‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,) (volume 2)Chapitre 94 sur 127 · PAIX D'AMIENS · texte numérisé non relu

PAIX D'AMIENS

àmc assaUU Paul , et trouvant une résistance à laquelle ils ne s'attendaîent pas , l'étranglèrent sans pitié. Les médecins firent rantopâe de son cadavre , et déclarèrent que l'empereur était iDOft d'un mal subit.

Alexandre, qui avait alors vingt-quatre ans, s'évanouit lorsqo'on lui annonça que le meurtre était ébnsommé , et s'écria : Àh! quelle page dans r histoire! A quoi Pahlen répondit : Cdies qui suivront feront oublier la première. Alexandre commença par révoquer toutes les mesures bizarres de Paul; il novoya ses ministres , permit l'introduction des livres et des modes étrangères. Non*seulement il comprît dans l'amnistie les assassins de son père, mais il leur donna de grandes positions. Répudiant le système suivi précédemment , il rétablit les anciennes relations, abandonna la politique française, peu populaire en Russie, leva le séquestre mis sur les bâtiments, et renonça aa principe que le pavillon couvre la marchandise.

Ainsi tomba la ligue du Nord; et l'Angleterre en conçut tant de joie^ que la mort violente de Paul passa pour le résultat de 9B machinations. Gouvernée par un grand ministre , ses dépenses annuelles s^élevaient à 1733 millions, quand le budget de la France n'était que de 600 millions ; sa dette publique s'était accrue de 7 milliards 500 millions, par suite de la guerre qu'elle avait soutenue. Mais ses ressources en môme temps s'étaient augmentées. La mort de Tippoo-SaTb lui avait assuré rentière possession des Indes. Elle seule faisait le commerce da inonde; elle avait doublé ses importations et les produits de rimpôt; elle avait une armée florissante et huit cent quatorze bâtiments de toute grandeur : personne ne pouvait donc lui disputer la suprématie maritime. Cependant, malgré cette supériorité , des symptômes révolutionnaires semblaient la placer snr le bord du précipice. L'un de ces périls lui vint de l'Irlande catholique , esclave d'un protestantisme intolérant.

La Capitulation de Limer ick, accordée par Guillaume III MX catlioliques irlandais en 1691, garantissait à ceux qui se >oamettaient au nouveau gouvernement leurs biens et leurs privilèges antérieurs au règne de Charles II , et le libre exercice de leur culte , autant que le comportaient les lois du royaume.

174 L'AïtlGLETEBBB SOUMET L^IBLANDE.

Or ces lois étaient le comble de la tyrannie ' ; les Irlandais faisaient entendre des plaintes dont il n'était point tenu compte. Pourtant Tlrlande n'avait point pris part au mouvement écossais de 1 745; mais elle frémissait sous le joug ; et aucune main puis* santé n'étant là pour contenir ces colères^ les Enfants bùua > et les niveleurs se soulevèrent contre les fermages exorbitants, et les dîmes exigées par le clergé protestant. Bien qœ sans expérience, ils s'organisèrent du mieux qu'ils purent, s'obligeant à garder le secret , et à faire chacun ce qui serait commandé par l'association. Ils expédiaient des ordres personnels, accompagnés de menaces, aut contrevenants; et il s'ensuivait des effets terri* blés, tels qu'assassinats, enlèvements déjeunes filles, incendies, dévastations des propriétés et des troupeaux ^ à l'égard de ceux qui se montraient trop exigeants envers leurs fermiers, ou qoi donnaient de trop faibles salaires. I^es maux que fait un peupla en révolution sont proportionnés à l'oppression qu'il a endu* rée^ ; or ce n'étaient pas là des insurrection politiques, mais des

* Une loi adjugeait les biens d^an catholique à celui de ses hétftiers qui embrasait le protestantisme. Par cette loi, un misérafalet ta abjurant sa religion et ses devoirs, pouvait dépouiller» d'un jour à Tautre, sa famille entière.

