‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,)Chapitre 2 sur 61 · AH. R · texte numérisé non relu

AH. R

28 mceÉHBAATion db la gbècb.

rAotriehe mit la main sur œ vaillant homme, et le livra à la Porte, qui le fit empaler.

Si la première hétérie ne parlait qoe d^émancipatimi , il s*en forma une autre ( 1806) dans Tltalie sapérieoxe , qui méditait de reconstruire Tempire grée , et de l'allier à Tem^re fran^is. IVapoléon lui donnait des encouragements , et déjà vingt-cinq mille fusils étaient en dépôt à Corfou, pour armer une population dont les troupes firânçaises devaient seconder Tardeur; mais la chute de Napoléon entraîna celle de cette seconde hétérie, qui 9 moins en vue que rautre, influa peut-être davantage sur revenir.

Malimoud avait souscrit en 1812 à la déplorable paix de Bucharest, au moment où la situation de la Russie attaquée par Napoléon aurait pu lui procurer de meilleures conditions , s^il n*eût pas été, comme le sont toujours les Turcs, dans une ignorance complète de la politique extérieure.

H n'avait été rien stipulé au congrès de Vienne relativement à la Turquie, et il en résulta que les périls commencèrent pour cette puissance lorsqu'ils finissaient pour les autres. Quani à la Grèce , les considérations mercantiles arrêtaient tout élan généreux en sa faveur; les Francs, surtout les Anglais, redoutaient d'elle une concurrence, en sorte qu'on maintint la Grèce esclave. Alexandre cependant, par cela même qu'il voyait la nécessité de la paix en Europe, reconnut le besoin d'y donner un débouché à l'activité des esprits, et il songea à le lui ouvrir en Orient. Une alliance qui se qualifiait de sainte ne pouvait être que menaçante pour l'islamisme. Dans un temps donc où l'Europe entière parlait d'indépendance, Alexandre montra aux Grecs le labarum déchiré par les guerriers de Mahomet , le cimeterre musulman suspendu sur leurs têtes, la fraternité des Slaves avec les Hellènes, enfin l'héroïsme et le génie de leurs ancêtres. Il déplora avec eux l'abomination a laquelle était livrée la maison de Dieu, et ils se sentirent animés d'une nouvelle espérance. Il se forma en conséquence une troisième hétérie à Vienne et à Saint-Pétersbourg ( 1815 }. La première avait caressé les démocrates ; la seconde, Napoléon. La troisième s'attacha à Alexandre, mettant dès lors en première ligne la

BÉOlftflSBATIOir DE LA GRÈCB. St)^

Téâ^im , et se proposant de répandre parmi les Grecs les arts ec la sdeoees. Avec le secret, qui est le don des peuples opprimés, Tassodation adopta diverses formules des anciennes fralemités grecques ( &X70TCo(i)atç), les échanges d'armes et les semeots svr les autels; et comme les princes alliés s*étaient 6ils les protecteurs d*une société de philomuses qui devait pro« pai^er rinstmctlon parmi les Grecs, les chefs répandirent le bmit que ces princes étaient d*aeeord avec Thétérie ; ils en- Tovènnt des émissaires dans toute FEurope, tandis que d'autres agitaient la Grèce , en se disant envoyés par la Russie.

Le mépris pour les Tares s'était joint à la haine qu'on leur

poitait, depuis que trente mille avaient fui devant huit mille

Rosses. Beaucoup de Grecs employés en Russie n'en sentaient

qmt mieux, par comparaison , combien était dure la condition

de leor patrie ; d'autres , qui avaient combattu pour la France ,

la Russie, pour l'Angleterre , licenciés depuis la paix,

l'occasion de reprendre leurs armes. Quelques-uns

pensaient ^11 fallait commencer par vaincre les Turcs en ci*

▼ilintion ; et , sentant d'instinct quels sont les deux ennemis

nés do despotisme, ils fondèrent des instituts scientifiques et

commerciaux ; d'autres s'adonnaient à la médecine , et puisaient

dans les universités de l'Europe la connaissance et le d^ir d'une

condition meilleure. Alexandre favorisait les hétéristes, ne

fdt-ee qu'en reconnaissance des secours qu'ils lui avaient

fournis contre Napoléon. Pour assurer leur triomphe , il n'avait

qn'à laisser rentrer dans leur patrie tous ceux qui servaient

SOQS ses drapeaux. Il s'écriait : « Pauvres Grecs ! ils désirent

« toujours une patrie, et ils V auront certainement, Jenemour-

> red pas content , si je n'ai fait quelque chose pour mes pau-

« rres Grecs» Je n'attends qvCun signal du ciel, » Le signal ne

vint pas, et sa politique se borna à régénérer ce pays par les

artsctla eivilisatîon, à faire prospérer les familles grecques

établies à Gonstantinople, à s'attacher, en un mot, les esclaves

sans offenser le mettre, à tenir les premiers par Fespoir dans

sa dépendance, et le second parla crainte.

