PAIX D'AVIBUS. I8S
tes maftreu, eomniîrent d'affreox massacres ; et la convention niToya des eommissaires pour rétablir Tordre. Ces commis* saires, réduits aux abois, promirent aux noirs qui se réuniraient à eux la liberté, à laquelle ils n'étaient point préparés ; et trente mille blancs se trouvèrent à la merci de trois cent mille nègres, qui se mirent ( aoât 1791 ) à dévaster, les plantations, à brûler Port-au-Prince, et à massacrer leurs anciens maîtres.
La France , loin d'avouer les fautes commises , envoya deux firoces jacobins , Santbonax et Polverel , avec six mille hommes et des pouvoirs illimités , pour réprimer ces désordres (septembre 1792 ). Mais les insurgés furent encouragés et aidés par lesAoglais> qui tentèrent même de surprendre Hle; enfin le dlmat extermina Texpédition française.
La Guadeloupe aussi s'était soulevée sous le mulâtre Péfage ; tel nègres s'y livrèrent à un borrible carnage, et il fallut, pour les réprimer, déployer une rigueur terrible. En 1794, la cooTcotion décréta T^lition de l'esclavage colonial. Deux dentés mulâtres reçurent l'embrassade du président et de tous les députés, et Danton s'écria : Nou$ lançons ia liberté dans Us «*«««; à partir dTa^WKrcCkui, P Anglais est mort!
Mais les premiers dommages tombaient sur la France elle- "^^ODS. Les Haïtiens avaient à leur tête Toussaint-Lquverture , ^lave qui avait le génie du pouvoir et comprenait la force de l'ordre. Serviteur probe, ardent catholique, il s'était montré , w début de la gii^rre , dévoué à Laveaux , qui le nomma son lieutenant dans le gouvernement, et à Santbonax , qui le fit S^Bcral en chef. Se croyant alors assez fort pour agir par luintee, il envoya les deux Français comme députés au corps lé* 9slatif^ repoussa les propositions des Anglais, sauva la vie des I^lttMSfSe vit salué, non sans raison, comme le Spartacus de t« nce, et fit prospérer Ttle affranchie. Lorsque ensuite Napoléon se fut fait consul , Toussaint promulgua une constitu* ^ copiée sur la sienne , s'intitula président à vie de la république d'Haïti, et dit : Je suis le Bonaparte de Saint-Domingue.
^ans l'espoir de le faire servir à ses projets , Bonaparte lui envoya une proclamation , avec le titre de lieutenant général ^*)OMnandant à Saint-Domingue pour la France , avec ces mot^
184 L'ÀfIGLfiTEftBE SOnVKT L'iRLANOE.
k inscrire sur son drapeau : Braves wdrs 9 sauoenez-vcms ^m le peuple français est le seul qui reconnaisse votre liberté et réçallté de vos droiU !
Toussaint, se sentant alors affermi dans son pouvoir, prodama la liberté du commerce ^ qui rendit Vfie extrémetnent prospère; il exhorta au travail , maintint Tordre et la justice, montra des égards pour les blancs au détriment même des nègres , acquit cette portion de Tile cédée par la France à TEspagne lors du traité de Bâte ; et, s^étant rendu de fait îndépendaDt de la France, il inscrivit en tête de ses dépêches : « Le premier des noirs au premier des blancs. »
Bonaparte , peu accessible aux idées philanthropiques de la constituante , croyait Tesclavage nécessaire ; et , par le traité d* Amiens, il s^était engagea le maintenir. Son désir de posséder des colonies • n'eât-œ été que pour rivaliser avec TAngleterfe, s'était manifesté par Texpédition d'Egypte. Lorsqu'il perdit Feipoir de garder cette contrée, il se fit céder la Louisiane pv l'Espagne , en échange du royaume d'Étrurie. En paix désormaii avec l'Angleterre, et cherchant à occuper les soldats et les mécontents, il songea sérieusement à recouvrer Saint-DomÎDgae.
Au lieu de ménager Toussaint, qui , haïssant les Anglais, vos* lait être libre et Français , et de réconcilier ainsi la colonie arec la métropole , il prépara une expédition qu'il confia m général Leelerc, son beau -frère, avec plus de vingt et un mille hommes de débarquement (janvier 1802).^La résistance fut terrible : Toussaint, et plus encore ses lieutenants, revinrent à leur férocité native ; mais les Européens rivalisèrent avec eux. Leclerc disait que les plumets n'allaient pas bien sur des tétif de singes ; et il employa la force et la trahison pour placer xm le fouet dnq cent mille hommes qui, depuis huit ans« avaient recouvré les droits naturels. Il invita Toussaint à une entrevue; et l'ayant fait enlever, il l'expédia en France avec sa famfllet pour y mourir de froid au fond d'une tour. En me renversant on n'a renversé que le tronc de l'arbre de la liberté des nègrt$^ s'écria le chef noir; mais les racines restent^ et elles repousseront, La perfidie de Leclerc exaspéra la résistance : Dessaliws déploya toute la fureur d'un esclave ulcéré, et fit massacrer d($
Pkix d'ahiers. 186
nniiend^hotnines; Christophe brûla le pays, pour affainer les Français; puis survînt la fièvre jaune, qui moissonna quinze mille hommes en deux mois, et Lederc lui-même. Les hôpitaux ne pouvaient plus y suffire. On ne se fiait plus à traiter ; Tincendie était partout ; et les Anglais fournissaient des armes aux noirs, dont ils excitaient la fureur. Bochambeau, appelé à remplacer Leelere , fit Jeter à la mer un grand nombre de nègres , el quelques mulâtres qui s'étaient réfugiés sur les vaisseaux. Il i^atlira par là Finimitié des hommes de couleur, et se trouva rédoit à se livrer prisonnier aux Anglais. L'expédition fut entièrement perdue '.
