AMÉRIQUE
des uns sont en opposition avec ceux des autres , et le pouvoir central n'a pas assez de force pour changer Fantagonisme en une active émulation. Les États manufacturiers et commerciaux du nord-est ont aboli Tesclavage ; ceux du sud le regardent comme nécessaire. Ceux de fouest déploient une activité hardie et infatigable; on y voit moins de villes, mais plus de villages, et la population y double en vingt années. Le nord-est possède les meilleurs ports,. des cités vastes et populeuses, des canaux , des routes, des écoles , des banques. Dans le sud, il y a peu de villes; les campagnes y sont mal cultivées, et Ton n*y rencontre que rhabitation du maître , entourée des huttes des esclaves.
Les habitudes que Tesclavage engendre dans les pays du sud y altèrent les sentiments , les moeurs et les relations sociales : elles favorisent les penchants aristocratiques , inconnus au nord ; aussi Témigration afflue-t-elle dans les États septentrionaux ; le commerce, la navigation, Tindustrie, y prospèrent à ce point que le gouvernement eut Tidée un moment de restreindre le nombre des manufactures. L'Angleterre ayant frappé de lourdes taxes sur l'importation des grains du centre et de l'ouest, les bois du nord et le riz du sud, les États-Unis lui rendirent la pareille en imposant ses produits. Mais les pays agricoles du sud, moins avancés , se récrièrent alors sur le renchérissement des objets manufacturés, dont profitaient seuls les pays industrieux, tandis que les cotons, leur unique richesse, portaient tout le poids de ce système prohibitif. Ils refusèrent donc , en vertu de leur droit particulier de souveraineté, de se soumettre à la décision du congrès, qu'ils déclarèrent inconstitutionnelle. La constitution n'avait pas prévu le cas d'une résistance pareille : on pouvait donc redouter un bouleversement au moment où les pouvoirs du président AdaYns viendraient à expirer ; mais il fut remplacé par le général Jackson , représentant de l'opinion populaire , qui proposa d'alléger le tarif, onéreux pour les agriculteurs.
Jackson, homme audacieux, infatigable, au coup d'œil prompt, à la volonté et au corps de fer, caractère loyal, et patriote aussi ardent qu'actif, avait combaUu les Anglais en 1812 et 1813, toujours avec intrépidité, mais non pas toujours avec habileté;
LES ÉTATS-UNIS. iii
et, comme il arrive dans les démocraties , le succès militaire lui donna une grande popularité. Jusqu'alors les présidents avaient été fédéralistes ; les démocrates arrivèrent au pouvoir avec Jackson. Répudiant les vertus paisibles des héros de T indépendance, il voulut l'expansion, la conquête, qui peut sans doute faire prévaloir dans ce vaste continent la race britannique, mais qui peut aussi mettre en danger cette liberté que la modération de Washington avait fait respecter et honorer. Incapable de tolérer les lenteurs du suffrage universel, il agit dictatorialement, mit à récart les ménagements dont on avait usé jusque-là, envahit la Floride en pleine paix , et faussa la constitution fédérale, qui avait besoin d'être maniée avec délicatesse , pour résister à la démagogie.
La Caroline du Sud (1832) ayant aboli le tarif de douanes^ établi par le congrès , Jackson se prépara à l'attaquer; mais ou parvint à le calmer. .Alors il fit la guerre à la banque , encore par réaction contre la centralisation.
Les billets de banque payables au porteur facilitent la circulation sans avilir le numéraire , pourvu qu'ils représentent des valeurs réelles ; mais s'ils sont multipliés et fractionnés sans mesure, ils deviennent une espèce de droit de fausse monnaie. \\ importe donc que ce privilège soit maintenu sous la juridiction publique..
Dès l'origine , on songea, en Amérique, à alimenter le crédit général au moyen d^une banque centrale, soutenue et mod(H*co par l'État. Celle de Philadelphie, dite banque des États- Uni^, fondée en 1760> au capital de 10 mUlious de dollars, et pour vingt et un ans , eut en dépdt les revenus du gouverneuieut fédéral. L'exemple eu fit établir d'autres, jusqu'au nombre de 88, au capital total de 42 millions de dollars. Mais comme la banque de Philadelphie seule pouvait faire le change dans toute rUnion y elle fit la loi aux opérations des autres , en-leur ouvrant un crédit ou en le leur retirant. Elle fut d'un grand secours surtout lorsqu'au temps de la guerre continentale, les Américains eurent en luaiu le conmierce du monde entier ; mais quand la banque de Philadelphie fut supprimée à Texpirntion de son terme , Taccroissemcnt exagéré des banques parti^-