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cuhèrcs, et la paix qui survint, produisirent en 1814 une première crise, qui fut telle que les banques du sud et de Touest suspendirent leurs payements (1816). On songea à remédier au mal en rétablissant la banque centrale, au capital de 35 millions. Cette institution reprit les payements en e^^es, moyennant un traité avec les différentes banques, auxquelles elle accorda des facilités de crédit, à condition qu'elles s'obligeassent à restreindre rémission de leurs billets. Mais la précaution ne dura pas, et le désordre s'accrut au point qu'une crise générale eut lieu en 1837. Neuf cents banques, qui avaient acquis une espèce de puissance politique, étaient alors en activité ; on avait entrepris une foule de spéculations téméraires, et exagéré les travaux publics en détournant les capitaux de leurs applications véritables, c'est-à-dire, du commerce et de l'agriculture.
Le démocrate Jackson craignait qu'il ne se formât une aristocratie de grands capitalistes, assez forte pour devenir l'arbitre du commerce et de Findustrie. £n conséquence , il fit retirer les fonds publics de la banque centrale, et abolir son privilège, eu l'obligeant 5 payer en numéraire les droits de douane et les taxes pour GoiM:es&ions de terre. Les fonds passèrent adors dans les caisses des États particuliers, qui n'en payent point l'intérêt; et l'on vit éclater les conséquences d'une concurrence illimitée, déréglée, et d'un crédit sans fondement. Il s'ensuivit uneban- (jueroute générale, et une secousse fatale à la fortune publique : mal irréparable , si le sol et l'esprit d'entreprise des babitants n'eussent offert des dédommagements à ceux que cette catastrophe avait frappés.
Sous le rapport politique, l'abolition de la banque fortifia les gouvernements particuliers , représentants de la démocratie , qui étouffa l'aristocratie dans son berceau. La crise line fois passée , l'expérience ramena à des pratiques plus régulières et plus sages : aujourd'hui la banque de Pensylvanie, qui a obtenu le renouvellement de son privilège, conserve la prépondérance de ses immenses capitaux.
Le fait est que , mônie au milieu de ce désordre, le crédit avait produit dans le pays, une immense prospérité matérielle. Les villes des États-Unis n'ont plus à craindre , comme à l'é-
LES ETATS-CJinS. <7
poqued« la «ternière ^wnei d'être bonbardées par TeiuieHH, car \iBgt-d«in mille boaebes à ira protègent le littoral ; et les chemins de fer, ^ns DonArgn qoe paitoul liBeors dans œs pavs Tieifes,oii Ton tronte du bois et da fer en abondance, facilitent le transport des tnwpes. Il a été établi que Tannée poorrait ètn portée de douze à cinquante mille bonmies; elle a en oatie, derrière die, une milice nationale de dix-huit cent mille citoyens, et les redootableschassears des fnrêts de Pooest. Les douanes rapportent an gonTememoit fédéral cent quarante millions de francs au moins.
Mais la question capitale à Fintérieur, c*est Tesdarage. Quand rindépendanee fut proclamée, Fesdavage s^étendait partout : pendant la guerre , la Pensylvanie adopta des mesures qui de* vaient promptement le dâruire. Le Massachusets le déclara incompatible avec les lois , et la plupart des Etats au nord du Potomack Fimitèrent, le Maryland et le Delaware exceptés. Ils pouvaient le faire sans grand dommage , attendu que les esclaves ne formaient qu'un vingtième ou un quinzième de la population. Biais dans les États du midi la proportion était beaucoup plus forte, et tout le travail domestique et agricole y pesait sur les nègres ; aussi Fesclavage s'y conserva-t-il. 11 s'accrut encore par l'acquisition de la Louisiane et des Florides. Il fut autorisé dans les nouveaux États , tels que le Missouri. L'Union comptait, en 1790, 660,000 esclaves; en 1830, deux millions , en 1840, trois millions et demi.
Affranchir les esclaves quand ils sont si nombreux, ce serait bouleverser de fond en comble les fortunes et l'industrie ; aussi les États du sud défendent-ils avec acharnement cet état de choses. 11 en est résulté mainte fois.des collisions sanglantes ; et la menace de briser le lien fédéral a éclaté plus d'une fois. Le midi tend par tous les moyens à faire.que les États à esclaves remportent par le nombre sur ceux qui n'en ont pas; de là l'esprit de conquête, et Fambition d'adjoindre à FUnion de nouveaux États, ainsi que le nouveau Mexique, FOrégon, le Texas, la Californie , récemment incorporés. Les abolitionnistes tâchent de leur côté que Fesclavage ne soit pas autorisé dans ces nouveaux annexes ; les autres le veulent introduhre là même
Câ COLONIES EN AlléRIQUE.
