‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,)Chapitre 60 sur 61 · LA FBANCE ET LES A 11 THES ÉTATS BUBOPÉENS · texte numérisé non relu

LA FBANCE ET LES A 11 THES ÉTATS BUBOPÉENS

abandonna au général Cavaîgnac une dictature qui semblait déjà nécessaire pour rendre à la vie civile un peuple à qui ta veille la liberté constitutionnelle la plus large ne suffisait pas.

L*assemblée coniftMia , sous la proleetion des baïonnettes , à compiler tant bien que mal sa constitution , qui fîit proclamée le 12 novembre. Par le fait, il en sortit un régime bien moins propre h initier le monde aux avantages du gouvernement démocratique qu*à servir de texte è tous les ennemis du système républicain. Mettant une fois encore les mots à la place des choses, on déclara que la France, disposant librement d'ellemême, se constituait en république, afin de pouvoir marcher plus à Taise dans les votes du progrès et de la civilisation. La souveraineté repo^sn dans Puniversalité des citoyens ; tout Français âgé de vingt et un an se trouva, sans condition de fortune, Jéclaré électeur, et concourut h Télection des députés ; rassemblée, nommée pour trois ans, composée de sept cent cinquante meilibres , se renouvelait int^alement. Le pouvoir exécutif était confié à un président, élu par le suffrage universel pour quatre années; il n'était rééligible qu'après un intervalle de quatre ans. Un conseil d*État présidé par le vice-président de la république, devait être consulté sur les projets de loi; il se composait de quarante membres nommés par rassemblée nationale pour six ans. Dans la dernière année seulement de la législature, rassemblée pouvait décider s*il y avait lieu de modifier la constitution.

L'f^lectiou du président se trouvait donc remise au vote de la nation. Le parti républicain se flattait de faire triompher le général Cavaignac, a qui on rapportait le mérite d*avolr sauvé Tordre et empêché la république de se déshonorer par le pillage et le meurtre. IMais n*est-ce pas comme une fatalité commune â toutes les crises révolutionnaires de rendre bien vite odieux quiconque possède quelque lambeau de pouvoir? La France est d'ailleurs travaillée par un incurable besoin de nooveantésdans les personnes comme dans les choses , auquel le TOte universel ne se prête que trop bien. Un nom dont la multitude était restée idolâtre, fut plus fort que tous les efforts improvisés d*une république accidentelle , et sur 7,827,345 votants, Louis-Napoléon

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Bonaparte obtint 6,048^872 suffrages. Ainsi, au moment où Ton venait dWfaoer toute distinction de naissance , et jusqu'au souvenir d® id royauté , la nation remit ses destinées aux mains d*un homme qui ne lui était connu alors Aue par son titre de prince et ce nom de Bonaparte si plein de prestiges à ses yeux. La république dès lors ne fut plus qu*un nom > et ne consista plus que dans un clief élu et responsable*

Ainsi se trouvèrent en présence deux pouvoirs de pareille origine, entre lesquels il ne pouvait manquer de surgir maints conflits, sans qu'on y jjût porter remède : les représentants ne pouvant déposer le président, et celui-ci ne pouvant dissoudre l'assemblée. De là de continuels embarras dans Fadministration ; à tout moment le peuple était mis en mouvement pour renouveler quelque élection > détourné du travail et tenu dans une ablution tellement incessante et fatale, que l'assemblée sortie de ce vo.'o universel se crut dans la nécessité d'éliminer du corps électoral les ^ individus frappés dequelquecondamûaliou, les ouvriers sans domicile fixe et tout le bataillon volant de l'anarcbie ( 1 2 mai 1 850 ) . On la vit durant deux années occupée à détruire l'œuvre de 48, à rétablir, sous le coup de la nécessité, les iilipôts qui avalent été abolis pour capter la faveur populaire, tel que l'impôt des boissons, rendreau pouvoir judiciaire son indépendance, relever le crédit, qui avait péri sous les menaces d'expropriation, rouvrir les sources de la prospérité nationale affectée à ce point que , dans la seule année 48, on avait vu les dépenses s'accroître de 26d millions et demi. Mais tsomment rétablir Téquilibre dans des finances dérangées à ce point !

