LES MINISTÈBES ET LES PARTIS EN FBÀNCB
Mais c*était chose si nouvelle qu*un,tel acte de pardon, que l'empereur fut accueilli à Milan par des transports et des fêtes, quand il s'y rendit pour ceindre la couronne de fer. Soit enivrement causé par ces fêtes , ou lassitude de maudire , ou bonté native du caractère italien , il y eut un entratnement inouï vers le prince. Beaucoup qui la veille exhalaient leur courroux ou partageaient l'espoir des patriotes, apparurent travestis en gardes , en chambellans ; il y eut une pluie de décorations , de dignité de cour , et une recrudescence d'aristocratie.
Tandis qu'un patriotisme sans portée, engourdi dans ses souvenirs , et qui s*adore lui-même , restait à l'écart de toute réalité ; tandis que la haine d'un pouvoir oppresseur rendait indocile même aux institutions tutélaires , les esprits sages étudiaient le pays, et avant tout s'étudiaient eux-mêmes. Sans fermer les yeux sur des maux trop réels, ils savaient qu'il est plus aisé de les dénoncer que de les guérir; c'était moins encore leurs adversaires qu'eux-mêmes qu'ils surveillaient. Ils savaient que les espérances d*un peuple sont de longue durée; que le succès demande autant de prudence dans le dessein que de vigueur dans l'exécution; que les longues souffrances retrempent les nations. Mais il est bon , dans le malheur même , d'éviter les aTortements ridicules, et de se souvenir qu'une révolution, en Italie surtout, est aussi facile à faire qu'il y est difficile d'en faire surgir une société capable de se défendre, de s'ordonner, et de se gouverner elle-même. Ceux qui tenaient un pareil langage étaient naturellement bafoués et vilipendés.
C'est de la Lombardie que nous parlons , car c'est elle qui nous est le mieux connue; elle a été et sera longtemps encore le pivot des destinées italiennes. Mais ce que nous disons d'elle, nous pourrions le répéter du reste de l'Italie, qui croyait toujours à l'efficacité de l'ordre matériel, telle que l'Autriche la représente ; aussi se résignait-on plus ou moins à recevoir ses inspirations ou ses commandements.
Les petits duchés , situés sur le P6 , n'étaient en quelque sorte que des fiefs impériaux. Parme était en viager dans les mains d'une archiduchesse qui sut ménageries finances de ce petit État, en s'aidant de sa fortune particulière. Le duché de
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LoqiMs était administré temporairement et avec insouciance par on Boorbon, qne ni le passé ni l'avenir ne rattachaient à ce pajfs. Le docile de Modène représentait le régime absolu , caraetérisé par les supplices des patriotes, par les monopoles et rborreur de toute e^>èee de progrès.
La Toscane, plus heureuse^ vivait dans un accord paisible sous on gouvernement patriarcal par tradition, et qui n*eut point, peadant longtemps, de révolutions à combattre. Les beaux-arts et le climat y attiraient les étrangers ; les étudiants affluaient à Pi», dont Tuniversité comptait tant de maîtres habiles. Les BHoes de Tlle d*Ëlbe , Texcellent acide boracique qui se tire des Lagunes, les chemins de fer et la liberté du commerce, teaîent la richesse de ce pays, qui voyait s'accroître sa population grâce au dessèchement des maremmes , entreprise mieux conçue toutefois qu'exécutée. Mais nul esprit d'ihitiative n'animait le goaTemement, dont la douceur n'était que négligence, comme le repos du pays n'était que sommeil. Aux deux bouts de la Péninsule deux jeunes monarques semblaient vouloir le bien, sans trop savoir le chemin pour y arriver. Nous parlerons phs loin de Charles-Albert, au moment où il sembla tout prêt de réaliser les vœux de l'Italie. Quant à Naples, trois révolutions lui avaient coûté beaucoup d'or et de sang, et elles avaient laissé après elles bien des plaies et bien des ressentiments. Arrivé an tidne sans avoir rien à venger, Ferdinand II n'épargaa pas les promesses, et en réalisa quelques-unes. Ce que les Françtts avaient laissé de bon après eux fut en partie conservé , leon eodes entre autres, qui furent modifiés selon les besoins du pays. Les titres de noblesse perdirent beaucoup de leur prestige dans un temps où tant de choses plus solides s'en sont allées en poussière. Les ordres religieux furent réduits au tiers de ce qu'ils étaient avant la Révolution. Le clergé, en rapport avec les besoins, perdit cet esprit d'hostilité à l'égard de Rome, qui dans le siècle dernier l'avait inféodé au pouvoir civil. La marine marchande et l'armée ont pris des accroissements considérables; mats la pèche du corail, si importante naguère qu'il fallut publier à son usage le code Coralin , tomba en décadence. Les ^ufires , qui sont Por de la Sicile , furent l'occasion, en 1880,
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d*ttn démêlé avec T Angleterre, qui faillit amener la guerre : le gouvernement napolitain prétendait conserver ses privilèges, tout en respectant les contrats existants. Cet incident fit comprendre la nécessité d^augmenter la marine militaire et de pro* téger la capitale, trop exposée aux agressions du dehors.
Chez ce peuple, qui s'achemine aussi vers les innovations, le pittoresque du costume s^en va comme le reste ; c*est à peine si le voyageur curieux y trouve elicore ces lazzaronîs nus et ces bandits qui abondent dans tous lea voyages romantiques. Le peuple, s*il est toujours bruyant , est moins insubordonné; il y est resté joyeux, quoique moins dissolu. L'instruction et le travail ooirigeront à la longue ses autres défauts. Le gouvernement et les commissions provinciales se sont efforcés de doter ragriculture de nouvelles méthodes et de nouveaux produits , de Taffranchir des servitudes territoriales, de rem dier h la plaie des fidéicommis, de la mainmorte et des biens communaux. Où ne pourrait point arriver, s*il le voulait bien , un pays de six millions d'habitants, et qui peut payer cent millions d'impôts?
