XI. La nbcrté indiTidnelle sera sacrée
810 ASSBMBLÉB NATIONALE.
Ces cahiers, comme on le voit, renferment tout ce qoi a été réclamé depuis, tout ce que Ton avait appris à Técole des éooDomisteset des philanthropes. Ainsi ces députés^ convoqués pour rétablir des finances, portèrent leurs vues bien plus haut : ils ne prétendaient à rien moins qu*à renouveler la constitution, à changer les rapports entre le clergé, la noblesse, le tiers état, les parlements et le roi. On pensait toutefois que cette révolation, déjà faite dans les idées, s'opérerait sans difficulté ; car le roi pour* rait en prendre la direction , en acceptant ce qu'il y avait de
Quesllont $ur lesquelles Vunivenalité des cahiers ne s'est point expUqi
d^une manière uniforme.
Abt. p\ Le roi a-t-U te pouvoir légiBUUr, limité par les lois neiles du royaimie?
IL Le roi peut41 faire seul des lois prorisoires de police et û'i tnition dans i^intenralle des tenues des états généraux? Ul. Ces lois seront-elles soumises à fenregistiemeot libf« des souveraines?
IV« Les états généraux ne penvent-ib être dissous que par
V. Le roi peut-il seul convoquer, proroger et dissoudre les états §£néranx?
VL En CM de dissolution , te roi est-il obligé de faire rai
nouvelle convocation ?
VU. Les étaU généraux seront-ils permanents ou périodiques?
Vill. S'ils sont périodiques, y aura-t-il ou n*y aura-t-U pas nue
sion intermédiaire?
IX . Lesdeux premiers ordres seront-ils réunis dans une même cfaamtirc ?
X. Les deux chambres seront-elles formées sans distinctioD d*ordf«?
XI. Ua membres de l'ordre du clergé seront-ils répartis dans les
autres ordres?
^IL La représentation du clergé ,^de la nublcase et des oomainoes
t-elle dans la proportion d*une, dcui et trois? xnu Sera-t-ii éUbii un troisième ordre, sous te titre d*ordredes pagnes?
IV. Les personnes possédant cliarges, emplois ou plaoes à te cour
vent-elles être députées aux étits généraux? XY. Les deux tiers des voix seront-ils nécessaires pour former une solution?
XVL Les impôts ayant pour objet te liquidation de te dette naUmiaie,
seront-ils perçus Jusqu'à son entière extinction? XVII. Les lettres de cachet seront-elles abolies ou modifiées? X VIU. La liberté de te presse sera*t-elte indéfinie on modifiée 7
ASSK1I£LE£ NATIONALE. 31 1^
Bûeox dans tons les cahiers : une constitution écrite , la rcsponabililé dm ministres, et la convocation régulière des états.
Ainsi pensait la capitale : à la cour, la reine n'ignorait pas qD*OBla Tojait de mauvais œil, et elle évitait de se mêler ouvertaneot des aflisires ; le roi, au contraire, savait qu'il était aimé, et il néritail de Tétre. Necker, pensant que l'opinion marche tosjoen de conserve avec la sagesse et la modération , se flattait ée pouvoir la guider à l'aide de sa rhétorique financière. Mais kl oprits clairvoyants apercevaient beaucoup de symptômes abnnnts. Ces six cents députés ne se connaissaient pas entre «B, et ils ignoraient les formes parlementaires : un grand Booke , panni les bourgeois surtout , étaient agrégés à la franomçomierie , dont le duc d'Orléans était le Grand Maître. Si ks pélats se flattaient de voir l'esprit antireligieux réprimé pai FiMmblée, une foule de curés y arrivaient avec l'espoir d'àbMre les barrières qui leur interdisaient les hautes dignités de TÉglise; et les philosophes machinaient déjà la démolition de rédiliee religieux. La classe moyenne était dirigée par des ban* fwrs et des gens de finance, qui spéculaient sur les boulever- Kments, et par des avocats,, qui, ayant puisé à la hâte dans les dobs et dans l'Encyclopédie une teinture de politique , dans kas discours mêlaient Voltaire , Helvétius, Port-Royal, et mîlaicDt soos de grands mots leurs intérêts personnels. Les uns aisent appris de Mably à n'admirer que les anciennes répubii* 9Ms; d'autres, de Raynal, à décrier toutes les institutions; ou 4i Diderot, à ha!r la religion et les prêtres : la plupart étaient fibensiastes du Contraê social de Rousseau, qui fut à la révohlÎQa française ( 1789 ) ce qu'avait été la Bible à celle d'Angle* tait. Ce n'était donc déjè plus la révolution de Tbitelligence; t*ctsit celle des intérêts et des passions.
Ea dehors de l'assemblée i les bourgeois , braves gens, ti- ■idei, crédules, avides de nouveautés, assistaient au drame <■> t*oavrait, comme à un spectacle. Mais Jl vint s'y mêler une tarte inquiète, poussée à Paris par la Êiim et par les rigueurs dru hiver cruel, et ne demandant que troubles, dans l'espoir ^J donner libre carrière à cette fureur haineuse dont elle avait ^ donné des signes terribles.
313 ASSAMBLEE NATIONALE.
Cette haine du peuple tombait plus sur la noblesse que sur le roi ; et, en effet, après les cruelles expériences de la Révplutioii on a vu le trône se relever, mais non la noblesse. Le tort de celleci était de se considérer non-seulement comme une institution, une fonction sociale, mais comme une race supérieare.
Voter par tête ou par ordre, c*était là toute la Révolution. La majorité du clergé n'attendait qu'une occasion décente de s'unir avec le tiers état; mais la noblesse, au lieu de réserver ses forces pour les grandes'droonstances, commença à se montrer hostile sur des futilités. Quand il fut question de vérifier les pouvoia en commun, elle ne voulut pas y consentir; et, reniant deux tîMa de progrès , elle s'obstina à vouloir qu'il fût procédé cohime en 1614.
La résistance devient un stimulant de plus. Excités par les railleries de ceux qui disaient que le tiers ne réussirait à rien, les hommes de ce parti prirent les choses de si haut , que, reniant l'histoire, ils se déclarèrent les représentants de vingtcinq millions de Français laborieux, ajoutant que leurs adversaires ne représentaient à peine que cent vingt-cinq mille pnh priétaires improductifs.
Pour l'œil attentif, le coup décisif fut porté dès la première séance. Le gouvernement, qui aurait pu prendre une initiative énergique, livra tout à la discussion. Mirabeau, dans le Jaumai des États généraux, usa de la liberté de la presse avant même qu'elle eût été réclamée, rendant compte de la séance avec uae liberté et une hauteur qui ne s'était jamais vue. Il se pose comme l'organe , le maître, le régulateur de l'assemblée ; il exerce de foit la liberté de la presse. Son journal est supprimé : aussitôt il en commence un autre, il y débute en dénonçant les ministres, qui « couvrent, dit-il , leurs âneries de l'autorité du monarque. » Ainsi il sépare les ministres du roi , posant déjà l'une des principales bases du régime constitutionnel. Ainsi cette grande capacité d'homme d'État guidait les premiers paa de l'assemblée à travers le labyrinthe dans lequel elle s'engageait. Ne ressemblait-il pas, ce Mirabeau, au peuple lui-même? Comme lui , resté mineur à l'âge de la raison , courbé sous une paternité dure, légale inexorable; pauvre, et mal élevé parmi
ks riehesscs ; humilié parmi les privilégiés , il venait revendiquer ses droits; inégal, violent, cynique, sublime, comme ce peuple à son réveil, et comme lui avide et généreux tout ensemble. Appartenant à cette classe qu'il foudroyait , Mirabeau avait Pair de se dévouer, de se sacrifier lui-même ; et ce qu'il en avait souffert lui dtait te ridicule qui s'aftache h un excès d'abnégation. 11 régnait encore par Timmoralité sur tous les libertins, qui ont foi dans leurs pareils. Sa puissance d'orateur avait a source dans les masses : il traduisait leurs vagues instincts en résolntîons positives, en systèmes précis d'amélioration.
Quand il s'agit de décider quel nom prendrait l'assemblée, Wrabeau proposa de donner à ses membres le titre de reprétentants du peuple français. Mais le mot peuple avait un sens si peu relevé, qn'im murmure s'éleva dans toute la salle. Alirabean expliqua sa pensée en ces termes :
■ Je suis peu inquiet de la signification des mots dans la fangiK absurde des préjugés. Je parlais ici la langue de la liberté; jt n'imaginais pas que je pusse être accusé de dégrader le peuple... Oui, c'est parce que le nom de peuple n'est pas assez respedé en France; parce qu'il est obscurci, couvert de la rouille do préjugé ; parce qu'il nous présente une idée dont Torgueil s alarme et dont la vanité se révolte; parce qu'il est présenté >vec mépris dans les chambres des aristocrates ; c'est pour cela néme, messieurs, que je voudrais, c'est pour cela même que nous devons nous imposer non-seulement de le relever, mais et l'ennoblir, de le rendre désormais respectable aux ministres et cber à tous les cœurs.
• Si ce nom n'était pas le nôtre, il faudrait le choisir entre tous, Tenvisager comme la plus précieuse occasion de servir ce peuple qui existe, ce peuple qui est tout , ce peuple que nous ^présentons, dont nous défendons les droits, de qui nous teiXMB les nôtres, et dont on semble rougir que nous empruntions notre dénomination et nos titres. »
Les députés prirent le nom d'assemblée nationale; c'en était M du passé , et une révolution commença , plus radicale que personne n'aurait pu le prévoir.
I/assemblée fait immédiatement acte d'autorité en votant
314 ASSEMBLÉE KATIONALI^
les impôts, qui devaient cesser d*être exigibles du moment cm elle serait dissoute; et elle prévint la baD<|aeroute qu^on redoutait, eu mettant les créanciers de TÊtat sous la caution de la loyauté française. Une audace si mesurée rassura le peuple et effraya les grands, qui se réconcilièrent alors avec la eonr, pour réprimer Taudaoe du tiers état
Necker, voyant où le mouvement tendait, proposa une constitution semblable à celle qui fut octroyée vingt-cinq ans plus tard, après tant de souffrance. Mais Louis .XVI, à l'instigation de la reine et des princes , voulut y apporter des modifications , et convoqua les états pour une séance royale. La salle ayant été fermée pour les préparatifs nécessaires, les députés du tiers se réunirent dans un jeu de paume; et là , sous la présidence de Tastronome Bailly , doyen de rassemblée ( 10 niai), ils jurèrent de ne se séparer qu'après avoir accompli la r^^ nération politique du pays.
Louis XVI tenta alors (23 mai.) de se rendre maître da mouvement , en faisant des concessions plus larges que jamais en eût accordées un roi ; mais Mirabeau s'écria : f avoue que ce/a pourrait être le salut de la patrie, $i le$ dons du despatisiRê n'étaient toujours dangereux.
C'est alors que le marquis de Brézé, grand mattre des cérémonies , se présenta , et demanda si on avait bien compris les ordres du roi. Saisie, comme il arrive, et troublée devant un acte de la force , rassemblée hésitait, quand Mirabeau se leva et répondit ces mots célèbres : « Dites à votre maître que nous « sommes ici par la volonté du peuple, et que nous n*en sord- « rons que par la puissance des baïonnettes. » N'était-ce pas frapper à mort Tantique monarchie des Capets, que de présenter Louis XVI comme le roi de la cour, au lieu du itû de la nation? Les députés, électrisés de cette audace, répondi* rent par leurs acclamations; et Mirabeau leur proposa de se déclarer inviolables.