Le 39 novembre 1803, Tindépendance d'Haïti fut proclamée ^ tes vainqueurs, qui « jurèrent à Funivers de mourir plutôt que de retomber sous la domination de la France. » Le nègre Desalines, général de Farmée libératrice, se fit proclamer empereur sous le nom de Jaoques V (8 octobre 1804), et domina sur File entière , à Fexception d'une poignée de braves qui se Mutint jusqu'en 1810. Guerrier intrépide, mais étranger à la politique, il savait vaincre et non organiser. Péthion et Gerin l'ayant bit assassiner ( 17 octobre 1806), Christophe fiit nommé chef da gomrememeqt , avec une constitution ; mais il la repoussa , le mit ea guerre civile avec Péthion, et se fit roi. Plusieurs nuées après, il se tua. Boyer, proclamé président unique, réunit MB sa domination Flie tout entière, dont Findépendance fut cafin reconnue par la France , moyennant Findemnite de cent cinquante millions.
Cette colonie perdue , la Louisiane restait à la France. Bonaparte, n*e8pérant pas pouvoir la défendre en cas d'une nouvelle guerre avec FAn^terre, songea à la céder. Non-seulement ^éqéU , mais une promesse formelle , aurait dû le déterminer à la rendre à l'Espagne, dont il Favait obtenue : il préféra les £tats-Unis, qui furent charmés d^acquérir, pour soixante mil-
* * J'ai k me reprocher l'entreprise contre cette colonie. C'était une ^eor grave que de vouloir la soumettre |)ar la force : je devais me patenter de la gouverner par le moyen de Toussaint. » Mémorial de
18C SUISSE UNITAIfiB. — CAMP DE BOULOGNE.
lioDS, un pays qui doublait leur territoire et leur puîssauee. C'était un acte arbitraire de la part do premier consul , qui, au moment où il rêvait des colonies dans l^nde, sacriGait cello d'Amérique, et stipulait des dons pour lui et sa lamiile dans le traité de cession.
SUISSE UNITàIRB. — CAMP OE BOULOGTCE. — NAPOLÉON EMPEREOR.
Dans un pays fatigué de luttes et ébloui de sa gloire, il ae restait plus à Bonaparte que peu d'obstacles à écarter pour marcher droit à la dictature et reconstituer la monarêhîe. Déjà il s'était entouré d'une garde consulaire, d*offieiersda palais tant civils que militaires, de dames pour le corté^ de Joséphine. Ses innovations' n'avaient rencontré aucune opposition dans le sénat, devenu une espèce de pouvoir constituant, «t dont il augmenta de plus en plus l'autorité, afin de lui réserrer la faculté d'interpréter la constitution , de la compléter, d*ni faciliter la marche à l'aide de sénatus-consuttes. H agissait ainsi , dans la certitude où il était de pouvoir diriger à son gré ce patriciat. En même temps il restreignait les attributions do tribunat, qui, ayant pénétré ses projets, le contrecarra, sortoot
' La constitation consulaire, qui avait été empruntée en gnade partis an projet de Sieyes, Ait remaniée en juillet 1S03. On sobatitiia, avt lihtes de notabilité, des collèges électoraux à vie; le sénat r^t àt nouvelles attributions, le pouvoir dMnterpréter, de modifier et de compléter la constitution par des sénatus-consultes , de dissoudre le tribunat et le corps législatif, de casser les jugements des tribunaux lorv qu'ils seraient attentatoires à la sûreté de TÉtat.
« C'était toujours, dit M. Tlilers, la constitution arislocratM|ue de M. Sieyes , apte à tourner à Taristocratie ou au despotisme, suiTaot la maio qui la dirigeait ; tournait en ce moment an pouvoir absolu sem la main du général Bonaparte , mais pouvant tourner après sa mort à une franclie aristocratie, si, avant de mourir, il ne précipitait pas le loal dans un abtme. » ( Am. R. )
NAPOLÉON EMPEREUB. 187
à propos dtt eode. 11 restreignit le nombre de ses membres, et le tédnisit uniquement à la faculté de critiquer les mesures qui lui étaient soumises , et encore à huis clos. Il institua un conseil privé, pour le consulter quant aux traités avec les puissances , sûr de ne rencontrer là encore aucune opposition.
D^à tonte forme d'antagonisme et d'équilibre lui déplaisait : il n'admettait que le commandement et l'obéissance; Il muitipliait les bonnes institutions , mais sans Uberté ; il écartait ceux qui rayaient aidé à s'élever. Une police sévère châtiait ceux qui ne voulaient pas se laisser gagner par les honneurs. 11 disposa peu à pey les choses de manière à se faire offrir une grande récompense par les différents corps de l'État. Le sénat crut atteindre ce but, en offrant de proroger de dix ans ses fonctions de premier consnl; mais il voulut recourir à la source de tout droit, c'est-à-dire an peuple; et il 6t ouvrir des listes pour que chacun s'inscrivit pour ou contre sur la question de savoir s'il convenait de hii conférer le consulat à vie. La réponse (3 août 1802) ne pouvait être que favorable à son ambition , et elle fut bientôt nivie da drmt de désigner son successeur. L'épée de Bonaparte •Hait ainsi prenant peu à peu la forme de sceptre.
U avait commencé son agrandissement par l'armée : après favoir conduite à la victoire sans tenir compte des ordres du gonvemement, il s'en était servi pour abattre le gouvernement hd-méme. Les officiers parvenus dont il s'était entouré comme aîdcs de camp étaient un noyau de cour dont le dévouement lui était acquis. Mais les sévères et pauvres soldats de l'armée du Rhin contrastaient avec les brillants militaires revenus d'Italie ; Tcsprit répablîcain était alimenté par l'envie chez les généraux ; et comme la paix les empêchait de grandir, ils s^étaient mis à fiûre de l'opposition à un camarade qui voulait devenir leur maître. Moreau , dont la jalousie ne pliait qu'à regret, portait surtout ombrage à Bonaparte, dont il était le seul rival redoutable et considéré.