On ne pouvait remplir d^emploi civil, ecclésiastique, militaire, sans prêter le serment du test , auquel ufa calliolique ne pouvait se soumettre sans renier les points fondamentaux de Sa croyance. Un avocat s'exposait à une amende de 500 livres sterling, s^ll plaidait sans avoir prêté le serment du test. On ne pouvait voter dans les élections sans ravoir prêté. Les prêtres catholiques furent bannis par une loi qol |)orlait peine de mort contre ceux qui tenteraient de rentrer dam le royaume. — Une loi défendit aux catholiques d^éiever les enfants daas la religion de leurs pères. — L'industrie irlandaise avait été systématiquement annihilée, au plus grand profit du commerce anglais.

(An. R. )

* Les Enfants blancs ( white-bopi ), ainsi nommés parce quils pof^ talent une chemise par-dessus leurs habits. Cette sorte de jacquerie se reprutalt surtout parmi les catholiques du sud. Dans le nord, oo vit les paysans s'armer aussi, et (brmer des liandes errantes sous le nota de Caurs de chêne ( hearts ofoaks ). ( Aa. R. )

^ Arthur Young, Anglais et protestant , qui voyageait ed Irlande ea

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léfoltes sociales ; et il est faux que les insurgés se fussent liés avec les orangistes, avec les partisans de Tancienne dynastie '. Mais le cri de Tindépendance américaine avait retenti en Ir* lande, paysbien plus maltraité que ceux d*outre-mer,quoiqu*il ne fât pas une colonie; et les débats auxquels F Amérique donnait lieu paraissaient le concerner lui-même. Force fut donc d'abo^ lir quelques-unes des lois pénales; et d'abord ce droit odieux

1778 , a^exprimait ainsi : * Le propriétaire d*an bien occupé par des catboUqoes est une espèce de despote qni ne reconnaît » les rapports avec eux » d*autre loi que sa propre volonté.^. U ne saurali imaginer un ordre que son domestique ou que Jes cuiti- ▼ateors massent violer, et rien ne le satisraik qu'une soumission abso- Ine: 11 peot, avec la plus grande impunité, punir du fouet et du bâton tout manque de respect à sa personne. Le maliieureux qui ferait mine de vouloir se défendre serait aussildt roué de coups. En tuer un est en Irlande une chose dont on parle d'une manière à confondre toutes les idées. Des habitants respectables m'ont assuré que beaucoup de fer- Bûers se tiendraient lionorés si leur maître daignait recevoir dans son lit leurs femmes ou leors filles : grand indice de la corruption amenée ftf uut longue servitude. J'ai même entendu parler de personnes à ^ la vie fui arracliëe sans que le meurtrier eût à redouter l'enquête #nn jory ; et des cas pareils se voyaient chaque jour avant que la loi eût repris quelque empire. U n*y a pas de voyageur indifférent qui n'ait VQ par les routes les valets d*un gentilhomme pousser violemment dus le loasé toute une file de charrettes de pauvres paysans , pour donner passage au carrosse du mattre. Qu'elles soient renversées ou nème brisées , le mal est souffert en silence. Si les victimes poussaient b moindre plainte, on leur répondait à coups de fouet... Si un pauvre homme s'adressait aux magistrats pour demander justice contre un SentlefiiaD, on y verrait on outrage contre celui-ci... Le pauvre sait trop sa condition, pour songer à demander jnsttcev H ne saurait l'obte* ttr que dans an cas , lorsqu'un riche prend parti pour lut contre un iMtre riche; car alors le maître le protège comme il défendrait le mou- Ion qu'il destine à sa table. »

' Les orangistes (orange parltj ou the Brunswick party) protestants exclusifs , partisans des pnncipes de Guillaume d'Orange et de |& maison de Brunswick , étaient, au contraire, les antagonistes de ces paysans insorigés. Les orangistes possédaient la plus grande partie du sol de rirlande , et soutenaient le gouvernement anglais. (An. R. )

