‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notes (volume 2)Chapitre 11 sur 82 · RÉGÉNÉBATION DE LA GRÈCE · texte numérisé non relu

RÉGÉNÉBATION DE LA GRÈCE

y répugnaient , et que les nègres périssaient par centaines , il osa armer les fellahsy c'est-à-dire les Égyptiens indigènes, qu'il tirait ainsi de la condition d'esclaves. Il alla jusqu'à choisir parmi eux ses officiers , ce qui indigna les Turcs ; et son fils Ibrahim, instrument docile mais intelligent de son père, aurait fait davantage, si Méhémet ne lui eât représenté qu'ils n'étaient que quinze mille Turcs au milieu d'un peuple entier courbé sous leur joug. Lorsque éclata le soulèvement de la Grèce, il se tint sur ses gardes, se procurant, à l'aide des télégraphes, de promptes nouvelles , et laissant les chrétiens vivre tranquilles en Egypte. H se préparait toutefois à la guerre , et l'Europe était persuadée qu'il profiterait de l'occasion pour se rendre indépendant. C'eût été une diversion extrêmement favorable, quand bien même il n'aurait pas fait cause commune avec les chrétiens. Mais la politique des cabinets suggéra au sultan l'idée de mettre aux prises ses deux ennemis , les Égyptiens et les Grecs , de sorte qu'il pût profiter également et de la victoire et de la défaite. Le sultan investit donc Méhémet-Ali du pachalik de Morée , et celui-ci chargea Ibrahim de l'expédition qui devait en opérer la conquête. Trente-cinq bâtiments autrichiens et vingt-six navires anglais se chargèrent de transporter l'armée qui devait renverser la croix sous l'effort du croissant ; en même temps le rusé vice-roi ramassait l'or qu'il destinait à soudoyer des traîtres , qui dans les guerres de la Grèce ne manquèrent jamais.

La Porte , connaissant que la principale force des Hellènes était sur mer, dirigea alors ses coups sur les Iles grecques. Lors donc que les flottes de Constantinople et d'Alexandrie eurent opéré leur jonction , au nombre de trois cents voiles, Mahmoud envoya le capitan-pacha contre le petit écueil d'Ipsara , firontière maritime de la Grèce, en lui disant : Âtiache4e à ton vaisseau , et remorque-le à Cojistantinople. L'amiral turc , sachant qu'il y allait de sa tête , mit en œuvre l'audace et la ruse, et, grâce à l'assistance d'un traître, il s'en empara. Mais la citadelle sauta avec ses derniers défenseurs , mêlés aux assaillants; les femmes et les enfants, qui s'étaient réfugiés sur un rocher, se précipitèrent dans la mer, en voyant s'avancer les

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Turcs , enflammés de cupidité et de luxure. La Grèc^ entière prit les armes : ce fut à qui se jetterait le premier à bord de ses bricks intrépides. La flotte turque n'osa les attendre, et Miaulis reprit Ipsara ( septembre 1824 ). Ses brûlots et ceux de Canaris ne laissèrent de trêve ni jour ni nuit aux vaisseaux ottomans, si bien que le capitan- pacha, loin de traîner Ipsara à Constantinople, n'y ramena que sa honte. L'Europe applaudit, mais comme à un théâtre : les poètes chantèrent, les comités philhelléniques recueillirent des souscriptions, et les rois lancèrent des menaces.

Conduriotis, chef actif et prudent, investi du pouvoir exécutif, chercha à maintenir Tordre, le respect des lois, régla les finances et l'instruction. Golocotroni, au contraire, poussait à la guerre, h la tête d'un parti de mécontents qui en vinrent jusqu'à la révolte ;• mais il eut le dessous, et fut jeté en prison. Maurocordato crut alors pouvoir dominer, et prit'les armes à son tour. Pendant ce temps, la Morée restait sans défense ; et Ibrahim , qui y était débarqué, s'emparait de l'tle de Sphacteria et de Navarin (mai 1 825). On rendit alors à Golocotroni sa liberté et son épée, et il accourut pour défendre Tripolitza, mais en vain. Démétrius Ypsilanti, inactif depuis deux ans , défendait Nauplie , où il avait pour second le colonel français Fabvier. Le danger suggéra l'idée de se placer sous la protection de l'Angleterre; et Maurocordato, chef du parti anglais, publia une proclamation réclamant l'appui de ce gouvernement, « qui n'avait jamais, disait-il, soutenu le croissant contre la croix. » Ce fut le signal de la désorganisation et de nouvelles dissensions parmi les Grecs.