Le premier consnl ne pouvait guère aimer la paix ; elle n était pK davantage du goût des Anglais, chez qui l'opposition se récriait contre un traité où toute la gloire était pour la France. Leurs journaux ne cessaient de lancer des traits acérés contre
fB8 SUISSE UNITÀlBE. ^^CkUP DB BOULOGNE.
Bonapurte et sa cour de pléb^ens chamarrés. Il s^en dépitait, et demandait qu'on réprimât leurs attaques; mais on lui répondait que la constitution ne le permettait pas. En Angleterre se trouvaient aussi les exilés royalistes ou républicains, occupés de complots, en même temps que Bonaparte envoyait de Taotre côté de la Manche, et principalement en I riande, des instigateun secrets. !Ni lui ni les Anglais, d'ailleurs, n'observaient loyale» ment la paix : Pitt et toutes les puissances s'inquiétaient de le voir envahir en pleine paix la diplomatie des nations. Il avait fait abolir en Hollande les états généraux , mis une garnisoD dans le pays, et institué un conseil d'État qui devait concentrer la dictature morale.
Nous avons vu, dès le commencement de la révolution tn^ çalse, les bailliages insurgés en Suisse contre les cantons doni* nants, et les bourgeois opprimés, contre les oligarques. Quand la coalition triompha en 1799, elle amena des châtiments, éa déportations ; mais à pdne l'oppression étrangère se fit^te moins sentir, qu'il y eut amnistie. L'Autriclie, de son cdié, ne s'obstina pas à rétablir les gouvernements primitife, atteodi qu'elle n'y avait point d'intérêt , et elle donna la cocarde al* lemande aux émigrés suisses admis dans ses troupes.
Quand l'aristocratie comprit qu'elle n'avait plus à oomplif sur les secours étrangers, elle se mit à intriguer au dedans, et le 18 brumaire raviva ses espérances. Le Directoire ayant été dissous (7 janvier 1801), fut remplacé par une commission executive de Sept membres; mais la tranquillité ne revînt pas pour cela. Lors de la paix de Lunéville (1803), l'indépendance de la Suisse fut ratiûée, ainsi que son droit à se donner le gouvernement qu'elle voudrait. Berne avait dû émanciper l'Argovie et le pays de Vaud, qui devinrent de nouveiiux cantons. Il s'en forma un autre des bailliages italiens : Saint-Gall, le Tocfcen* bourg et le Rheinthal se réunirent à Appenzell; et les bailliages de Sargans, Werdenberg, Guster, Uznach, RappersdiwilK an canton de Glaris. Cet accroissement était un piège, à faide duquel on espérait que la constitution démocratique ne poomit se soutenir.
Bien des gens demandaient, en Suisse , à sortir de la nullité
HAPOLiON EMPBBBUX. ' 189
«éiaaûre am Ëtats confédérés , et d'une neatralité qui n*aboQtJssait qu^à verser leur sang pour tout le monde; ils aspifuient, en conséquence, à cette centralisation qu'ils voyaient établie en France. En opposition à ces unitaires, d'autres voubicnt la constitution fédérale , laissant chaque État dans un isolement complet. Pour arriver à ce but, une alliance se forma entre les trois cantons montagnards, Berne, Zurich et Baie, ce que Ton appela le parti des oligarques. L'appui que chacun des éen partis chercliait au dehors envenimait cette question in* térieure. Bien que Bonaparte n'osât pas s'y constituer légis* hteur comme dans la Cisalpine, il prépara un projet de constitution d'après le prindpe unitaire, avec rachat des rétributions ffddales. Une réaction armée sui^t alors. Reding , homme lésda et bon soldat, plutôt qu'homme d'affaires, ayant été fiait landamman, chercha à ramener l'ancien ordre de choses. Bonapaie considéra le fait comme une contre-révolution, et travailla à le renverser. Alors les constitutions se succédèrent; et à peine ks troupes françaises eurent-elles quitté le pays, que la révolte Mata (octobre). B<maparte prit le parti d'intervenir par la forée : il désarma les cantons , arrêta les chefs , convoqua à Paris uue réunion consultative, et proposa un acte de médiation qai avait pouf bases l'égalité entre les dix-neuf cantons, représentés piur une diète où leurs députés auraient une ou deux voix, 1^ la population ; une renonciation formelle de la part des teilles patriciennes à leurs privilèges ; une armée commune, iBie monnaie semblable, une douane unique, le système fédéntif , et rallianee défensive avec la France, qui s'attribuait le Valab, a6n de s'assurer la route du Simplon.
Dansce système, la démocratie resta aux petits cantons, et l'anstocratie aux grands; ces deux éléments se balançaient dans Icswmveaux, et aucun d'eux ne fut assujetti à un autre. Ce re* naoiement enlevait tonte influence à l'Autriche, qui, chaque kwr, en perdait aussi en Allemagne.
