PARIS LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET C
mPftlHEURa DB L'»8TITtrr, RUE JAOOB, 50
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LVmpire turc a traversé les siècles en dehors do droit commun des nations européennes : ce n*est rien de plus qu*une horde armée qui , ayant dressé ses tentes dans les plus belles contrées de TEurope et de TAsie , fait peser Tignorance et la servidide sur de Téritables nations. Tout ce que nous regardons comme barbarie, et que nous nous gloriGons d'avoir répudié, subsiste en Turquie. La propriété y est mal assise , puisque le maître unique du sol est le sultan , à qui les biens revien* oeot totalement h défaut d'héritiers , et partiellement s'il en existe. Les magistratures sont données à qui les paye; on acbète les témoins ; on enlève les femmes pour en peupler le harem , les jeunes garçons pour en faire des eunuques ou des koglans. Les TOrcs, qui n'ont point pris racine sur le sol , et qui ne se sont jamais élevés à la vie de nation , rançonnent ces contrées, où l'organisation municipale qui a survécu n'a cessé d'entretenir le désir et le besoin de l'indépendance. Ce qui les maintient, c'est que leur pouvoir central est supérieur aux lois anarebiques des opprimés, qui, même en s' insurgeant, restent isolés et affoiblis par leurs passions.
La force matérielle et le fanatisme , qui donnerait dans l'origine tant d'énergie à l'empire turc , seraient actuellement les seuls éléments de régénération ; mais comme ces moyens répugnent à toute civilisation , la décadence devient de jour en jour plus évidente. Quelles réformes opérer là où la religion est la
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loi , là OÙ lutte le pouvoir militaire des janissaires, associé à la puissance religieuse des ulémas > ?
On attribue au sultan Amurat F^ Tinstitution de cette milice des janissaires (1889), armée permanente à une époque où aucun prioee d'Europe n*en possédait. Il la composa d'enfants enlevés aux chrétiens; politique odieuse mais habile, qui rompait pour ces soldats tout lien de famille et de patrie, pour les affectionner uniquement au drapeau. Cet étendard de couleur rou^e portait le croissant d'argent, à côté du cimeterre d'Omar. Les janissaires, quand ils étaient mécontents, se rassemblaieut autour de la marmite et la renversaient : c'était le signe de la révolte. Leur nombre se borna d'abord à mille ; ils furent douze mille sous Mahomet II, vingt mille sous Soliman; ce nombre doubla sous Mahomet IV: ce fut alors qu'ils devinrent omnipotents. Depuis la fin du dernier siècle, ils ne se recrutèrent plus de jeunes chrétiens, mais uniquement parmi les enfants ou parents de janissaires, ce qui les fit plus unis et plus forts. En campagne, ils vivaient, comme toute l'armée, aux dépens du pays; en temps de paix, douze mille d'entre eux recevaient une faible solde; les autres s'équipaient et s'entretenaient à leurs frais, lis étaient en conséquence obligés de travailler comme boulangers, comme savetiers, comme bateliers. Ils avaient par là des rapports fréquents avec le peuple , ce qui les rendit trèsredoutables dans les émeutes qui coûtèrent la vie à cinq sultans,
< LMiistorien, qui raconte plus loin le sanglant épisode de la destracf ion des janissaires, nMgnore pas que cette milice hostile à toute innovation a complètement disparu depuis 1826, ainsi que Tordre des Becktachis, derviches fanatiques liés avec les Janissaires par leur origine et leurs institutions, et qn*ils ne comptent plus en conséquence parmi les obstades que les réformes peuvent aujourdMiui rencontrer dans Tempire turc. L'historien apprécie bien, en général, ce qu'il y a de pen compatible entre les principes de la civilisation européenne Introduits en Turquie, et les traditions religieuses et politiques dont ce pays a vécu jusqu'à nos jours : le tableau nous paraît cependant un peu trop chargé sous ce rapport ; et les idées de progrès et d'humanité , qui sont à Tessai sous le jeune successeur de Mahmoud, mériteraient, il me semble, plus d'encouragement et de sympathie. (Am. R.)
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et Je trdoeà plusieurs autres. Cependant ilsn*en pesaient pas moins sur la population, et oh les vit parfois mettre en réquisition tous les charpentiers et maçons de Constantinople pour se faire bâtir une caserne , ou pour construire et orner quelque riche magasin. Parmi les privilèges qu'ils s'étaient arrogés, il y avait celui de brûler et de broyer le café , que toute la ville était obligée d'aller acheter dans un même lieu.
Après que la bataille de Lépante eut abattu les forces de Tempire, les sultans, cessant d'être guerriers, se (irent dévots : alors les ulémas s'entendirent avec les janissaires, ils encouragèrent leur licence , leur rapacité , et préparèrent avec une longue habileté tous les coups que cette troupe devait frapper. Au commencement du siècle, on comptait dans Constantinople eioq mille quatre cent quatre-vingt-cinq mosquées : on peut juger par là du nombre des prêtres et de la puissance de oe sacerdoce. L'empire turc avait des finances, sinon mieux ordonnées, du moins plus riches que celles des autres puissances européennes. le miri, ou trésor public, était alimenté par la capitation, qui se paye, à partir de quatorze ans, par le produit des salines et des domaines de la couronne, par les impôts sur le café, sur le tabac, sur les drogueries. Le kasna , ou trésor privé , percevait les tributs des hospodars de Moldavie, de Yalachie et de Raguse, les impits de l'Egypte , dix pour cent sur les ventes de biensfoods , les amendes , les confiscations et les successions en déshérence.
Les troupes turques supportaient mieux les fatigues militaires que les armées européennes ; elles attaquaient avec impétuosité, résistttent avec opiniâtreté, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d*espoir de vaincre; mais cet espoir perdu , elles se dispersaient sans retour. Comme la Russie, l'Autriche et la Prusse, la Turquie avait pour base son organisation militaire.
Parmi les princes les plus fameux de son temps, on peut <^Iasser Mustapha (1757), fils d'AchmetlII. Instruit par le malli^ur, formé par les leçons de son père, il s'était encore fortifié par l'étude et la réflexion. Il donna sa confiance à Méhémetl^^giûd, pacha d'Egypte, l'un des meilleurs vizirs de la décadence, qui fit des réformes opportunes et rétablit les finances.
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Mais, rigide observateur de la loi, Mustapha faisait exécuter avec une sévérité implacable les ordonnances somptuaires de Tempire: en se promenant par les rues, suivi du bourreau , il lui donnait à étrangler ceux qui portaient de trop riches vêtements. Si le peuple, accoutumé aux profusions de Mahmoud, l'accusait d'avarice , il répondait que Ton verrait le contraire à l'occasion. En effet , il répara les routes et les ponts , fonda des écoles et des bibliothèques , flt traduire en turc les Jphorismes de Boerhaave et le Prince de Machiavel , avec la réfutation de ce livre par Frédéric II : il prononçait lui-même des discours dans les académies.
11 sentait la décadence de l'empire, et y portait les mains de tous côtés. Indigné des cessions de territoire faites à b Russie et à rAutriche , il voulait la guerre , par sentiment religieux ; mais Raghib l'arrêta , en lui opposant les décisions des ulémas, et les énormes dépenses auxquelles il fallait faire face. Déjà l'empire semblait se disloquer de toutes parts. De temps à autre, quelques pachas ou bien les mameluks d'Egypte refusaient obéissance ; et la Porte n'était pas assez forte pour les dompter. — Catherine II essaya de porter les derniers coups à cet empire ; elle s'empara de la Grimée, et menaça de près Constantinople ; Joseph II, de son cdté , lui fît une guerre qui coûta à l'Autriche trois cent millions et cent mille hommes. I^éopold , son successeur, conclut la paix à Szistova ( 4 août 1791 ) ; l'Autriche restitua ses conquêtes , notamment la Valachie et la Moldavie. Les prisonniers de guerre furent rendus sans rançon par la Porte; ce qui ne s'était point vu encore, et ce qui était contrat re aux idées religieuses des musulmans.