Mais il y a toujours la grande plaie d*un gouvernement qui associe sur la même tête la souveraineté temporelle et reropire des consciences. Les haines que fait naître une administration vicieuse retombent sur le pontife , et la politique suscite à l'organisation catholique de nombreux ennemis, quoique l'Italie lui doive ce privilège de suprématie unique qu'elle a conservée dans les temps modernes. Ce qu'elle a à craindre, ce sont moins les excès du fanatisme ou les abus de la science , que le dissolvant de la paresse et de la volupté , et ce lâche découragement qui arrête tous les essais, ou cette résignation volontaire à des maux auxquels on n'a pas le courage de chercher les vrais remèdes.
Au nombre de ces remèdes, il faut compter assurément ceux de Tordre matériel, tels que l'accroissement de la richesse publique et sa meilleure répartition. L'Italie compte vingt-quatre millions d'habitants, tous catholiques, parlant à peu de choses près la même langue, quoique fractionnée en quinze États, iont sept sont soumis à des princes étrangers. Elle posséda d'excellentes lignes en fait de topographie militaire , des for-
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leroKS inexpugnables , de bons ports, des canaux et des fleuves giû ne gèlent jamais ; les fers de Hle d*£ibe, les cuivres «fAgordo et de la Toscane, les chanvres du Pô inférieur, les forêts des Alpes et de TApennin, fourniraient tout ce qu*il faut pour donner une excellente marine à ce pays, qui est assis sur dem mers, en vue de la France, de TAlgérie et de la Grèce.
C^eadant sa marine est insuffisante , bien que Naples et les Étals sardes aient fait de notables progrès pour porter directement snr les marcbés lointains les huiles, les soies et les fruits de la Péninsule. Uesprit militaire manque aux troupes, comme Tesprit d'entreprise au négoce. L'instruction peu répandue y est soperficielle , si bien qu'à quinze ans les jeunes gens savent tout; mais à quarante-cinq ans ils en sont au même point qu'à quinze. Les idées pratiques, manquant de publicité, opt peine à but leur chemin ; les forces ne tendent point à rassociation { point d'aKiatanee mutuelle , nul sentiment de la légalité; nui respect pour le travail; nulle tolérance pour l'opinion d'au* tmi; point de dignité ni dans les actes, ni dans les discours; point d'union entre les intelligences ; chacun ne trouve que la désaffection, si ce n'est même la persécution, sur le coin de terre qu'il appelle sa patrie.
L'uniformité manque dans les lois civiles et pénales, comme ranité dans les poids, les mesures, les monnaies; l'égalité n*exisle pas non plus dans les droits de douane ; tant de frontières sBBurent l'impunité à la contrebande en même temps qu'elles multiplient les entraves et les dépenses de perceptioo. La Lombardie voit croître sa richesse agricole et sa populatioû, tandis qu'elle diminue dans les contrées du midi , qui pourraient offrir tant de ressources de colonisation, et des refuges à tant de familles de l'Italie supérieure et de la Suisse qui émipent vers les régions transatlantiques. Aujourd'hui que la Véditerranée reprend son antique importance, c'est le moment pour ritalie de se mettre en mesure, et de ne point se laisser ravir par d'autres le bénéfice de ces nouvelles communications qui seraient pour son activité un champ si favorable, et où elle trauveraitces pacifiques conquêtes auxquelles Tinsoucianoe et la pnessd seules ne sauraient prétendre.
SIC PfimifSlIIJI IBBRIQUB.
PENUSULE UEEIQUE.
La France de 1830 n'était pas sans se douter que la Sainte- AlUanee, dissimulant par nécessité, n*en gardait pas moins rancmie à son hameur turbulente, si fatale au repos de l'Europe ; qu'elle guettait l'occasion d*y rétablir sinon l'absolutisme, au mmnsoe vieux système bourbonnien, qui ne donne ni inquiétude aux rois, ni espérance aux peuples. Il était donc de son intérêt de fidre que, dans le midi de l'Europe , les constitutions prissent racine de ûiçon à balancer le système monarchique pur du nord. Ifous yerrons pins loin comment la constitution bétlénique se consolida. L'Italie, sitAt qu'eut disparu le drapeau tricolore qui avait flotté un instant sur Ancône , retomba sous le proteetoiat de l'Autriche, qui , bien résolue à repousser toute innovatiOA, veillait, du haut de ses forteresses lombardes, sur le veste de Htalie, sans réussir pourtant à enrayer ces espérances que nous venons éclater bientôt, et toudier presque au succès.
£n Portugal le roi avait repris le pouvoir absolu , et choisi pour ministre le marquis de Palmella. Don Miguel son fils, resté le chef des absolutistes fougueux et ennemi juré des firaoesmaçons , comme on appelait les libéraux , excita les soldats de la Foi à finir l'œuvre commencée. Il fit arrêter beaucoup de gens (avril 1824) sous prétexte d'une conjuration , entre autres Palmella, et voulut, on le croit, forcer son père à abdiquer. I^ roi, avec l'aide de la diplomatie, reprit le pouvoir, pardonna à don Miguel son usurpation , et l'envoya à Vienne pour y apprendre à abhorrer les constitutions, en attendant le moment opportun. Il donna cependant une amnistie et quelques instilutions. Les factions, au milieu de tout cela, s'agitaient avec fareur; l'Angleterre était jalouse de la France, et elle réussit à décider le roi à reconnaître l'indépendance du Brésil.