Karaïskakis , voyant la faction anglaise disposée à sacrifier l'indépendance du pays , se fit l'âme d'un parti patriote qui ne demanda plus qu'au peuple le salut commun; et, prenant le commandement en chef de la RouméUe , il obtint d'importants succès.

C'est à ce moment que survint la fin mystérieuse de l'empereur Alexandre; et Nicolas, son successeur, moins mystique et moins facile que lui, avait besoin d'occuper au dehors ses armées inquiètes. Les rois de l'Europe redoutèrent donc une guerre de ce côté, et la diplomatie fit jouer toutes ses intrigues.

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Le duc de Wellington fut envoyé près du czar, et convint avec lui qu'il s'interposerait pour réconcilier les insurgés avec la Porte , en maintenant la Grèce sous la dépendance turque. La Porte et la Russie tinrent congrès à Akkerman , et la première s'obligea à observer le traité de Bucharest , à respecter les privilèges de la Moldavie et de la Valachie , ainsi que les frontières des deux empires en Asie , et à maintenir aux Serviens les avantages stipulés.

La Porte retirai ses troupes des principautés (mai 1826), pour redoubler d'efforts contre les Grecs ; et tandis que les Égyptiens soumettaient le Péloponnèse , le Grand Seigneur adressait àReschid, pacha de Roumélie, un ordre ainsi conçu : Ou Missolonghi, ou ta têteî Cette capitale de l'Étolie, sanctifiée par les tombeaux de Bolzaris , de Byron , de Kiriacoulis , et dont les tours portaient les noms de Guillaume Tell, de Franklin, de Rigas, allait redevenir le théâtre de la guerre.

L'armée ottomane , dirigée par des officiers européens , repoussa Jes troupes grecques. Les citoyens étaient pleins de courage , mais ils manquaient de pain ; et , réduits à l'extrémité , ils firent une sortie dans laquelle se mêlèrent les femmes , vêtues de l'uniforme du soldat. Il en périt un grand nombre , parce qu'ils furent trahis ; ceux qui étaient restés firent sauter la moitié de la ville avec les barbares qui l'avaient envahie ( avril 1 826 ).

Les réformes en Turquie ne peuvent être qu'administratives et militaires ; elles ne sauraient être morales. Mahmoud avait été élevé dans les idées màhométanes; or, lorsqu'il vit son empire prêt à succomber, il en conclut que la civilisation européenne était la meilleure, puisqu'elle était la plus forte : il Tadopta donc, sans trop la connaître^ 11 fit porter ses premières réformes sur l'armée ; et, se souvenant de Sélim son maître, il songea à tirer cent cinquante hommes de chacune des cinquante et une compagnies de janissaires, pour en former des régiments à l'européenne. Les officiers , après avoir entendu la déclaration du muphti , jurèrent de se soumettre , et reçurent des fusils à baïonnette , avec des uniformes ; mais bientôt les marmites furent renversées , et les janissaires mirent Constantinople ù feu et à sang. Mahmoud , dans sa colère , appela de tous côtés des

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troupes et de rartillerie; il déploya la robe du prophète' (15 juin) ; et, bénissant la foule accourue autour de cette relique , il lui commanda d'assaillir les janissaires rassemblée dans Thippodrome. Le fer, le feu , la mitraille , tout fut employé pour exterminer ceux qui avaient été si longtemps les défenseurs et Teffroi de Tempire. Quatre mille d'entre eux furent tués dans une seule nuit , et jetés dans le Bosphore ; vingt*cinq mille eurent le même sort dans les jours suivants. On égorgea , on noya leurs femmes, leurs enfants, et tout fut anéanti jusqu'à leur nom. C'est ainsi que TOttoman croyait se faire Eurof^n, quand il ne faisait que se couper les nerfis; car il enlevait au peuple sa croyance fetaliste , à l'armée cette énergie farouche qui seule pouvait encore être sa force : après cela , il ne resta plus que le sentiment de la décadence. Dans un État vermoulu , c'est détruire que dé réformer.

