‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,)Chapitre 29 sur 61 · LES MINI8TBBKS ET LES PASTIS EN FBAHCB · texte numérisé non relu

LES MINI8TBBKS ET LES PASTIS EN FBAHCB

r Autriche. La Lombardie avait repris ses ehatoes , Unée qii*eUe était sans la moindre garantie à la domination antridiîeone. Son roi, œ fut Tempereur lui-même, soumis à la seule obligation de se faire couronner à liiian; à lui la nomination à tous les emplois, la 6xation de l'impôt, Tadministration desfinanees, de rinstruction publique. 11 fallut que tout arrivât de Vienne, malgré tous les inconvénients qui pouvaient résulter de la lenteur ou de rignorance. Une congrégation centrale devait représenter le pays; mais le gouvernement lui-même en nommait les membres , lui seul les convoquait ; et leurs délibérations n'aboutissaient qu'à un vote consultatif. Un admirable système communal, reste des anciens municipes, était resté debout an milieu de tant de ruines; c'était assez pour conserver la vie et sauvegarder la prospérité de cette opulente province. Bien que réduite à une pure bureaucratie, radministrationcbemiDait enoore régulière et forte ; la justice, intègre et prompte toutes fois qoe la raison d*État ne la ûiisait point, était rendue d*après la loi autrichienne, qui avait remplacé le code français.

La Lombardie pouvait aervir d'exemple au reste de l'Italie en ce qui est de Tadministration ,'pour peu que ses dominateaiSi comprenant leurs intérêts et ceux du pays , eussent consenti à laisser fonctionner librement cette organisation municipale qui dispense les rois de la tyrannie , remplit les coffres des goaver* nants, tout en apportant aux sujets la satisfaction de titevailler au bien de leur'patrie. Mais, sans respect pour les snseeptibilités nationales , pour les promesses qui avaient été faites, tout alli se concentrer à Vienne ; et cela non pas d'un seul coup, aimi HuMl arrive le lendemain d'une conquête , mais lentement , avec calcul. Les hautes magistratures furent occupées par des Allemands , sans expérience du caractère et des mccurs italienns* La foule des employés en fut réduite à instrumenter, à appliquer des ordonnances tombées d'en haut , sans permission d^examiner, sans voix pour rien exposer : le silence fut commandé sur toutes choses. Cette unité de Tempire, qui était le rêve de l'empereur François , imposait à l'Italie les mêmes lois qu*à la Gallicie et aux Croates, jusqu'à enlever la publicité aux jugements, supprimer le droit de défense que l'Italie possédait,

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In^B'à expédier de Vienne un règlement sur les eaux à cette Lflolierdîa qui avait inventé l'irrigation artffieielle. Elle avait oae belle armée « et bientôt Ton vit ses conscrits incorporés dans les r^ments allemands, sous des officiers autrichiens; MOI rit-on s'éloigner de l'armée tout ce qui gardait quelque ffodoient de dignité nationale et put acheter un remplaçffit Le système communal se rit entravé et désorganisé ^ jonr en jour; et la oongrégation centrale, composée de gens à gagn , se trouva sans voix pour hasarder des réclamations , M sias courage pour exiger une réponse. L'Église elle-même vit peser sur elle le même joug, grâce au système introduit par Joieph II : il fallut que les curés prétassent serment de fidélité m louvenân ; les évéques, nommés par l'empereur, eurent défieaM de correspondre avec Rome , et ne purent conduire leur liwpeatt sans se voir exposé à la censure de quelque employé aabiitenie.

Lesmetlleores choses se trouvèrent gâtées par Taction de la po&ce, arbitre de tout. Une police aulique, ime police du vicenâ, ime police générale, une police communale, une police du gouverneur, une autre de la présidence, se firent la guerre réciproquement ; tous les emplois, tous les honneurs, toutes les posilioQS, jusqu'aux chaires et aux fonctions ecclésiastiques, tombèraat sous l'action de cette police ; il ne put se frire de nominations que d'après ses enquêtes et ses notes secrètes, dont le coup étaitiiiéroédiable. Elle éplucha lespasse-ports, empoisonna toutes Icsrdations cirileset domestiques , en semant mille soupçons de trahison entre amis et parents , dans le but d'affaiblir ainsi Tesprit public par la haine et la discorde ; elle se mit sur la piste de tous les secrets , pour les divulguer, et jeter le blâme ou le déshonneur sur ceux qu'elle voulait atteindre. Faute de rien découvrir, elle inventait; elle mettait en évidence un homme obscur, pour porter ombrage ou préjudice à quelque mérite solide, à quelque caractère indépendant. Elle violait sans nulle pudeur le secret des lettres, elle emprisonnait sur les plus légers soupçons, q^tteà relâcher ensuite, sans même articuler un pourquoi à ceux qui rentraient de l'exil ou sortaient des cachots. EUe disait tout bas : « ITavez-vous pas assez souffert? Pour-