Cest dans cet état que la paix de Lunéville avait laissé ces questions. Une guerre suscitée par l'empereur avait réduit l'Allemagne aux plus dures extrémités, et entraîné la perte de >tt possessions situées sur la rive gauche du Rhin : c'était néan*
f5)0 SUISSE CNITAIBB. ~> CkÈâ ITB BOCILOGKt.
moini au< dépens de ce pays qu*il roulait îademoiaer (eomma on le disait alors) les archiducs dépossédés eu Italie., et agnodir sa propre famille. Le roi de Prusse y demaudait aussi uaa compensation pour le statliouder, chassé de la Hollande. Mail ces mdemnités ne pouvaient s'obtenir qu'au mojen des Étals ecclésiastiques, qui, bien qu'entamés par la paix de Westphalie, comprenaient encore le sixième de T Allemagne. Cette violence, combinée au bénéfice des grandes puissances, ne pouvait s'effectuer sans exciter un grave mécontentement cher, les expro* priés, ni sans froisser des ambitions jalouses, car chacun voulait la meiUeore part dans ce remaniement. Les États ecclésiastiques furent détruits; si quelques-unes des villes libres survécurent, ce fut par la volonté de la France, qui exigea qu'eiki restassent neutres, et que les péages établis sur le Rhin, le Weser et l'Elbe , fussent supprimés.
L'Autriche se trouvait d'autant plus mécontente du partage opéré, qu'elle avait ambitionné davantage. L'extinction des États ecclésiastiques lui enlevait des sièges princiers pour ses cadets, des votes assurés lors de l'élection , et un ciiamp à sa disposition pour y lever des troupes. Elle avait en outre espéré occuper i'Tnn, ou au moins s'étendre jusqu'à Munich, prendre pour frontière llsar, enCn placer utilement ses archiducs. La Prusse, opposée h TAutriche, travaillait à assurer la prédoininance aux protestants, qui se trouvèrent^ en effet, avoir le double de votes dans la diète. Mais Bonaparte s'étant déclaré &vorable a cette puissance, le nouvel empereur de Russie, Alexandre, avide d'intervenir dans les débats européens, chercha à lui faire contre-poids. Bonaparte sut cependant, en lui montrant des égards, l'amener au but qu'il voulait atteindre. La séculansaf toit de r Allemagne s'opéra selon ses vues. L'Autriche, qui, par son rôle impérial, aurait dû protéger les princes ecdesiar tiques sans défense , laissa faire, en s'occupant d'obtenir uae forte part pour elle et les siens , sans oublier non plus de s'approprier les sommes déj^osées à la banque de Vienne par ks princes ecclésiastiques.
C'était là un coup mortel porté à la constitution germanîqae : aussi répétait- on de toutes parts qu'une paix envahissante était
NAPOLEON EMPEBEUR. 101
pire que la guerre. En Angleterre surtout, les haines invétérées, entretenoes par un voisinage jaloux et par des intérêts opposés, se ranimaient plus vives que jamais. Lord .Grenviile, Tun des chefs de Topposition , dans les rangs de laquelle Pitt se tenait habilement caché ^ disait au parlement : « Faites attention à la France et à TamlHtîon de Bonaparte ! La cire sur laquelle vous avez imprimé le seean britannique , lors du traité d'A'< miens, était à peine refroidie, que le P^mont déjà était envahi ; Parme disparaissait du nombre des États indépendants ; le prince d'Orange n'a point obtenu une véritable indemnité pour la Hollande, passée entièrement sous la domination da Bonaparte; la Suisse n'a plus de liberté; l'Autriche est teMement abaissée, que je ne sais si elle pourra se relever. !Nos ministres ont fait avec les Français comme nos ancêtres, qui donnaient de l'argent aux Saxons et aux Danois à la condition de s'éloigner de nos côtes ; argent qui leur servait à acheter des vaisseaux et des munitions pour subjuguer plus facilement r Angleterre. Les ministres ont ainsi cédé la Martinique; et ils étaient sur le point de céder IVIalte, quand le génie de l'Angleterre s'est réveillé. «Sheridan, plus pressant encore, s'écriait : On disait, il n'y a pas longtemps, qu'un vide apparaissait sur la carte d'Europe, là où avait été la France. Aujourd'hui, on voit la France partout, rien que la France. L'Italie est sa vassale ; la Prusse obéit à son moindre signe de tête, et l'Espagne au mouvement de son doigt ; le Portugal est prosterné à ses pieds, la Hollande sous sa main, la Turquie dans ses filets. » La Grande-Bretagne demandait qu'au moins, en compensation des accroissements obtenus par les autres États, on lui accordât l'évacuation de la Hollande, et qu'on lui laissât pendant dix ans Malte et Lampéduse (1803 ). Or, c'était là le véritable nœud de la question : comme l'Angleterre ne se montrait pas diipofiée à évacuer ces îles, aux termes des stipulations d'Amiens, les hostilités furent déclarées (mai 1803) ; et l'on gémit et voir quels misérables motifs furent donnés à une guerre de douze années, où se déploya toute la barbarie dessiècles de fer > .
' Cette possession de Malte par les Anglais avait une importance doiit
19S SUISSE UNITAIBB. — CAMP DB BOULOGIIB.
A rorigine, i* Angleterre n^avait pas de raisons poUûqottpoiii combattre la Révolution , qui mettait la France à ses côlà comme pays constitutionnel , en même temps que sa position lui permettait de rester étrangère aux débats earopéoB. Biais du moment où Pitt eut imprimé à son gouTernemeatk caractère «ntirévolutionnaire , une réconciliation devint imp» sible. Si le soulèvement populaire ou le débarquement pn^ en Angleterre eussent réussi , la Grande-Bretagne demeuiil partagée en trois royaumes, c'est-à-dire faible, exdue eo cou» quence du continent par le voisinage de deux gouvernaiMBii ennemis , et dépouillée de ses possessions dans Tlnde. Càà
riiistorien dqus parait faire trop bon marché. Napoléon fit offrir Péficuation de la Suisse et de la Hollande , pour prix de révacoation deNA. « Malte, disait-il , c*est la domination de la Méditerranée ; Je le icn pas que les Anglais aient deux Gibraltar dans cette mer, un à Teilréei et Tautre au milieu. > Napoléon fit proposer en dernier lien, à TAsgle* terre, de remettre Malte en dé|)ôtdaiia les mains de TempereurdeRMi jusqu'à un arrangement définitif. L'Angleterre repoussa ces tli«t* moyens d'accommodement, reAisa la médiation de la Russie et 4e ^ Prusse, rappela brusquement son ambassadeur, et dénonça la rcpni des hostilités. C*est donc sur elle el sur son ministère , qui aimt oikn précipiter le pays dans une guerre désastreuse , que de s'exposer à perdn la minorité dans le parlement, qu'il fkut rejeter la responsabilité de edit rupture. (Ah. R.)