La Turquie cependant n'était point heureuse par les armes : les Russes , commandés par Souvarow, gâchèrent du terrain; enfin elle entra aussi en négociations avec eux. La paix de Jassy ( 1792 ) établit le Dniester pour limite entre les deux empires. La Russie abandonnait ainsi la Bessarabie , Bender, Akkerman , Kilia, Ismaïlov et la Moldavie; la Porte se portait garante contre les pirateries des Barbaresques et les incursions des Tartares.
Les ulémas avaient beau promettre le paradis à ceux qui étaient tués en combattant, les échecs militaires entretenaient parmi les
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BonliDaDS un mécontentement qui se traduisait par de con« lîDDds incendies. Séiim qui ayait succédé à Mustapha , devenu faoueheet soup^nneiix , n'osait presque plus sortir de son palaii. Sous ce règne, les Français, les Anglais et les Russes firent ensemble ou tour à tour la guerre à cet empire affaibli , et toojowB flottant dans ses amitiés. Napoléon chercha à le tirer de h torpenr et à réTeiller ses souvenirs belliqueux ' , sans s*inqniâer de mettre TEurope en feu et la civilisation en péril , powu qu'il fît trembler ses ennemis. Mais il y employa des oojeDS peu propices , tels que la presse et le récit de ses batsillcs. Il ne fit qu'effrayer ceux qu'il voulait encourager, sans empêcher les Russes d'attaquer la Porte comme alliée de la Fnnce, et de pousser leurs conquêtes jusqu'à Ismaïl, ce qui leurvahitla paix avantageuse de Jassy. Quand il voulut endormir Aleiandre sur ses usurpations, Napoléon convint avec lui secrè* tement, à Tilsitt, « d'arracher aux vexations delà Porte les provinces d'Europe, excepté Constantinople et la Roumélie. »
Sélîm, devant cette décadence , sentit la nécessité d'une réforme. Voyant que le despotisme , les muets , les poignards n'avaient pas garanti ses prédécesseurs , il songea à se procurer une armée et des finances. Il mit en conséquence un impôt sur le vin , et organisa à edté des janissaires une nouvelle milice, qui fit dignement ses preuves au siège d'Acre. Mais les ulémas jetèrent les hauts cris ; leurs amis les janissaires s'en mêlèrent bientôt, irrités de ce que Sélim voulait les tenir en bride, et pousser les Turcs dans les voies de la civilisation. Renversant donc leurs terribles marmites ( 1807), ils portèrent la flamme et le massacre dans Constantinople. Le sultan les excommunia , et fit marcher contre eux les troupes de quarante pachas ; mais les janissaires restèrent les plus forts, et, après avoir déposé le sultan philosophe , ils abattirent ses institutions et firent tomber les têtes de ses ûvoris. Mustapha^ Baîrakdar (porte-étendard), pacha de Routchouk, accourut à G)nstantinople , suivi de ses
disait à Saiote-Hélène quMl écriTit à Sélim : « SulUn , son de ion sérail , mets-toi à la télé de tes troupes , et recommenee les bavi jours de la monarchie. »
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soldats , et , ayant frappé les chefs de la révolte, il allait rétablir Sélim sur le trône, quand il le trouva assassiné. Alors il fit ceindre le cimeterre a Mahmoud, neveu du sultao, et commença à gouverner avec autant de force que de sévérité. Bientôt le parti janissaire se releva en fureur, et proclama Mustapha IV ; mais Baïrakdar fit étrangler ce prince; puis, mettant le feu à un magasin à poudre, il s'ensevelit sous les débris avec les chefi de la révolte (28 juillet 1808).
Mahmoud était resté jusqu'à vingt-deux ans livré aux femmes et aux ulémas, éducation habituelle des futurs empereurs ; mais la captivité de Sélim , devançant pour lui les leçons de Texpérience , lui inspira la haine des janissaires et le goût décidé des innovations. Doué d'autant de qualités que son prédécesseur, et d'une plus grande fermeté, il choisit de bons ministres, multiplia les vengeances et les châtiments, et se promit d'abattre toutes résistances.
Les difficultés étaient grandes à son déhut. La Perse hostile avait poussé le pacha de Bagdad à la révolte ; les Wahabites lui avaient arraché la Syrie et l'Arabie; les armées russes couvraient les rives du Danube et du Kouban ; la Bosnie et la Servie étaient en armes ; Ali , pacha de Janina , favorisé par l'Angleterre , tentait de lui enlever l'Albanie et les îles Ioniennes. A l'intérieur, il n'y avait ni trésor, ni soldats, ni confiance; les janissaires étaient courroucés , les ulémas hostiles. La fortune le seconda d'abord: il recouvra les clefs des villes saintes de l'Arabie, comprima les pachas turbulents de W'iddin et de Bagdad , réduisit au silence les Afghans , soumit les mameluks à la discipline , et répandit dans l'armée une nouvelle vie ; il termina'la longue guerre de Moldavie par la paix de Boukharest , conclut un traité avec la Russie, que menaçait un ennemi plus fort, en renonçant aux villes et aux districts situés sur la rive gauche du Pruth; enfin il s'appliqua à des améliorations intérieures, pendant qu'il n'avait rien à redouter de la part de la Russie ni des autres puissances, occupées à se défendre contre Napoléon.
Le zèle religieux se refroidissait par l'influence , si faible qu'elle fut, des idées de la révolution , par l'effet des victoires
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des Anglais dans Tliide, autant que par celles des Wababites. Puis e*étaît déjà un proGt pour les sujets de n'avoir à obéir qu'a un seul tyran. Le peuple prit donc Mahmoud en affection, et sa popularité lui donna la hardiesse d'oser davantage. Comme il était le dernier de sa race , et qu'en l'assassinant on eût fait périr le khalifat , il demeura inviolable au milieu des haines des janissaires et des ulémas.
H prit conseil de Hali*£ffendi , qui, ancien ambassadeur à b cour de Napoléon, avait pu voir les réformes praticables, et les indiquait à son maître. Blahmoud remplit, d'après ses avis , les aleotoorsde la capitale d^instrumentsde supplice, sur lesquelsexpiratent, dans d'horribles souffrances, les nombreux bandits qui les mfestaient. La fureur des janissaires se tourna contre le ministre, et le sultan, cédant à leurs désirs , l'envoya en exil : il accorda cependant à ses larmes un firman qui lui assurait la vie ; niaisà peine était-il parti, qn'ilenvoya l'ordre de l'égorger, et ses dépouilles firent entrer dans le trésor dix millions de piastres.
Quand les Anglais sortirent de TÉgypte après la courte occupation française , cette province semblait devoir être restituée a la Porte ; mais les mameluks y reprirent leur autorité désordonnée ; tyrannie féodale , qui les laissait libres d'obéir, au- Uintqae cela leur plaisait, au pacha envoyé de Constantioople. La Porte , résolue de détruife cette milice rebelle, non-seulemeot interdit de leur porter des enfants de la Circassie et de la Géorgie avec lesquels ils se recrutaient, mais elle eut recours à ses moyens ordinaires. L'amiral turc , les ayant invités à on hanqiiet, les fit assaillir à coups de fusil; le vieux Ibrahim €L le jeune Bardissi, leurs principaux chefs, échappèrent pourtant à ce guet-apens. Le nouveau pacha envoyé au Caire , Kosrew, avec des soldats recrutés dans tout l'empire, fit une guerre d^extermination au^ mameluks ; mais les beys, excités par Méhémet-Ali , reprirent le dessus. Cet homme obscur, marchand de tabac dans la Macédoine, étant allé dans ce pays comme chef des Amantes *, passant d'un parti à un autre , eut
' Vf% Arnaiites sont des milices de Skipetare et de Grecs, tirées de la RoméUe.