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quoi tantdewmd des sfihins publiques? Joiiisnz delà fk,te gouyeraeineDt n'y met point obstacle; soyes fîdie8« wja heureux. » Ceâ ainsi que rAntricbe s'efforce, au moyen des jouissances, à étouffer tout souvenir d'honneur, et à fafae tourner en un moi embonpoint tout ce qui derrait servir à fortifier les muscles; puis , montrant du doigt h TEurope cette vie nonchalante, ces brillants équipages, cettecampagne florissante, elle s*écrie : « Voyez comme la Lombardie, mon esclave, est hoireuse! »

Il ne manque pas d'hommes assurément qui , poussés par le besoin ou par le vice , s*o£frent à lui vendre leur âme, eenx-d pour des jouissances, ceux-là par ambition, d'autres par veogeance. La police a su accréditer le bruit que cet espionnage était à la fois très-mystérieux et très^étendu; des patriotes menteurs , des patriotes sincères , répétait cette calomnie, qm en fait dispense la police d'une vigilance dispendieuse, et qui déshonore le caractère moral du pays. En l'ofôrant sous ce honteux aspect, elle réussirai^ peut-être à éterniser les chaînes, si ce n'était pas Tinévitable destinée de la police de fiiirehûr plutôt que de sauver les gouvernements.

L'empereur François 1^ disait au congrès de Leybach : « Je veux des sujets obéissants , et non des citoyens éclairés. » Selon ce programme, on réduisit les écoles à ne donner que des sujets médiocres, en refoulant toute supériorité; on borna l'iastnie* tion popuhûre à ce qu'il faut pour changer les intérêts récalei* trants en résignation et en obéissance ; on s'embamasa peo de mettre renseignement classique enharmonie avec les positîoni et les besoins sociaux : un savoir littéraire superficiel engendra des esprits à la fois légers et dogmatiques; il en résulta la vanité des petites choses, le goût de la parole et du bruit ; il en sortit des journalistes et non des gens lettrés, des bureauerattt et non des penseurs. Vienne se réserva d'expédier les lirre8,et souvent aussi les professeurs ; on les nommait au concours, de façon h écarter les grandes capacités, et faire pasaertoute une race de charlatans bien dressés à ces exercices. Quant aux esprits d'élite, ils avaient la prison pour les soumettre, et les journaux du pouvoir pour les décrier ; on les faisait difEvner, pour ait>ir

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moios à les craindre. Une pareille guerre déclarée à toutes les forées vives , à la moralité et à rintelligenee d*un pays^ ne suffirait-elle pas pour déshonorer un gouvernement? £t ee goavcmement, qui dispose de la terreur, de l'éloge, des emplois, des hooiieoiB , des décorations n*a jamais pu trouver pour le louer un homme d'un véritable mérite. L'avenir tiendra compte à la Lombardie de cette indépendance incorruptible de ses esprits d*élîte ; et ceux-là pourtant ont été en butte à biçn des attaques envieuses et frivoles ; car dire aux peuples. Soyez sages, qoaod on ne peut dire aux rois, Soyez justes , c'est paraître de eoBplidté avec ceux-ci.

Les grandes voix faisant silence, ee fut le règne de cette foule qui trafique de louanges , d'annonces , de camaraderie ; qui fait échange de plats éloges et d'odieux outrages, comme il advient partoot où les amitiés sont sans lien et les inimitiés sans respect. La sonorité du ride résonnait dans les journaux, autre plaie de la littérature italienne; journaux qui encensent la médiocrité, idolâtrent la négation, et surveillent avec l'inquiétude de la défiance quiconque prend un certain essor; critique futile el sans conclusion, car elle n'enseigne jamais comment il faudrait faire, et qui, servile et emportée, réussit à faire détester la franchise en la séparant de la dignité. C'est la dernière misère d'un peuple, lorsqu'il a perdu toute foi en lui-même , que de ne plus savoir employer le peu de liberté qui lui reste qu'à se déchirer et s'arilir ; misère d'autant plus déplorable, qu'une nation à qui toute autre voie est fermée n'a plus que sa gloire littéraire et morale qui puisse attester à l'avenir que la génération présente n*a pas été complètement rile.

Le faux patriotisme ne nous pardonnera pas de mettre- à nu de pareilles plaies; nous savons qu'il ne nous fera point grâce : mais, pour avoir le droit de dire la vérité à nos ennemis, il faut que nous n'ayons pas peur de nous la dire à nous-mêmes,

A François 1*' succéda en 1835 Ferdinand, son fils, qui inaugura son règne par le pardon, ainsi que peut le faire tout prince qui n'est point un insensé. Mais le vice-roi et le ministre dirigeant chicanèrent ce projet d'amnistie , et, de générale qu'elle devait être « la réduisirent à des proportions étroites et illusoires.

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