Au début de la nouvelle révolution, la France semblait vouloir entraîner par ses enseignements l'Europe sur ses pas ; et, de fait, elle n^épargna rien pour activer l'embrasement général, mais en agissant sous main, à la façon des sociétés secrètes ! 'Cependant, prompte à sedémentir, la révolu l ion ne tira point l'épée pour ctfux qu'elle avait entraînées par son exemple. Aussi perdit-elle bientôt les sympathies des peuples voisins. Tandis que ces peuples luttaient pour leur nationalité ou leur émancipation , la France se consumait en brigues intestines, en rivalités de parti, en conflits d'ambition. On vit après février ce parti libéral, ad-

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versaire acharné des nobles et des prêtres, leur tendre la main pour affronter de concert le péril commun. Ceux-là qui avaient sapé toutes les bases du pouvoir monarchique proclamèrent leur repentir. On qualifia hautement de surprise, de catastrophe, de coup de main, cet établissement d'une république à laquelle la nation ne s'était résignée, disait-on, que par l'appréhension dej quelque chose de pire. j

Au sein de l'assemblée elle-même bouillonnait le parti socialiste. Ce qu'il voulait, ce n'était pas seulement le vote universel en matière politique : il demandait également pour tous la justice, rinstruction, Fabolition des taxes indirectes; prétendant reporter toutes les charges sur la propriété foncière, qu'il entendait soumettre à l'impôt progressif. Les hommes politiques n'apercevaient au fond de ces théories que l'anéantissement de Tindustrie, une prime offerte à la paresse, h l'insouciance, au détriment du travail et de la prévoyance, la ruine infaillible du capital social, alors que les efforts privés ne tendraient plus à l'accroître; enfîn, la perpétuité de l'anarchie et la destruction de toute liberté , du moment que ce despote sans égal qu'ils intitulaient TËtat se chargerait de tout faire, de tout prévoir, de disposer de tout ; car, déchargeant le peuple de la responsabilité de ses propres actes, ils le tenaient pour incapable de se diriger dans ses choix, incapable aussi de tous les devoirs, et ne pouvant être mu qu'à la façon des automates.

Tous ces problèmes , bons à débattre entre philosopM» et économistes, étaient tombés dans le domaine d'un public impatient d*en voir sur-le-champ l'application ; ce qui pour beaucoup ne consistait qu'à spolier les riches au profit des pauvres, et à bouleverser toutes les positions. En vain niait-on que ce cri sauvage eût jamais été poussé : ces assurances ne pouvaient endormir les gens paisibles, c'^t à-dire le plus grand nombre, lequel s'effrayait de plus en plus de voir traduire ces idées en notes de violence, et demandait qu'on y mît un frein. Le signai fut donné par les socialistes de l'assemblée ( 1 1 juin 1849) : ils accusèrent le gouvernement d'avoir abusé du pouvoir qu'il avait dans les mains pour étouffer la république romaine, et ils protestèrent par Torganede Ledru-Rollin, « prêts à défendre, dirent-

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ils, la constitution les armes à la main, v Ce cri retentit aussitAt dans la rue, et provoqua un nouveau soulèvement. Cette fois encore il fut réprimé par les armes, et n'aboutit qu'à des empri** sonnements et à des exils. Mais Tagitation, calmée à la surface, se perpétua dans les profondeurs de la société. Ce fut alors que le président déclara « que ceux-là étaient les ennemis implacables de la république, qui obligeaient de changer la France en un camp, et de convertir tous les moyens de progrès en préparatifs de défense. > Et cependant on avait dit qu'avec le sulûrage universel toute violence deviendrait impossible, et que chacun, pouvant y exprimer légalement sa propre volonté, n'aurait plus de raison de recourir aux armes.

Pour opposer une digue au torrent , les différentes fractions du parti de l'ordre s'unirent dans le seul but de le sauver, mettant à l'écart pour le moment leurs souvenirs et leurs espérances* Mais les partis modérés sont toujours inhabiles contre les assauts de la place publique ; inhabiles dans leurs moyens politiques, qui ne consistent jamais qu'en expédients du moment ; inhabiles dans leur langage, où le respect humain déguise la vérité; alors que les partis avancés s'adressent aux passions, oblitèrent les intelligences, diffament leurs adversaires dans leurs prédications, dans leurs libelles répandus par milliers jusqu'au fond des campagnes ; enfin au moyen de toute cette rhétorique sophistique qui cherche bien moins le vrai que les applaudissements de la foule.