Ainsi les concessions elles-mêmes furent déclarées tyrannie ; on trancha de Tliéroisme en face d'un roi faible et incertain , qui , exclu du mouvement , fut réduit à une inaction absolue. Necker, qui avait donné sa démission , la retira , comme pour
rester la sauvegarde du roi. Il fîit porté en triomphe par le peuple.
Le duc d*Orléans décida beaucoup de nobles à se rallier à rassemblée, où se trouvaient déjà plusieurs membres du clergé. Le roi lui-même ordonna que toute la noblesse eât à s'y rendre, en disant : Je ne veux pas qu'un $eul homme périsse à cause de moi. L'astronome Bailly s'écria : La famille est complète! et ce simple citoyen, connu seulement par sa vertu et ses talents, se troura présider tous les grands du royaume et de TÉglise. L'assemblée déclara ses membres inviolables; et, s'étant ainsi investie de Fautorité législative, elle put entreprendre de donner me constitution au royaume.
Cependant les électeurs , qui s'étaient réunis pour nommer les repr^entants , ne s'étaient pas séparés. Une idée mal entendue de la souveraineté du peuple faisait admettre le principe de rautorité permanente du représenté sur le représentant; et les Astrids considéraient comme des mandataires inférieurs les membres de la municipalité, qui était composée de deux délégués pour chaeon des soixante districts. Il y avait des réunions continuelles à rhdtel de ville et dans le Jardin du Palais-Royal, dont les cafés devinrent des tribunes. La vertu s'y trouvait confondue avec le vice, les exaltés de bonne foi avec les intri^ gants et les fripons , les honnêtes femmes avec les prostituées ; M discotait, on prenait des résolutions , on dabaudait, avec d'autant plus de hardiesse que la légalité manquait. Ce fut là que surgit Camille Desmoulins, l'un des enfants les plus po» fttlaires de la Révolution. Naïf dans ses emportements, affectaeux avec sa Emilie, vif et spirituel, ouvert à tous les genres d'émotions, 11 en vint à tous les excès, comme ce peuple dont il sortait. Il s'imagina qu'il pouvait réformer la société avec des sauvenirs de collège, et réaliser ce vœu de Henri IV, que tout paysan pût avoir le dimanche la poule au pot. En attendant , il cntmeDaH la fièvre populaire qui allait sitôt aboutir à des as-
Quand le pouvoir légal succombe, cent pouvoirs prennent aunitdl sa place. Ainsi firent les clubs et les journaux, obéis» ont à ce besoin de confondre les intelligences avant d^assoder
die ASSEMBLEE MATIONÀLB.
les actes. Quand une nation se réveille tout à coup , les Itommes se rapprochent, pour se soumettre à une discipline commune. €e furent des membres de rassemblée qui formèrent le premier club fameux ; ils se réunirent dans le couvent des Jacobins, dont ce club prit le nom : à leur suite y pénétrèrent des écrivains révolutionnaires , puis le premier venu s*y fit admettre. Cest de là que , sans responsabilité, sans étude, on faisait aux actes de rassemblée la plus furieuse opposition. Le club des Jaco> bins avait pour chefs Duport, Barnave et les Lameth. Ledub rival , appelé des Feuillants , avait à sa tête la Fayette et Bailly, hommes calmes et éclairés, et par cela même impuissants. I^es clubs se propagèrent rapidement, et correspondirent par toute la France; Tétincelle se répandait de Paris aux extrémités, pour y allumer les mêmes colères, étouffer sous leurs clameurs la loi impuissante et muette. Comme la haine est la plus aisée à flatter de toutes les passions , les clubs courtisaient celle-là de préférence; ils dénonçaient les paroles, dénigraient les intentions, déclamaient contre les députés , les ministres , le roi , la nation, le genre humain; montraient partout des complots, dès corruptions , la réaction. Le plus alarmiste passait pour le meilleur patriote; le plus ardent délateur, pour le plus zélé citoyen ; le moins scrupuleux était réputé le plus habile. On ne demandait ni savoir, ni prudence; il suffisait de blâmer, d*accuser, de semer les soupçons, la défiance. Là les démagogues se sentaient tout-puissants , car ils avaient à ieur service la multitude et riusurrection.
Pour ne pas déranger le peuple de ses travaux , les séances des ciubs se tenaient le soir dans Tobscurité , ou à la lueur de quelques chandelles, dont la faible lumière se répandait sous les vastes arceaux de ces églises abandonnées. A la place de Tau tel s'élevait la tribune ; sur les bancs de la prière étaient assis des gens de toute condition , et parmi eux des femmes toujours prêtes à hurler, à gémir, à pleurer, et qui tenaient dans leurs bras leurs enfants, pour leur faire respirer le soufQe révolutionnaire. Au milieu des applaudissements et des sifllets se succédaient les orateurs : gloire à ceux qui savaient employer les mots consacrés , ou qui hasardaient les plus extravagantes motions ! '
ASS£UBLE£ MATlOiNALK. 317
Mais les eluLs n'étaient qu*à l'usage d'un pelit nombre : il
yiajtqoe la parole se répandit partout, qu'elle allât trouver le
citoyen à son foyer, dans sa solitude la plus lointaine. C'était
raflaire des journaux; on avait cessé de faire des livres. que
foioane n'avait la volonté ni le temps de lire ; toute œuvre
refléchie devait disparaître quand la langue des passions , qui
change chaque jour, chaque heure, était seule écoutée. Mirabeau
d*abonl avait fondé le Courrier de Provence; beaucoup d'autres
le suivirent de près; les plus exagérés étaient les plus sûrs
d'être lus. Les Révolutions de Paris se tiraient à deux cent
mille exemplaires; ce recueil avait pour épigraphe : Les grands
wms paraissent grands seulement parce que nous sommes
a genoux; levons-nous l
La première légion révolutionnaire fut formée des gardes françaises, qui se rangèrent du côté du peuple. Bientôt on ar- ■a b garde nationale, institution révolutionnaire aussi, parce qi'eile participe , comme peuple , aux passions qu'elle aurait, comme force publique, la mission de réprimer.
Cependant Fautorité, qui disposait de l'armée, des forteresses, des anenaox, pouvait encore dompter tmé multitude soulevée : aoBî ceux qui auraient dû conseiller à Louis XVi de tenir sa parole, et de se placer franchement dans la liberté, lui persuadèrent de recouvrer par les armes ime souveraineté à laquelle il avait renoncé spontanément. La cour réunit donc des troqies, soit pour effrayer, soit pour se défendre. Mirabeau dénonça ces armements à la tribune, et fit voter à l'assemblée au roi , qui était une injonction et un appel aux : « Le danger, sire, est pressant, il estuuiversel; il est an delà de tous les calculs de la prudence humaine.
• Le danger est pour le peuple des provinces. Une fois alarmé sur notre liberté, nous ne connaissons plus de frein qui puisse le retenir. La distance seule grossit tout, exagère tout, double les inquiétudes , les aigrit , les envenime.
• Le danger est pour la capitale. De quel oeil le peuple verrat-il , au milieu de la disette et des angoisses les plus cruelles, une tourbe de soldats menaçants lui disputer les restes de sa subnstance? I^ présence des trou({es réchauffera, ameutera.,.
produira une fermentation générale; et le premier aeie en violence, exercé sous prétexte de police, peut eomineneer une suite d*horribles malheurs.
« Le danger est pour les troupes. Des soldats français, approchés du centre des discussions, participant aux pasâoos comme aux intérêts du peuple, peuvent aubUer qu'un enga^ ment les a faits soldats, pour se rappeler quê la nature lesJU hommes.
« Le péril , sire, menace ces travaux qui sont notre premier devoir, et qui n'auront un plein succès, une véritable permanence, qu'autant que les populations les considéreront comme entièrement libres. 11 y a , en outre, une contagion dans les mouvements passionnés. Nous ne sommes que des hommes; la déOance de nous-mêmes et la crainte de parattre faibles peu* vent nous entraîner au delà des bornés. Nous serons obsédés de conseils violents, démesurés : la raison calme, la tranquiik sagesse ne rendent pas leurs oracles au milieu du tumulte, des désordres, des scènes factieuses.
« Le danger, sire, est plus terrible encore...; et jugez de son étendue par les alarmes qui nous amènent devant tous ! De grapdes révolutiims ont eu des causes beaucoup moins éclatantes, et plus d'une entreprise fetale aux nations et aux rois s'annonça d'une manière moins sinistre et moins formidable. »
En dépit de cette manifestation, la reine, qui avait cessé d'être frivole, mais qni n'entendait rien à ces mots de peuple et de liberté, s'obstina h mettre sa confiance dans la noblesse; H la cour médita un coup dont les conséquences pouvaient être terribles. Necker, en qui l'on ne vit plus qu'on censeur importun, fut invité à se retirer.
Dès ce moment les faits se succèdent avec tant de rapidité, que la plupart des écrivains ont cru y voir les effets de cette lutte secrète qui existait entre les deux branches de la maison de Bourbon. Quoique cela ait été nié et quil n'en ait été retrouvé aucune trace légale , il est probable que le duc d*Orléans aspirait à la lieutenance générale du royaume, et que Mi- • rabeau le soutenait, dans l'espoir d'être son premier ministre. Mais si ce prince était populaire, il n'était pas estimé; s'U étail
ÀSShMBLBB RATIORALB. 819
pnMpar ses commensaux et ses agents stipendiés, on frémissait à la pensée de le voir à la tête de FÉtat en compagnie d'un bemme non moins corrompu que lui. Cétait un esprit politique médioere, à qui il manquait Ténergie du crime et des grandes mbitiAns. Que ce fût son ouvrage ou non , la rumeur éclate, les théâtres sont fermés, et la Révolution prend une face nouvefle. Camille Desmoulins arrache aux arbres du Palais-Roval aae feuille qu'il attache à son chapeau, et chacun s'empresse fomer le sien de ce signe de ralliement. La Fayette, mis à la tfle de la garde nationale, dit, enjoignant la couleur blandie du ni à celles de la ville, qui étaient le rouge et le bleu : Cette c<h nrdefera le tour dumonde. Les électeurs s'emparent de l'auto* rite que leur offre la circonstance, et constituent une municipa* filé. Ballly, nommé maire, se résigne à occuper un poste « qui De devait être ni désiré ni refusé. » Les bustes de Necker et du te d'Orléans sont portés en triomphe ; des pierres sont lancée sur les soldats ; des coups de feu, des menaces, des incenêtt, répandent l'inquiétude; on se fabrique des armes, puis kliillage commence; et le peuple, s'armantde ce qu'il trouve à sa convenance dans les musées, se précipite en masse sur la Bastine. Les Suisses et les invalides qui en formaient la garnison iODt contraints de capituler (14 juillet); les chefs sont tués, et les antres se sauvent à grande peine. On croyait y délivrer des centaines de prisonniers politiques; onu*y trouva que sept dé* tenus incarcérés pour dififérents délits.
Cet événement , qui devait inaugurer le règne de la violence, hA fêté comme le plus grand des triomphes > .