« L'Angleterre entama une nouvelle guerre, où la déloyauté et Isfi^ lence furent, disons-le, de son côté. Si Napoléon donna matière i réclamations de la part des puissances du continent, rAagieterre,< reftisalt, contre les engagements des traités, de restituer Malte, k| valoir contre son adversaire que des motifs simuiés ( ce fut le ! de ses hommes d'État); ils n'aTaient considéré la paix quecomiMl osai. La paix avait moins rapporté que la guerre; et le cabinet choisit de nouveau la i^erre et le pillage des mers. La France fut au dépourvu , et vit ses b&timents et son commerce maritime avant tout manifeste d^hostilités. Ce coup de main de pirates, qià à l'Angleterre deux cent millions, était entré dans ses cakuis. Ui flagration maritime, qui devait se communiquer à l'Europe à pli reprises, ne reste donc point à la charge de Napoléon. » (Article Wojt, par Au. R^néc, EnetjcL des gens du n^f^nde.)
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dooe poar elle une question d*exîstence, et elle se trouva obligée d'attaquer pour se défendre. Cette situation forcée n'etigeait pas chez Pitt de grands talents; car les provocations de Bonaparte soulevaient tant d'indignation, que le peuple allait an-deraot de tous les impôts pour le combattre ' . D*autre côté, dans un pays où la guerre se ùàt avec des vaisseaux'si souvent victorieux, où Tarmée se recrute de mercenaires, où il importe peu aux marins de vivre sur des bâtiments de guerre ou sur des navires de commwce, où le pays n'est jamais ravagé, et l'enrichit au contraire par les grosses prises , la guerre n*est fQ*un impôt, et elle ne trouble profondément ni les afiaires or« dinaires, ni le commerce; elle ouvre même le champ à des spéculations hardies et souvent heureuses. Pitt d'ailleurs répétait fie nulle attaque à main armée contre la France ne réussirait; et ee fat la défense qui amena les Anglais jusqu'à Paris. Ils se eoBciliérent, dans cette grande lutte, Taffection des amis de la liberté dans toute l'Europe, comme un peuple libre luttant contre le plus despotique des souverains; mais, à y bien regarder, c'était le vieux génie du [Hrivilége qui combattait contre hvenir.
La situation de la France était magnifique alors : ses fron* lières touchaient au Rhin, et la réunion de la Belgique lui per* ■ettait d'exercer au port d'Anvers son influenee toute-puis* note sur la république batave. Le Piémont était une de ses iûsions militaires; le royaume d'Étrurie, sa Création ; la repu* Kque italienne, son satellite; le royaume de Naples n'existait |Qe par sa permission, sous la clause de repousser les Anglais lèses ports : enfin, c'était par sa volonté que l'Espagne avait tievé Oiivenza au Portugal.
Le premier coup de canon devait coûter cher à la France, qui ivait en mer la plupart de ses bâtiments, tant pour Texpédition f Haïti que pour les affaires commerciales, qui avaient repris im
' Ad roomeiit où la paix fut rompue, Tesprit public des Anglais n'était )oint généralemeot porté à la guerre. Le départ de rambaaeadeur français Andréossy fut accompagné de beaucoup de regrets. Le liaut négoce seul 'MSMit à la guerre , dans des vues de lucre commercial. ( An. R. )
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grand es$or. L'Angleterre fit en efTet de liehes captures : Bo« naparte y répondit en ordonnant Tarrestatton de tous les sujets britanniques sur le territoire de la république, ou dans les pajs alliés ; violation du droit des gens qu'il fit exécuter dans toole sa rigueur s en même temps qu'il lançait des prodamations foudroyantes contre la perfide Albion. Celle-d s'enflamma de colère ; et le départ de Nelson et de Sidney Smith, qui allaient lui porter la guerre, fut célébré comme un triomphe. Bonaparte prépara des armements considérables : il fit eoTabir le Hanovre, occupa les ports d'Otrante, de Tarante, deBrindes^d'As* cône, de Livoume; il épouvanta Naples et FEspagne, dont il » défiait, et répandit le bruit d'une descente en Angleterre. 11 avait reconnu en effet que l'Angleterre était invincible sur mer, comme il l'était sur la terre ferme ; il voulait donc la réduire à combattre sur son propre sol, en y débarquant une armée non»breuse , qui , réunie aux mécontents et aux Irlandais, pût dompter Torgueil britannique. Cette idée devint tellement popalaire en France, que ce fut à qui offrirait des subsides, des vaisseaux, des firégates, des bateaux. Bientôt s'improvisa une flotte de deux mille trois cents navires ou chaloupes canonnières , capables de transporter en six heures cent cinquante mille hommes et dix ou quinze mille chevaux, avec quatre cents bouches à feu. Les caricatures anglaises leprésentaieot cette flottille comme des coquilles de noix ; Nelson se proposait de la brûler, *et de l'amener cs|»tive dans la Tamise. 11 Fattaqua en effet ; mais il trouva une résistance inattendue, et les Français réussirent même à prendre un des bâtiments ennemis, ce qu'ils célébrèreait comme une grande victoire.