On ne voulut pas même prévoir le cas où les deux couionnes viendraient à se réunir sur la même tête. En effet, Jean VI
PÉNlNSUtB IBBBIQUB. 311
BMwnit ( 19 mars 1836) , et la qoestîoD 6it de savoir qui Iqî sneeéderait. Don Pedro, son fils aîné, possédait daus le Brésil , OB empire indépendant ; ce qui n*enipécha point son père de le ncomiattre aussi pour héritier du Portugal. Il s'en déclara roi sBBtôt, et y envoya une constitution ayant pour bases une fflonarchie héréditaire , avec une chambre deà pairs dont les mcflilves sont désignés par le roi, d*après certaines conditions; etmiecfaamhre des d^tés nommés par des électeurs provindsox, nommés eux-mêmes par des électeurs de paroisses jouissant d*uo revenu de six cents francs. Cette constitution ressemblait doncà la charte française, sauf que l'élection y était à deux éegrés, et basée sur le suffrage universel , à peu de chose près. Homim de cœur et ambitieux de gloire , don Pedro suivait en eda les idées du libéralisme ; mais il foulait aux pieds les vieilles frachiscs nationales, ce qui amena le trouble et la confusion dans le pays. Craignant rinfluence du parti absolutiste, il déclara qu'auffiitôt le serment à la charte prêté , il abdiquerait en ûvesr de sa fille dona Maria da Gloria, que son intention était dejBsrier à don Miguel.
la eonstitation fut jurée; mais beaucoup de gens se réfugiélent nr le territoire espagnol, et, appuyés par Ferdinand VII, ils la repoussèrent comme opposée aux institutions nationales. Le comte d* Amarante se mit à la tête de ceux qui se levèrent fnannes; les uns proclamèrent don Miguel, les autres divers princes, jusqu'à Ferdinand VU lui-même; et le sang coula, malgré Tintervention des cours étrangères. Don Miguel, sur Tuvitation de son frère, arriva de Vienne, et jura la cliacte ( MNesabre 1827 ) ; mais il seconda sous main les absolutistes et t*appuya sur la multitude. A peine les troupes anglaises furenteUes parties , à peine eut-il reçu le montant d'un emprunt négocié en Angleterre, qu'il abrogea la constitution et la loi élec* lorale, pour réunir les anciennes certes des trois états du royaume. La question de succession y fut soulevée; on y déclara don Pedro étranger, et don Miguel s'empara du pouvoir absolu (juillet 1828). Cependant une partie de l'armée refusa de sovirruBurpation ; les con^tutionnels proclamèrent dona Maria, et mirent Pahuella à la tête de la régence ; la guerre civile éclau,
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• les coDStitutionnéls furent dispersés , et rédaits à s'enfiiir; la supplices fuient le prix de la fidélité; et TAngleterre dierda vainement à arranger les choses, en foisant épouser à doo Miguel sa nièce dona Maria.
La révolution de 1830 n'Ata pas l'inflaenee aux absolutistes; et les patriotes, qui avaient espéré obtenir des secours du deiiors, reconnurent qu'ils ne devaient compter que sur eux-méoMs. Une révolution s'était accomplie au Brésil , et don Pedro menait en Europe , après avoir abdiqué en faveur de son fils. Accueilli en roi par l'Angleterre et la France, il rassembia les émigrés portugais, à la tête desquels se mit Saldanha. L'armée libératrice, partie des Açores , arriva à Porto; mais elle fîititpoussée par le peuple. Ce fut une guerre acharnée, que les pissions rivales , la famine , les persécutions, rendirent misérablement désastreuse. Don Miguel , don Pedro , se virent rédaits à lutter par i'épée des étrangers : le* premier employa ceHe du Français Bourmont , l'autre celle de l'Anglais Napier. Palmeili réussit à négocier un emprunt en Angleterre, procura à son parti des vaisseaux et des munitions, et décida enfin le triomphe 4ie dona Maria. La mort de don Pedro (4 septembre 1834), qui survint peu de temps après, donna le pouvoir à cette reine de téx ans , dans un pays épuisé et peu tranquille encore. EHe accorda sa confiance à Palmella. Au milieu des graves embarras causés par l'état des finances , les cabales firent une guerre iDCCSsante aux ministres; enfin un soulèvement (1835) éclata, et Ton de manda leur renvoi, avec la constitution de 1833. Les cortèseo rédigèrent une nouvelle qui amena une guerre civile entic les constitutionnels et les chartistes, ce qui ruina les finances et conduisit à la banqueroute. Le trône de dona Maria se maiatiot pourtant à travers tant de vicissitudes , et les conslitutioBoeis modérés eurent le dessus jusqu'en 1847, où une nouvelle iosorrection éclata à l'improviste et menaça le gouvernement Oo l'accusait d'avoir violé la constitution, et la guerre civile forra ce malheureux pays à subir encore l'intervention étrangère.
En vertu d'anciens privilèges concédés par la maison deBra* gance, au temps de ses révoltes contre l'Espagne ; enrecounaissance aussi des secours qu'ils lui accordèrent depuis, les Anglais
PiNnCSOLB IBBBIQOB. ZiZ
ant obcena , pour leur oommeree en Portogal, des avantages que n*y ont pas les natkmaax. La compagnie anglaise, qui a le monopole des vins de Porto, dissoute par don Pedro, a été retablie depais^ grâce à l'extrême besoin que l'on avait de se pcocnier des subsides par anticipation. Les dettes contractées et la QÊccssité de s'assurer une protection lient ce pays à l'Angletcm, qui y donne et y reprend la couronne à son gré. Il ten biea difficile au Portugal de conserver Goa, et plus encore Haeao. Cette lie, pendant la dernière guerre contre la Chine, lot oocopée par les Anglais, qui s'arrogent tous les privilèges de navigation dans les comptoirs portugais de TAfrique orientale. Us 88 montrent peu disposés à restituer Ceylan , et à permettre qa» > le Tage verse ses eaux dans l'Océan sans leur-
Quoi qu'il en soit, ce petit pays, qui a été riche de tant de gloire et «MBblé de tant de ressources, reprendra de l'importance , s'il s'y forme une opinion publique; si le peuple apprend à conn^hie ses intérêts politiques, et s'habitue à l'agriculture et à l'industrie; si les majorais cessent de rendre les propriétés inaliénables, même les petites; si le souva*ain accepte sincèrement la eonstitution, et s'applique à la développer au lieu de t'entraver; si la représentation nationale, prenant plus de dignité, vote, noo dans des intérêts de faction , mais dans l'intérêt public ; si les Portugais enfin apprennent h subsister par eux-mêmes , sans ^*aiie autre nation vienne cultiver et commercer pour eux. .