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recours à tous les moyens qu*il crut propres à son élévatioQ. Après avoir battu Kosrew , il fut fait gouverneur de TÉgypte aux acclamations du peuple, c'est-à-dire des soldats et des ulémas; il endossa la pelisse d'honneur, et parcourut le pays au milieu des cris de joie. La Porte fut obligée de s'accommoder de cette domination nouvelle , et de remettre les choses sur le pied où elles étaient avant l'invasion française. Méhémet-Ali ^ aussi rusé qii'ambitieux , put dire : L^ Egypte est à Pencan , elle demeurera à celui qui donnera le plus d'argent ou le dernier coup de sabre.
La Porte en était réduite à s'avouer inférieure en force, en même temps qu'elle était menacée par le fanatisme, cette autre base de son existence.
Les Wahabites , secte qui s'introduisit en Arabie vers 1730, se proposaient de rappeler l'islamisme à sa rigueur et à sa pureté primitive,' répudiant les traditions, les symboles, et tout ce qui n'était pas l'adoration du Dieu pur. Le luxe, les habits désole et l'usage de la pipe surtout étaient condamnés par ces puritains de l'islamisme. Aussi forts de leur fanatisme que de leurs armes , ils commençaient, en entrant dans une ville, par renverser les tombeaux des scheiks en honneur dans la centrée et les bazars ; mais, au lieu d'établir un pouvoir unique, ils conservaient l'indépendance à chaque tribu , comprimant toutefois les guerres civiles ; et ils faisaient rendre la justice par des tribunaux réguliers.
La Porte, se repentant, mais trop tard, de les avoir laissés grandir, donna ordre à Suleiman , pacha de Bagdad, de les exterminer ( 1801 ). Ali-Kiaga , général de ce pacha, pénétra avec beaucoup de difBcultédans le district de Lahsa; mais, peut-être d'intelligence avec l'ennemi , il battit en retraite. Enhardis par ce succès, les Wahabites s'avancèrent jusqu'à la Mecque, dont ils se rendirent maîtres ; ils y amoncelèrent un énorme tas de pipes, où il y en avait de fort précieuses , et y mirent le feu. Abdel- Aziz , leur chef, fut alors assassiné par la vengeance d'un Persan ; on lui donna pour successeur Ibn-Saod(1803 ), qui ralluma chez les siens l'ardeur des conquêtes. Us dévalisaient les caravanes sacrées , détruisaient les mosquées. Us ne
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parent toutefois Tenir à bout de la Kaabali , à cause de sa soli* dhé; mais ils éloignèrent les pèlerins en comblant les puits (1804). Ibii-Saod n*enimenait cependant pas à sa suite plus de six mille hofflmcs lors de rexpédition qui remplit de terreur l*Yémen, la Syrie, et les deux rives de l'Euphrate.
Mâiémet-Ali se fut à pône consolidé dans la vice-royauté de rÉgypte, qu'il se proposa deles dompter; mais il voulait auparavantassurer ses derrières, en détruisant d*un coup toute la milice des mameluks. La cérémonie dans laquelle le vice*roi devait donner solennellementla pelisse d*honneur à Touzon, son second fils, qui devait commander la croisade, lui en offrit Foccasion. Tous les mamelouks y furent enveloppés, massacrés par des troopes apostées; et le féroce Ali ne s'arrêta que lorsqu'il eut VI les quatre cent soixante-dix têtes sanglantes de ses victimes.
Ce fut alors que le vice-roi entama Texpédition contre les Wa* habites ; mais les trois mille hommes commandés par Touzon qui semblaient devoir détruire facilement ces bandes errantes, forent mis en déroute (1812). Touzon ensuite, réparant ses pertes, r^MÎt Médine et la Mecque (1815), et parvint, après me longue campagne, après beaucoup de négociations et de trahisons, à dompter ces fanatiques; mais ils se relevèrent bientôt. Ibrahim , le fils atné de Mébémet, qui devait être son orgueil et l'objet de ses plus chères affections , commanda contre eux une nouvelle expédition. Abdallah , leur chef, moins habile <Ioe brave, tomba entre ses mains( 1818); et l'extermination fut le procédé que le vainqueur employa pour rétablir la tranquillité.
Mébémet détruisit de même les États de Dongola, de Barbar, Clicndi,Halfoy, Kordoûin, et le royaume de Sennaar(1819), où la dynastie des Foungis avait subsisté depuis l'an 890 de l'hégire, et donné vingt-neuf rois au pays.
Alexandrie et Constantinople fêtèrent le jeune « pacha des ^les saintes. » Ce n'était pas cependant le triomphe de la Porte , mais bien celui de Mébémet- Ali. Son avidité compromit toutefois ces acquisitions; il tyrannisa l'Arabie, de sorte que cette conquête tourna à son détriment, Touzon, qu'il avait envoyé dans la Nubie pour réunir ce pays à l'Egypte, y perdit la vie , et sa mort fut vengée par celle de plus de trente mille Africains.
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Cependant Méhémet, despote astucieux, novateur égoïste^ mais doué d'une intelligence supérieure , apprit a lire, se Gt initier aux arts de TËurope; et, habile à détendre tous les liens qui rattachaient à la Porte, il s'appliqua à organiser le pays, er» le gouvernant comme s'il en eût été le chef suzerain. Aussi croyait-on universellement qu'il n'attendait qu'une occasion pour proclamer cette indépendance, dont il usait prématurément.
Les soulèvements se succédaient aussi dans d'autres parties de la Turquie ; car on ne réclame pas sous les tyrans , on cens pire. Des incendies fréquents révélaient le mécontentement , et la Porte était contrainte d'accorder à la rébellion triomphante ce qu'elle avait refusé aux réclamations de la fidélité. Tous les symptômes d'une décadence sans remèdes apparurent alors à tous les yeux. La vraie cause de cette décadence, c'est que les Turcs ne sont pas une nation ; qu'il n'y a point de nationalité qui s'improvise là où manque tout accord dans les intérêts, où les sentiments n'ont point une même direction. Dans les sociétés chrétiennes, tout tend à l'égalité politique, à tirer parti des facultés de chacun pour le bien-être de tous, et à faire concorder ce droit avec le devoir. Les grands États européens ne sont point mis en péril de mort par les fautes de leurs chefs ; et si la force brutale peut changer les gouvernements et les frontières, elle n'entame point ce sentiment profond et fraternel qui est la vie et qui règle la destinée des peuples. En Turquie, au oontraire, que de millions d'opprimés sont agglomérés autour d'une poignée de Turcs ! rivaux irréconciliables, que la religion et l'intérêt font ennemis. Tous les musulmans sans distinction sont également appelés à parvenir à la puissance, aux dignités, aux fonctions du sacerdoce , de la justice , de l'administration -, nulle distinction n'existe dans la race conquérante , sauf le turban vert pour les descendants du prophète. Hors de là , rien d'héréditaire. Portés des conditions les plus basses aux postes les plus élevés, ils y conservent le nom de leur condition passée.
Les fils des vaincus sont réduits à la condition de sujets, de clients, de gens de travail, mais libres de corps, de conscience, libres de s'administrer entre eux moyennant la capitatioui
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Kbns de coltiver leurs biens en payant le tribut foncier. Si le ra!a Tient à embrasser Vîslaniisme, il sera exempté de la capitation, mais il ne sortira pas pour cela de la classe des vaincos, à moins qu'un firman du mettre ne Télève aux grands emplois. La race turque a donc pu jeter un éclat passager alors qu'un Mahomet II ou un Soliman poussaient en avant leurs hordes guerrières , faisant appel à leurs instincts de dlstniciion ; mais se fondre avec les peuples conquis, cimenter avec eux cette union qai seule peut engendrer la force, jamais!