L'Europe entière exhalait sa sympathie pour les Grecs , jusqu'à obliger au silence les gouvernements qui s'étaient faits ses adversaires. Mais tandis que les rois discutent , les Turcs égorgent. Les victoires de l'Égyptien en Grèce avaient été chèrement achetées. Ne pouvant anéantir les Hellènes par les armes, Ibrahim parcourt le Péloponnèse en le ravageant , arrache les oliviers , incendie les récoltes , massacre les habitants désarmés. Tout l'effort des Grecs et des Turcs se concentre bientôt sur Athènes ; mais la cause des premiers est compromise par leurs dissensions : ainsi Golocotroni oppose à l'assemblée d'Égine rassemblée nationale d'Hermione. Les deux Anglais Church et C.ochrane, qui avaient combattu pour la liberté dans les divers pays où elle avait tenté de repataitre, arrivent en Grèce, et, calmant les inimitiés, réunissent les divers partis à Trézène. On y reconnaît enfin de tous côtés la nécessité de la concorde à rintérieur et d'un appui au dehors. En conséquence, les com-

' L^étendard de Mahomet, à Constantinople, se conserve dans la salle <1e8 reliques , enveloppé dans quarante couvertures de soie , et la tunique du prophète dans cinquante. Le quinzième jour du ramadan, on découvre cette tunique en grande solennité, et on Texpose au baisement de la cour.

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tnaridementfi et les magistratures sont conflés à des étrangers dVlite , et la présidence est déférée à Capo d'Istria (27 mars IH27 ;. On rédige un nouveau Statut politique (17 mai), et Napoli de Homanie est déclaré le siège du gouvernement.

(iapo d*!stria, « cédant au besoin d'être utile, sans avoir autre « chose en vue, disait-il, que les intérêts de Dieu, des Grecs et B de riiumanité , s*était fait violence h lui-même , et avait oon- « senti h être élu président ; » mais il mettait à son acceptation quelques conditions que Ton n'osait lui refuser, parce qu'on était persuadé qu'il parlait au nom de la Russie. En même temps il s'adressait à tous les peuples , demandant dans toute TEurope de l'argent, des amis, la faveur des cours; prodigue de promesses vis-à-vis des Grecs , tandis qu'il les dépeignait comme des pirates et des barbares auxquels il pouvait seul imposer un frein. Arrivé à l^'gine, il se trouva entouré de ces chefs énergiques qui n'étaient redevables de leur puissance qu'à leurs exploits et à leur mérite personnel, plus faits pour commander que disposés à obéir. Capo d'istria, au contraire, voulait dominer, et attendre toutefois les ordres du dehors. Il savait comment se mène un peuple constitué, mais non comment on le crée. Il ne concevait pas que l'on jurât fidélité à une indépendance qui n'existait pas. 11 persuada donc aux Grecs , s'ils voulaient constituer l'ordre et obtenir de l'argent par son concours, de suspendre l'acte constitutionnel. 11 obtint cette concession, et lorsqu'il se fut fait décréter une autorité entière, il s^occupa de donner h la Grèce des routes, des écoles, d'activer la culture; mais il ignorait les lois et les coutumes du pays. Il retint en prison Maurocordato et d'autnes hommes qui disaient obstacle ù sa toute-puissance ; il s'entoura de ses créatures. Il repoussa les propositions que lui adressait la Porte , par l'intermédiaire de l'Autriche , de pardonner aux rebelles s'ils rentraient dans l'obéissance; et il obtint des subsides de l'Angleterre et de la France. Quant aux Grecs, il ne leur demandait que le silence.

La Grèce donc étant tombée dans les mains d'un homme, SCS destinées se débattirent dans les cabinets des princes , et elle eut autant à espérer de leurs jalousies secrètes que de l'effort de ses armes. Laisser les Grecs reconquérir le sol enlevé à Peurs

BfiGBNEBATTON DP. LA (tRKCR. 4!>

âueétres, était une idée aussi simple que juste, cArnnYo eelle de subfitilBer, à une nalioii<}iii se refaisait aux intentions paeiflques et eivilisatrioes de FEurope, wne nation qni s'y sernit prt*t^. Mais les rois enâgiiaieDt Texeniple d'une ré^'ohttion henren^ment accomplie; en outre , ils nourrissaient des projets nmhitieux, pour la réussite desquels ils préféraient un empire flnlt»le qui leur réservât une proie iidle dans l'avenir. Il fnt propoi^é une réunion des cinq puissances , à l'effet de coneilier }on dif. féraids qui existaient entre elles : fort de l'appui de TAutriehe, qui avait déclaré qu'elle ne consentirait jamais à faire descendre le sultan au simple titre de seigneur suzerain ém <Vfees , le divan répondit que le droit des gens n'admettait pas de né^toeinlions de souverain à sujets.

