PRÉLUDE DB LÀ BBVOLUTION FRANÇAISE
d'une exécution peu laborieuse, que de changer toutes les liabitudes d'un peuple.
N*étaiMl pas à craindre d'ailleurs, si les discussions venaient h se prolonger, et avec elles l'inquiétude publique et la paralysie du pouvoir, que te peuple n*intervînt pour décider, et qu'il ne devînt aussitôt le maître des événements ? II importait donc que le roi prît les devants. Malouet, député de l'Auvergne, le sentit, et il dit à I^ecker : « 19'attendez pas que les états généraux R demandent, ou qu'ils commandent! Hâtez-vous d'offrir tout a ce que les bons esprits peuvent désirer raisonnablement. N*en- « treprenez pas de défendre ce que l'expérience et la raison « publique démontrent abusif ou vermoulu ; n'exposez pas au « hasard d'une délibération tumultueuse les bases et les forces « essentielles de l'autorité royale; donnez large carrière aux « besoins et aux vœux publics, et préparez- vous à repousser, « même par la force, ce que la violence ou l'extravagance des « systèmes ne pourrait exiger sans jeter le pays dans Fanarcfaie; « proposez ce qui est juste et utile. Mais si le roi hésite, d le «< clergé et la noblesse résistent, tout est perdu. »
On était loin d'entendre ainsi les choses à la coar. Les assemblées se conduisit avec un fil, y disait-on : quoi de plus facile , dans des réunions où Ton ne suit pas un plan arrêté, que de susciter des dissensions entre des ordres qui déjà se regardent de travers? Alors le roi dirait ; Ou meticsr-vous d'accord, ûu allez'vous-en; et, après avoir nioutré l'inutililé de l'assemblée, il la dissoudrait, puis redeviendrait roi absolu comme devant; mais ce serait pour répandre Srvec une activité , un amour tout paternel , sur une nation toujours éprise de ses rois, des bienfaits en harmonie avec les progrès du siècle.
Voilà les songes dont se berçait encore cetti CQur frÎTole, au moment d'un si terrible réveil !
Cest sous l'influence de ces idées que les états généraux s^oiivrirent, le 5 mai 1789. Ils ne firent que d^réter une.rérolation déjà accomplie.
Cèfntà Versailles que, le 5 mai 1789, la messe du Saint-Esprit (lies pompes austères de la religion, le^ fêtes brillantes de la Monareliie, inaugurèrent cette assemblée qui devait tant ébranler le trône et Tautel. Paris, c'est-à-dire la France, voyait avec aoeardente curiosité défiler ces députés élus par quatre millions de citoyens, réunis sur tous les points du royaume, dans cinq cals collèges électoraux , pour découvrir et corriger les abus , ai termes du mandat qu'ils avaient reçu. Que ne pouvait-on pesespérer de Tadmirable accord avec lequel ces msftidats avaient été rédigés, et du caractère populaire des élections? En effet, BBT trois cent huit députés du clergé, on ne comptait que quaraiMieuf évéques; la noblesse n'avait que deux cent quatre- ^-dnq membres, ceux de la Bretagne ayant refusé de venir. Svr âx cent vingt et un représentants du tiers état, il y avait «fit cinquante-trois magistrats inférieurs, cent quatre-vingt- ^0tiie avocats , soixante-seize propriétaires à peine, et un petit ■oaibre d'hommes de lettres. Le roi, le peuple et les ordres ^^^iotdéjàà peu près égaux devant l'opinion , et cependant Ton <>ladit rév^ue de Nancy, qui prêchait, s'exprimer en ces ter- M : Slre^ recevez les hommages du clergé^ les respects de la ^^^ksH, les humbles suppliques du tiers état.
Us regards cherchaient dans la foule quelques hommes qu'une RpQtation honorable ou une triste célébrité signalait plus parliealièrement à l'attention publique. Philippe d'Orléans, chef de l^bcancbe rivale de celle qui occupait le trâne, représentait les «âges anglais et aussi les libertés anglaises, qui jouissaient alore 'ma grande vogue; mais son ambition inconstante ne sufQsait Ptt pour iÎBdre de lui un chef de parti. La FayeUe se distinfint par des manières nobles et simples, de la dignité sans orpôi, de la Êimiliarité sans bassesse. Marquis, il avait combattu pour la liberté américaine ; courtisan , il était l'adversaire de b cour; et ce soldat de l'Amérique se mêlait avec une fran- 'biae r^ubUcaine à la foule, dont il était adoré. Sans grand K^iie ni grandes passions, égal , désiutcrcssc, calme au milieu
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de Teialtation et de la colère , il voulait le règne de la loi ; in* capable de diriger les événements, mais bon à les seconder, il unissait la clairvoyance du sceptique à la chaleur du croyant Sieyes, que son livre sur le tiers état avait rendu eélâ>re^ était l*homme le plus savant de cette assemblée : tout attaché qu^il était à Tesprit positif de la constitution anglaise , il aimait la liberté et la justice comme théories abstraites , et possédait Tart de formuler les questions. Talleyrand disait de lui qa*il pensait déjà, quand les autres ne faisaient que rêver.