Ce$t donc une émeute f s'était écrié Louis XVL Dites une
' Pw sprès, <m Ihatt sur remplseement où s'élevait la Bastille une portaot I id Von dante. Les grenadiers firent, avec les qui en provinrent, itn jen de dominos, dont ils firent présent ai DuiphiD» avec des vers dont voici le sens : Les pierres de ces muvvtf/ei» qui ret\fermèreni d'innocentes victimes de Varbitraire^ smt servi à former cejeUf qui vous est qffert comme un hommage ^ rmmour du peuple, pour vous enseigner quelle est sa puissance, Oi il des verrons dj la forteresse une épée pour le générai la Fayette ; lip«se clef de la i>orte d'entrée fut expédiée à ^^ashington.
révolution, sire, lui répoodit le duc de Liancourt. Eu effet, le roi et rassemblée se trouvaient à la merci d'une insurrection dirigée par des chefs cachés. Les princes, généralement dé* lestés, prirent le parti de fuir; le roi, qui, moins haï qu'eux, ne connaissait point la peur lorsque le danger ne menaçait que lui-même, se présenta à l'assemblée sans gardes ni cortège; et, bien que Mirabeau retînt les applaudissements avec ces mots, Le silence du peuple est la leçon des rois! cette démarche le réconcilia avec rassemblée. Puis , cédant au désir du peuple, I^ouis XVI se rendit à Paris, mais après s*étre confessé, avoir reçu la communion (17 juillet), et rédigé une protestatioo œntre ce qu'il pourrait se trouver contraint de faire. Bailly, qui lui présenta les clefs de la ville, lui rappela qu'elles avaient été offertes à Henri IV, avec cette différence que ce prinec avait recouvré son peuple, tandis qu en ce moment le peupit recouvrait son roi, Louis XVI, suivi d'une foule de gens de campagnes, traversa cent mille gardes nationaux aux cris d< l'ive la îiation! Aprè3 avoir été reçu à l'hôtel de ville, avec le: rites maçonniques, sous la voûte d*acier, il prit la cocarde tri colore. Les députés jurèrent de le défendre, et il revint à Vei sailles aux cris de Vive le roi!
Ainsi la nation se trouvait désormais maltresse du poavoi législatif et de la force armée. L'assemblée nationale s'étai déclarée constituante ; c'était la nation se gouvernant elle-méoM Aussi se crut-elle affranchie de tous les ménagements auxquel l'autorité royale se sentait obligée. Hardie parce qu'elle éta despotique , elle soumit tout à la discussion , et se créa des ra sources de ce qui jusque-là avait été jugé impossible. Mîrabeai qui la dirigeait, apportait, au milieu de ces intelligences que k théories de Rousseau avaient hallucmées, des idées pratiques i gouvernement. 11 avait étudié à fond la constitution d'Angli terre , « source inépuisable de grands exemples, disait-il, pa] classique des amis de la liberté. » 11 en thrait cette force qi 1 application donne aux principes. Ne voyant que fiction d«u le passé, il sacriGait tout sans égards, sans formules timides.
Neeker fut rappelé triomphalement *, on le proclama à bau ^uix le minislre nécessaire, et son retour aux affaires fut i
jour de fête. Il se flattait encore d'arrêter cette fureur de bouhevasement , et commença par proposer une amnistie. Mais Mirabeau, qui ravait pris en haine parce qu'il ne pouvait se faire de lui un instrument, diicana sur Pil légalité de la mesure. Goaunent accorder les prétentions de Taristocratie et les défiâtes du peuple ? ?)ecker fut bientôt regardé par la cour comme m présoniptueiu ; elle Tabandoima, pour se confier à des cooqui ne le valaient pas.
crut détruire dans leur racine les maux passés et présents , en abolissant les privilèges et les oppressions féodales, et en décrétant Tégalité entre les nobles et les plébéiens.
La nuit da 4 août est, à coup sûr, Tune des dates les plus mémoiables de l'histoire. Déjà la noblesse s'était concertée pour fue le duc d* Aiguillon, le plus riche seigneur de France, proposât rabolition des privilèges seigneuriaux , quand le vicomte de îloailles le prévint : il demanda qu'on cherchât le salut pu- Uie dans la justice , en décrétant réalité des impôts , la desinetioD des privilèges, le rachat des droits féodaux , l'abolition MDS rachat des corvées et servitudes personnelles et des droits de ■lainmorte. Aussitôt une fièvre de générosité s'empara de la noblesse , qui se trouva heureuse de posséder des privilèges pour pouvoir en faire le sacrifice. Le clergé suivit son exemple. On RDonça aux chasses , aux pèches réservées , aux avantages cléri- CMiz, à tous les titres fondés sur des droits historiques; la vénalité des charges de judicature fut supprimée, et l'on n'épargna lias même les privilège des communes et des corporations. Sieyes défendit la dîme du clergé contre ceux « qui voulaient être lifafts, eiae savaient pas être justes, t* Mais Mirabeau soutint qu'il frllak l'abroger, et salarier le clergé, attendu qu'il n'y avait, à aoaaTÎs, que trois moyens d'exister en société : voler , mendier, o« être salarié. Il l'emporta, et l'on peut dire que, dans cette io«mée , la Révolution atteignit son but. L'assemblée décréta un Te OettrUy et (décerna au roi le titre de Restaurateur de la (Sberîé.
Mais si cette nuit, à jamais mémorable, vit éclater chez les Franc^'s ^*^ maguanimes élans, on reconnut, dans les jours alitants, combien était périlleuse une générosité qui, n'ayant
393 ASSEMBLEE NATIORALB.
fait aucune distinction entre ce qui deyatt être aboli et œ qi devait être racheté, avait laissé croire que nulle exigeocen pouvait être portée trop loin. La chasse une fois libre, chacv s'y lança avec une telle fUreur , que les récoltes en furent dé vastées. L'abolition des dîmes enrichit les propriétains A soixante^ix millions , sans qu*il en revint rien à l'État. L*ai tratnement produit par les cessions volontaires alla jusqn'i mettre les propriétés en péril ; car un peuple en mouvemeot n s'arrête pas à volonté. On brûla les châteaux, on pilla les eos vois de grains dirigés sur Paris, où la disette augmenta. CamiDi Desmoulins vit un privil^ pour la garde nationale dans le drai de porter des armes et un uniforme : Le dreit de porter vnfitsi et une baïonnette, dit-il, appartient à tout le monde. On teofl d'arrêter les assassinats en proclamant la loi martiale; en nêM temps on encouragea la délation, et les procès pour crime d( lèse-nation se multiplièrent. Lorsqu'ils eurent cessé dans II capitale, ils continuèrent dans les provinces, surtoat dansli Midi : les démagogues s'en firent un mojen d'irriter le pesple tandis que d'autres, poussant l'assemblée à des mesures eitré mes, lui firent v^ter une déclaration des draita de rbomme '•
■ « Les repréflcntaati du peuple français» eoRslitoés en asseroblée ■ tionaie, cousMénuit qna riguorance, Toubli ou le mépris des droit» d riionmie, sont les seutos causes des malheurs publics et de U corraf lion des gouvernements , oot résolu d^exposer, daus une déclaratioo so lennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de Hiomme, ifinqa cette déclaration , constamment présente à tous les membres da coif social , leur rapitelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs; afin qe les actes du pouvoir légishilif et ceux do pouvoir exécutif, pounot Ar à chaque Instant comparés avec le but de toute Institution politiqiiei c soient plus res|)ectés; afin que les réclamattons des citoyens, fondée désormais sur des principes simples et incontestables . toumenl tonjotf •u maintien de la constitution et au bonheur de tous.
AnT. !*'. Les hommes naittent et demeurent libres et égaux eu droiH Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur rutilitéooniM II. Le but de toute association politique est la conservation des draili u
lurels et Imprescriptibles de Tbomme. Ces droits sont ; la liberté, U propriété
la sûreté, et la résistance à Toppression. lU. Le principe de tout« souveraineté résilie essentiellement dan» b natioi
ASSBMBI.ÊB NATIONALE. 333
Grtto révoiutkm si impétueuse, et pourtant si souvent
ntatiiee, roulait encore eu oda eontrefiiire la révolution
mèicuae. Mais il fallait, pour mener à bien une si grande
tichi, sa lieu de maiinies générales susceptibles d*étre niées ou
imé», de oes vérités de dit qu*on ne saurait entendre que
d'Ile seule £içon, et qu*il est impossible de réfuter. Mirabeau
disait ifee raison : La liberté n,*est pas hfndt tTune doctrine
tbttnûU et de dédmciione phUotophiques; tes bonnes lois ré'
fÊlkst de FexpérieMce Journalière, et des raisonnements gui
MtoU deFobservatkm des faits. Or cette célèbre déclaration
mot pis même déûnir ce que c'était que le droit. On y eon-
findiit les définitions, les maximes, les principes; des vérités
^ndcateset saintes y furent mêlées à d'autres que Thistoire et
Topénence démentent également, à des formules vagues que le
piÛie n^eDtendait pas , et dont une poignée de philosophes
fsmk se passer par&itement. Les Anglais avaient présenté
«■ à Guillaume III, après la révolution de 1688 , une espèce
k dédaration des droits : mais d'abord elle venait après une
laotien; puis elle n'énonçait qu'un petit nombre de principes
tbinetsifiiples, non susceptibles de discussion ou de contra-
UcoipiyMiiiMUf ido nepent exercer d*Mitoritéqiii n'en émaneexpreoémeDt
IT. UMbcrtë ooQiitte à pooToir taire tout ce qui ne nuit pas à autrui. Ainsi 'oBcia des droits natareto de chaque homme n'a de bornes que celles qui xnttanaitrasinenibreidelasoclétélaioniBsaocede ces mémos droits. ^ ^tnm ne peuTCot élre déterminées que par la loi.
^•U loin*a le droit de défendre que les actions nuisiMes à la aodété. ^eeqai n'est pas défendu par U loi ne peut être empêché, et nul ne fM être eoDlnint à taire ce qu'elle n'ordonne pas.
VL UU est reipr«iloa de U volonté sénérale. Tous les citoyens ont ^écanoonrirpersooiieUement ou parleurs représentante à sa formation, Biéoitare la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse, ^«hi citoyens, étant ésanx à set yeui, sont égalemeut admissibles à ^%iltés , places et emplois publics , selon leur capacité, et sans autre ^'^(lloi queœile de leurs vertus et de leurs talents. jH-IIsi homme ne peut être accusé, arrêté ni détenu que dans les cas JJI'I"^ par la loi, et sekNi les formes qu'cUe • prescrites. Ceu qui sol- |^l< eipédient, eiécotênt ou font exécuter des ordres arbitraires, doivent 2^*Mi; mils tout citoyen appelé ou saisi en vertu de U loi doit obéir à 'v'antsflie vend eo^Mble par Uréiistanoe.
^ La lei ne doHétahUr que des peines strietement et évidemment né-
diction, et ayant pour objet de garantir des droits positifs. Celi qui venait d'être promulguée en France était une sorte de fon titution universelle, qui précédait une constitution nationale on y sacrifiait l'homme réel h un homme fantastique ; on y n glementait rhumanîté abstraite, et non les vingt- six millions d Français d'une époque déterminée, et dont il y avait à intem ger les mœurs.