Cependant la France et rAngleterre eon<;;nrent des crainte» à l'endroit de la Russie , qu'elles suspectaient de vouloir fnire tourner les affaires de la Grèce h son profit particulier. Klles signèrent donc, coi^ointem^t avec le cxar, un traité ( 6 juillet 1827) dans le but déterminer une lutte qui entravait le commerce de l'Europe : arrêtant que si , dans un délai d'un mois , la Porte n'acceptait pas la médiation proposée ^ elles se rapprocheraient de la Grèce , et emploieraient tout pour amener une paix nécessaire désormais entre deux peuples fnnattqm's et acharnés. Ce traité, d'un genre tout nouveau en diplomatie, créait un état de guerre en pleine paix. îiCs Grecs acceptèrent \olontiers cette espèce de reconnaissance de lenr indépendance ; mais le divan se considéra comme offensé , et slrrltn contre r Autriche , comme si elle eilt manqué h ses promesses.

Les puissances obtinrent un armistice d'Ibrahim- Pncbn ( 2i» septembre ) , à qui son père avait envoyé (|ufllrevlngt-doti7e voiles sous Navarin. Mais une occasion favorable se présentant, il viola la trilve, et parcourut le pays en dévastnnt tf>ut Les amiraux des trois puissances le rappelèrent à Tetiéfution de sd promesse; mais il leur renvoya leur lettre sans Touvrir. Alftr<t Tattaque fut décidée : Tamiral auKlais CodrinKton prit lernitiiiiandement en chef, et la flotte ottomane , foudroyée, fut entièrement détruite ('2H octobre 1837 ;.

I/Kurope apprit avec étonnement ce coup inattendu ; le roi

do bégénébItion de la obècb.

George d'Angleterre le qualifia , dans le discours da trdne , d'événement malheureux , car Taffaiblissement de la Turquie était tout à l'avantage de la Russie. Cependant la Porte ne s'en montra pas effrayée ; elle demanda que la question grecque fût mise à l'écart dans les traités , et qu'on l'indemnisât pour la perte de sa flotte. Les ambassadeurs quittèrent Constantinople, et le Grand Seigneur proclama la guerre sainte. La Turquie traitait sans respect le pavillon russe , elle fermait le Bosphore, et troublait son commerce avec la Perse. Nicolas se décida enfin à lui déclarer la guerre, en protestant que ce n'était pas par ambition et pour étendre soa territoire , mais pour rendre l'activité au commerce de ses sujets , pour ramener à l'exécution des traités , et assurer la navigation européenne dans le Bosphore. Le czdr cependant négociait près du gouvernement français pour s'assurer sa neutralité, lai promettant, non-seulement la Morée s'il obtenait des résultats positife , mais encore le remaniement des frontières de la France, en les portant jusqu'au Rhin, et destinant à la Hollande et à la Prusse des compensations d'un autre côté.

Le divan, peut-être influencé par l'Autriche, s'opiniâtra : il énuméra ses griefs contre la Russie , la dénonçant comipe l'instigatrice secrète de la révolte. « De quel droit , dit-il , une puis- « sance vient-elle s'immiscer dans le gouvernement intérieur « d'une autre , et dans ses débats avec ses sujets ? » Les hostilités commencèrent donc : Wittgensteiu passa le Pruth avec cent mille Russes ( mai 1828 ). La tactique des Turcs était de se retirer devant l'ennemi , pour se concentrer dans les grandes places , où ils combattaient avec beaucoup de résolution. La Russie savait cela par expérience : elle commença «par s'assurer des places de Jassy et de Bucharest ; puis elle poussa en avant. Les sympathies du libéralisme se portèrent, une seconde fois, sur l'armée russe. Le Grand Seigneur, redoublant de zèle^ multiplait pour défendre sa cause les récompenses et les manifestes. La France et l'Angleterre redoutaient de voir tout le mérite et le profit de la délivrance de la Grèce et de la bataille de Navarin demeurer à la Russie ; elles s'arrangèrent pour constituer la Grèce sans entrer dans le différend de la Rus-

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sie avec la Porte. Les hésitations de TAutriche lui firent perdre toute influence en cette occasion; Mettemich épouvanté chercha eu vain à entraîner la France dans une alliance contre Tambition menaçante de la Russie. Paskéwitch laissa ses triomphes en Perse, pour tomber sur l'Arménie turque; mais Faction divisée sur quatre points n'eut de vigueur sûr aucun, et les Turcs donnèrent à leurs amis le spectacle d'une énergie dont on ne les aurait plus jugés capables. Enfin, les trois puissances se décidé^ rent à envoyer une armée ; la France se chargea de chasser Ibraliim de la Morée; Ternirai angais Ck>drington convint avec Méhémet-Ali que les Grecs emmenés en esclavage sur les bords du Nil seraient restitués ; de plus , qu'il ne tiendrait de garnison en Morée que dans cinq places fortes; et la péninsule devint libre.