En Espagne, Ferdinand VII, redevenu absolu, forcé de céder aox conseils de la France, avait accordé une amnistie ; mais trop d*exceptions^ l'avaient rendue dérisoire. Détestant les libéraux encore plus que le libéralisme , il avait produit une telle irritation, qu'il s'était trouvé forcé de demander, pour sa sûreté, que 1 occupation filt prolongée, ce qui enraya la fougue des absolutistes. Le désordre était partout : les impôts n'étaient pas payés ; des bandes armées se montraient de tous côtés, et les cours alliées renversaient les ministres selon leur caprice. La terreur peut bien réduire au silence un peuple faible qu'une grande puissance tient sous ses baïonnettes; mais un gouvernement indigène aurait-il réussi à maintenir la tranquillité dans un pays où les
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agitations sont chroniques, où Tasage des armes est général, si la population ne fût pas restée étrangère à ees mécontentements des hantes classes? En effet, la révolution est partie, en Espagne, de la noblesse et de la bourgeoisie aisée ; Pabsolntismey était, comme une démocratie royaliste et religieuse, eninsorrection contre les constitutions de Franee et d'Angleterre, yive le roi absolu ! fut souvent le cri du peuple ; et Ferdinand dut protester très-haut contre Tintention qu*on lui prétait de poser des limites à l'autorité royale. Les absolutistes , méiuige de monarchiques , de théocratiques, de chefis de la multitude qui s'intitulaient apostoliques, trouvaient que Ferdinand n'opénit pas avec assez de résolution ; et ils mettaient leurs espéranees dans rinfant don Carios, son frère. On put voir, à la révohitîon de 1880, combien les idées révolutionnaires étaient pe&répandues au delà des Pyrénées. On eût dit qu'un trdne qui n'avait plus pour soutien les Bourbons de France allait éenmler. Cependant le libéralisme trouva si peu d'échos, que TinvasioD de Mina échoua du premier coup, et que ce général , qui s'était vu deux fois porté en triomphe comme un libérateur, ne trouva pas une cabane pour s'y réfugier, alors qu'il était traqué comme une béte fauve.
Mais tous ceux qu'un gouvernement absurde avait fini par s'aliéner se réunirent aux libéraux. Les apostoliques , à force d'accuser Ferdinand de trahir la monarchie et la religion, finirent parle dégoûter lui-même; et il s'aperçut qu'un roi doit être quelque chose de plus que l'homme d'un parti. Ses trois mariages ayant été stériles, il voulut essayer d'un quatrième, et épousa Marie-Christine de Sicile. Les réjouissances, les fêtes qtii acjCueiHirent une Jeune reine pleine de vivacité, changèrent l'aspect de ce pays, que tant de misères avaient assombri. Les royalistes fougueux prirent en aversion Christine , qui , se voyant entourée d'ennemis puissants , s'appuya sur le parti constitutionnel. En effet, le libéralisme reprit faveur partout; Ferdinand lui-même retrouva de la gaieté, surtout lorsqu'il se vît père d'une princesse; et il porta la condescendance pour sa femme (81 mai 1880) jusqu'à promulguer la loi des cortès de 1789, qui avait aboli la loi salique, et rendu aux fenunes, con-
PÉmiISULB IBBftlQUK. 815
foraénent à l'ancicDiie coutume, le droit de succéder au trûae'..ËtraDge abus du despotisme, qui fait et défiait tant de kà, dans tm siède, une loi aussi importante que celle qui règle Hérédité royale!
D*apiès la eoostitation de 1813, le trône était également déloio anx ^nés, mâles ou femelles. Quoi qu'il en soit, si 1a CMslitatîoo subsistait, la loi salique était abolie; sinon, le roi afanla poaTait, à son gré, changer cette loi. Don Carlos se timifaît, de cett^ ia^n, écarté du trône. La France et Naples ndanièrent, au nom des droits éventuels que leurs princes itaieat à cette couronne. Les apostoliques, qui ayaient compté ar riféDement de Tinfant , se récrièrent et s'agitèrent. Calo-
' PMppeT avait AJt modifier, par les certes de 17 13, Tordre de soo fuàm aa trôoe de Gsstllle , en ce sens que les femmes ne succéderaient fi'kprèi reitiDCtIon des lignes masculines, le droit de représentation étant unii^é dans ces dernières. (Test donc à tort que cet acte de PWliffe V a été eoefoudii assez généralement avec la loi salique, qui exdoC caaaplélenienl les femmes da trône ; loi qui est encore en vigueur €■ Fraaee, dans les anciens électoratsaUemands, dans les pays où la accession dérive de droits féodaux ou de pactes héréditaires, comme daas les maisons de Saxe, de Hesse , de Brandebourg ( moins la Prusse iMtelbis). Dans la succession en ligne cognatique pure y les deux ieies jouissent d*un égal droit, sauf) pourtant qu*à un même degré les Mres seot préférés aux sœurs, se réglant, du reste, sur le droit de reiwéscBlatioB tel qu'il existe dans le droit romain; de sorte que la fille d^B mftie est préMrée à ronclè , s'il est cadet de son père. Cest ce qui a lien ca Angleterre, en Portugal , comme jadis en Castille, en Arapn, en Navarre, qui, pour cette raison, changèrent plusieurs fois de dynastie. Philippe Y, en modifiant Pancien ordre de succession, voulut ispècher que le royaume ne passât dans des mains étrangères; et if introduisit , non pas la loi salique, comme on Ta t)eaocoup répété , mais U fseeession cognatique mixte, qui n'admet le droit des femmes <|M knquH n*y a plus , dans une ligne , de mAle issu de m&le. Ce fut cette M de Philippe V que Ferdinand VU abolit par sa pragmatique d« 19 onrs 1830, pour assurer la couronne à sa fille Isabelle, au ^étiiflMnt de son frère don Carlos^ Du reste, il ne faisait que rétablir randea droit de snecessioo, et le conformer à ce que les cortès de 1 789 avaient rédamé de Charles IV.