176 L'ANGLETEBBB SOUICET L*IBLA1fBE.

d'expropriation que le fils pouvait exercer contre le père, qaad le premier se fiiisait protestant; puis d'admettre les enânts à participer également à Thérédité. Déjà rAngleterre avait dû recruter en Irlande des troupes pour rAmérique. Quand la guerre fut tout à fait déclarée, les Irlandais, dont les poils . s'ouvrent les premiers aux arrivages d'Amérique, demandèrent que l'Angleterre les défendît contre une surprise : mais elk leur répondit , comme Aétius aux derniers jours de l'empire romain : Je ne le puis; défendez-vous vous-mêmes '. Akm na enthousiasme subit s'empara de l'Irlande. Dans l'espace de quelques semaines, quarante mille hommes furent sous les armes ft répartis dans le pays, où protestants et catholiques se confondirent sous le nom de volontaires irlandais ; l'année suivante, on en comptait quatre-vingt mille. Ainsi disparut le danger d'une invasion ; mais l'Irlande apprit à connaître ses forces , et ses régiments ne tardèrent pas à se proclamer indépendants. L*âile de la nation se mit à la tête des troupes, qui se rassemblèreot à des époques fixes. Partout on forma des associations poor repousser les marchandises anglaises; on nomma des délégua; on approuva on l'on blâma les actes du gouvernement et da parlement C'était à la pointe des baïonnettes que l'on présentait les pétitions : la liberté du commerce et un parlement indépendant étaient surtout l'objet de ces réclam(itions multipliées, et beaucoup de protestants élevèrent aussi la voix pour rédamer l'abolition des lois pénales.

Ce mouvement national avait pour chef Henri Grattao* ( 19 juillet 1782 ). Appuyé par soixante mille hommes armés,

> Le gouvernement anglais s*était va forcé de dégarnir rirlande àk troupes, pour les envoyer en Amérique. ( Ah. R. )

* Le parlement irlandais, composé de deux cliarobres, les lords et tel communes, était dominé, depuis la révolution de tess, par Toligarriiie protestante; aucun catholique n'y siégeait:

La législation qui pesait si lourdement sur les catholiques était ronns do parlement Irlandais.

f^e parlement anglais voulait s'arroger le droit de modifier o« d^* Muler les mesures du parlement d^Irlaode, qui, s*appuya»t sur Vf^ public, rdclama vivement son indépendance. ( Ah. R. )

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i prodama rindépendance du parlement irlandais , et déclara qne nul ne pouvait faire des lois obligatoires pour le pays que le roi, les lords, et les eommunes irlandaises.

Lindépendance à peine obtenue (1783 ) , les Irlandais son* gèrent à la réforme de leur parlement , assemblée servile et posîOanime.

Maistousles avantages de cet afi&anchissement parlementaire étaient pour les protestants, qui se trouvaient de fût en possestion des privilèges et des droits ; tandis que les catholiques , manquant de pain dans un pays où la misère est Fétat normal', et où Ton meurt de ûdm chaque année régulièrement, tiraient peu de profit de l'indépendance. Le parlement fut nàmmoins obligé de céder aux plaintes des catholiques : il rapporta les lois qui leur interdisaient le libre exercice de leur culte, l6B fittccions de tuteurs, et celles qui prononçaient des peines contre les prêtres et les instituteurs. Il rendit les juges inamovibles , et doima aux Irlandais Vhabeat corpus >; garanties précieuses pour tous, mais spécialement pour ceux qui sont opprimés.

La Révolution française vint accélérer ce mouvement. Les habitants de cette île n'aspiraient d'abord qu'à la liberté dans h sens féodal ; ils y prétendirent bientôt comme à un droit. La fébnae irlandaise prit donc aussi le caractère philosophique, SB fondant sur l'égalité des citoyens , et, par suite , sur le suffrage universel. De là une multitude de projets. Chaque événemeot qui survenait en France trouvait de l'écho dans l'île; chaque institution y était imitée. Les volontaires irlandais, igui, libéraux mais protestants, voulaient des droits uniquement pour eux, donnèrent alors la main aux catholiques, en s'inti-

' L'acte ^habeas corpus, considéré'par les Anglais comme la sanve* prde de la liberté individuene , est Tordre adressé par un magistrat ï m geôlier de foire comparaître en sa présence an prévenu dont la gude lui est confiée : moyen offert à tout individu, privé de sa liberté motif légitime et légal , d^obtenir soit son élargissement, soit sa en Jogiement dans un court délai. Vhabeas corpus a été suspendu pr le parlement après la tentative du Prétendant en 1745, durant les tn»bks occasionnés par la Révolution française» sous l'administration de Pitt; et en iS15, après la bataille de Waterloo. ( An. RJ

I7S L*ÂNGLETEflBB SOUMET L'iBtANDE.

talant Irlandais-unis. Ils prirent parti pour ta Fniliee, et surmontèrent la harpe nationale du bonnet ronge jaoolii. Haïssant les whigs et la marche lente de la réforme , ils ne si oontentèrent plus de concessions partielles , et prétendired à rémancipation.