L'Angleten» ne voulait rien faire perdre de plus à la Turquie ; la France, libérale à demi, voulait davantage pour la Grèce; mais le Grand Seigneur persista obstinément dans ses refus, et les puissances se virent dans l'impossibilité d'empêcher l'expédition russe. Le général Diébitch prit le commandement de vingt-quatre mille hommes , qui , protégés par deux flottes postées Inopinément aux flancs de Constantinople, s'avancèrent par le Balkan ( février 1S29 ). La Porte leur opposait cent quatrevingt mille hommes , recrues novices en face de vétérans , et à qui la discipline européenne; récemment introduite dans leurs rangs, montrait le péril sans leur enseigner à l'éviter : en même temps les ulémas répandaient parmi le peuple le bruit que Mahmoud, ayant violé le Koran par ses réformes, ne pouvait espé« rer la victoire. Reschid-Pacha, le vamqueur d'Ali-Tébélen, défendit le Balkan avec acharnement ; mais l'aigle russe n'arrêta son vol que sur Andrinople (20 août ), la seconde capitale de Tempire. De sou côté, Paskéwitch avait traversé le Caucase et attaqué Erzeroum , qui tombait en son pouvoir ( 9 juillet ).

Cen était fait de Constantinople, si la diplomatie de la France et de l'Angleterre n'avait arrêté Nicolas. Le divan , perdant tout espoir, se résigna à concéder l'affranchissement de la Grèce, à renouveler les anciens traités avec la Russie , à lui accorder la liberté de la navigation dans la mer Noire, et à indemiû^ex

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son commerce des pertes qu'il avait éprouvées , sous la condition que Pintégrité de son territoire en Europe et en Asie serait conservée.

Aux tei'mes de ce traité ( 14 septembre), les principautés de Moldavie et de Yalachie étaient rendues à la Porte , sauf aux hospodars à régler librement les affaires intérieures. Elle recouvrait aussi les places de la Roumélie et de la Turquie d'Asie, à l'exception de ceUes que la Russie se réservait comme sûreté. Le passage des Dardanelles dut rester libre pour les bâtiments de toutes les puissances en paix avec la Porte ; elle s'engagea à payer cent trente-cinq millions pour indemnités et dépenses de guerre, et souscrivit d'avance à ce qui serait décidé par une conférence qui devait siéger à Londres pour la padGcation de la Grèce.

La Russie s'assurait ainsi le commerce de la mer Noire, et de bonnes frontières du côté de la Perse et de la Turquie : avantage d'autant plus important pour elle, qu'elles la séparent de la première , et lui laissent le passage ouvert sur le territoire de l'autre.

La France et l'Angleterre, qui enviaieht à la Russie la gloire de décider du sort de la Grèce , cberchèrent à y participer en émancipant tout à fait ce pays, sauf à ménager la Porte en resserrant les limites de ce nouveau royaume. Il fut donc décidé que la Grèce formerait un Ëtat libre, ayant pour frontière une ligne tirée de l'Aspropotamos au Sperchius , en laissant ainsi à la Porte i'Acamanie et une partie de l'Étolie; que son gouvernement serait monarchique; qu'il serait accordé une amnistie entière, et que ceux qui voudraient quitter le pays auraient une année pour vendre leurs biens.

La Grèce, se croyant en droit de se faire entendre dans une assemblée où son sort se décidait (1830) , représenta que les frontières qu'on lui assignait n'étaient pas susceptibles d'une défense suffisante ; que c'était une dérision que d'appeler Grèce la Morée et la Livadie ( le Péloponnèse et THellade ) , quand on eu détachait les provinces les plus populeuses, TEpire, la Thessalie , la Macédoine. La Crète , Samos , Ipsara , Scio , théâtres d'exploits glorieux , se plaignirent d'avoir à retomber

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