidaient à s*enrôfer qu*à la suite de quelques dérangements, ou par oisiveté. Aucune perspective d'avancement ne leur était offerte, et rien n'était plus rare que de voir des soldats ou des sous-officiers devenir officiers. Le petif nombre de ceux que le hasard élevait ainsi n'y arrivaient qu'après de longues années de service. Le nom qu'on letn* dounair indiquait assez la rareté de ces chances favorables : on les appelait officiers de fortune. Les nobles seuls avaient le droit d'entrer au service comme sous-lieutenants : cet usage antique venait du régime féodal, et du préjugé qui fermait aux gentilshommes français toute autre carrière que celle des armes, de la diplomatie et de la magistrature. Il résultait, de ce reste de nos vieilles coutumes , une grande difficulté pour maintenir une subordination complète entre des officiers séparés, il est vrai, par la hiérarchie des grades, mais qui, en qualité de noùks, se regardaient tous comme égaux. Chacun respectait son chef à la manœuvre, à la parade, dans les heures de service; mois en tout autre temps, et partout ailleurs, on voyait peu de traces de subordination. Revenus à la ville ou à la cour , il arrivait nécessairement qu'on s'y retrouvait en ordre inverse, et qu'un colonel gentilhomme de province s'y voyait Pinférieur de ses jounes capitaines ou sous -lieutenants, qui possédaient des charges ou étaient décorés de noms ilhistres, tels que les Mont-

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