Quelques lois pénales furent encore abolies ; on rétoqta la défense de contracter des mariages mixtes, et Tobligatioo de suivre le rit anglican; renseignement fut affranchi; latiberti des votes accordée pour Télection des membres du pariemeot, ainsi que la faculté d^aqriver aux emplois civils et BÛHtainii et d^exercer les fonctions du barreau. Pitt voulait dès lois otti égalité de droits pour les catholiques» qui ne fut obtenue fs'a

Mais lorsqtie la France se Ait laissé entraîner à tous les eieis, les protestants se détachèrent des catholiques par effitN de 11 république, et les beaux songes de liberté s'évanouirent Legoi^ vemement saisit Toccasion pour sévir i il supprima les voka* taires, désarma les citoyens, renforça les garnisons « intodi les clubs , et ne rencontra plus de résistance. Cependant les Ir* landais-unis continuèrent de subsister en secret : ils ourdirent des complots^ ne pouvant plus agir directement sur le peuple; ils appelèrent Tétrauger (1793)^ Wolf-Tone^ fondatenr de l*Union irlandaise, dont les Mémoires sont de curieux documents sur cette époque^ suggéra aux Français Tidée de menactf FAugleterre ^ en effectuant en Irlande un débarquement eoabiné avec une insurrection du pays. L*expédition se troufant tetardée , le soulèvement eut lieu avec d'horribles excès da den côtés. Vinrent ensuite les procédures infâmes et les suppliai atroces. Soixante et dix mille personnes péxirent de part et d'autre , vingt mille hommes des troupes royales et cinquante mille insurgés; les dévastations s'élevèrent à la somme de quatre-vingts millions , et il en résulta deux années d'barriWa disette. Déjà Finsurrection était étouffée , quand Hoche arriti avec les troupes de débarquement : il fut battu S et AYolf-Tooti fait prisonnier, fut mis à mort.

' Ce fut la tempéto qui fltécboaer rexpédition eominaadée par Hocke:

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L*ADgietenre, après avoir dépensé, pour remettre l'Iriandc sous son joug, cinq cents miliions qui auraient pu apporter taot de bien à ee malheureux pays, se vengea sans pitié, répandit des flotg de sang , proclama la loi martiale maintenue jusqu'en 1835, et reprit tout oe qui lui avait été arraché depuis vingt ans de lotte. Mais il était difGcile d'enlever à l'Irlande son parkment, le droit de faire ses propres lois ; Taristocratie, si dévouée qu'elle fût au ministère, résista, du moment où il s'agit de lui enlever ses privilèges. Pitt y dépensa trente millions, et réussit enfin, après avoir tout acheté, à faire passer Vaçie cTunion (1 800). L^lriande cessa ainsi d'avoir un parlement à elle, mais non d'avoir une représentation : ses lords allèrent siéger à la chambre hante, et les élus des comtés à la chambre des communes.

Restait à Pitt la tâche d'apaiser un peuple affamé qui s'insur- ^Bail de toutes parts, et de trouver de nouvelles ressourees pour alimenter une guerre quUt voulait éterniser» La paix de Lonéville vint déjouer ses combinaisons. En conséquence, Toppositîon lui reprocha d'avoir dépensé des sommas énormes lans résoltat, et de ne pas avoir su prévoir la grandeur du oottveau ehef de la France. Le bombardement de Copenhague, la mort de Paul de Russie, et reipéditîoo d'Egypte, viorent à point pour relever le crédit du ministère.