Les regards se portaient surtout sur le comte de Mirabeau, dont nous levons raconté Torageuse jeunesse. Sa brocliure sw ' l'agiotage, dirigée contre Necker, lui avait valu cette réponse du vertueux Rulhière : « Vous, parler de patrie, comte de Mi* « rabeau I Si un triple airain ne vous couvrait le firont^ com* « ment ne rougiriez-vous pas de prononcer ce nom P Ce qui « constitue le citoyen , c*est une famille que les liens rattachent « à la famille commune , des parents, des amis, des clients, « des biens à utiliser pour eux et pour la patrie ; des devoirs de « fils , de frère , de mari , de père, à remplir ; ime carrière ho* « norable, à suivre. Maiâ vous, comte de Misabeau, aves*voiia <f un seul de ces caractères?. Vous, sans asile, sans pareots, « vous avez pour domicile ordinaire les prisons % ou tour à " tour renfermé ou consigné par la prudence paternelle, cou* « pable ou insensé, vous avez distillé les poisons de votre âme^ « rongé de vos dents les barreaux de vos cachots, pour ▼oos « exercer à mieux déchirer encore ce qu'il y a de plus hono^ « rable et de plus respecté. »
Écrasé sous sa réputation et sous les reproches ëe m cience , Mirabeau sentait le besoin de se réhabiliter, en parade de nobles sentiments. Le despotisme domestique et litique qui indisposait les autres excitait en lui une vérilaM^ fureur, qui produisit le mélange le plus extraordinaire de gran^ deur et de faiblesse. La prison avait ajouté Tétude à ses dispo^
> Il y a plus de passion que de justice dans cette violente apoetroplie de RoUiière. Était-il juste de ftâre un crime à Mirabeau desrigoeuis Belles et des persécutions dont il avait souflertf ( Aa . R, )
ASSEMBLÉS NATIOTIAU. 107
lîtiûos , donné une direction à ses passions , de Fenthoniitime àioD génie '. L'effet que son éloquence avait produit dans son ppoeèsareesa femme faisait sa confiance, et il se préparait à m r^le en silence. 11 sentait d'autant mieux que la Révolution étant mare, qu'il avait souffert, lui, tous les maux de l'ancien i^ime. Aossi son père écrivait-il ( 1 789 ) : « Il n'y a aujourd'hui ventre de femme qui ne porte un Arteweld ou un Mazaniello. » Mirabeau, quand il apprit la convocation des notables, avait dit : > Cette assemblée deviendra bientôt assemblée nationale^ et il en nitin on nouvel ordre de choses qui régénérera la monarchie. » Bqmssé, malgré tout ce qu'il put alléguer pour sa défense, pvkeorps de la noblesse, il se tourna du côté du tiers état *.
' ".^ n était gentilbomme et de grande or^ine , mait il avait crudkaeat «ralfert par les privilèges mêmes de sa race ; car son père avait M de loi, pendant des années, on prisonnier d'État. Aussi le mépris ft b haine poar les insUtutions du despotisme ne lui étaient pas seoknoit entrés dans TinteUigence , mais avaient passé jusque dans son nag, enflammé par le dur régime de Yincennes. Il en sortit toujours nSBix, mais voulant réhabiliter sa vie et sa réputation à force de lloîre; impatient de rendre de grands services , parce quMl avait oom* ■iide grandes dûtes et qu'il se sentait une grande valeur. Son génie lie la plaisirs auraient dévoré s'était développé sous la triple innnence àt k méditation solitaire, de Poppression , de la souffrance : cette Mdk de lion Tavait rendu fort. 11 était fkit ponr toutes les luttes , H les ^ffdait toutes; il était né et préparé pour son temps : « L^heore defc > leai de u sorte arrive à grands pas , disait son père , historien pro- ■ ^téStftt et épouvanté ; car il n'est ventre de femme aujourd'hui qui ne « perte im Arteveld ou un Masaniello. » La mesure du marquis de Mira- ^ était trop courte ; eUe n'était pas à la hauteur de son fils. L'homme fri iatrodnisit dans le monde la Révolution ftançalse avec des paroles 1» le monde ne peut plus oublier, est d'une autre espèce que le sédi-
iKttdei FUndres, le brasseur de Gand On peut, an nom de la
nMib et même de la gloire, faire le procès à cet homme si fortement ivleriqne; mais quand on l'aura dépouillé de tout ce qu*H s'est apinprié des focullés d'autrui , quand on aura compté les nombreux <^4n'U a faits des siennes, il restera toujours Mirabeau, Thomme U«biKtible, immense, qui ferma le dix-bnitième siède avec tant ^doqoence et de grandeur. » An. Renée, Hist de ÎJimi% XVi,
^ ttrabeaa le présenta aux états de Provence dans la chambre de la
Son activité, la frayeur même qu'il inspirait, lui vinreol aide; il fiit élu malgré son nom, parce que, dans les commotions politiques, le monde appartient aux forts. Le proscrit de la noblesse trouva dans les rangs du peuple «ne espèce d'ovation; il se présenta pour abattre sans ménagement, certain que, quelque mal qu'ihfit, il serait toujours au-dessous de celui dont on le soupçonnerait. Il y avait, parmi les élus du tiers état, de Tesprit, des talents, mais aucune expérience politique. Il n^ea était pas de même de Mirabeau : il s'appropriait les pensées des autres en les exposant, les œuvres d'autrui en ^n^joutant quelques pages éloquentes. Sa conversation était entraînante, orateur véritable au milieu de rhéteurs.