Les plans les mieux concertés , ks exercices les plus pnh limgés, la volonté la plus opiniâtre, les moyens les plus efficaces,
' Ce fut TAngleterre qui donna le signal de cette violation , en coqrant sus aux bÂtiments de commerce français avant la déclaralioa régulière des bostilités. Quant à Tarrestation des sujets anglais en Fraaee, elle ne s'effectua point dam toute sa rigueur, puisqu'elle ne fut appliquée qu'aux militaires et h ceux qui avaient une commission de leur l^iivememeiit. Ils ne furent point renfermés d'ailleurs, mais retenus seulement prisonniers sur parole. ( Am. R.)
HAPOLBOR «HPEBSUB. 10^
concôvnirent à la formation de ce mémorable camp de Boulogne : tout j était prêt pour profiter du premier instant où un épais brouillard, un vent propice , Tapparitioa d'une escadre amie, permettratent d'effectuer le débarquement, malgré les croisières britanniques qui ne cessaient d'inquiéter les travaux cl les bâtiments. Bonaparte y mettait une opiniâtreté indomptable : et pourtant TÉgypIe et Saint-Domingue auraient dû le lefroidiir sur les expéditions maritimes; il savait qu'on ne prend pas des vaisseaux de ligne avec des chaloupes < , et qu'il aurait bimtôt besoin de son armée sur le Danube et sur le Rhin. Il s'occupait sérieusement en effet de placer des troupes dans les gorges du Valais, en Hollande, à Rome, à Naples, aux bords èa Yar : sans respecter ni les traités ni la neutralité, il ramassa, il exigea de l'argent partout.
Ces mouvements ravivèrent les espérances des jacobins et des royalistee, partis extrêmes qui s'étaient rapprochés , comme il ainve lorsqu'un pouvoir fort vient à s'établir entre eux. Les Teodéens les |rfus déterminés s'étaient réfugiés en Angleterre , oà George Cadoudal, qui avait préféré l'exil au pardon du premier consul, ne cessait de tramer contre lui, avec le comte d'Artois el les autres princes. Là se trouvaient aussi Dumouriez , qui le premier avait enseigné à la république le chemin de la victoire, et Pichegru, le conquérant de la Hollande, qui s'était enfui de Cayenne sur un fragile bâtiment. Il fut arrêté , dans leurs entrevues , que plusieurs se rendraient à Paris pour se cmcerter avec les généraux mécontents, et principalement avec Moreau ; qu*on attaquerait Bonaparte et sa garde consubire au grand jour; et qu'après s'être défait du despote, on mettrait en avant un Bourbon , qui reprendrait le sceptre, non , comme cela eut lieu plus tard , avec l'aide de l'étranger, mais avec sa propre épée. L'assassinat se déguisait ainsi sous l'apparence d'une insurrection ; et l'Angleterre payait pour soulever la Vendée, de même que Bonaparte cherchait à insurger ririande.
' Il ne s'agissait point de les prendre , mais de les éviter, et d'eiïec* tuer le débarquement. ( Am. R. )
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Le colonel Savary , Tun de ces hommes dont )a moralité eonsiste dans Tobéissance, et qui avait dit, Si Bonaparte m^er» donnait de tuer mon père , je k ferais , avait alors la dîrectîoB de la police ■ , dont le ministère avait été supprimé. Le Temple, où avait expiré ranctenne monarchie , servait de prison an ennemis du gouvernement nouveau ; on en tirait alternativement royalistes et républicains, pour les envoyer dcTant des commissions militaires et entretenir F^Groi. La ooDspiratioD^ dont Savary eut connaissance, lui parut une occasion faroralile pour perdre les ennemis de son chef et en particulier Moreau, républicain incorruptible , en confondant avec des diouaos, des bandits et des assassins, le vainqueur deHohenlinden. En effet , le général fut arrêté (janvier 1804); on s'empara auasi de Kchegru et de George Cadoudal , qui avaient eu le eooragie de venir à Paris , oii ils étaient restés longtemps cachés , bien que le premier consul eût décrété la peine de mort contre quiconque leur donnerait asile. Leur conjuration fut rattachée à orile de la machine infernale qui avait menacé les jours da premier consul , et on éclata en amères récriminations contre la perfide Angleterre*.
Paris accueillit mal la nouvelle de cette arrestation : on ae> cusait Bonaparte assez publiquement d'avoir fait arrêter Mo* reaupar jalousie; aussi s'écriait-il avec colère : Pétris a tot^fours fait le malheur de la France; ses habitants sont légers et tagrats. Je pourrai bien me décider à trouver une Byzamee, comme fit Cons.tantin à Ngard de Rome ingrate. En attendant.
■ La police, alors rattachée aa ministère de la justice depab le de Fouclié, était dirigée par M. Real. Savary » qui devint soos {\ ministre de la police, fut chargé aimplemeot de plusieurs Mcrètes; mais il est douteux qu'il ait eu dans la découverte de eeCle conspiration le rôle qui lui est attribué ici. Le gouvernement fut mis sur la trace du complot par les révélations de plusieure agents de George, arrêtés et condamnés à mort, entre autres Bouvet de Lofticr, doot la déposition amena Tarrestation de Moreau. (Ah. R.)
' Ce notait certes pas sans motîfe : on sait le rôle que jouèrent dass^ ces complots des agents diplomatiques anglais, tels que Drake, Taylor. Spencer, SmiUi. An. R. )
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comme il redoutait l^efTet des débats, il fît suspendre le jury par le eéoat, pour les crimes d*État. Pichegru fut trouvé étranl^é dans sa prison ; les autres détenus furent frappés d'épouvante. Cadoudal refusa de se défendre : A quoi bon- tant de paroles? dit-il. Je suis un blanc, il n'y a qu'à me fusiller. Et il exhorta les Bretons à ne pas oublier leur patrie.