Grand exemple de la hardiesse de l'homme qui se Ggui pouvoir tout, et de la difficulté qu'ont à définir les libertés m ciales ceux qui ne voient pas qu'elles dérivent d*en haut !
A peine la liberté naturelle eut-elle été décrétée, qu'il liiJh en sacrifier une grande partie à la tiberté politique, dans la ecn titution qui fut bientôt mise en discussion. Les premiers déim
cessaires, et nul ne peut être puni qu'en vertn d'une loi étabOe et p^MlM guée antérieurement au délit, et légalement appliquée.
U. Tout bomme étant présumé Innocent Jusqu'à œ qu'il ail été déclaré cm pable, s'il tst Jugé Indispensable de l'arrêter, toute rigueur qui ne serait pas a cessaire pour s'assurer de sa personne doit être 8év6reme»it réfiriméc par la h . X. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses , pwr que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la kri. ,
XI. La libre communication des pensées et des opinions est un des drsi les plus précieux de l'homme : tout diloyen peut donc parler, écnre , U primer librement , sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans tes cas d terminés par la loi.
XII. La garantie des droits de l'homme et du citoyen nécessite une for publique t cette force est donc instituée pour Tavantage de tous , et noo poi l'utilité particulière de oeui auxqueb elle est «ondée.
XIU. Pour l'entretien de la force publique et pour les dépenses d'adfl nistration, une contribution commune est indispensable; elle doit être ée lement répartie entre tous les citoyens, en raison do leurs facultés.
XIV. Tous les citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes ou p leurs représenUnts la nécessité de la oontriiiution publique, de la consent librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'asrietle, recouvrement et la durée.
XV. La société a le droit de demander compte k tout agent public de ao administration.
XVI. Toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas aanréei la séparation des pouvoirs déterminée, n*a point de constitution.
XVH. La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en éli privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement conslatiie, l'eiif évidemment, et sous la condition d'une Juste et préalable indemnité.
ASSKHBLBB NATIONALE.' ZlSr
montrait combien Tesprit public était en éveil. Le gouvernement fflooarehiqne héréditaire, le pouvoir exécutif réservé au roi, le eiMieoars de la nation à la confection des lois et au vote de riinp^t^ c'étaient là des points sur lesquels tout le monde était d'Mcord. Mais les avis furent partagés sur la question de savoir 8 il y aurait une ou deux chambres législatives; sur la perina- Roee ou sur la périodicité du corps législatif, ainsi que sur sa dîBohition ; sur Texlstence politique du clergé et des parlements ; nr retendue de la liberté de la presse; sur le droit royal d*op« poser le veto aux décisions des chambres.
Le parti moaardiique constitutionnel était prépondérant, et ta France aurait pu, dès ce moment, posséder Tunité nationale, régalité civile , la liberté politique, si elle avait su s'en coQteoter. D^à Mounier demandait dairement une chambre decâve, un sénat à vie, un roi eonstituttonnei; mais ni lui, ni demont-Tonnenre, nilally-Tolendal, ne parvenaient a se faire écouter; les défenseurs de la couronne eux-mêmes étaient peu «Taecord entre eux. Necker avait du moins un plan fixe : il vodait la constitution anglaise avec deux chambres, avec la née^té de la sanction royale; mais comme cette constitution avait été une transaction , il n'était possible de l'appliquer eu France de la même manière qu'après une lutte plus ou moins prolongée. La haute aristocratie était alors pour une chambre unique, à laquelle répugnait la petite noblesse, sachant bien ipie Faecès lui en serait interdit. Le peuple, qui redoutait la noblesse, prétendait ne la laisser s'ingérer dans rien , voulait que la nation décrétât , et que le roi exécutât ; ce qui aurait constitué une république avec un président. Sieyes, logicien serrée qui n'admettait aucune distinction entre la nation et le roi , s'écria : rit seui Dieu, une seule nation, un seul roi, une seule rkùmbre!
Tandis que l'assemblée s'occupait de débattre ces questions, b municipalité se trouvait aux prises avec de terribles embarras pour nourrir tout ce peuple en armes, dont les passions étaient naltées jusqu'à la foreur, et pour faire justice de ceux qu'il ne massacrait pas. Les aristocrates se montrèrent consternés du eoup qui leur avait été porté; les démocrates eu conçurent des
IltfT. bE CENT ANS. — T. I. 2S
336 ASSBMBI.BB NATIORALB.
espérances sans bornes; et ce qui est pis, la capitale^ ou plutôt une multitude grossière, en vint à peser sur les délibérations de rassemblée. Cette tourbe commença à traduire ses théories ta forfaits, à goûter la volupté du sang ; et les nobles, qui n'avaient pu empêcher la RévohiticMi , la virent avec satisbction se déshonorer par des eioès. Quelques assassinats révélaient de temps en temps quels instincts et quelles habitudes Ton chciebait à donner au peuple. Le crime bientôt devint un objet de plaisanterie; des pasquinades et des caricatures habÉtuèreot le peuple à rire des victimes ; Desmoulins s*intitttla procureur gboénï de la lanterne, et rbonnête Barnave s'oublia jusqu'à dire: U scmg vené eti-U donc H jmr f
Un des artifices en usage dans toutes les révolotioDS , c'est d'entretenir la terreur, c'est de répandre des bruits de oomplols» d'assassinats, pour forcer tes gouvernements à sévir, et jeter par là dans le peuple cette épouvante qui ne raisonne plus , mais qui croit tout, quand on désigne un oLjjet à sa haine, «m but à ses vengeances. C'est anisi que les hommes de désordre suieot profiter des colères et des ressentiments amassés dans le coeur du peuple. Tout à coup le bruit se répandit dans les provinces que des brigands arrivaient de tous côtés pour piller et détruira les récoltes : aussitôt tous les gens des campagnes se mirent sur la défensive. Les brigands ne parurent pas ; mais la Francs entière se trouva en armes, et en état de défendre ses droits. L'insurrection s*étendit; les districts et les corporations mt^ tèrent Paris ; partout on discuta et on délibéra. On brûla les chAte-aux, on forgea les nobles et les suspects; l'on infligea a plus d'une victime les plus atroces tourments. Heuietti ceux qu'on envoyait seulement è Paris pour y remplir le» prisons !
Chaque fois que des opinions modérées l'emportaient danii l'assemblée, la populace s^ameutait en criant au despotisme Cl à la lanterne ! Parfois arrivait à l'assemblée un message cooç»' en ces termes : « L'assemblée patriotique du Palais-Royal a « l'honneur de déclarer que si la faction aristocratique, corn- « posée en partie du clergé , en partie de la noblesse, et de cent « vingt membres des communes ignorants et corrompus, pe^
▲SSBMBLSB RATIOHILS. 327
> asie à trool»ler rharmonie et à demander le vetç^ quinze mille
> hommes sont prêts à mettre le feu à leurs maisons et à leurs • diâteaaix. » C'est ainsi que les fureurs du dehors se joî* paient à rinexpérience législative, à la manie discoureuse, aux sbstraetioDs métaphysiques d'une assemblée livrée à toutes les iseeititiides d*an pouvoir sans traditions. Éta|^-il possible, dans éa dieonstanees pareilles , de préparer nne bonne consti-
WiOB?
(1789) La multitnde entendait par liberté le droit de ne rien pajerdn toat : Q en résulta que le déficit des finances s'accrut de jesirenjour. Il avait fallu, pour entretenir un peuple entier sous ks annes , vider les caisses publiques. On avait réduit le prix éasel, en même temps que d'autres branches de revenu pé** Ud emprunt de quatre-vingts millions était nécessaire ; OB ne trouva personne pour le souscrire. Quand Mecker la taxe d'un quart sur les revenus, on y vit le résultat dte eomplot : Mirabeau seul, bien qu'ennemi du ministre , la it décréter, et sauva pour le moment la monarchie.
Les ÊidioBS sonhaitaient naturellement d'arracher la cour d*iBie petite ville où elle n'était entourée que de ses serviteurs y pov la transférer au milieu du peuple , dans le palais des Tui- Mes, inhabité depuis un siècle. Une masse composée en glande partie de femmes, parmi lesquelles se trouvaient des iadividos travestis , fit irruption dans l'hôtel de ville ( 5 octohra ), et delà se mit en marche sur Versailles. La Fayette , qui SHeux que personne pouvait sauver la cour, y fut entratné par h garde nationale ; le château fut envahi , non sans effusion de et le roi promit de se transporter à Paris. Il y fut précédé la fiMile vietorieuse , qui rapporta en triomphe des têtes , et par des mégères échevelées poussant des vodfé- Louis XVI arriva à l'hôtel de ville, et, tout boulerené, il s'éCTia : Je reviens arec coi\fiance au milieu de mon peuple de Paris.
92!B MIBABKAU ET BABN4VC.
MIRABEAU ET DARNAVE. ~ ROYALLSTES ET EEPUDUCAUS. —
LA GONSTlTCnON DE I70I.
II était aisé de voir, a tous ces ébranlements, que le pao^ de la liberté était devenu le peuple de l'anarchie v que la société civile, au lieu de marcher avec calme dans le progrès, 8« soulevait en fureur contre la société domestique et seigneuriale. Beaucoup de membres de rassemblée donnèrent leur démission; beaucoup de nobles émigrèrent, avec la pensée d'une contre-révolution : abandonné par eux, le roi n'eut bientôt pour soutien que les propriétaires, qui le sentaient nécessfaire à leur propre sûreté. Mirabeau en qui l'assemblée se personniOait, lui qui avait poussé aux mouvements de la place publique et demandé qu'on soumît au peuple toutes les délibérations, Mirabeau* commença à invoquer Tordre, à tonner contre les séditieux, a parler du roi avec un sentiment de respect , rejetant les fautes sur ses ministres * : il méprise trop les hommes pour mettre un grand prix à leur estime ; ce qu'il veut inspirer, c'est la terreur ou l'admiration ; il ne tient pas à gi^er l'opinion , mais à imposer la sienne à force de colères, de sarcasmes ou de paradoxes. C'est avec le ton d'un tribun qu'il loue le rm, qu'il foudroie les excès populaires et les troubles dont il n'a pas été l'instigateur; il veut diriger le gouvenieaient , mais sans renoncer à ses désordres privés. Toujours, superbe d'attitude, il sait donner un air héroïque même à ses bassesses. Toujours prêt à se comparer aux héros de l'antiquité , il prend place à côté d'eux dans l'imagination populaire ; il a un fanatisme , mais dont la sphère est tout humaine ; une conscience , mais toute de tête; une aspiration , mais qui n'a que ce moiMie
' Troisième lettre da comte de Mirabeau à ses comroetlaots.
« Le lendemain da Jour où le roi fut conduit ou plutôt traîné aux Tuileries, dit le comte de la Mark, Mirabeau vint de très-bonne heure cliez moi : « Si vous avez quelque moyen de vous faire entendre du roi •< el de la reine, me dit-Il en entrant, persuadez-leur que la France et cm « sont perdus, si la famille royale ne sort pas de Paris. »
» Moniteur, séance du 27 iuin 1789.