L'imprévoyance est le fait des peuples asservis, qui ont perdu la acuité d'examiner leurs propres besoins , de les exposer, de chercher remède à leurs maux. Le droit de remontrance ne s'exerce d'ailleurs, chez les Turcs, que par les baïonnettes des janissaires. Ce peuple, torturé par un mattre, torture à son tour tes bourreaux ; mais , content d'une vengeance passagère , il n'a point le souci d'assurer sa sécurité à venir et lebonlieor de ses descendants.
L'administration intérieure est simple, car elle est despotique : aujourd'hui portefaix, on est demain vizir, si le maître le veut ainsi ; après quoi ce vizir peut voir arriver le cordon fatal , sur la plûnte d'un mendiant auquel il aura fait injure*, ce qui met une terrible égalité entre les croyants. Le premier venu peut à toute heure se présenter chez le pacha , s'asseoir au milieu du divan , exposer ses griefs , et recevoir justice sans formalité , et sans plus de cérémonie.
Ce sultan qui semble le maître absolu d'un si vaste empire ne l'est en réalité que dans sa capitale, parce qu'il y a sous la
* Ce talileao des moBors et da gouvernement de la Turquie, exact ^vaalaa paasé, ceiaerait d'être éqnluble et vrai, snr quelques points, t*il s'agksail dn tempe présent Les nouveaux principes proMolgués aooBle règne actuel, si dépourvus qu'ils soient encore de force et de vie dam Tapplication , ont cependant porté coup aox excès les plus révoltantidu despoUsme turc; le nouveau code pénal , surtout, 8*est ouvert a des idées d'humanité et de progrès ; et le cordon tant redouté des viùn et des paclma a cessé de figurer parmi les présents do inattre. Un niairtre congédié à Constantinople perd son portefeuille comme ail» Nfs, et voilà tout. ( A«. R. )
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main beaucoup de troupes et de rartilleiie ; bon de là , se retrouve la vivante image du système féodal. Les pachas sont l'équivalent des barons , avec T hérédité de moins. Les villages correspondent aux communes, ayant des revenus particuliers. L'administration civile et militaire appartient au pacha, la justice au cadi , le culte au muphti , divisions qui du reste signifient peu de chose là où Tarbitraire fait tout. Presque tous les emplois sont mis à Tenchère tous les ans, et ceux qui les achètent ne négligent rien pour rentrer au plus vite dans leurs déboursés.
Très- peu de gens savent lire et écrire en Turquie; le sultan signe en trempant son doigt dans Técritoire; les pachas signent avec leur cachet. Pi'ayant point à passer par les longues filières des procédures judiciaires, les affaires pourraient marcher rapidement, si on ne faisait pas durer à plaisir celles dont il y a de grands profits à tirer. Les jugements sont généralement équitables, dictés par le bon sens, et d'une simplicité patriarcale; puis on brûle le peu de documents qui ont figuré au procès, et la cause est irrévocablement jugée.
Les municipalités sont chargées de répartir Timpot entre les familles, et les relations avec le centre de Tempire sont extrêmement rares. Écrire à Constantinople n'est guère dans Fusage d'un peuple illettré. Le Grand Seigneur, s'il a un ordre à transmettre , est obligé d'expédier un Tartare.
La population diminue à vue d'oeil, et toutes les villes ont entre elles de vastes déserts. La médecine n*y est pratiquée que par un petit nombre d'empiriques ; nulle attention à l'état sanitaire du pays; point d'hôpitaux, point de routes, point de ponts, point d'établissements d'instruction ; dans les prisons se trouvent confondus les pi'évenus et les condamnés; l'assassin y coudoie le débiteur insolvable.
Les servitudes personnelles, les logements militaires, les exactions , pèsent sur les habitants des villes. Ainsi la richesse , étant une occasion de péril et de ruine , se cache et n'ose tenter des entreprises qui la démasqueraient. L'argent s'entasse improductif, soit dans le trésor impérial , soit dans la bourse des particuliers. Vient-il à se montrer, il est écrasé sur-le-champ
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4t ontnbotioiis; en attendant, des soldats 8*établissent en ■atlres dans votre maison ; et ai la chaire devient trop lourde , le village émigré tout entier.
Cen*est point par leur taux exorbitant, c'est par leur maulaise répartition que les inip6ts sont le plus vexatoires ; c'est parée que le recouvrement s'en opère avec brutalité par la nain des traitants qui les ont a charge, et à travers une longue chaîne de concussions. Le gouvernement turc n'entend rien au maniement des finances, et ne connaît point d'autres expédients qoe l'altération des monnaies.
Une grande portion des terres appartiennent aux mosquées, ^sont exemptes d'impôts. Elles sont sacrées, à ce point que, si urgents que les besoins puissent être , on n'ose y porter la main. Les pachas lèvent les impôts sur les autres, terres, sans cadastre , sans règle fixe , grevant à volonté les propriétaires sans que le trésor en profite.
Uégalité qui règne entre les musulmans leur inspire un or> goeilleux mépris pour les chrétiens, qui n'y participent point. Lorsqu*en traversant les rues de Constantinople , on entend les femmes même dire aux raîas, « Que la peste t'étouffeî que les oiseaux fiaitentsur ton menton ! » on peut se figurer ce que doit être la condition des chrétiens. La ligne de démarcation entre les deux peuples est aussi tranchée qu'au jour de la conquête. Ils vivait ensemble, sans se mêler, sans se saluer. Le pouvoir, dans les cas les plus extrêmes , ne demande pas un soldat aux chrétiens; il ne les force pas de parler sa langue, mais il ne s'inquiète pas d'apprendre la leur. Ainsi les gouvernants ignorent les gouvernés; ils ne leur parlent qu'au moyen d'interprètes qui, pour la plupart, sont des renégats, et couséqaemment d'une foi suspecte : autre ressemblance avec le système des conquérants de notre moyen âge.
Chrétiens et Turcs traitent donc entre eux comme d'esclave à mettre : Injustice n'est point la même pour les uns et pour les autres ; le délit qui mène au gibet le chrétien, se rachète par une amende pour le musulman. Sur le premier seulement pèse la taxe personnelle. Le Turc a pour le chrétien tout le mépris du planteur pour l'esclave^ disposant de sa maison , de son cheval,
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de ses ustensiles. Il arrive que le pàcha met en réquisition les raîas, les envoie travailler an loin, sans pourvoir le moins du monde à leur nourriture.
Dès qu^un village compte un nombre suffisant de chrétiens, il leur est permis d'élire un chef (kodia basehé) qui les représente auprès de Tautorité musulmane, répartit Fimpôt, fait connaître les ordres du pacha, et portt devant lui les réchima* tions des raîas. Mais se fondre avec les Turcs est impofisible autant que d*unir la polygamie avec le mariage , la liberté avec Fesclavage , TÉvangile avec le Coran. Si déjà nous voyons en Grèce, en Algérie, en Moldavie, en Servie, prévaloir les races chrétiennes, cela vient de la disparition des Turcs, on de ce qu'il n'en reste qu'un petit nombre, qui y sont comme à l'état de prisonniers. Mais les chrétiens, par malheur, n'offrent point, dans toutes ces contrées, les éléments d'une forte agrégation entre eux, pas plus qu'avec le reste de TEurope. Point de nationalité, point de patrie, ni origine; ni langue qui leur soit commune. Point d'intérêts généraux, à part la religion. Qu'ils se soulèvent, et ils n'ont à arborer que la croix. En réa- Hté, ils n'ont de patrie que la commune; et entre ces petits groupes il y a d'immenses espaces et point de communications. Presque tous ces chrétiens sont schismatiques, par conséquent hostiles à Rome, qui est le centre de l'unité européenne : c'est là ce qui a facilité la longue domination de la race turque. £t maintenant que reste* t-il du Coran? la polygamie, l'anarchie des pouvoirs, la corruption de ses agents , l'appauvrissement général , la stérilité du sol , et la dégradation de la race turque; aussi sa chute est-elle Inévitable. Mais qui peut prédire ce qui en surgira?