3i6 PENINSULE IBÉBIQUB.
marde et Alcudia furent renvoyés du ministère; leurs partisans furent destitués. Les esp^nœs des progressistes se portèrent de plus en^plus.sur Christine, nommée rég^ite, et les diverses nuances libérales se confondirent sous le nom de chriS' tinos. Le ministère qui se forma alors sous Zéa-Bermndès s'attacha à réparer les maux causés par le précédent : il amena le roi à quelques concessions, et Gt prêter aux corlès le serment de fidélité à la reine Isabelle (juin 1833). Il rouvrit les universités, que Calomarde avait fait fermer ; Tamnistie , en même temps qu'elle était une réaction contre l'absolutisme passé, tira de Texil ou des prisons beaucoup d'hommes distingués et de riches propriétaires , disposés à soutenir la régente contre don Carlos. Ce prince protestait, retiré en Portugal, sous le patronage de don Miguel. C'est ainsi que Ferdinand emporta aa tombeau la certitude délaisser son royaume en proie à la guerre civile, qui ne tarda guère à éclater.
Marie-Christine prit alors le gpuvernement(3 octobre 1833); et Zéa-Bermudès , à qui le portefeuille fut conservé, fit paraître en son nom une proclamation célèbre. Les nouveaux actes, vus de mauvais œil par les apostoliques, étaient d'autant mieux reçus des libéraux. Entre eux toutefois il y avait un parti moyen, qui, ennemi de la tyrannie, mais aussi de la révolution, se composait de gens d'affaires influents , et désireux de réaliser des bénéfices. Puis on avaft en face le peuple , fidèle à la religion et à la monarchie , à qui il fallait faire entendre que ai l'une ni l'autre n'étaient compromises par les mesures nouvelles, et que le gouvernement ne livrait pas l'Espagne aux périls de l'esprit d'innovation. Pour cela, Zéa-Bermudès annonçait, au nom de la régente, l'intention de maintenir le système de ("erdiusud, et de pratiquer un despotisme éclairé. En faisant ce sacrifice aux idées monarchiques du pays , il détacha certains partisans de don Carlos , jeta de l'indécision parmi les autres, et rassura le peuple , détrompé de ces constitutions tant de fois tombées, remises au jour et changées. Mais, comme il ar rive d'ordinaire au premier ministère d'un nouveau gouvernement, Zéa-Bermudès ne put contenter personne. Martinez delà Rosa, qui lui succéda , tailla, sur le patron anglais , un statut
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rvp^Ênc une chambre des pairs, moitié héréditaire , moitié viagère. Cette constitution , qui ne dérivait ni du droit ni des antiques contâmes, répugna aux franchises du pays , et fut mal acoidUie. Ce fut alors que commença rjnsurrection cariiste; il Mot armer le peuple, il fallut loi complaire, en donnant une eonstitntion au moment où le choléra exerçait ses ravages. On opposa Mina aux carlistes de Zumalacarregui ; à sa mort , E^aitero, qui avait £ait la guerre en Amérique (1836), devint le héros des christinos. Il réorganisa l'armée, et finit, après six ans de vicissitudes et de petits combats, par repousser sur le tifritoire français Cabrera, chef des insurgés du centre, ainsi qoe don Carlos (juin 1840 ), qui resta prisonnier en France jusqu'au moment où il renonça à ses prétentions en faveur de^on Bb ( 1845 }. Les provinces basques avaient prospéré dans fin* dépendance , et trouvaient honteuses ces révolutions de palais; dia opposèrent donc une résistance énergique, préférant leurs anciens privilèges aux avantages chimériques d'un sys* tème unitaire. Forcées de mettre bas les armes, elles ne furei t pomtant pas vaincues, attendu qu'elles conservèrent leurs//<4?rot, c*est-à-dire l'indépendance municipale, le droit de fixer leur impôt elles-mêmes et d'administrer leurs biens, de n'avoir garnison que dans les forteresses, d'être affranchies du recrute* ment, de jouir de la liberté du commerce , et de n'obéir aux actes du pouvoir exécutif et législatif qu'autant qu'elles les approuveraient
Christine, débarrassée de ses ennemis, se trouva bientôt aux prises avec ses amis : le plus puissant , Espartero , se trouvant en dace d*un gouvernement fhible , devint le véritoble maître. £lle se décida à abdiquer, et passa en Italie,, puis en France. L^agitation continua après elle : apostoliques, constitutionnels, rojalistes , se montrèrent également conspirateurs et anarchie qws. Le peuple soupirait après l'absolutisme ne comprenant la liberté que sous la folrme de privilèges historiques. Les libéiaux, classe aisée, instruite, voulaient. transplanter dans le pays des systèmes étrangers ; aucun esprit public n'y mûrissait à côté des idées de provinces et de privilèges. On obéissait par force à quiconque disposait de l'armée Mois le vain-»
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queuY d'aujourd'hui sera à coup sûr renversé demain, sans qu'on puisse dire par qur. Cette flère nation espagnole a trop longtemps vécu sans émulation ; les classes nobles, surtout dépossédées par les princes de la maison d'Autriche, ont perda le ' point dMiouneur et Fambltion , pendant que le clergé s'abaissait à servir les passions royales ; le commerce et tout ce qu'il y avait de forces dans le pays s'est éteint, faute de moyens de les exercer avec liberté. De là cette grande uniformité que nous présente l'histoire de l'Espagne, où depuis trois siècles le roi seul paraît agir ; aussi est-ce à lui seul que la révolution devait s'attaquer. 11 ne reste plus de véritable aristocratie dans le plus aristocratique de tous les pays, attendu que le despotisme d'une part, mais plus encore le sentiment catholique , puis les anciennes guerres soutenues en commun, les moines enfin, dont le nombre était si grand, y ont enraciné partout les Idées d*égaiité. Le procès ne put donc être décidé là par la guillotine, comme en France : il devait traîner en longueur, entre gens dont chaque homme comptait.