BOTALISTXS ET BéPUBLICAINS. 329
pour but. L'orgueil et Taoïsme sont le mobile de ses actes ; SI est le représentant des plébéiens, tout en gardant son titre de comte, et recherchant toutes les occasions de rappeler sa race et sa parenté; il prône Tégalité, sans avoir les vertus qui pcoTOit la &ire aimer; il s*élève entre les partis, au-dessus de tous les partis» qui le détestent tous , parce qu*il les domine ; mais qui le recherchent, parce qu'il peut les ruiner ou les servir : il ne se livre à aucun , mais négocie avec tous.
Le but de Mirabeau était, en brisant le despotisme, de maintenir la monarchie : guérir (comme il le disait) la France de la floperstition de la royauté, et y substituer le culte raisonnable de la monarchie. Déjà, dans son Essai sur le despotisme ^ il avait écrit : « II ne natt pas^ dans quatre siècles, quatre intéllignices capables de préciser où doivent s'arrêter les innovations t d'où 3 fiiut bien conclure que les nouveautés, les réformes con^ titotÎTes, sont toujours choses délicates , et ne s'entreprennent jamais sans péril. » Il écrivait de même en 1788 : « Je serai , fas l'assemblée, un monarchiste zélé, parce que je sens profondément combien il est nécessaire de tuer le despotisme ministérid , et de relever l'autorité royale. »
Il voulait donc étayer la monarchie sur une constitution ; mais, dès les premiers pas, il vit les difBcultés de la situation >: et, dans une lettre particulière, il écrivait, dès le lendemain du jour où la chambre s'était constituée en assemblée nationale : • La nation n'est pas mûre : la profonde impéritie , l'épouvantable désordre du gouvernement nous préparent une révolotim. «
Ses payons, ses besoins d'argent entraient pour beaucoup dans sa politique. Si les nobles ne l'avaient pas repoussé, il avait été probablement leur meilleur champion ' ; mais ^
• Mirabeaii, député de la noblesse, eût été, à coup sûr, une poi»ttale coloiuie pour ce parti. Mais on peut contester Poptnion qu*il se At mis au senrice de ses passions et de ses résistances. Dans quelques raog^ qu^on la suppose, une intelligence comme la sienne n'eût pn lîficoDDaltre ropporfunité des grandes réformes que les représentants k» plus illustres de la noblesse avaient eux-m^mes proclamées. Mirabrauydans cette hypothèse où l^istoricn italien le place, aurait sans nul
830 MiaABEAU ET BAR M AVE
Tarroganee des siens le révolta, la dictature populaire lui deviot plus odieuse encore, et il s'écriait : « Il est temps d'en finir avec ces charlatans qui, pour leur profit, s'en vont proclamant U souveraineté du peufÂe. Les imbéciles! ils ne savent pasqii*eB France la liberté est impossible sans le trône. »
Il résistait aux tumultes populaires. La multitude Sifùinéecsvalût un jour la salle de rassemblée, en criant Du pain! et en applaudissant Mirabeau ; mais, au lieu de flatter cesfureun, il invita le prudent à faire sortir les factieux, et avec sa voix de Stentor il s'écria : « L'assemblée ne reçoit la loi de personne. Sortes au nom de la loi, ou l'assemblée fera évacuer les tribunes. » Le peuple répondit : « Vive Mirabeau! »
11 rentrait à Paris au moment où on allait discuter la qoestion si on oonoéderait le veio au roi. A peine eut-il été reooDDa, que le peuple détacha les chevaux du carrosse, et le trafoa en lui criant : « Comte de Blirabeau (car on ne conservait plus qu'à lut oe titre, depuis que tous les autres avaient été abolis ) , vous êtes le père du peuple ; c'est h vous de nous sauver, c'est à roiis de nous défendre contre tous ces traîtres qui veulent boss livrer de nouveau au despotisme. Si Ton accorde le veto aa roi , à quoi servira rassemblée? Tout est perdu : sauvez-noui encore une fois! » Mirabeau ne leur promit rien , et se contenta de dire : « Nous verrons, nous verrons l » A peine fut-il à l'assemblée, qu'il parla en faveur du veto absolu <. Armer le roi de ce droit du vélo, c'est-à-dire du droit d*annuler les décisions de l'assemblée , c'était de quoi rendre la monardiie odieuse; elle n'avait pas le droit dé proposer le bien, mais
doute montré plus d'nnité dans sa conduite il n*aurait point dâmté en tribun irrité ; il eût été homme d'État dès le premier jour. ( Ai. R ) ■ Mirabeau, dès les premières réunions de rassemblée, s'était prononcé sur cette question avec énergie : « Je crois, dit-il , le veto du roi tdte> tuent nécessaire, que j'aimerais mieux vivre à Constantinople qu'es France, sMl ne Tavait pas. Oui, je le déclare pour la seconde fois, je m eoDBaltrais rien de plus terrible que Taristocratie souveraine de six ceals perfiMuws qui pourraient demain se rendre inamovibles, après-demaio béréditaires, et fininOent , comme les aristocrates de tous les pijv <li^ noade, par tout envaliir. » ( Km. R. )
BOYALISTES ET HÉMJBLICAINS. 381
tM M faân étàtec seul^meot à quelque décrett de lalëgitlalue. Mirabeau demanda que le veto fût absola : « Uonmiee iKMlM|inas t'éaria-t-il , que ferieE^vous de pire ai voua a?iez jaié d*aDéntir la liberté? » 11 échoua ; maia l'effort qa*U avait Maté nffit pour que la cour mit son eapotr dana cet horane iÈm qui eommençait à se rérâer aons le tribun. La oour, pir Biaiheur, ne savait que se décider trop ttrd.
Mitibcau était tout*puissant sur les tribunes ; mais il était ■Biisutîen dans TassemUée, si Ton en eieepte Sieyes et Chafiis; tout le reste, partisans de ramnen régime, précurseurs et fa léiMBbliqQe, lui étaient hoatilea. On tenta de le ruiner fsrdcs pnioèa; on lui propoea des duels, il les refusa avec éMsln,etaBi«ne«niéene80uttraitpasdecesreftHi. « Est-il disnt'Oy que j'eipose une tête comme la mienne contre
L'cBiie» qui a*attaque de préférence anxcôtés les plus gkNrieux, sn s'en prendre à sa gloire d'orateur. L'on dit, l'on écrivit qall ae composait pas lui-même ses discours ; espèce d'ouvrier pi sebatak d'une autre main le diamant dont il savait , lui ■al, tirer l'étincelle. Comme si sa grande puissance n'avait pas plua encore dans sa paroleque dans aesécritsl Quand s'emparait de son âme, ne s'élevait-il pas jusqu'à Josqu'anx plus sublimes transports? 11 éleetrisait etil disait luî*même : • Sleen'est pas là Téloquenoe à nea siècles amoUia , je ne sais quel est ce don du uri,fl rare et si grand. » On s'attaquait à sa vie passée, et alors mie vovait courber la tête; il sentait.qti'oa frappait juste, et ifWaBait sur des ûnitra qui éloignaient de lui les hommes hiphis pu» de la Révolution. • Que les fimtes de ma vie» disait» ite seu début, cottentcher à la FkUBce! » 11 ajoutait vers les : • Si j'avais apporté à la Révolution une réputacelle es Malesherbes, quel sort j'aurais assuré à ma Ptirie! » Grand orateur, grand homme d'État pour les uns; iesautres, aristocrate ou démagogue ;^ÉrMtrale de Tédi- , traître à la Révolution^ taxé de vénalité et d'iooonsparce qu'il votait tantôt avec l'un , tantôt avec l'autre» Mw tout seuL Ceux, qui raccusaîent ne voyaient pas qu'il
932 MIBÀfiBAU ET BABRAYB.
jDe restait fidèle qu'aux grands princiges, sans souci d« Top nion des bommea.
Les ennemis du grand orateur se servirent de ses foutes pn en faire un piédestal sur lequel ils élevèrent Bamave. Ce jen liomnie de vingt-sept ans , natif du Dauphiné, 8*était rangé toi d'abord parmi les adversaires les plus ardents de la cour. Emii d'idées libérales puisées à l'éeole anglaise, Bamave avait la pi roleéléganteetfeeile, l'esprit vif, l'imagination ardente, un gna calme après de violentes sorties, et enfin une réputation intaeM tout eela hii donna la bardiesse d'affronter Mirabeau. Il éla loin pourtant d'un tel rival : sans feu, sans grandeur, sans vcn puissante, il avait un coeur droit, mais une volonté débile, e comme font les talents subalternes, il croirait s'égaler au gèst en franehissMit les bornes de la raison. Son désir de poputarii rentratnait à des actes et à des discours eu désaccord avee m sentiments et avec la cause pour laquelle il combattait. Bm nave formait avec Lameth et Duport un triumvirat intéressai parce qu'ils étaient jeunes , qui Ait influent parce qu'ils étaiei actifs, et qui, sans s'en douter, alla droit à la desiruetion d la monarchie.
Fort de la laveur populaire, Barnave travailla à la conserva en soutenant, en fortifiant les clubs que son ami Duport snâ organisés dans toute l'étendue de la France. Il fit voter, en eoa séquence, la création des municipalités, des gardes natis Maies r la déclaration des droits de l'Iiomme, l'établisseDiea d'une justice extraordinaire pour les délits pcditSques, la lél nion des biens du clergé au domaine national, Tégalité de droits eivils pour les protestants^ pour les juifs, pour les eoorf diensL Fuis il porta un dernier coup à la monarchie en obt» uant que les décrets de l'assemblée eussent force de loi sassli sanction royale , et que le serment civique ne fît point meatiei de fidélité au roi , sur ee motif que la royauté était partie iBté< grante de la constitution.
Mirabeau se voyant dépassé par ce jeunehomme , en prit o» brage ; « Les rhéteurs parlent, dit-il, pourTinstant qui passe ;la hommes d'État, pour l'avenir. « Mais l'homme d'Etat, par wAheur, prétait le flanc aux attaques par son caractère, saréput<itK)".
X0YAU8TBS ET BÉPUVLICAIRS. S99
(Mipoaise,ses vices divulgués, ses dettes, et le luxe dans le* fKl il niait Bieu qu'aucun écritne leconfinne, il {Kiratl certain fiH l'eBtaidit avee le due d'Orléans, à qui la rumeur publique inprta ks événemenls du 6 octobre; on prêta aussi ce mot à Ibabcsa : • Il noua faut un roi; que ce soit Louis XYI ou Lmhs XTII, peu importe! » Mais il se pourrait que le duo AMcas, que Ton a chargé de tant d'accusations, fût am yeux é Kkabera trop bon patriote : à en croire plusieurs de ses Mii^*alorK, il edt préféré au titre de roi, celui de premier aHfCB d*ime république. Mirabeau, quoi qu'il en soit, n'ayant pihHttreliîreun pasdécûnf, s'écria:« Il aie prurit du crime, ■MilD'eDapasIecounigel » Cet homme se sentait de plus en pIsBéeessaire : autant pour la France que pour lui , il voulait lb« lÔBistre. La cour avait déjà songé à prendre dans Fassem*' tttH ministère habile et fort, où seraient entrées les grandes MUldiiéidn parti populaire. Mais les royalistes, choqués d'une tfe poytiqQe, alunirent aux républicains pour faire décrètes Vte nîeadnre de l'assemblée ne pourrait faire partie du roinis* 1^ Ce fiit un trait dirigé au cœur de Mirabeau , qui se trouva ^orté mbitement do pouvoir, inutile à la couronne, frappé par ^nk mêmes. Cétait donc en pure perte qu'il avait fait tant Morts pour soutenir les prérogatives du roi constitutionnel boomiBation à tous les grands emplois judiciaires etadmi^ ■Miis , le droit de grâce , le droit de paix et de guerre.