Tandis que les Turcs goûtaient la sécurité de gens qui ne comptent les insurrections que par les massacres dans lesquels

30 BÉGSNÊBATIOM UE hJL GRECE.

ils les ont étouffées, la Grèce sentait sa rédemption prochaine. Une image de ta Vierge avait pleuré; lescaloyers d'un couvent avaient entendu une voix qui disait d*espérer ; des ties qui s*étaient montrées ou abîmées, des tremblements de terre, des éruptions de volcans , des jets d*eau bouillante , semblèrent aux imaginations exaltées des indices d*un changement prochain.

Les révolutions d'Espagne et d'Italie encouragèrent les hétéristes, qui avaient des éphories dans les villes principales de la Turquie et de la Grèce; ils crurent donc qu'il convenait de se hâter. Déjà l'extermination des beys et des agas de l'Epire, par Ali-Pacha, aplanissait la voie, lorsque la Porte, incapable d'exécuter par elle-même la sentence rendue contre Ali , excita les Grecs à s^armer contre le pacha proscrit ( 1830 ). De son côté, Ali montrait, aux populations soulevées du Pinde au:( Tliermopyles , que seul il pouvait les aider à chasser les bar* bares au delà du Bosphore. Les Grecs ne se décidaient qu'avec regret à associer leur sainte cause à celle d'un monstre couvert de crimes ; mais les ravages de l'armée turque, qui , précédée par l'excommunication, s'avançait contrd lui, triomphèrent de leurs incertitudes.

Parmi les philhellènes se distinguait Jean Capod'Istria, médecin de Gorfou. Alexandre, dont il avait caressé les penchanis mystiques , l'avait employé dans des missions importantes , et notamment au congrès de Vienne, dont il entrevit toutes les erreurs : consommé diplomate, c'était un homme d'État médiocre. Les Grecs cherchèrent à l'avoir pour chef de rinsurrection ; mais, tout en servant les rois, il n'avait pas oublié l'hétérie; et il refusa, croyant que le moment était prématuré. On résolut néanmoins de la tenter d'abord en Moldavie et en Yaladiie. Ces deux cuntrées obéissaient à des princes nationaux (hospodars ), élus par le clergé et par la noblesse. Ils avaient pour gardes des Arnautes , et se reconnaissaient vassaux de la Porte ; mais il était stipulé qu'elle ne s'ingérerait pas dans Tadministration intérieure , et ne tiendrait pas de troupes dans le pays. Les révoltes qui éclatèrent lui fournirent un prétexte pour fouler aux pieds ces conventions , et la Porte choisit les hospodars parmi les Fanariotes ses créatures. Durant les guerres avec la Russie,

BEGKlIÉRATlOlf DB LA GRBCB. 3t

dont ees eontiées étaient le cliamp de bataille habituel , la Porte, tout en se léserrant la nomination de Thospodar, s'o* liligea à ne pas entraver le enlte chrétien , à recevoir le tribut, toos les deux ans , par Tentremise de députés envoyés à Constaatioople, et à ne pas Tangmenter ; enfin , à laisser à la Russie, dans toute drconstanee, le droit de parler en leur fawar.

Le prince Alexandre Ypsilanti , fils d*un hospodar réfugié à ia cour de Saint-Pétersbourg , où il avait été élevé lui-même , s'étût refusé longtemps aux sollicitations de Thélérie, connais^ saot trop bien la faiblesse de ses ressources , et la confiance qu'elle mettait dans Tassistance des étrangers : pressé de nouvaa de se mettre à la tête du mouvement , il consulta Temporeur Alexandre , dont il était officier général. Sur les encouragnnents quUl en reçut , il envoya des proclamations secrètes à toutes les éphories ( 182S ) , et parcourut la Russie en recueillant des subsides , auxquels il joignit généreusement , ainsi que sa sœur, de fortes sommes d*argent. Cétait un homme médiocre , instruit dans les lettres comme on peut Tétre dans les ccotes , et nourri dans Tuitrigue comme tous les Fanariotes. Les Grecs avaient foi dans ses paroles , persuadés qu'il ne faisait que leur transmettre les oracles d'Alexandre.

Lesévénements marchèrent rapidement : un Grec, du nom de Germanos, fils d*un berger du Ménale , qui s'était formé daos la pieuse solitude du mont Athos, avait été placé près du patriardie deConstantinople, qui le chargea des plus importantes missions : il venait d'être promu, en dernier lieu, à l'archevêché de Patras. Lorsque la révolte éclata dans cette ville et se répandit dans toute l'Achaïe , il porta la croix , comme signe de rédemption. Partout on cria : Paix aux chrétiens, guerre aux Turcs! Mais les vengeances, les pillages, les réactions s'en mêlèrent; et les vieillards s'effrayèrent, croyant voir se renouveler les horreurs de 1770, lorsque les Grecs payèrent de tant de sang leur confiance aux promesses de Tétranger.

Les Malnotes , ennemis implacables des Ottomans , débouclèrent des cavernes du Taygète, conduits par Mauromicali et Colocotroni , qui , après s'cUre enivrés du sang turc , donnèrent

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