La centralisation répugne dans ce pays, façonné à la division des anciens royaumes; et, tandis qu'en FVance les mouvements procèdent de la capitale au reste du pays, en Espagne ils partent des provinces pour envelopper la capitale. Dans un pareil état de cboses, les crimes et les délits abondent > ; l'agriculture et le commerce sont nuls. Au fond, cependant, la nation est plus morale qu'on ne le croit en Europe; elle est arrivée à une liberté plus réelle et plus logique que les autres ; les municipalités, très-anciennes et très-enracinées , ont en Espagne une force morale extrême; on n'y comprend guère ces libertés écrites uniquement dans une diarte; et l'on y traite de tyrans cet libéraux qui dépouillent les gens de privilèges véritables, pour leur offrir en échange des droite fantastiques, qui n'ont rien à faire avec le caractère national. Les libéraux eux-mêmes
^ En 1841 , raudience de Barcelone a eu à juger 3,681 proeès criminels, dont 160 assassinats, 1 parricide, 24 suicides, 6 infanticides, 5 attentats contre la vie, S3 meurtres involontaires, 318 blessures graves, 49 incendies, 404 vols, et 315 cas de contrebande.
pAiiiivsdle ibébiqob. 819
tout dmés en exaltés et en modérés : les premiers, sous les
noms de oommnneros , de carbonari , de jeune Espagne , de centre onivecsel, de Sainte-Hermandad , se recrutent dans les sodélés secrètes sorties de la frane*maçonnerie de l*empire, et s'appuient snr TAngleterre ; les autres, amis de la France , sont à» nobles, des riches, des gens d'af&dres, qui s'appuient sur la couronne.
Q n'est donné qu'à l'épée d'imposer un maître à un pays désmi à ee point : Espartero, a?ee la sienne, semblait devoir saipnire ao moins la discorde. Tous ceux qui depuis Napo* léoD avaient gardé le culte de la force, attendaient de lui, à débnt d'antre résultat, la tranquillité, ce premier besoin du pays. Ksis ce général , inconcevable mélange de férocité etd'indéciâoD, vint à bout de Barcelone soulevée en la bombardant ; puis 0 n'osa, pea de temps après, employer la force contre une autre insurrection; il s'enfuit en Angleterre, insulté, pour sa conardise, de cenx qui avaient maudit sa rigueur. Alors Isabelle fot déclarée majeure ( 1844 ) ; Christine fut rappelée, avec Martina de la Rosa et les modérés ; mais la trauquillité ne revint ps. Le mariage de la reine devint une affaire d'État , dont imites les puissances se mêlèrent ; et ce perpétuel va-et-vient de oiinstères et départis atteste bien qu'aucun d'entre eux n'avait son point d^appul dams le peuple.
La seule unité du pays, l'unité catholique, cette force de la monarchie espagnole, a reçu une forte atteinte de la conGscatkm des biens du clergé, de.l'abolition du tribunal de la noncia* tare, et du droit de nommer aux évécbés, réservé à Rome. Ces acsnrcs, destinées à pourvoir, d'un autre côté, à la dette publique, ont produit de grands changements dans les propriétés et les intérêts locaux : telle est la richesse du sol , qu'il sufGrait de peu d'années de tranquillité pour ramener une situation prospère. De bonnes lois sur les mines ont déjà produit des résultats avantageux à l'industrie du fer ; et Ton ne retire pas mon» de 60,000 kilogrammes d'or, par an, des mines de Gre* nade et de Murcie. Gibraltar, il est vrai, est un entrepôt de produits anglais , destinés à être introduits en Espagne par contrebande ; le cours des fleuves aussi est interrompu par la
320 PBNINSULE IBKBIQUE.
douane do Portogal , dont ils triTenent le territoire pour m rendre à la mer ; mais on pourra y remédier en modifiant k système de prohibition, dont aooim pays n*a eu plus à soui&ir que l'Espagne. Si le mouvenient d'absorption des petites nationalités dans les grandes se poursuit, la Péninsule, réunie en oo seul eorps, retrouvera la prépondérance qu'elle a eue jadis panni les nations européennes.
L'Espagne n'a pas trouvé, après la perte de ses colonies, les avantages que l'Angleterre a reeueillis après raffranchissemenl des siennes. Trop faible et trop malheureuse alors pour eoo* dure des traités de commerce à son profit, elle n'a pas ménie obtenu plus tard quelques indemnités pour les propriétés confisquées de ses sujets, ni pour les domaines de la couronne ; elle n'a pu davantage mettre à la charge de l'Amérique émancipée une partie de la dette qui l'écrase.
Il lui reste pourtant assez de possessions pour figurer eocore parmi les puissances coloniales. Cuba est l'Ile que la nature a )e plus richement dotée ; et la Havane, qui domine la double entrée du golfe, est l'un des meilleurs ports du nouveau monde. Depuis que le gouvernement a renoncé au monopole de son excellent tabac , la culture s'en est considérablement accrue. Indépendamment du coton et des rayons de miel , on exporte de la Havane autant de sucre et de café que de toutes les Antilles anglaises et de Tlle Maurice. Porto-Ricoo, qui, en 160S, manquait de sucre pour sa consommation , est arrivé à en produire plus d'un million de quintaux. Mais l'Angleterre, qui connaît Timportance de ces positions, travaille à rattacher les habitantsà ses propres intérêts; et si une guerre survenait, l'Espagne pourrait-elle les défendre? Le pourrait-elle contre les États- Unis?