Au milieu de Téclat des triomphes , il restait encore de la pitié pour la cause qui succombait. Moreau avait en sa faveur des vietmres non moins dédsi ves que celles de Bonaparte ; adoré destroapeSf jamais il n'avait songé à renverser le gouvernement, à lever rétendard de la révolte; et le héros de la Révolution n'avait rien de commun avec les royalistes en compagnie des« quels on le traînait devant un tribunal. Des applaudissements firéqaents interrompirent la noue exposition de sa vie; les sol* daits pleuraient à la vue de son jeune enfant.
Renvoyer Moreau absous, c'était condamner Bonaparte; tandis que le premier consul avait besoin de l'écraser de son pardon. On agit donc fortement sur l'esprit de ses juges, et il fut eandanmé à deux ans de prison, comme un banqueroutier; la peine de mort fut prononcée contre Cadoudal et douze autres. De toutes parts on implora leur grâce; toutes les familles se jetèrent aux pieds de Bonaparte, jusqu'à Murât lui-même et )iuqu*aux soldats, habitués à respecter le héros dans un ennemi. Ce fut en vain : le pardon ne s'étendit que sur deux comtes et un marquis. C'était la première fois , depuis la terreur, que Ton voyait (26 juin) tomber douze têtes en dix-sept minutes.
Comme cette conjuration avait dû être appuyée par le débarquement d'un Bourbon en Normandie, Bonaparte y envoya Savary pour s'emparer du prince ; mais personne ne parut. Louis- Antoine de Bourbon, duc d'Ënghien , était alors avec d'autres émigrés dans le duché de Baden : Bonaparte ly fit surprendre , en violant le territoire étranger, et transporter à Vincennes (2t mars) , où il fut jugé et mis à mort dans la même nuit.
Cet assassinat inspira une horreur générale. Les amis sincères de la France régénérée s'afQigèrent à Tidée que les cabinets étrangers auraient à Tavenir une réponse à faire aux accusations dirigées contre leur politique. Ceux même qui se vantaient
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du régicide et des massacres de septembre eo rejetèrent le blâme loin d'eux. I.a famille de Bonaparte TaTait supplié aree larmes de reooncer h ce coup d'État, dont Fouché dit , avec une immoralité profonde : Cejut plus qu'un crime, ce fut unefamte. Comme il arrive delà plupart des crimes, Bonaparte avait commis celui-là par crainte ; il frappa, de peur deparattreiaible. •Au moment de l'exécution , il jouait aux échecs, et répétait les vers à la louange de la clémence, que Corneille et Voltaire mettentdans la bouche d'Auguste et d*Alzire '. Plus tard, il éerivat dans son testament : « J'ai fiait arrêter et juger le due d*Eiigbien, parce que cela était nécessaire à la sûreté , à Tintera, à l'honneur du peuple français, quand le comte d*Artois entretenait soixante assassins dans Paris. En pareille drconstanee. je ferais encore de même. »
Il avait donc dressé l'échafaud entre lui et la république , entre lui et l'ancienne dynastie : il ne pouvait plus être ni ua Robespierre ni un Monk *, il ne lui restait qu'à être roi ; car après avoir tant fait, c'est se perdre que de s'arrêter. Au plus fort de l'effervescence produite par ces derniers procès, les éinissaîns du gouvernement allaient partout représentant la nécessité de rendre le pouvoir héréditaire , et le danger qu'il y avait à laisser le sort de la France dépendre de la vie d'un homme, à chaque instant menacée. François de Meufchâteau lui disait en plein sénat : « Vous fondez une ère nouvelle , vous devez la perpétuer; « l'éclat n'est rien sans la durée. Citoyen premier consid , le « sénat,vous parle au nom de tous les citoyens : tous vous ad- « mirent et vous aiment; mais chacun pense avec anxiété à ce
'M. Tiiiors^qiii cite cette étrange particnlarité , Ta tirée des Mémoires encore inédits de madame de Rémiisat, qui, eo jouant anx échecs avec le premier consul , à la Malmaison, où il s'était renfermé, Tentewift à piusieurs reprises murmurer ces vers. « Ce ne pouvait être, A M. Tliiers , une sanglante ironie; elle eût été trop basse et Ut»p inotile. Mais cet lionime si ferme était agité, et il revenait parfois à coasidérer en lui-même la grandeur, la noblesse du pardon, accordé à un euemi vaincu et désarmé. » ( An. R. )
* Il parut à cette époque un pamphlet intitulé Parallèle ftilre César, Cromwell , Monk, et Buonaparte , et qui Gt grand bruit
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• qui adviendrait du vaisseau de la république , s'il avait Je « malheur de perdre son pilote avant d*étre fixé par une ancre > inébranlable, interrogez tous les Français , et ils vous diront « tous : Grand homme, achevez cotre œuore en la rendant im*
• morteiie comme votre gloire. Vous nous avez tirés du chaos « dupasse^ vous nous faites bénir les bienfaits du présent ;
• garantUseznous Pavenir. Dans les cours étrangères, la saine' « politique vous tiendrait le même langage. Le repos de la
• France est le gage du repos de TEurope. »
Le nom de roi sonnait mal aux oreilles de ceux qui avaient jnré baine étemelle à la royauté : c'est ce qui fit préférer le titre d^empereur, suggéré par les réminiscences de Rome et de Charlemagne. Le tribunat , comme représentant le peuple, proposa de le loi décerner ; le sénat rendit le décret , et le pays entier alisa de ses acclamations Tempereur des Français Napo- Uon 1^(18 mai 1804).