Eb donnant alors la main aux constitutionnels , le parti mol^de rassemblée, Mirabeau aurait pu sauver peuVétre la ■Mardiie; mais sa vie privée éloignait d^ lui les puritains. Il MnUt louer la probité et le désintéressemeiit de la Fayette : ^ aie censure à son adresse. Il s'en vengeait par des roots *"s; il appelait alors la Fayette ie maire du palais,
0 disait de Neeber : « Ce n'est qu'un médiocre financier, sans "quaTités natdHÉes'ni les connaissances acquises de l'homme ^^tat II perdrait dia royaumes, plutôt que de compromettre *> amour-propre. » Il emisentit à une entrevue avec Tlecker : ^ ta choqué de sa hiifnteur, de sa résistance , et ne pensa plus P'a le renverser. ' * ,
Frafipé par le décret de rassemblée , ne pouvant plus gou-
9M MIBABBAII ET BABNAVB.
verner au grand jour, il fit offrir au roi son aasistanee cmM 11 n'y avait qu'un moyen de aaurer la monarchie : frétait < donner la main à la Fayette ^ à Bouille , l'un placé à la télé la garde nationale, Tautre à la tête de l'armée. Mais BoolO royaliste ardent, abhorrait Mirabeau , le déterteur de la en nobiliaire. La Fayette, loyal et pur, avait peu de penchant po rhomme , et n'était point rompu à ces manèges obscurs m quels la cour ne dédaignait pas de recourir. Dans une enben qu'ils eurent ensemble, la Fayette répétant toujours qu'il f lait sauver la reine : « Eh qu'elle vive ! dit Mûrabeau. Dne ni humiliée peut encore servir à quelque choae : égorgée, dlea'f bonne qu'à faire le sujet d'une tragédie '. » Atroce pUisaota dont la reine eut connaissance, et dont il lui filUut d^siosaler ressentiment. Pourtant, quand Mirabeau ofirit ses services, d ne put prendre sur elle de le supporter ; immolant peut-étroi amitiés, elle ne put flsdrele sacrifice de sa haine, llluisembli d'ailleurs que de tels hommes n'offrent leurs services qoeps imposer leur domination. Mirabeau jura de ftirerepentirqui tu eu l'imprudence de le dédaigner ; et il se rejeta dans ces mon liients populaires quMI s'efforçait ensuite de comprimer. Eafia fallut se résigner à traiter avec hii : il fallut que la reine, eH même, consentît à une entrevue secrète avec le tribun , qui, loi qu'il la quitta, lui dit, en lui baisant la main : « Madame, la ■ narchie est sauvée * ! »
^ Mirabeau , dans une lettre au roi , disait de Uarie-Antoinetle : < 1 reine est te seul homme que le roi ait auprès de lui. »
* Ce Ait à Salnt-Gloud que la reine eonaentit à voir MtrabeMi P^ la première fois , en mai 1790. Nous avons cra devoir soppriflHr 1 des réOesioBS qoe eette entrevue Inspire à l'historieu ifalisn, ci f BOUS semblent pécher autant par défaut de convenances que par ei^ de séf érité. Les détails de cette entrerue sont diversement rappodl par les contemporains. Selon madame Caropan, « Mirabeau ^v^* Paris à clieval» sous prétexte de se rendre à la campagne chexaaii ses amis; mais il s'arrêta à une des portes du jardin de Saiot-^^ood fît fut conduit vers un endroit où la reine l'attendait seule, dans h r«^ la plus élevée de ses jardins*particuiiers. »
Selon le récit très-diCTéient du comte de la Marlt , renbtfiK «
B0YÀLI8TKS BT HÉPUBLICAIIfS. 336
Paiole d*iiiie singulière audace ( si elle fut prononcée ) » leçon fourlesboBunes de parti! Ils se croient forte par euxet ils n'ont que la force du courant qui les emporte, et qu'iliffi flattent de remonter aussi facilement. Fau^il mainte- Mal crier bien haut que Mirabeau trahit bassement la cause qjûTA mit embrassée? Répéterons-nous le mot de Necker : ÇifU/ëttribiM par calcul et aristocrate par inelinattonf Minken, nous le croyons, ne changea pas de politique ; il garda b kâMde tout despotisme, de tout privilège injuste, de ee dont i irait tant souffot Dans tous les temps, il avait voulu la ■mardûe. Comaoe tous les hommes de la première assemblée, i ami oneèremeot que la Révolution pouvait se maîtriser; la péfvyma id fut raceourcie par TaaMwr-propre. U essaya de
!■ tel rappariemeot de la reiae , où se trouvait ausai le roi. « La fm que je revis la reine après cette entrevue , dit M. de la , dk m^assora tout de suite qu'elle et le roi y avaient acquis la ■iietiM sincère do dëvonement de Mirabeau à la cause de la roonar^ Ht et à hors persoDoes. Elle me parla ensuite de b première hnpres* ittfi^Tiitliûle sur elle rapparitioD de Mirabeau. Il y avait à peine ■f Miiqn'oB lui avait dépdat cet homnie oonune un monstre la- Me, dMgeaot nue bande de brigands venus à Versailles. Elle se iVdnttts gardes égorge en la défendant, son palais en valu par des lifralt qni demandaient sa tète, et involontairement le souvenir de Miias dominant toute cette scène lui revenait à la mémoire. Quelque qu'elle fût déjà de son erreur à cet égard, des impressions aussi ^efbcent difficilement; et la reine m'avoua qu'au premier Nurt où elle vit Mirabeau , un mouvement d'horreur et d'effroi ■pn (Telle » et elle eu fut tellement agitée , qu'elle en ressentit plus Mme légère Indisposition. Quant à Mirabeau, il ne me parla que ^rtpàaent de cette entrevue. U était sorti de Saint-Clood entlioute. La digmté de la reine, la gréce répandue sur toute sa perla, son alfalHlité lorsque, avec un attendrissement mêlé de re- M, il s'était accusé lui-même d'avoir élé une des principales causes liuielacst tout en elle l'avait charmé au delà de toute expression. Ka se m'arrêtera, me dit-il; je périrai, plutôt que de manquer à ma
^rédt, qui porte na cachet de vraisemblance et de simplieKé se- ^, iaspire plus de confiance que les détails romanciqoes rapportés ^aadane Gaiapsa. (An. R.)
336> MIBABEAU ET BABNAVB.
faire du roi le chef et le modératear de la Révolution, et d*eoipécher que la royauté n'ameDÛt des catastrophes em voulaol rétrograder vers un absolutisme impossible. Voyant le succès plus douteux chaque jour, il s'épouvantait de son propre ouvrage, et disait : « Nous avons pris la faux du Temps, mais nos son horloge. Je serais au désespoir d*avoir travaillé seulement à une vaste démolition. »
Le roi , d'après ses conseils , protesta de son attacliement au nouvelles institutions, qui réalisaient, dit-il, ce que luinnèou avait désiré; il promit de façonner le cœur de son ûls au noovd ordre de choses. Ce jour*là , Louis XVI fut encore salué da acclamations du peuple ; mais il couvait au fond de Tânae de Lia tristes pensées. Après avoir juré la constitution dans rassemblée, il rentra^ et se jeta en pleurant sur un siège : Tout e$i perdu! dit-il à la reine, non moins désolée que lui. ^h! madame, vous avez donc été témoin de tant (fhtmiUiations! l vous a faliu venir en France pour voir..,.
Le 14 juillet, jour anniversaire de la prise de la Bastille, b fête de la Fédération fut célébrée avec toute l'allégresse française. Les gardes nationales et les députatîons de la France ea* tière se réunirent dans le Charop-de-Mars , qui fut disposé pov cette fête. Des étrangers demandèrent au nom du genre hamnr à y être admis , pour pouvoir initier leurs compatriotes tm joies de la liberté. L'autel de la patrie était surmonté de Fimagr du Christ; le roi y prêta serment à la nation; et la nation ap plaudit même Marie-Antoinette, <;|ui, profondément émue, la montrait le jeune Dauphin. La joie que produisit cette concorA touchante se répandit dans la France entière, et partout r^ tentirent les cris de ^ioe la patrie! Five le roi!
Le lendemain , les soupçons et les haines reprirent le dessMî pour aboutir bientôt à des massacres. La eour, ne sachant poial mesurer ses pas dans la route nouvelle qu'elle avait à paroouitr, laissait voir sa mauvaise humeur contre les réformes , ou accueillait les espérances du clergé et de la noblesse : Tune entretenait des intelligences avec l'étranger ; l'autre se flattait encore de réveiller le sentiment religieux chez les contemporains de Voltaire. Opposition maladroite qui aigrissait Ips passions , d
BOYAtlSTBS ET BÉPUBLICÂ1NS. 831
Ittnijsait eeux^là qui voulaient sincèrement venir en aide à la couronne.
Uassemblée s'était installée, le 19 octobre 1790, dans une hmgiie salle du Manège , dans le voisinage des Tuileries. ïj^ ■éges du président et des secrétaires s'élevaient au milieu ; les bancs s'échelonnaient graduellement jusqu^à la partie la plus âefée, que Ton appelait la Montagne, et où siégeaient les memkes qui se signalaient par leur exagération .
Les principaux orateurs du c6té droit étaient Fabbé Maury ctCazalès. Le premier s'était fait connaître par un éloge de saint Tîneent de Paul ; et quoiqu'il passât pour peu régulier dans Kl miEQrs « il avait le désir de s'élever très-haut. Non moins hardi i agir qu'à parler, il abondait en réminiscences historiqiKs, et savait décocher à propos des mots piquants ; mais il •Qît plus d*éclat que de conviction , plus d'empliase que d'éloqaiBft. Cazalès, nourri de la lecture de Montesquieu , jetait à la tribune des éclairs inattenduai ; il s'y montra modéré et sage, hm quil eât une réputation de légèreté. TaDeyrand , évéque d'Autun, sorti d'une grande famille, et ètvtnu boiteux par accident , s'était vu Corcé d'entrer dans TÉgfiieaQ lieu de suivre la carrière des armes. C'était plutôt par ifs arguties voltairiennes que par de mâles discours qu'il se teait remarquer; cherchant à plaire à ceux qui dominaient, I était rhomme des circonstances.
Ces orateurs et d'autres encore prépaient la parole quand la '^Kinston s'engageait, et improvisaient des discours au milieu d(s huées , des appiaudissemmts, des interruptions , des défis, fo hurlements de spectateurs soudoyés , et de la multitude qui s'agitait au dehors , prodiguant à la sortie ses ovations ou ses ÎBsoltes aux orateurs, selon ses passions du jour. Au milieu de ettte cohue tumultueuse se croisaient des traits d'esprit, de géaénsité , d'éloquence, de courageuse impartialité.