Bonaparte en quittant l'Orient, où il laissait une arméeen péril, en avait donné le commandement à Kléber. Ce général avait toojoais iiait de l'opposition à ses projets, munnurant contre no adaiinistration, déplorant l'état où il laissait sa conquête, dénuée d^armes, de munitions, sans communications avec la France; car les croisières anglaises infestaient la Méditerranée; Bonaparte lui avait donné de pleins pouvoirs, Tautorisant même à capituler au besoin , et a rendre l'Egypte à la Porte. Bien que

le débarquement, qui devait se faire dans la baie de Bantry, ne put sXTectuer. L^^pédition était partie de Brest le 16 décembre 1796; une tempête affreuse la dispersa. La frégate qui portait Hoche et raroiral Morard de Galles fat séparée de l'escadre; et quand eHe arriva eofiB étm la baie de Bantry, la flotte française, manquant de vivres et n'ayant pu débarquer, avait regagné les c6teade France. ( A«. B. )

180 L'àNGLETEBBE soumet L'iRLàNDE.

Rléber n*en fdt pas réduit aux dernières extrémités, il était e&tré en négociations: les soldats aspiraient à revoir leur patrie; th ne tenaient plus à tant de fatigues et de maladies. Pendant te pourparlers, que Sidney-Smith traînait perfidement en loa* gueur, un corps de Turcs et de Bédouins attaqua à rimproviste le fort d*El-Arisc', dont il égorgea la garnison : infSme liolation du droit des gens, qu'il faut mettre de pair aTce TassanHI de Rastadt et quelques autres faits de cette époque, liais ks Anglais , qui avaient intercepté les lettres dans lesquelles Klékr lui-même et ses officiers peignaient, en Texagérant, leur triito situation, les publièrent pour humilier la France; puis, élmiit le ton , ils se refusèrent à traiter, à moins que les Français M déposassent les armes et ne se rendissent prisonniers degnem- A pareille insolence on ne répond que par des vidoires» dit alors Kléber revenu à des sentiments généreux. Soldats, préparez-vous à combattre! Et Tarmée se vit condamnée à rhéroîsme d*une résistance désespérée. Les Turcs venaient im côté , les Anglais de l'autre ; trente mille cipayes, restés disponibles par la mort de Tippoo-Saïb, débarquèrent dans la bnt Rouge ( mars 1800), pour prendre les Française revers. Kléber triompha néanmoins à Héliopolis. Il reprit le Caire ( avril }, où les Français avaient été massacrés , et il les vengea dans le sang des Turcs. 11 soumit de nouveau toute TÉgypte soolevtti et prit des dispositions habiles pour la conserver. Comme la fofte de la France semblait se personnifier en lui , un mosaloM fanatique Tassassina ( 1 1 juin ). Le commandement passa, pv droit d'ancienneté , au général Menou , qui s*était fiîit mosslman pour épouser une femme d'Alexandrie : clioix déplorable, qui excita la jalousie de Reynier et des autres chefs.

La conservation de l'Egypte était d'une importance estrfn* aux yeux de Bonaparte , soit pour attester qu*il n'avait pK (^ poussé par pure témérité à y prodiguer tant de nobles vies» ^^ pour servir de compensation aux pertes énormes éprouvées àivi les colonies. 11 expédiait des ordres , des renseignements, éf^ munitions, des secours même en vaisseaux et en liommes. M'i^ la discorde perdait tout. Les Anglais envoyèrent alors unenot' velle flotte ; et les Français , pressés par la fomine, fownt (0-

PAIX D*AM1£N8. tSi

traînts de capituler. Des bâtiments anglais les transportèrent 60 France ( septembre) ; et l*Égypte fut rendue a la Porte.

Ainsi disparaissait le grand oi^tacle à la paix entre la France et TAngleterre , paix ardemment désirée dans les deux pays. Pitt, comprenant qu*il n'y a que dommage à s'obstiner dana Qoe position perdue , prit pour prétexte que le roi lui avait refoié rémancipation des catholiques , et remit le portefeuille à Addiogton, sa créature (février 1803), après être resté dixnpt ans au pouvoir. Alors Joseph Bonaparte et lord ComwalUs CDtamèrent des n^ociations à Amiens. La France s'y présen» tut sous un aspect imposant : si elle avait perdu l'Egypte, un grand nombre de faits glorieux sur les côtes d'Espagne attestaient l'importance de sa marine, et Falliance espagnole lui irait permis d'imposer ses volontés au Portugal. Ia paix fut toe conclue entre l'Angleterre d'une part, la France, !*£$• pigne et la république batave , de l'autre ( S7 mars). L* Angle» Iffre restitua tout ce qu'elle avait conquis sur ces États, excepté nie de la Trinité, enlevée à l'Espagne, et celle de Ceyian» qui ippartenait à la Hollande. La France reconnut la république ÎMieDoe; Malte fut rendue à Tordre de ee nom , qui devait Rster indépendant. La Porte , qui conservait l'intégrité de tes possessions, fut invitée à accéder au traité, et Qt sa paix sree la France ( ^S juin }.