Les Philippines offrent aussi en Asie un beau champ h Tactivité espagnole, situées, comme elles le sont, de la manière la plus favorable au grand commerce. Manille, assise au fow d'une vaste baie où se jettent les grands fleuves qui la meUeat | en communication avec toute 111e de Luçon, fut comme oubiiéi | par les Espagnols , après sa fondation: c'était l'époque de leuTS guerres avec les Pays-Bas et l'Angleterre; mais quelques cok)0&
SliÈDB ET DANÉHABK. 321
restes là, soutenus par Ténergie de don Juan d'Antricbe et par ks missionnaireB , fiDirentj>ar donner Tessor à sa prospérité. L'industrie et le eommerce y ont pénétré aussi avec les Chinois; mais ces hôtes turbulents ont besoin d'être sévèrement coDtenos. Les établissements européens, les sociétés commerciales s'y sont multipliés depuis, grâce aux émigrations, à tel point que la population espagnole y a doublé depuis le eomroencemeot du siècle. Mais ce sont là aussi des possessions pncaires; la marine espagnole ne suffirait pas pour les protfser> contre les Anglais, ni même contre la piraterie des Ilbnos.
SUEDE ET DANEUARIL
De tous les soldats de la Révolution devenus souverains , Bernadette seul a su conserver le trône et fonder une dynastie. Volontaire dans le régiment de Royal -Marine, il était sergentmajor lorsque arriva la Révolution qui devait faire de lui un prince, puis le porter enfin sur les marches du trône de Suède. Vieux soldat républicain , il sut conserver sa personnalité intacte, quand tant d'autres étaient absorbés dans celle de Napo% Icon : ce fut par là qu'il attira sur lui les regards d'un peuple qui cherchait un roi parmi les satellites de cet astre resplendissant. Alors il comprit que son devoir était de préférer les intérêts de la Suède à tous autres; et, comme elle n'avait point de raisons poar détester les Anglais et ne pouvait vivre sans commerce, il refusa de se prêter au blocus continental. De là les dissentiments qui firent à Napoléon un dangereux ennemi de son an-
' En 1764, TEftpagne comptait cent soixante-dix-huit bâtiments de PKrre, savoir : soixante-sept vaisseaux de ligne , quarante-sept frégates, i«iaile*qiiatre bâtiments plus petits. Elle n'avait plus, en 1646, que lr«s TSÉaseaux de bant bord , six frégates , cinq corvettes, sept bricks (ie fisgt , et quelques bâtiments moindres encore.
392 SUÈDB ET DANEMARK.
cien général. Les uns veulent que Beroadotte lui-même ait irrité la haine des rois contre le maître de la France; d*autres, qu*ii ait ambitionné le rôle de médiateur entre eux et Napoléon ; ceux •ci, qu*il ait songé à lui succéder; ceux-là, quHl se soit entendu avec les vieux jacobins pour rétablir la république française. Tout cela 8>st dit, et plus encore. Le fiait est qu^il fut maintenu par le congrès de Vienne.
La Poméranie devait être cédée au Danemark, aux termes du traité de Kiel, en échange de la Norwége; mais cette puissance ayant manqué à ses engagements en 1814, la Suède occupa la Norwége à main armée, et, le fait une fois accompli, elle le fit accepter sans indemnité; puis , n'espérant guère conserver la Poméranffe et Tlle de Rugen en cas de guerre, elle les vendit à la Prusse pour 5 millions.
Deux royaumes de constitutions différentes se trouvèrent ainsi réunis. Une assemblée constituante, en 1814, rédigea dans quatre jours la constitution norwégienne, que le congrès de Vienne approuva sans beaucoup d'attention. Elle ressemble fort à celle des États*Unis : c'est une démocratie sous un roi, selon Tantique esprit d'un pays où la féodalité n*a jamais pris pied , oiir le paysan a toujours été libre , et où la propriété est très-divisée. Tout Norwégien âgé de vingt-cinq ans , propriétaire , .usufruitier ou fermier à vie d'un fief, tout habitant d'une ville est électeur; à trente ans il devient éligible, pourvu qu*il ne tienne ni à la cour ni à quelque ministère ; qu'il n'ait ni pension, ni emploi subalterne dans une maison de commerce. Le vote est public; le parlement («tor/Atn^) triennal se convoque lui-même, et une loi adoptée dans trois législatures n'a point besoin de la .sanction royale. Ce fut ainsi que passa l'abolition de la noblesse héréditaire. Il p'y a point de profession honorable qui ne soii représentée dans le parlement; aussi y voit-on des gens de toute condition. Le président et le vice-président sont renouvelés tous les huit jours , et au commencement de la session un quart dn iiorihing est choisi pour former la chambre haute {^lagthingh rjui délibère sur les propositions de la chambre des communes ( odeUfhing ), et juge les ministres accusés par elle. Ceux fi n'assistent point aux discussions. Non-seulement la presse
SOÈDE ET BAHBMABE. 323
«ififaR, ma» le gouvernement favorise les jonrnaax en les aeqptant du droit de poète. La peine de mort est ineonnue en Aerwége. L'émancipation des eàtboliqoes a été décrétée en jaitt I84&, tandis qu'en Suisse on £nt eneore le procès à ceux qà dnadocmcnt TÉglise luthérienne. Tontes les cérémonies qaà entaient avant le luthéranisme ont été conservées. Ainsi ce pays goûte tons les firuita des mœurs simples de la liberté.