Le jour où s'ouvrit l'assemblée, la noblesse, qui croyait avoir poor elle le droit, consentait à bien traiter avec le tiers état, ^i, réclamant de certains droits concédés à ses ancêtres, vottlait les affermir et les étendre. Mais une fois réuni, il s'apin^ut que le terrain était trop étroit; et, au lieu de glaner dans
338 MIAABXAU ET BÂRJIAYB.
rhistoire quelques coneessions partielles , les flls des Ttiacus remontèrent à Fépoque de la conquête , et dirent à la née dominatrice, aux nobles, aux prêtres, au roi : yo$ ancêtres nous ont vaincus, c'est bien; ils nous ont assujettis, opprimés, c'était leur droit. Maintenant c^€st nous qui voulons wm conquérir, Étes-vous assez Jorts f réduiscArnous de nouceoM a servitude. JVe l'étes-vous pas f subissez la loi de tout pcmoir usé; devenez à votre tour les vaincus, non toutefois pow mm obéir, mais pour être nos égaux.
La noblesse répondit en se montrant généreuse : ce Ait Sék que vinrent les propositions les plus libérales; et, «près la mémorable nuit du 4 août, dans laquelle elle renonça spontaoément à ses titres et à ses privilèges, on peut dire que leséuti généraux avaient aoeompli leur mission, qui était de fonder Tégalité dans son véritable sens : égalité de tous devant la Id. Mais on s'engagea plus loin : on promulgua le principe de laaNverainetédu peuple, principe de périlleuse application. «Sik peuple est souverain, di8aitK>n, il délègue un pouvoir indîTisible; si la souveraineté est une, il Cautque-rassemblée soit une pireillement : d'où la conséquence que tous les pouvoirs devaicat être électifs sans distinction , et que le souverain ne pouvait pta être héréditaire. Une autre conséquence en découlait encore : c'est que les fonctions administratives devaient être dâé* guées à de petites assemblées élues dans la commune, dans il district, dans le département ; ainsi le pouvoir exécutif ne restait plus libre ni de ses actes ni de sa volonté. De là mille eon* tradictions, comme de faire les ministres responsables, toutes leur retirant le choix des fonctionnaires.
Les principes les plus généralement admis furent donc renie en discussion : tout discours lut un traité de droit public, rt* montant toujours jusqu'à Adam ; le droit historique, qui avail régné jusqu'alors, dut céder la place au droit philosopbicra dégagé de toute entrave de possession et de coutumes. I<'#! semblée était forte par le nombre, par le savoir, par la volonté; . elle réunissait tout ce que la spéculation, la pratique, ^}^\ mières, la générosité, comptaient de plus distingué. Elle traitait i toutes les questions, les discutait pied à pied, mais sur un toa
fiOTALISTBS BT BBPUBUCAIKS. 839
«kigiiitiqiie; elle examinait les oonditions sociales dans la ^Imde rabstractfon, et non selon la pratique et le bon sens taditionoel. Elle ne se contentait pas de nier; elle affirmait et (OBttoait, avec le projet gigantesque de régénérer toutes les partiadeTËtat Avec cette logique on en vint à soutenir que les eoiporalions ne pouvaient posséder Intimement, et qu*on était adroit de les détruire pour en hériter; que la propriété terriioriaie était temporaire, et que la nation pouvait la reprendre fBiMl eHa en avait besoin ; que les droits de tester et d*bériter u^èmôent pas de la loi naturelle, mais que la loi civile les coaUt ou les supprimait à son gré ; que la confiscation pounit fripper les dtoyens en masse, pour les motifs politiques.
Le grand principe de rassemblée constituante était : Ex utU-
^Skertas. Or, comme on ne respectait plus rien du passé, ce
^ine mesure décisive que de supprimer, sur la motion de
^^« Fancienne diriaion de la Enoice en provinces qui dif-
l^ût de privilèges et de coutumes , pour la distribuer en
^Htenents, n*ayant ni passé historique, ni souvenir d'anciens
^^ Le pouvoir central en prit une grande force. Les au-
Mlés municipales eurent desvattributions étendues ; les tribu-
■>n, eomposà de Juges désignés par Télectioii populaire ,
Kaplacèrâitles parlements. La vénalité des chaiges fut abolie ;
* Miâiora la procédure ; on projeta un code civil uniforme ;
«■ ifliça toutes traces de la noblesse héréditaiie; et la libesté
^ flore humain fut proclamée, à la demande d'une députati<m
^Mgres, de Siamois, et d*étrangers de tout pays.
^M fois radministfotion et la justice ramenées àruniformité, *■ voulut en ûdre de même pour Tordre ecclésiastique. La fUttophie, la religion, le bien public, l'égalité, là liberté, s'é- '^«ot à renvi contre le clergé. Les députés jansénistes, qui, ^ cet esprit d'ordre étroit qui aperçoit partout des abus, **>icDt fomenté la Révolution, voulurent au moins sauver les "■^ Camus, leur chef, crut, au moyen de la constitution ^^ducler^, mettre la religion de l'État en harmonie avec ^loit nouvelles. Après avoir assigné i,200 francs de traite- ^^ aux entés, délié de leurs vœux les religieux des deux sexes, ^Kciffdant toutefois une pension à ceux qui voudraient de-
340 IIIBABEAU ET BABICAVB.
Tiieurer dans leurs couTents^ on déclara les biens 4a clergé pr priété de l'État, et Ton en vendit pour quatre cents miliioiis Afin que la quantité n'en aviift pas le prix, on obligea les cm munes de les acheter au moyen de billets destinés h être échm gés , et auxquels on donna cours comme argent. (Tétait satî fiûre à des besoins urgents, et diviser mieux la propriété. Ma était-ce satisfaire à la justice ?
Le rot, qui s'en faisait un cas de conscience, voulait obtea l'approbation de Rome. Les intéressés se néuuireiit ; le deq opposa de la résistance, surtout en Vendée. Alors on songea exiger un serment des ecclésiastiques, sauf à ceux qui croîraiei la religion compromise par les nouvelles lois, a ne pas le |v ier ; mais ils se privaient par là de toutes fonctions et de toi traitement. Tous refusèrent, a l'exception d'un curé, de VévC que d'Orléans , de Tarchevéque de Sens alors ministre, et d l'évéque d'Autun, qui voulait le devenir. L'attachement pou la religion se ranima quand il devint un danger. Il en résult une nouvelle division. C'est alors que Montlosîer prononça ce paroles célèbres : Je ne crois pas qu'on puisse obU^er le> éoéques à abandonner ieurs sièges. Chassés de èeurs pahds ils iront dans la cabane du pauvre, qu'ils ont noufri ; privé de la eroix d'or. Us la porteront de bois ; et c'est une croix d bois qui a saubé le monde! C'est ainsi que les tia|ites elasseï eft le' clergé, qui avaient rempli de scandale et de discorde ^s règfies précédents, se régénérèrent dans le sentinrient de f bon neur et dans la persécution.
Cependant les besoins s'accroissaient, les assignats perdakn leur valeur. On établit l'inipAt tlu papier timbré et de Tenre
' L'ex-jésuite Beauregard fit entendre cette terrible pro^Ue : « Oai, vos temples, Seigneor, seront dépouillés et détruits, vos îètfs abolies, votre nom blasphémé, votre culte proscrit! Mais qu'entends- je, grud Dieu? que vois-je? Aux cantiques sacrés qui faisaient retentir en fotre lionneur les voAtes sacrées , succèdent des chants lubriques et profaBes. Et toi , divinité infime du papnisme , impudique Vénus, ta viens osor* per effrontément la place du Dieu vivant, t'asseoir sur le trône do Saisi des saints , pour recevoir le coupable cdbens de tes aonveanx adofa< leurs! »
BOTÂLISTES rr BBPDBLlCAins. S4I
gisireineiit; mais les revenus furent bien loin de suffire aux dépenses présumées. Neeker, maudit par les deux partis, se retin du ministère, martyr de l'opinion publique, qu'il s'était flatté de maîtriser. Indifférent à cette opinion, dit-il, dès qu'il la vit tmiMer devant ceux-là que, dans un autre temps, elle aurait dû ôter à son tribunal pour les vouer à l'opprobre , il publia néanmoios un compte rendu de son administration.
Mas le oMNivement révolutionnaire tendait à diminuer de plus €9 plus Taotorité royale. On restreignit la liste civile. Fallait-il bitterau roi le droit de guerre et de paix? L'An^eterre avait RiDia naturellement le problème; car si les chambres doivent Yolir rimpdt, il dépend d'elles de consentir ou de s'opposer à h goenre. Mais Bamave proposa, dans l'espoir d'une paix uni- -vRsdle que les rois souvent guerroyeurs pourraient troubler, diCilefer à la couronne cette prérogative. Lamethr et d'autres ontes appuyèrent l'opinion de Bamave; mais elle fut corniiittae par Mirabeau. LÎjs jacobins cherchèrent alors à écraser ce Tigoweux athlète. Accusé de trahison , traité de Catilina , ■aadit par le peuple, accusé de complicité avec le duc d'Oriéns, il répondit par im chef-d'œuvre d'éloquence ', et obtint
* • Ces diseoÉsions amiables valent mieux pour s'enteadre que les WanatioBs calomnieuses , les inculpations forcenées , les haines de h ritalité , les machinations de Pintrigue et de la malveillance. On répÊtd depuis huit jours que la section de rassemblée nationale qui veut le ômpoms de la volonté royale dans Fexercice du droit de la paix et de la goerre, est parricide de la liberté publique ; on répand les bruits de peridie, de corruption ; on invoque les vengeances populaires pour «aicairia tyrannie des of^ions. On dirait qu'on ne peut sans crime <*sîr deox avis dans une des questions les plus délicates et les plus dif-
de Fori^isation sociale. Cest une étrange manie, un déplorable que celui qui amène ahisi les uns contre les autres des qu^on même but, un sentiment unique devraient, au milieu des débats les plus acharnés , toujours rapprocher, toujours réunir ; des iMNnmes qui substituent au culte de la patrie rîrascibilité de l'aroour- V^pn, et se livrent les uns les autres aux persécutions populaires. Kt moi on voulait, il y a peu de jours, me porter en triomphe; et mamte* l*wcriedins les mes : la grande irahison du comte de Mirabeau i
• Je n'avais pas besoin de ceUe leçon pour savoir qn*il est peu de
343 MiaABBÂU ET BAKMAVB.
que ie droit de paix el de guerre îùi coosené au roi , poui Texeroer cependant oom'ointement avec rassemblée.