BÉGÉNBEATION DB hk GBÀCH. fi
aSGEIfEBAHON DE LA GRECE,
La déeadenee de la Turquie semblait devoir favoriser Faffirandûseiiieiit de la race grecque, peuple deuxfoU vaincu, qui n'avait point pactisé avec la tyrannie, ni même rejeté Tespérmat dans les temps les plus désastreux.
Ce peuple occupe la péninsule située au sud des Alpes orientales , sur iaqueUe la Porte avait institué quatre pachalicka : eefan de Salonique, formé de Fancienne Macédoine; celui de Janina, qui comprend TAlbanie Amaute; celui de Livadie, raneieBiie Hdiade, et celui de Tripoli, la Morée; sans compter les îles de Candie et de Ilégrepont, les Cyclades et les Sporades, pbeées sous le commandement direct du capitan-pacha. Ces contrées forent conquises par les Turcs peu de temps après la prise de Conataotinople; mais un peuple n'est point mort, tant que survivent les éléments de sa nationalité. Les Grecs nstaient «mis entre eux par une même religion > contre la iKvde BDaiMMoétane; une même langue leur servait de Den et de protcstatioD contre leurs oppresseurs; leurs chants nationaux eqnaaent des haines et des espérances communes.
Quand In plaine thessalienne eut été soumise, le gros de la MtKNi et ce qu'elle comptait de plus viril se réfugia dans les montagMa ; et, des hauteurs de TOIympe, du Pélion, des rochers du Pinde et des Agrapha, s*éiancèrent les Glepbtes déterminés,
■ lA capctalation de Mahomet II avait respecté rÉglise grecque; dicavda le droit d*éIecUon canonique aun dignité*, sauf le béral du Gnad Seigneur. Le patriarche cecoménique de Constantinople présidait le saint synode, composé de dix ou douze évéques des villes les plus proches; il recevait l^appel des sentences épiscopales, nommait soi dignités ecclésiastiques , et réglait la répartition de l'impôt. Le patriarche protégeait les coreligionnaires près de La Porte, jugeait les ecciériaaiiqiics dans les cas criminels, pouvait condamner à femprisonnenmi on anx galères sans que le sultan pût intervenir, à moina que te covpabie n'embrassât Tislamisme.
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la terrear du territoire occupé par les Tares et les Grecs sottmis à leur joug. Les Turcs , fatigués de combattre des populations pauvres et indomptables, se décidèrent à les laisser vivre sous leurs propres lois, et à leur laisser les armes, sous la condition d*un léger tribut; mais ceux qui habitaient les régions élevées de la montagne se refusèrent à toute transaction.
Dès son plus jeune âge, le Clepbte était habitué aux privations, à la souffrance , à ne redouter rien : toujours prêt à affronter la mort pour piller, comme pour défendre son territoire ou sa religion, et bravant à sa dernière heure la férocité des oppresseurs. Contents de peu, ces hommes rudes gardaient leurs troupeaux , et ne considéraient pas le brigandage comme un opprobre; ils vidaient par les armes les différends qoMIs ne pouvaient terminer à l'amiable, et respectaient les femmes prisonnières. Ils ne combattaient pas selon les lois de la guerre, mais disséminés çà et là, tirant à main posée, fuyant pour revenir sur Tennemi à Timproviste. G)mme ils ne voyaient point de mérite à se comporter vaillamment, ils ne gardaient point souvenir de ceux qui mouraient en braves, mais seulement de ceux qui cédaient lâchement. Les femmes aimaient leur valeur, et les assistaient dans leurs fatigues; souvent les popes marchaient à leur tête, ou combattaient dans leurs rangs. Parfois deux Clephtes se juraient sur les autels fraternité d*arnies (d^sXqxMCM^i) à la manière antique, pour n*étre pas séparés, même par la mort >• Les alliances chez eux étaient héréditaires, de même que les inimitiés et les vengeances. Après la mort du père, la mère le remplaçait dans le gouvernement domestique. L'épouse adultère était mise à mort par le mari ou les parents. Cette vie d'aventures avait pour eux autant de charmes que le bien-être des villes peut en avoir pour nous. Ils tiraimt leur nourriture de leurs troupeaux ; ils faisaient rôtir les viandes destinées à leurs repas, comme les héros d'Homère, et les arrosaient de copieuses libations de vin, au milieu des saillies et des chants joyeux. A côté de leurs frères de la plaine pillés et ou-
* Ayant rinsarreetion de 1 815 , MikMch sauva un Turc auquel il éUit lié par une fraternité de ce genre.
UGÊNÉBITIOH DE LÀ G&feCE. 17
tn^ à toute heure, ils puisaient des forces et de dures cooso* btions daos les sacrifices même qu'ils s^tmposaient.
Ceux qui habitaient moins haut dans la montagne , plus esposés au danger , créèrent pour leur défense une milice composée de Grecs dits Jrmaioles, qui s'étendait de TAxins à llslhme de Gorinthe; elle fut divisée en autant de bataillons quH j arait de districts, et commandée par un capitaine béré- Âtaire , qui résidait au chef-lieu. Les Turcs consentirent à aceoider de certaines franchises à ces PaUikars, et les mirent par ce moyen sous la dépendance du pacha ; mais comme ce dernier cfaerdiait à empiéter sur leurs privilèges, c'était une guerre continuelle entre eux. Les Pallikars, lorsqu'ils avaient le dessous, se léfugiûent dans les cantons plus montagneux, et redevenaient Qephtes.
La poéâe , qui est immortelle an sein de ces montagnes que les anciens avaient données pour habitation aux Muses, soutint Tespril d'indépendance et ôélébra ses martyrs. Les chants des dephtes racontent les exploits des braves, terreur des Turcs et des troupeaux ; leur courage à endurer la faim , la soif, les tortures ; leur dévotion envers les popes et les reliques * : oeuvres de poètes inconnus, n'ayant nul souci de gloire, n'ayant d'autre besoin que d'épancher leur cœur. Les aveugles les apprennent, y adaptent des airs, et , rapsodes nouveaux, ils les répètent en mendiant; c'est ainsi qu'on les entendait chanter : « Un fusil ,
• un sabre, ou, faute de mieux , une fronde, voilà nos armes. « Avec le fusil , le sabre , la fronde , j'aurai des champs , des
«Ués, du vin.
« J'ai vu les agas prosternés à mes pieds ; ils m'appelaient « leur seigneur et mattre.
« Je leur ai enlevé leur fusO, leur sabre et leurs pistolets.
• 0 Grecs, relevés vos fronts humiliés ! Prenez le fiisil , le
• sabre, la fronde , et nos oppresseurs vous nommeront bientôt - leon seigneurs et mattres. *
*Toy. Faoridy Chansons populaires de la Grèce, 1824. On a péM CB I8S7 om coUectioB des Piesma, traditions des Monténégrins, Iven le Noir et ses combats contre les Turcs.
18 BBGBRÉAATION DE Vk GAECB.
Le système communal avec ses fonnes représentatives avait survécu chez les Grecs ; ils élisaient leurs juges, les percepteurs des impôts , et répartissaient entre eux les tributs et le recrutement. Ils respectaient les vieillards , à ce point que des villages entiers n'étaient administrés que par Tanden du- pays. Us gardaient le cuite du foyer. Devenus étrangers aux idées de nation et d*Ëtat , ils conservaient profondément celles de famille , de tribu , de patrie et de religion. Ce que la constitution civile ne donnait pas » le sentiment religieux le produisait. A peine s'ils avaient sur leurs rochers inaccessibles des prêtres et des églises; c'était donc une fête pour eux lorsque arrivait im pope pour célébrer la messe dans quelque pauvre oratoire , dans une caverne où étaient déposées des reliques miraculeuses. Ainsi l'Église avait conservé beaucoup de pouvoir sur les masses. Le patriarche, assisté de son synode, correspondait avec six exarques , ceux-ci avec les évéques et avec les curés , qui dirigeaient les anciens , préposés à Tadministration publique. C'était un gouvernement patriarcal, indépendant de celui des conquérants, et qui se séparait d'eux de plus en plus. L'espérance patriotique se traduisait jusque dans les hymnes sacrés qui annonçaient le royaume du Christ , la restauration de la sainte Jérusalem , et le triomphe de l'Église militante. Tandis que les Tuvcs r^ talent attachés au fatalisme , les Grecs-Slaves se confiaient du^ la Providence : tout en obéissant , ils se rappelaient les anciens jours de la Grèce , et se nourrissaient d'espérances.