La féodalité pénétra en Suède vers Tan 840 , lorsque Brandtwaad distribua à ses sqjets le sol déboisé pour le cultiver, soos robiigation du service militaire ou d'un tribut équivalent. La eoaroone aliéna plus tard sa propre souveraineté , et trans* ■it à des seigneuv tons les droits qu'elle avait sur le sol ; mais eoame il n'existait ni loi de substitution, ni droit de priroogé* aiime» oe n*était point, à vrai dire, une aristocratie. Eric, fils de GastBve Wasa , créa le premier des titres de noblesse , dont le s'aœrut dans les guerres qui se succédèrent depuis : on ne trouva là que des officiers nobles , dépendants de la , et qui ne formaient point un corps; tandis que le deigé, proporiétaire d'immenses domaines ' inaliénables, jouissait d'une graBde puissance. La bourgeoisie était sans force dans un pays pauvre et sans industrie; les paysans formaient la ■nan de la popubtion : libres^ ils fournissaient des troupes au roi, mais non aux leudataires ; et» toujours armés pour la chasse, ils ne furent jamais asservis. La couronne, élective , se conférait sous des restrictions de plus en plus sévères. Dès le treizième siècle, un sénat souverain, nommé par le roi, mais que les états généraux pouvaient déposer, discutait les af&ires du gou-
La constitution donnée sous le ministère d'Oxenstiem fut abolie jgu Gustave 111; et lorsque Gustave IV fi|t déposé par ledne de Sudemianie(juin 1809) *, les états s'assemblèrent pour à la bâte une nouvelle charte. Gomme on ne visait qu'a l'autorité royale, chaque député y apporta quelque article qui fut adopté après discussion, sans qu'on s'inquiétât de Tien coordonner ; aussi oette charte, qui ressemble en partie
• Voy. I. Il, p. r
324 SUÈDE ET DAIfEUARK.
à rœavre d^Oxeostieni, pèche-t-clle pnr la confusion. Les états généraui sont composés de quatre chambres , la noblesse, le clergé, les bourgeois, et les paysans. L*ordre du clei^é, dont le roi est le chef visible, se compose de rarchevéque d*Upsa), .de onze évéques, et des députés élus par les ecclésiastiqueg de chaque diocèse. Le luthéranisme n^a guère modifié un peuple qui n*y était pas préparé; le clergé y est très-riche , et le culte très-pompeux. La secte des illuminés de Swedenborg a trouvé dans ce pays de nombreux adeptes. Deux mille quatre cents familles environ ont été anoblies par le roi et inscrites dans le livre d'or ; ce nombre est demeuré invariable. Le chef de ebacune de ces maisons, méritant ou non , est membre effectif de TËtat. Les terres nobles sont exemptes d*impôt. I^ bourgeoisie est représentée par les élus des quatre-vingt-cinq villes, qui comptent plus de 280,000 habitants; les repr^entants des paysans sont élus par district, et doivent être propriétaires; point de représentation pour les non-propriétaires , qu'ils soient savants, chefs de manufactures, jurisconsultes. L'ordre des paysans compte 2,600,000 âmes , possédant les deux tiers du territoire. Les états se réunissent tous les cinq ans pour airéter les comptes et voter Timpôt; le vote a lieu par ordre séparément, ce qui peut rendre nul le dernier, attendu que si les trois premiers adoptent, le veto du quatrième est sans valeur. L*u* nanimité n'est exigée que pour les lois fondamentales; et il faut que la proposition se discute sur-le-champ; mais elle n'est votée que dans la session suivante , c'est-à-dire cinq ans après, ce qui rend les délibérations très-difflciles. Le roi gouverne selon les formes établies, avec un conseil d'État de neuf membres nommés par lui , ainsi que tous les fonctionnaires ; s'il s'absente pendant tme année, le trône est déclaré vacant.
Les états généraux nomment un procureur général de la justice, pour veiller à la stricte observation des lois, ainsi quun comité de constitution , qui peut se faire communiquer les procès-verbaux du conseil d'État, et, le cas échéant, mettre les ministres en accusation. La presse est libre; cependant le chancelier peut non-seulement réprimer, mais même supprimer les journaux. T^ jury nVxiste que pour tes délits de presse.
SUEDB ET IMNEHARK. 335
Le tribunal de ropinion {opinions namud )e&t une institutioolOQte particulière à la Suède; c*est une sorte d^ostradsme qni peut renverser le pouvoir exécutif. La législation a conservé beaoeoap de vieilles coutumes, et le code ordonné par le roi co 1833 n*a pas été promulgué.
{.Inégalité, comme on le voit, est consacrée par la eonstitu* tioa. L'ordre le moins nombreux possède les emplois et la majoriié des votes dans la diète; il dédaigne le commerce, qui périrait s*il n'était ravivé par les étrangers. Toutes les industries laeiœntpar privilèges, sauf Fagriculture : source d'entrave etffisDlement. La vanité s'attache, en outre, à ces faveun; et i'espril de corps amoindrit le sentiment de la moralité personnelle.
Le système militaire est bon, et l'armée indella mérite d'être eilée en particolier. Jadis les propriétaires étaient obligés de nine le roi à la guerre, avec un nombre d*faommes proportioimé à leurs possessions; Y élection et la noblesse furent conférées aux plus riches, qui servaient à cheval. Charles XI, voyant que les finances de l'État ne sufBsalent pas à l'entretien <l*iiiie armée permanente , fit revenir à la couronne, par l'acte de rédtKtkm de 1680 , un grand nombre de propriétés. On eut alors des régiments soldés {va€rfcade)'y une partie des biens fanot assignés en guise de solde aux officiers et aux sous-qfQficfs {botteile ). Les provinces n'en restèrent pas moins obligées de fournir un contingent de troupes qui, sauf les cas de l^esoin , vivent dans des cabanes séparément et cultivent un petit terrain, au lieu de paye: troupes essentiellement nationales , et qui ne s'amollissent point en temps de paix. Beaucoup d'oflfeiers remplissent d'ailleurs des fonctions civiles.
Lon de la mort de Charles XIII, en 1818, Beroadotte eut à réprimer on soulèvement momentané en Morwége, et fut ensuite eooronné dans les deux royaumes. Qabile à passer d'une religion a r»tre, d*une politique à une autre, à sacrifier l'idée au fait, îl KHitint sa dignité en face de la Sainte-Alliance, qui ne lui épargnait pas ses conseils contre les libertés du pays. Durant sa Wigoe vie, qui ne finit qu'au 8 mars 1844 , il se consacra à la prospérité de sa patrie adoptive ; il sut conserver la paix, malgré
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