Esprit prompt et flexible , mélange singulier de passion et d< raison , mû par Tambitioa de soutenir le trône , mais susped de modération vénale, Mirabeau comprenait qu'on ne peut veoii à bout àt rien au milieu d*une populace soulevée : il diercluil donc à amortir Topposition, en entraînant d'autres membrci de rassemblée, et en la poussant à des décisions oontradictoiRS. Tandis que les autres ne faisaient que pérorer, il parlait de ma' nière à faife croire que seul il connaissait la situation. 11 ptf* lait sur tout avec une activité prodigieuse; il faisait partie dfl toutes les commissions; il écrivait, il agissait, il intriguait; il aiguisait la vérité avec un dédain superbe et une ironie mer dante ; il déployait la violence du tribun sans garder lei ménagements du législateur : mais sa fougue était un
distanoe da Gapitole à là roche Tarpéieana; mais nMNmiie qui oonW pour la raiion , pour la patrie, ne se tient pas m aisémeat poar mon. Celui qui t la oonscienoe d'avoir bien mérité de son pays, et sorloet 4e lui être «neore utile; celai que ne rassasie pas une vaine célélirité, (fi dédaigne les succès d'un jour pour la véritable gloire, qui veut dire la vérité, qui veut faire le bien public indépeadamnieiit des mobiles mouvements de TopiDion populaire ; cet homme porte avec lui la récompaas de ses services, le cliarme de ses peines , et le prix de ses dangers 11 ae doit attendre sa moisson^ sa destinée, la saile qui Tintéresse, ladestiaée de son nom, que du temps , ce juge incorruptible qui Tait justice à tous. Que ceux qui prophétisaient depuia huit jours mon opinion saos la connaître, qui calomnient à cette heure mon discours sans ravoir oompris , m'accusent d'encenaer d'impuissantes idoles au moment os cites sont renversées, ou d'être le vil stipendié de ceux que je n'aicesé «le combattre; qu'ils dénoncent comme un ennqpu de la BévoIutioBcdoi qui peuirètre ne lui fut pas inutile , et qui, fût-elle étrangère à sa gloire, pourrait là seulement trouver sa sftreté ; qu'ils livrent aux /ureonda peuple trompé celui qui depuis vingt ans a combattu toutes lesopp(tt> sions, qui parlait aux Français de liberté, de constitution, dei^ taaœ , lorsque ces vils calomniateurs vivaient de tous les pr^tiS^ dominattts : que m'importe P Ces coups de bas en haut ne wi'êrtéleFQd imê dans ma carrière. Je leur dirai : Répondez si vous pouvex ; caksisN* ensuite tant que vous voudrez ...»
fiOYAUSTBS WX- ABPUBL1CAINS. 343
fov Ilire paser des eonsMlt «pportuns ; et il eni(4oyait la cottn pour déeoneerter les moavertlents tomukaeox '. L'as- •BoMée étalt-eHe lasse <m effrayée? il safiisait que eette tête bJÉeiK et floMime de Mirabeau se montrât à la tribune , et fR fli Toix puissante fit entendre quelques-uns de ees roots qii 9Êi besoin d'être prononcés et non pas écrits, pour lui ■ipiner ane violente secousse et la rédiauffer. Il séduisait kiSBspardes mots flatteurs, intimidait les autres par le 11 insultait et se faisait applaudir, parce que les se laissent imposer par ceux qvd les bravent Le senti- Si supériorité lui donnait avec tout le monde un air de iliKarilé qui le finsait supposer Tami ou le complice de tels «trispenonnages. Souvent il n'avait besoin que d*uncr sailli swdaine, pour enlever nne résolution. La Fayette a une vwéti disait-il, mais mai f ai ma tête. Personne ne savait ttmsc hii la valeur des hommes et des choses. 11 disait de %n : Cest un métaphysicien qui voyage sur une mapfoumde; et de Robespierre : Ceiai^ ira trés^lain, car il o^ee qntUfUt. D*autres fols : Im. cour affame le peuple: if^^ttm! Le peuple lui vendra la constihUion pour du pain, ifabeaueoup dT^innibals, disait-H eneore; maie il faudrait mFobius.
L'asemMée fit une adresse aq roi qui commençait par ces Wi: Vauemblée porte aux pieds de Fotre Majesté, etc. ^ mjtsté n'a pas de pieds y cria Mirabeau : c'en fut assez ^ qu'on écartât cette formule traditionnelle. Une autre hii rassemblée veut exprimer qu'elle était enivrée de la gloire k «tt roi; Mirabeau s'écrie : Des gens qui font des lois, ^^sont ivres! Le roi fit ofinr son argenterie poor les be-
' H. Droi , quia veciieilli les souveaira de beaucoap d'hommes con- Niiiiiisde la RévaluUoo, dit que les plirases virulentes qui se trouvent hsiladiseoarsde Mirabeau n'étaient point prononcées avec emporie- ^i il se dominait lui-même avec te calme d*un homme supérieur. '"^sctioB ne consistait point dans cette animation extérieure et vulgaire ^ «enaaifesle par les gestes de Toratenr. Sonvent il proaouçait les Mstcsphis menaçantes sur le ton grave d'un avis salutaire. Mi* l*aa «ait soilo«l imposant
344 M1B4BBAU ET BABNAVE.
soins de TËtat, ee qui prodoisîHie Témotioii sur lei I»bc la droite : Je ne suis pas si facile à ttCénuHfVoir^àii'iï , 911 m'aitendrirsur la vaisselle des grands. Mais d^ns uueooei plus sérieuse, quand on proposa de supprimer la phrase pc grdce de Dieu: Cest un hommage à la Divinité, àiX Mirab cet hommage lui est dû par tous les peuples du monde, Qi on discuta la loi contre les émigrés, Mirabrâu la combattit 001 un acte injuste et tyrannique ; et, remarquant la désapproba générale, il -s'écrie : Si la loi passe, fejure de lui désob Mirabeau, nommé président, contint rassemblée, où Fanb de sa parole et ses apostrophes déroutaient tous les ma» du triumvirat jacobin. Silence aux trente l s'écriait-il, déi quant par ce mot le petit nombre de ceux qui tyranoisa l'assemblée. Il songeait aux moyens de sauver le roi , de | téger sa fuite, et d'abolir une constitution bavarde , anarciiiq déjà tombée en discrédit.
Bamave aussi voulait sauver le roi ; mais sa droiture Té gnait trop de Mirabeau, et il ne pouvait se décider à faire tiM pber une idée dont Tautre eût été Tinstrument. Le médiat succombait aux contradictions d'une nature puissante et mi rable , punie du bien autant que du mal, et à qui Ton faisait crime de ses services autant que de ses désordres.
L'orgueil offensé', la soif de la vengeance, la jalousie < applaudissements donnés aux honnêtes gens , Texcès du trax les fatigues d'une lutte ardente qui ne faisait pas trêve } plaisirs, usèrent son tempérament de fer.. Il vit sa fin approd avec intrépidité , tandis que la France entière était émue danger qui menaçait , non pas un homme qu'elle aimait, m un homme qu'elle sentait nécessaire. Dans Paris , on ne t dressait qu'une question ; jour et nuit sa rue, sa cour, soo ci lier, son antichambre étaient remplis de monde; on voyait I gens y passer la nuit ; on en vit offrir leur propre sang tenter la transfusion dans les veines du malade. Louis plein de sollicitude secrète pour cette existence menacée, ai pu, en allant le visiter, gagner encore un jour de fareurj pulaire; mais l'étiquette l'arréU. Mirabeau put dire avec remporte avec moi le deuil de la monarchie. Ses d(
B0YAL1STE8 BT BSPUBLICAINS. Z4&
■flmnls forent adoucis par la visite de Barnave, que les jacdÉ» lui doutèrent, et par Tiotérét de tout un peuple qui , •pROiBt autour de sa demeure, attendait avec anxiété de ses BMicUes. Il demanda sur son lit de mort de la musique et des Sens, au lieu de fioles, de médicaments ■. L'homme qui peut- Ar, un peu plus tard , serait mort sous les poignards, et au-
Ednéaux gémonies par une populace furieuse, fut tgrets universels, et porté avec honneur à Féglise de eviève, qui venait d*étre métamorphosée en Panthéon ik» grandi hommes '. On y transporta, à quelipie temps de là,
' IL dek Mark , entre les bras de qui Mkabeau expira , ne rapporte dm ^ os détails, ni des paroles pompeuses qui ont été prêtées k MU nkoB pir d'autres témoins, n souffrait de cruelles douleurs sans se lIMi; et, se tournant tout à coup vers M. de la Mark, il lui dit '. « MonikvIeeoDoaissear en belles morts, étes-vous content? 9 An. R.
' La CQrr€$pondance secrète de Mirabeau , qui vient d'être publiée, trt Th des éléments les plus importants à conaattre pour juger de près k fivadère, le génie dliomme d*État de Mirabeau , et les rôles souvent iinn qu'il Joua selon les ciroonstanees. Le comte de la Mark , depuis Ite d'Aronberg, qui Ait le dépositaire de cette correspondance, et ^véestdans Tmlimtté de Mirabeau, porte de lui un témoignage trop iiuKi peut-être par Tamitié, mais qui est grave et sincère : ' • Ci lé^er service que Je venais de lui rendre, dit le comte de la *llarl[,nie donnait quelque droit d*entrer avçc lui dstns des détails sur ^ n lilitios pécuniaire ; et j'acquis ainsi la certitude que cet homme , pqletoat le monde représentait comme vénal ,*ti'avait jamais sacrifié f tBGDB principe pour de l'argent. H avait dénoncé Faglotage dans des F krodnres qui ne lui rapportaient presque rien , lorsque les agioteurs ^ M slftaieat des sonunes considérables pour obtenir 'de lui d'écrire en ^kir hvenr, ou du moins pour acheter son silence. £t cependant» an
* ■NM où il reftisait lenn offres, il envoyait au mont^-piété tout
^«<pnt ponédaH d'efléU 11 reçut, il est vrai, de l'argent du roi,
^Mii ponr sauver le roi lui-même, et non comme le prix du sacrifice ^^Nieptobns.
" nitot avoir du avec un pareil homme des relations aussi suivies
* 9K les miennes, pour connaître tout ce que la pensée a de plus éle- " ^ et le coeur de plus attachant. Aussi , je l'avoue , il me faisait ou« «^ tous les torts de sa vie, lorsqu'il sériait avec un accent péné- '^: Aht que rimnoralilé de ma jeunesse îùi de tort à la diose
S46 MtfiàBEÂO BT BàftlIAVB.
les restes de Voltaire ' , et i^us tard ceux de Rousseau . liiraba était mort dans toute la conviction de sa force *. 11 disait t serviteur placé à son chevet : Tu peux te vanter de sovien la tête ia plus forte de France; et à ses amis : ifuandjeser morty les factieux s*arraeheront les lambeaux de la monareki « n semble qu'avec Alirabeau, disait Boissy d'Anglas^ la Réroli tion perd sa providence: » A travers les écarts de cette Révoh tion, il entrevoyait ses grands résultats, et s^écriait : La Pta$ enseignera aux nations que l'Évangile et la liberté sont I bases inséparables d'une vraie législation,
Eût-il maîtrisé la Révolution et sauvé la monarchie? Ben coup Font pensé. Il avait renversé le trône de rabsokttisme; aurait pu de même, a-t-on dit, renverser Téchafiiud. Mais i homme peut suffire pour imprimer la secousse à tout un pedpk
« publique! » Cette oorrespondaBce intiOM de Mlrabean est peol-èlfe,* toutesses prodactions, celle où rhomine d'État se révèle le plot. (Ah. I
I U cérémonie de la translation de Voltaire au Panthéon» fiséei 10 juillet 1791» M trouva retardée» à caoïe do mauvais temps. Up* carear^iyndic du départemeot de la Seine écrivit à celte oceasioa si lettre à Tamemblée nattonale» oè Ton remarque ce passage î « la te> jalousie dueiei aristocrate ^ pour retarder le triomphe «fuyrsi hoHUÊUtf du grand Voltaire » rival et vainqueur de la JHvinUé^ ven des torrents de pluie. » ( Séance du lundi 1 1 juillet. )
* Voy. les Mémoires biographiques , lUtéraires et piditiques 4 Mirabeau» écrits par lui-même, sonfrère^ son onete^et son fis eéii tif ( iMcas de Montigng ), 1841 » 8 vol.