Une nation qui vit de pareils sentiments peut se laisser opprimer, mais non anéantir ; et le jour arrive pour ceux en qui la vie morale n'est pas éteinte.
Les affaires des Turcs se faisaient par les mains des Grecs : les premiers, dians leur ignorance, s'étaient vus contraints, dès les premiers instants de la conquête, de se servir des Grecs poar l'administration de l'empire ; et quelques familles privilégiées du quartier de Constantinople , appelé le Phanar, dirigeaient la diplomatie et les finances. Les Phanariotes étaient des gens que rintérét attachait, il est vrai, aux dominateurs; mais encore pouvaient-ils, dans l'intérêt de leurs frères, trahir les secrets de rÉtat , et le mettre en péril. Beaucoup d'insulaires allaient
BÉGéHiBATION DE LA GBÈCB. 19
i Coostantiiiople mettre leur dextérité au service dee Phanariotes, ou prenaient de remploi dans les maisons commerçantes de Smjrae; d^autres pareoaraient la Méditerranée comme agents des Turcs, Ces insulaires étaient tous pauvres et ignorants , n'étant îisités dans leurs tles que par quelques armateurs et par des missionnaires catholiques. Ceux-ci cherchaient à s'insinuer partent soDs la protection des ambassadeurs. Us pénétraient dans les bagnes , assistaient les pestiférés , les mourants, malgré les coQtnriétés que leur suscitait le synode grec. Ils établissaient des écoles, attiraient toutes sortes d^enfants , comme à Smyrne, et daos les lieux où les Grecs avaient dominé autrefois. Les parents Tenaient parfois assister aussi à renseignement ; les pompes deFÉglise catholique leur plaisaient, et ils ornaient de fleurs et de feuillages les fêtes du saint sacrement.
Mais la méûntelllgence entre les Grecs schismatiques et les catholiques restait toujours une cause de troubles; car le patriarche tendait naturellement à favoriser les siens, en discréditant ces derniers. En 1817 notamment, le métropolitain Gé« rasime obtint un hatti-schêrif du Grand Seigneur, qui enjoignait aux catholiques de se rendre à Téglise des schismatiques dans Alep. Il en résulta des troubles, où il y eut beaucoup de gens tués ou incarcérés. Les Arméniens, qui jouissaient à Constantinople de la liberté de leur culte , s'étaient associés aux Grecs schismatiques dès le siècle précédent ; mais le zèle de quelques missionnaires s'éleva contre cette association -, il en rcsulta des conflits et des scandales entre chrétiens , qui com« promurent leur repos et éveillèrent l'attention de TEurope.
UEurope plaignait les Grecs; mais la politique ne les regardait que comme des mstniments, toujours prête à exploiter leur patriotisme et leur foi religieuse dans des vues intéressées. Catherine avait reçu, par anticipation, Tencens de la philosophie, comme libératrice de la Grèce. Elle y sema le trouble et la révolte , en effet , chaque fois qu'elle eut besoin d'une diversion contre les Turcs. Grégoire Papazogli de Larissa , au service de la Russie, insurgea le pays ; mais Timpératrlce Tabandonna dès que le mouvement cessa de lui être utile. L'Angleterre, ^le aussi, sous le règne de la reine Anne, avait parlé aux Grecs
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de religion, de patrie, d*affranchissement , pour tirer parti d*eux contre les Turcs dans la guerre qu'elle projeta de concert a?ec Tempereur Charles VI, et qui n'eut aucun résultat.
Les Grecs , après tant d'épreuves , devaient cesser de croire aux étrangers, si ce n'était pas la dernière illusion que déposent les nations souffrantes. Mais la première étincelle jaillit d'un point d'où on ne l'attendait pas.
Les Albanais , peuplade guerrière d'un million et demi d'îndividus, fournissaient à l'empire turc ses meilleurs soldats ; mais leur vie toute d'aventure a repoussé jusqu'ici la civilisation quoiqu'ils soient si rapprochés de l'Italie. La race noble parmi eux s'appelle mjrdtïi, c'est-à-dire les braves. Chacun de ces bra* ves peut se faire houlouh-bachi ou capitaine ; il engage une bande, et va se mettre au service d'un pacha, ou se livre au brigandage. Ce sont de bons soldats et d'habiles voleurs. On appelle ceux de la classe inférieure skipétars ou montagnards. Ils conservèrent , avec toute Ténergie des anciens Grecs , la foi chrétienne jusqu'après la mort de Scanderbeg, quand Bajazet les obligea de se faire musulmans. Le plus grand nombre toutefois s'enfuit dans les fies ou dans des montagnes inaccessibles, d'où beaucoup sortent pour faire le métier de bûcherons , de moissonneurs , de maçons , de tailleurs ; d'autres convertissent en forteresses des habitations isolées, où ils vivent pauvrement. C'est un mélange de catholiques superstitieux, de Grecs schismatiques, ou bien encore de musulmans, divisés là aussi en schyytes et en sunnites. Roger de Sicile, et les croisés qui conquirent et conservèrent quelque temps plusieurs principautés en Morée, y avaient introduit des beys et des agas héréditaires, sorte de féodalité modifiée. Encore aujourd'hui on y trouve le moyen âge , l'anarchie féodale, les excursions, le droit de guerre et de justice, les vengeances , la piraterie, la division en fares ou clans. La Porte a cherché à substituera cet état d'anarchie quelquesformes de gouvernement régulier, en exterminant les chefs ; mais les beys , expulsés des châteaux , se sont retirés dans les montagnes, où ils se rendent indépendants , et donnent asile à ceux qui viennent se joindre à^eux. S'ils ne peuvent résister davantage, ils se réfugient dans le Monténégro, qui , situé en face de l'Italie,
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la Dslmatîe, rHenégOTÎne et le nord de rAlbanie, et dcpû un siècle cSI le repaire assuré des rebelles gréco-slaves. A la cliute de reropire serbe , ce pays serait pourtant tombé au poufoir des Turcs , sans la fermeté de ses princes, qui repoussèrent le joug. Ivan , le héros de ces montagnes , prescri^fît, par me loi , que quiconque abandonnerait son poste fât rejeté de la condition des hommes , pour être mis à filer avec les femmes. Son fils George, qui avait épousé une Mocenigo, se laissa perpar elle d'aller finir ses jours à Venise. Il résigna enconraaUnrité au métropolitain de Cettigaa ( 1516). I>e ce Doment, les pouvoirs temporel et spirituel se trouvant réunis, ks Monténégrins furent gouvernés par le vladika ou hospodar, qnoîqiie les Turcs , restés les plus forts, fussent parvenus à les soumettre à la eapitation. ^
Les Monténégrins, dans le dix-septième siède, n'étaient guère que de vingt à trente mille ; on en compte avyourd^hui cent vingt mille. Ce n*est point un peuple constitué : c'est un asile d'inanges de toute nation, ou tout au plus une réunion de familles sous un chef. Ils n'ont ni rilles,ni forteresses, ni chemins. Tous y combattent , jusqu'aux femmes ; et c'est une insulte que de dire à quelqu'un : « Les tiens sont morts dans leur lit. »
La Russie a remplacé Venise dans l'estime et la vénération des Monténégrins. Pierre le Grand les avait excités déjà contre h Porte , qui leur fit une rude guerre et les écrasa en 1713. Ce fat pourtant le premier signal de leur séparation; car les Mon* ténfgrîns , depuis , ne reconnurent plus pour souverains que les Russes , et reprirent les armes toutes les fois que la Turquie eut sur les bras quelque puissance chrétienne. En 1796, ils taèrcnt le pacha chaîné de les combattre , et c'est de ce moaient que date leur indépendance. Lorsque Napoléon eut fiait la ^ix avec la Porte, ils ne cessèrent pas de harceler les garnisons françaises postées près de leurs frontières ; et , toujours en défiance contre la cirilisation , ils refusèrent les routes qu'il offrait d'ouvrir dans leurs montagnes.