I^ noblesse , qui porte même au sein des révolutions le sentiment de Tordre et de Tautorité, qu'elle prétend diriger, de*
noblesse Il parla, il écrivit sans relàciie en faveur du mode détection contre lequel les deux ordres protestaient. La France entière hit fies discours et ses brochures ; ce fut un incomparable début. Mais se» sorties véhémentes amenèrent son expulsion de la chambre des nobles; on lui opposa cette distinction de cliicane : quMl était propriétaire de
fief, mais non possesseur Par ime dérogation séditieuse à rordoa-
nance, les nobles sans fief se virent repoussés de l'assemblée des nobles de Provence. Mirabeau trouva pour dédommagement une Inunense popularité dans toute la province. Mais cet homme de combat avail à se défendre sur bien des points : pressé par ses besoins d'argent , il avait livré aux libraires une correspondance secrète sur la cour de Berlin. Il 8'en était suivi un grand scandale, et le livre venait dMtre saisi, eut à redouter une condamnation qui lui fermAt rentrée des états raux. Il accourut à Paris , et par ses efforts il détourna le coup ; lionneur seul en fut atteint. Son retour en Provence toi aocom| d^ovations inouïes. Les populations, bordant les routes, le saluaient de nom de Père de la pairie. 11 sortit de Marseille à la tête d*nne de cinq cents jeunes gens à cheval et de trois cents carrosses. 11 bientôt à faire emploi de cette souveraineté d^opinion qu'il s'était des populations se soulevèrent, et la seule présence de Mirabeau les Gl rentrer dans Tordre ; il eut le pouvoir de leur faire applaudir ee qa était contre leurs intérêts et leurs passions..... Aix et Marseille le nom inèrent représentant du tiers aux états généraux. » Ah. RÉnéE, Miisi de Louis XV L
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Bumdait , dans ses cahiers , des garanties pour elle contre la eoaroiiDe , contre le clergé et contre le tiers état. Contre la première « la noblesse exigeait la démolition de la Bastille , la foavoeatioD périodique des états généraux ; elle voulait qu'aucun impôt ne pût être établi sans le consentement des états. Contre rt^lise , elle réclamait Fabolition des dtmes , la vente d'une partie des biens da clergé pour alléger la dette publique, et la oppression des ordres religieux. Contre le tiers état , les' nobles fO«Uient que Ton créât un ordre de paysans, qu'on réglât un eérémonial constant pour la tenue des assemblées , qu'un tribanal héraldique fût institué pour vériûer les titres, et qu'il ae fût permis qu'aux seuls gentilshommes de porter l'épée. En letour, la noblesse devait participeraux impôts, mais temporairement, et renoncer aux droits féodaiu, mais sous condition de rachat.
Le dergé se composait de membres qui appartenaient à la plus haute noblesse comme aux plus intimes conditions. Les rœox y étaient donc confus ou contradictoires. Les conclusions j démentaient les prémices. A tout prendre, l'esprit libéral et rélomiateur y dominait : renoncer aux privilèges, prendre part charges communes, c*était l'avis duplus grandnombre. Queldemandaient même que les outils du pauvre fussent (, et que le journalier fût affranchi de tout impôt '.
lésomé du dépcaillemeat des cahiers présenté à Tassctublée 4e 37 juillet I7S9 :
Princtpet avoués,
An. 1». Le goavemeineiit français est on goaverncmcut uioiiarcUiquc. IL La personne da roi est inviolable et sacrée- HL La Goaronoe est bdridltaire de mâle en mâlCi IV. Le roi est dépodtaire dn pouvoir exécutif. T. Les agents de l^aotorité sont responsables. VL La sanction roy|le est nécessaire pour la promulgation des lois VU. La nation Câlt la loi, avec la sancUon royale. VUL Le oooseatement national est nécessaire i l'emprunt et à Pimpôt. IX« L'impdt ne peut être accordé que d'une tenue d'états généraux à
l'autre ' X . La propriété sera sacrée.