Ce fut là une paix étrange : l'Angleterre avait pris les armes ponr défendre la liberté européenne menacée, et il n'en fut noUement question; on ne demanda pas même l'évacuation ^ ia Hollande. Personne n'avait donc atteint le but qu'il se proposait en ûûsant la guerre, et les politiques prévoyaient <!ue les hostilités ne tarderaient pas à renaître. Ce moment do relâche n'en causa pas moins une grande joie : les Anglais ao* coururent en foule à Paris pour admirer un peuple transformé, ^ les riches collections que la victoire y avait rassemblées ; les spéculateurs reprirent de la hardiesse , et Bonaparte prétendit rivaliser avec l'Angleterre sur l'Océan.

&iais le sceptre des mers n'était pas réservé à la France , qui CQce moment même perdait ses colonies, entre autres Saint« I^uiingue ou Haïti, la plus belle des Antilles, la plus fertile

Sm. DC CENT A!I8. —.T. H. 10

182 l'àugletbkbe «odmbt l^iblardb.

en sucre et en café. Les noirs y étaient horriblenottit trailés'; mais entre eux et les blancs s'était formée une classe de gens de couleur, libre et plus puissante que partout ailleurs ; Téducation avait pénétré dans cette classe, qui possédait un tiers à«s richesses de llle, et qui cependant ne se confondait pas avec ks blancs.

L'assemblée constituante corrigea les abus de i^eadavaiset mais ne l'abolit pas ; elle déclara même la traite « nn eomroens national, » et maintint la prime par chaque têle importée. Mais elle décréta (28 mars 1790) que « les hommes de eoulev jouiraient des mêmes droits que les blancs, ne reeooaaîsaBt que des esclaves et des hommes libres. »

11 ne s'agissait donc pas des esclaves, mais des hommes d^ en possession de Leur liberté. Cependant les blancs indignes virent là un pas de &it vers Témancipation des nègres; ils ei* durent les homm^v de couleur des comités et des mtinid|ialités; ils emprisonnèreot «eux qui réclamaient, et menamest de se donner a l'Angleterre; ce qui détermina rasseinUêe à abroger son décret. Alors ks hommes de couleur s'irritèrent, on courut aux armes; les noirs, appelés à prendre parti poor

* Ua témoin oculaire eo parle ainsi : « Sept à huit patates et no pn d^eaa étaient la nourriture que les esclaves de Saint-Domingue netvaient de leurs maîtres. Ils se levaient la nuit pour aller marroDoer quelques vivres; et lorsqu'ils étaient découverU, ils étaient fouelfét. Que de fois j'ai vu , à IMieure du déjeuner, les nègres ne pas avoir patate, et rester sans manger ! Cela arrive sor jpresque (oales les tiens à sucre, lorsque les [Pièces des vivres ne donnent pas en dance ; et alors les nègres soufRrent pendant quelques mois.... On çoit à peineque les gouverneurs, qui étaient distingués par leur et par la douceur de leur caractère , aient soulTert les crioMS atroees qu^on commettait... Sur Tbabitation Vaudreuil et Duras, un certaiB procureur ne sortait jamais sans avoir dans sa poche des dous el a petit marteau^ avec lesquels il clouait les noirs par Toreille à un potean placé dans la cour. S'il y avait eu des inspecteurs de culture, tout cal crimes ne seraient ' point arrivés, non plus que les cliàtlmeots de cinq cents coups de fouet et souvent renouvelés le lendemain, jnsqa^à «qœ le nègre en mourût dans son cacliot. » MALesFAKT, Des eoUmket JroMr taises, et particulièrement de Saint-IMmingxw.

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