La portion de l'Albanie soumise à la Porte était partagée en trais gouvernements : les pachaliks de Delvino , de Paramatia d de ianina. C'était ce dernier qui comprenait le plus de Grecs
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et de skipétars. Le pays n'était pas soamis oq[iendanl à ua chef absolu ; mais chaque ville ou canton formait une espèce de république subdivisée en /ares, avec de gros feudataires vassaux de la Porte , en lutte avec les autorités ottomanes , dont ils oombattaient les abus.
Au milieu de cette étrange contrée avait grandi Ali-Tébélen, qui commença , comme les anciens héros , par voler des trou* peaux et dévaster les champs; puis, son ambition grandissant avec sa bande , il fit route entre le gibet et l'empire. Dans on État où la valeur mène à tout, il mit la sienne au service de quiconque en eut besoin. Après avoir épousé la fille du padia de Delvino , rebelle à la Porte , il dénonça son beau-père , et vit tomber sa tête. N'ayant pu le remplacer comme il l'espérait , il travailla à se fortifier de plus en plus dans son pays natal, en se débarrassant de ses rivaux. Il tua son beau-frère, pacha d'Ar* girocastro. Il ne réussit pas davantageà succéder à celui-là ; mais son forfait le rendit fameux et redouté. Bientôt, voyant la fiiiblesse de l'empire , la vénalité du divan , l'impatience des Grecs, et se sentant fort d'une résolution indomptable, il conçut le projet de se rendre maître de l'Albanie, peut-être même de tonte la Grèce.
Sélim , pacha d'Épire, avait apporté quelque adoncisseroent aux mesures de rigueur ordonnées contrôles chrétiens rebelles : la Porte, le soupçonnant d'intelligence avec les Russes et les Vénitiens, envoya l'ordre à'Ali-Tébélen de letoer; ce qu'il exécuta, sous le couvert de l'hospitalité. Il obtint , en retour de la tête du pacha, qu'il envoyât à Constantinople le sandjiakat de Thessalie avec quatre mille hommes, pour écraser les bandes chrétiennes des vallées du Pénée. C'était le moment où les émissaires d'Orlof poussaient les Grecs à l'insurrection , en promeU tant l'assistance de Catherine et de Joseph II. Mais les Russes n'envoyèrent que peu de forces, avec des bâtiments mal équipés. Les Grecs, bientôt abandonnés tout à fait, furent massacrés par milliers. Une partie des vaincus s'enfuit dans les îles Ioniennes , les autres frémirent sous leurs chaînes, comme par le passé; les plus hardis se réunirent en bandes armées dans la Morée.
Ali-Pacha , chargé de cette expédition , réussit, en employant
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à tour la force et raitiflce , à rétablûr le calme, des Hier* mofjlm à la Tallée de Tempe (1790). Fort de sa renommée et de ses trésors, il acheta le sandjiakatde Janina, ce qui lai donna ' les Bioyens d*abattre TÉpire et ses ennemis. Ces moyens étaient r«1|eBt , ks intrignes , la violence : tons lui étaient iadifférents. La peste accamnla sur lui les héritages ; les voluptés ne lui faisaicnt oublier ni Tambition ni les forfaits; il caressait tous les partis, 8*eniTnâtà la santé de la Vierge Marie, achetait les membres influents du divan, parlait aux Grecs de liberté, tout en eiécutant les sentences sanguinaires de la Turquie contre tDitt ee qu'il y avait d'élevé parmi les Grecs. Conûrmé dans son poste par Sélim ( t788 ) , il organisa , administra, mettant h profit IlttbBeté des Gretis, et se ménageant toujours, parla tra<> hison, des succès qui étendaient les limites de ses domaines. Maia il trouva pourtant de rudes adversaires dans la com-
indépendante de Souli , située à douze lieues de Janhia , le bord de l'Achéron. Disséminés sur la montagne de Cas-
, les Souliotes, à rapproche du péril, y entassaient vivres et troopeauT ; et malheur à qui venait les y attaquer ! Irrités des massacres d*AIi dans la plaine, ils l'attaquèrent, le repoussèrent { 1791 ), et, parcourant la Thesprotie et le Pinde , ils ravagèrent le pays et y détruisirent les commtmications ; mais ils ne surent pas profiter de la vîetoire pour se rendre indépendants. Ali puisa une nouvelle vigueur dans sa défiiite, et , tout en s'occupant d'autres entreprises, il surveilla ses ennemis , quHl voyait s'endormhr.
Loisqu'après la chute de Venise ( 1797 ) le drapeau tricolore fiolia à Gorfou, avec le mot magique de liberté, Ali accepta la eoearde française , pour qu'elle le fk reconnaître de l'Europe. Il le donna à Bonaparte comme « un fidèle disciple de la reli- 9011 des jacobins, et qui ne demandait qu'à se &ire initier au adte de la Carma^nak, » qu'il prenait pour un symbole nouveau : mais en même temps il surprenait les Acrooérauniens au milieu des cérémonies de Pâques, et en égorgeait six mille. La guerre ayant éclaté bientôt entre la Porte et la France, il servit la première par des trahisons; il attaqua Prévesa, qu'il brûla après l'avoir saccagée; il y massacra les Fran<^4iis ou les
21 BiO^N^lATIOll DE LA dkÈCB.
emmena comme esclaves, et en flt décapiter un grand nombre, un à un, sous ses yeux; ce qui lai valut de la part du divan sa troisième queue, et les félicitations de NeiMn.
Paul I^ avait stipulé avec la Porte (1800) que les Épîroles resteraient sujets des Turcs, mais que la croix seule serait arborée dans leurs villes. Cen fut assez pour que les habitants rentrassent dans leurs foyers. Un vaivode turc, révocable sur la demande du sénat ionien , devait avoir Fadministration ci* vile , la police, le droit de faire donner la bastonnade r et la mi» lice ne devait être composée que d*Armatoles chrétiens. Ali, enorgueilli de ses victoires, espérait abolnr ce traité, et se sou* mettre les pays autrefois vénitiens; mais tous les Albanais s'insurgèrent contre ses tentatives. Le courroux d'Ali se tourna alors contre les Souliotes, qui avaient résisté héroïquement à ses nouvelles attaques. Samuel, ^ti^e^ina/, se mit à leur tête en leur criant que Theure de la délivrance était arrivée, et, avec des aU lures d'inspiré, il les conduisit au combat; les Tzavella se montrèrent en héros, mais ils furent réduits aux dernières extré^ mités. Émina, la femme d*Ali, qui osa implorer son mari en leur faveur, périt soit d*un coup de poignard, soit de terreur.
Les habitants de Souli se dispersèrent; Samuel, resté leder* nier dans la place, mit le feu aux poudres, et se fit sauter avec six cents musulmans ( 1 803 ). Ceux qui avaient survécu s'étaient réfugiés dans Parga, ville voisine, où ils furent bientôt press^^ par les Turcs. Sur tous les points, les femmes elles-mêmes combattirent en héroïnes; et quand tout espoir fut perdu, elles se précipitèrent par centaines dans les flammes, avec leurs enfiints à la mamelle. Les supplices achevèrent l'extermination des malheureux Grecs, empalés» écorchés, écartelésde tous côtés.