LaPraneeétait lasse detant d'essais successifs, de l'oppression de 1793 , de la constitution anarchique de 1795 ; elle ne voyait de saint que dans le retour au passé. Désillusionnée depuis 1 789 , die implorait le despotisme , et elle ne le voyait alors que sous h forme militaire. Cessant de croire aux idées , elle croyait à nn homme, et les espérances comme les admirations se tonr« iiaîent vers Bonaparte. Il avait ramené l'enthousiasme par le prestige delà gloire, et montré, par sa conduite en Italie, qu'il savait transiger avec le passé. 11 paraissait donc seul capable de faire rentrer la France dans la* grande commuuauté des nations. La tyrannie de la gloire et du génie parut un mal tolérable au moment où Von échappait à une ignoble tyrannie.
11 sut ramener à l'obéissance l'époque la plus indisciplinée , et employa à Tœuvre de la reconstruction les hommes qui s'étaient montrés les plus actifs à démolir l'édifice.
Ainsi , à une révolution ennemie jurée de l'histoire succéda Fempire, où tout fut imitation : pour symbole, l'aigle tenant la foudre ; dans le palais, les dignités militaires et civiles, telles qu'on les trouve dans Hincmar ; un grand aumônier, comme au temps où les Capets jetaient des poignées d'or au peuple ; enfin , b loisaliqne, comme règlede la succession au trône. Si Napoléon
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▼enait à mourir sans enfants , ses successeurs désignés étaient Joseph, puis Louis, mais non Lucien ni Jérôme, qui avaient épousé des plébéiennes. La confédération du Rtiin rappela la ligue du Rhin, imaginée par Richelieu; il y eut un pacte de famille, comme sous Louis XIV; la Légion d'honneur ressuscita les ordres chevaleresques, et Napoléon Tenvoya avec une prodigalité solennelle aux rois et aux princes, qui lui décn^ nèrent en retour leurs décorations ; des familles historiques sollicitèrent des pensions et des titres de Thomme du peuple. Dans œ brusque passage de la république à l'empire , les sansculottes de la veille se trouvèrent des altesses, des nHUisei* gneurs, des connétables, des grands électeurs, des archicbaiieeliers, des maréchaux ; des couronnes ducales sunnontèfcntdes noms régicides; des conventionnels portèrent la clrfde bellan; le peuple s'empara de tous les hochets arrachés à l'i tocratie.
Le nouveau pouvoir cependant no rejeta aucune des formalités propres à le faire respecter. Un registre ouvert dans tontes ks communes, et où Tabsence devait être considérée comme oae adhésion tacite, donna à Napoléon la sanction du suffirage populaire. H voulut avoir celle de la religion; et Pie VII, consentaat à couronner le guerrier qui venait de s'incliner devant le Christ, heureux d'exercer ainsi une dictature morale, reconnue par le génie le plus vigoureux de l'époque, se mit en route à l'âge de soixante-deux ans , non , comme son prédécesseur Pie VI , pour subir à Vienne les outrages d'une antique dynastie, mais pour en consacrer une nouvelle.
Le pontife fut traité avec des égards et des respects à travers lesquels perçait l'orgueil. On remarqua que Napoléon, qui se porta à sa rencontre, monta dans le carrosse le premier, y précédant^ lui homme d'hier, le pontife de tous les siècles. Fonctionnaires, citoyens de tous rangs vinrent s*incliner devant lui , aussi facilement qu'ils avaient , le jour d'avant , renié Jésus-Christ et son vicaire. Pie VII geignait les cœurs par sa mansuétude. Comme il donnait un jour la bénédiction au peuple agenouillé, il vitoa jeune homme resté debout, le chapeau sur la tête : Mon ami ^ lui dit- il, si vous ne croyez pas à rejjflcacité de ia bâddic^
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fUm du pontife, croyez du moins que celle cTun vieillard ne saurait porter malheur.
La golennité da couronnement fut pleine de pompe ; mais die pat paraître étrange à ceux de ces grands dignitaires qui se rappelaient leur rôle de la veille. Napoléon prit la couronne des mains du pape, et se la posa sur la tête (2 décembre); il couronna ensuite Joséphine, qui, le jour précèdent, avait reçu la bénédiction nuptiale. Les journaux anglais ne manquèrent pas de jeter le ridicule à pleines mains sur cette solennité , qu'ils appelèrent une mascarade ; et Napoléon eut le déplaisir de s'y voir comparé lui-même à Dessalines, qui venait aussi de se faire couronner empereur.
Les Bourbons protestèrent contre ce couronnement , et tinrent une réunion à Calmar, où furent jetées les bases d'un système représentatif à donner à la France lors de la chute de Napoléon. Ainsi la vieille dynastie songeait à fonder les libertés publiques , alors que la nouvelle les démolissait. Mais leur parti au dedans diminuait chaque jour ? la Vendée et la Bretagne étaient domptées ou divisées, et il s*y faisait de grandes améliorations ; la police surveillait les mené^ d'un petit nombre de gentilshommes , et elle en tenait les fils , toute prête à frapper quand il serait nécessaire de faire quelque exemple.
Le serment prêté par Njtpoléon consacrait, d'autre part, les eonquétes immortelles de la Révolution : l'égalité civile , le eoDcooTS de la nation dans la confection des lois , la libre admissioii de tous les citoyens aux emplois et aux dignités.
Cbarlemagne avait été roi d'Italie : ce titre devait aussi tenter Kapoléon ; il linvait une seconde fois conquise; il s'agissait de Forganiser de nouveau* Les patriotes italiens se flattaient que Napoléon, volonté inébranlable, organisateur puissant, réunirait cette Italie que la nature avait &ite une, que les conventions politiques seules ont morcelée. Maisdéjà le Piémont se considérait comme attaché de fait à la France. La Toscane avait été érigée en royaume d'Étrurie pour un infant d'Espagne. Il follait concéder un domaine temporel au pape, avec qui l'on était réconcilié. La ToUmté de la Russie protégeait le royaume de Naples ; la possession de Venise avait été confirmée à l'Autriche. Les Italiens se