Le reste de l'Europe se ressentit plus ou moins de la secousse. La Belgique jouissait, depuis 1830, d'une constitution qui lui assurait, sous le nom de monarchie , toutes les libertés d'une république, et faisait la part la plus large aux communes. C'était la nation elle-même qui se gouvernait; le roi n'était que l'exécuteur des volontés nationales : la couronne n'était qu'une sorte d'ornement dans la constitution belge. La loi électorale subit, en juin 1847, un changement qui enleva la prépondérance au parti désigné alors sous le nom de catholique. Ce parti , après avoir été le fondateiur de la liberté , entendait la préserver de tout excès. C'était sous cette administration que la Belgique avait vu consolider ses institutions, et qu'elle

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était parvenue à une prospérité matérielle jusqae-là sans exem* pie ; mais ses adversaires Taceusaient d^aspirer à une prépondérance qui finirait par se résoudre en théocratie. Pois des circonstances fortuites vinrent mettre à nu de grandes misères cachées sous cette surfece brillante. Le fléau du paupérisme décimait surtout les Flandres , pays manufacturier, et exposé par là à toutes les crises de l'industrie. Le ministère de Theux échoua dans tous les remèdes auxquels il eut recours. Le mouvement commercial était arrêté, comme le crédit ; les manufaotgres chômaient, tous les hôpitaux étaient encombrés; et la famine était à ce point que Ton vendait comme aliments les chiens et les chevaux morts. En de telles extrémités , il est d*u6age que chaque parti impute le mai à ses adversaires. Les libéraux réussirent à faire tomber tout le poids de la colère publique sur les catholiques, les accusant surtout d'avoir laissé établir des monastères. Le parti libéral profita de Toccasion pour faire abaisser à vingt florins le cens électoral , ce qui changea la situation Tespective des partis dans les chambres. Les campagnes, soumises à l'action des propriétaires , des cultivateurs et du clergé, virent leur influence supplantée par celle des villes, que le parti libéral faisait mouvoir.

La Belgique, constituée en royaume par la révolution do 1830, dut ressentir, avant le reste de TRurope, le choc des événements de 1848 : le parti révolutionnaire se flattait d*y installer la république en un tour de main ; mais une bande, accourue de France pour révolutionner le pays, s'y trouva repoussée de prime abord par le bon seus populaire, qui n'entendait point lâcher des avantages réels pour courir après des chimères. Leroi, cette fois encore, se montra tout disposé h abdiquer, dans le eas où ce parti semblerait profitable au pays. Mais la Belgique tremblait déjà de se voir absorbée par la France : aussi se serrat*elle plus fortement contre son roi. Léopold sévit raffermi tout à coup par la confiance générale, par ce motif qu'il n*en avait jamais abusé, et n'avait point substitué sa volonté personnelle à l'opinion publique.

La Hollande tressaillit de même à la nouvelle des événements de 1848, et le roi chercha son salut, non dans des répressions

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sanglantes , mais dans des concessions opportunes. Il fit choix d*un ministère plus libéral , il réforma la charte, en définissant pins clairement les dogmes constitutionnels, en faisant disparaître les privilèges aristocratiques que la charte de 1815 consacrait ; une seconde chambre fut ajoutée aux états-^généraux ; elle se composa de députés élus directement par les censitaires et nommés pour quatre ans, dans la proportion d'un représen^ tant pour quarante-cinq mille habitants. Les membres de la première chambre devaient être élus pour neuf ans par les principaux contribuables et les états provinciaux. La presse fut affranchie, le droit d^association proclamé, la liste civile ré* duite à un million de florins. Ces concessions prévinrent tout désordre grave ; et, quant aux prétentions de l'Allemagne à $*incorporer le Limbourg et le Luxembourg ^ elles restèrent pendantes devant le parlement de F'rancfort.

Isolée de l'Europe depuis la chute des Bourbons, TËspagne, sous le coup des événements de 1848 , courait le risque de retomber au pouvoir des factions ; mais le gouvernement avait pour chef, à cette époque , un général dont la main ferme contint tous les*partis, sans avoir besoin de porter atteinte aux libertés publiques ; et la tranquillité, qui est devenue pour ce pays , si longtemps bouleversé , le premier des besoirf^, le mit à même de tirer parti de tous les dons que la nature prodigue à ses habitants. Au dehors, l'Espagne a profité de l'occasion qui s* est offerte à elle , de renouer ses rapports avec la diplomatie européenne, en contribuant, par l'envoi de quelques bâtiments, au rétablissement du pontife romain. Mais il lui a fallu faire un effort plus sérieux pour sauvegarder sou importante colonie de la Havane, que les États-Unis convoitent et menacent ouvertement.

La Grèce reconstituée n'a cessé de voir son existence troU'^ blée par les rivatttés et les intrigues des autres gouvernements ; elle est restée debout néanmoins, comme pour attester que des maux effroyables et qu*une oppression séculaire ne peuvent étouffer complètement la vie d'un peuple.

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