Porté aux nues par la Porte, le féroce Ali reçut la périlleuse commission de purger la Macédoine et la Thrace des bandes dont elles étaient infestées. Il en prit occasion pour lever des contributions, pour rançonner et réduire en servitude lesbeys de TËpire , inventant des artifices que Machiavel lui-même eût admirés. En 1806, il se trouva mattre de toute i'Hellade, moins la Béotie et l'Attique, qu'il finit par soumettre après avoir dompté les Agraphiotes. Il intriguait avec tous les partis, vou-
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hol s^élever toujours *. Il volait des deux mains, détouroait la solde, récompensait les services au moyen de billets tirés sur qui bon loi semblait; il se constituait Théritier universel, comme iJ était le financier universel ; il commandait et exigeait des sertiees de tout genre, étalait un luxe sans goût comme sans honte : des calices chrétiens et des rosaires indiens ornaient ses appartements, où la dévotion se mêlait à toutes les débauches. Il remplit Janina de viols et de crimes impurs; puis tout à coup il se mitk prodamer les bonnes mœurs, et fit noyer par douzaines \t$ ministres de ses voluptés, ainsi que les victimes souillées par lui et par ses fils.
Dans les fies Ionîemies,raristocratje, qui était tçute-puissante soQS la domination de Venise, voyait de très-mauvais œil Napo* léoa, qui venait d'abattre la mère patrie; puis, quand les Français eurent été expulsés par les Turcs et les Russes, elle voulut revenir aux anciennes formes; et bien que la Russie, par politique, favorisât les démocrates, une constitution aristocratique s'y établit sur le modèle de celle de Raguse ( 1800 ), et sous la sou?eraineté de la Porte : ce fut le premier exemple de Grecs constitués. Cependant les Russes prirent le prétexte de la guerre pour occuper les fies, et leur donnèrent un statut aomreaa , dans lequel Tintérét populaire eut aussi sa part. Ces insalaires, cédés de nouveau à la France en 1810, offraient à Napoléon de faire une diversion en sa faveur sur les côtes de ^Sicile ; mais les Anglais prévinrent le coup , et les soumirent avec Taide d*Ali. A la chute de Napoléon, le drapeau anglais ^DtÎDua de flotter dans les îles Ioniennes,, qui formèrent une relique sous le protectorat de F Angleterre, avec un lord
' Il disait à Pouqueville : « Vois-tu ces pages qui m^entourcnt? Il ■^c« est pas on dont je n'aie fait taer le père, le frère, ronde, on (iviqae parent. — Ils vous servent pourtant, et passent les nuits près ^ votre lit, aans qo'un aenl ait jamais songé à venger ses parents. — > Vogv ses parents? ils n'ont qoe moi au monde. Kxécotears aveugles ^iMSToloBlés, je les ai tous compromis; et plus les iMHnmes sont avilis» plus ils me restent attachés. Ils me regardent comme un être ntnordinaire , et mes prestiges scmt l*or, le fer, le bâton. Ainsi , je ^n Innqnilte. »
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commissaire plus absolu qu'aucun gouverneur de colonies. I>es Anglais dépend la nomination à tous les hauts emplois ; la garnison anglaise est entretenue aux frais du pays; les troupes indigènes y sont sous le commandement d'officiers anglais ; le gouvernement protecteur a le veto sur les lois proposées par le sénat; il s'arroge le droit de lever des marins pour ses équipages; les emplois laissés aux indigènes ne sont le partage que de la noblesse.
Les Anglais avalent promis aussi à Parga le sort des lies Ioniennes ; mais Ali répondait à toutes les ouvertures : Je vevjc Parga. L'Angleterre Onit par la céder à la Porte ( mars 1817), c'est-à-dire qu'elle ratiQa l'apostasie et l'esclavage , se bornant à stipuler une indemnité pour les biens de ceux qui voudraient s'expatrier. Lord Maitland , commissaire dans les tles Ioniennes , présida à ce honteux marché : les Parganiotes sortirent de leur patrie , emportant les os de leurs pères ; et Ali vit ses longs désirs satisfaits. Il avait reçu des Anglais , en récompense de ses services , de l'argent et un pare d'artillerie. Il avait coutume de répéter « qu'un vizir est un homme revêtu d'une pelisse , assis sur un baril de poudre qu'une étincelle peut faire sauter, » et il ne dissimula pas le projet de se rendre indépendant : en conséquence, au milieu des irrésolutions du divan , qui ne songeait qu'à le perdre , il satisfit son ambition et ses vengeances, en massacrant ses ennemis avec des circonstances dignes du palais d'Atrée. Il devint pire encore en vieillissant, ne crut ni au Christ ni à Mahomet, se chargea d'amulettes, écoutant avec humilité les reproches des derviches , tout en se plongeant dans des voluptés que l'impuissance rendait plus ignominieuses. Les flatteries, les hommages d'une cour rampante à ses pieds, rc* doublaient son insatiable ambition.
Un incendie consuma son palais à Tébélen, où il avait amoncelé ses trésors, véritables magasins de montres, de cachemires, d'étoffes, de bijoux, d'orfèvrerie; on portait en outre son re* venu annuel à douze millions , et à dix celui de ses fils. Le sultan Mahmoud brûlait de s'emparer de tout, et de l'arrêter dans ses projets d'indépendance. Il le somma donc de se rendre à Constantinople, et le fit excommunier par le muphti (mai 1 820).
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AHa^pf^ei menaça, il trembla et blasphéma. Mais la Porte, qui n'nait point d^argent, lui laissa le temps d*armer. Fort de ses richesses, il acheta des secours aux Anglais et des délais au divan. Le soUan excita les Épirotes à l'assassine, et les rajas à se lever eoDtie faii : l'Épnre fut bientdt soulevée , du Pinde aux Thermopies.
Ali, assailli par toutes les forces grecques, fiit trahi par ses propcei fils, Méhémet-VeU et Moktar, qui cédèrent les trois forteresses de Parga , de Prévesa et de Bérat. L*armée s'avança sur Janioa, et l'assaillit avec vigueur. Le pacha l'incendia luimême du haut de sa citadelle ; et l'on prit pour de l'héroïsme » fermeté firouche , dont tout le secret était dans les mines qu'il arait préparées sous son dernier asile. Ali traita avec les Souliotes, qui se dégradèrent comme lui par ces négociations; H il gagna un de leurs corps, commandé par Marc Botzaris» lioorrocDpit à prix d'or l'armée turque, et, se tournant du côté ^ chrétiens , il exhorta les Grecs à ressaisir leur indépeildance, espérant se sauver ainsi , ou ensevelir avec lui l'empire sous ses nûnes.
Donat les guerres de l'empire , les Hellènes avaient prospéré pir le commerce; Hjdra, Spezzia, IpsaA, entreprirent «laspéealations heureuses, qui ranimèrent l'Argolide et TArcadie, et firent pénétrer l'industrie dans les villes. Six cents oaiires marchands au moins sillonnaient la mer Ionienne , et tRDte mille Grecs étaient occupés à transporter les produits de ^ Turquie à travets la Méditerranée. Un grand nombre de JCQoes gens étaient envoyés dans les villes de l'Europe pour y faire leur éducation, et ainsi se formait une classe moyenne entre les oppresseurs et les opprimés. Les idées de liberté reprirent ^r essor, et les société secrètes semèrent partout l'espérance. U poète Righas fonda la première héUrie * ; et , tout échauffé ^ttkiéc8 françaises, il s'apprêtait à soulever sa patrie, quand
' Vn «ol grec qui «igiiifie utcUié ( itatpcia ), assodation seerètcqui 1*^ namrrcction de la Grèce. M. Pbllémoa a publié à Naoplie en ^tt«,nr VhiUHBf on essai bistoriqQe plein de curieuses révélatioiis.