OÙ il n'existait pas , comme dans les pays jadis espagnols; mais la suprématie passe de jour en jour du côté des premiers, d'où Ton peut conclure que les États à esclaves devenant minorité , on verra disparaître la servitude , cette brutale nécessité de la conquête. Telles sont les difOcultés qui menacent de dissoudre rUnion un jour ou Tautre, et qui servent de prétexte aux ennemis de la liberté pour faire ressortir les faiblesses du pouvoir fédéral vis-à-vis les États , leur indocilité à son égard , le désordre des finances, l'irrésolution de la politique, et enfin la nécessité , pour l'avenir, d^un pouvoir dictatorial.
Bien que la liberté religieuse existât dans ce pays dès l'origine, les semences de fanatisme qu'y avaient portées les premiers colons s'y développèrent bientôt en exagérations mystiques, pardonnables si cet excès ne conduisait à l'intolérance. Mais à côté de ces abus de la croyance, grandit aussi l'incrédulité. En même temps que la nouvelle secte des mormons apportait une Bible qu'ils prétendaient plus ancienne que celle des chrétiens, et fondait des villes sous la direction de Joseph Smith, il se constituait à New-Tork une congrégation d'athées, qui se réunit tous les dimanches pour nier l'existence de Dieu. En outre , la philosophie d' Emerson est là pour montrer que les Américains ne sont pas moins hardis à explorer les déserts de la pens^ que ceux de la nature.
Quand la Révolution française menaçait de bouleverser l'Europe, Pitt crut utile de fortifier la domination anglaise dans le Canada. Profitant de l'exemple des États-Unis, il le partagea en deux provinces (1791 ), avec un sénat et une assemblée populaire , dont les bills eurent force de loi , si le roi laissait passer deux ans sans les approuver. 11 accorda au pays Vhabeas corpus, le jury, et le vote de l'impôt.
En conséquence, le Canada et la Nouvelle-Ecosse restèrent
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fidèles à TAngleterre durant la guerre continentale; plus tard, ils réclamèrent de nouveaux droits et la liberté des cultes centre Tintolérance anglicane. Plus d'un conflt s'est élevé depuis aitre la métropole et la colonie , où l'Angleterre s'est montrée sévère dans la répression de toute tentative d'indépendance. La désaffection qui s'en est suivie fait incliner les esprits de plus en plus vers la confédération anglo-américaine. La perte de eette contrée serait très-dommageable à la Grande-Bretagne , qui en tire d'immenses approvisionnements en bois de construction , en viandes salées et en farines , ainsi que d'excellents matelots.
Nous avons déjà dit combien la révolte d'IIaïti avait coûté de sang. Le nègre Christophe , qui se donna le titre de roi dans ja partie méridionale de cette Ile, établit des écoles,^ des fabriques, des fonderies. Péthlon, son rival, qui dominait dans le sud, craignant que les nègres n'allassent se joindre à son ennemi , les entretenait dans la paresse, opposait la licence au despotisme, et se montrait indulgent, même à l'égard des crimes ; puis, ayant remanié la constitution, il institua en sa faveur la présidence à vie.
A sa mort (1816), Boyer, sa créature et son successeur, suivit ses traces. Puis, Christophe s'étant tué (1828), Tile entière forma la république une et indivisible d'Haïti (28 janvier 1822), qui fut reconnue par la France , moyennant l'indemnité stipulée ' sous la présidence de Boyer. Il continua à gouverner l'île despotiquement , jusqu'au moment où, les élections s'étant faites dans le sens radical (janvier 1844), il en sortit une nouvelle révolution. L'armée populaire étant restée victorieuse, Boyer fut réduit à fuir^ après vingt ans de présidence ; considéré par les uns comme un Washington, dénigré par les autres pour avoir maintenu le peuple dans l'ignorance, affaibli le pays, désolé les villes, et laissé les champs sans culture. D'après la nouvelle
• Fixée à 150 millions de francs ( 1825 ), elle fut réduite ensuite à ce (1838), mais qui n'ont point été payés. — En 1789, Saint-Domingue ou Haïti exportait pour la France 135 millions en denrées colonrates, et 54 millions pour d^autres pays.
eonslitution, aucun blanc ne put obtenir les droits de citoyen, réservés seulement aux Africains, aux Indiens et à leur descendance ; elle accordait, du reste, la liberté de la presse et les autres droits habituels. Le pouvoir passa successivement dans les mains de plusieurs chefs, jusqu'au jour où Faustin Soulouque, le dernier, se déclara empereur (1849). Mais la paix est loin de régner dans le pays; et cette colonie , autrefois si florissante, aujourd'hui pauvre, inculte, -déserte, produit à peine de quoi nourrir ses habitants, toujours ivres de vin et de tabac. La liberté ne s'improvise pas.
Durant les guerres de FEurope contre Napoléon , l'autre hémisphère se trouva aussi ébranlé; et la secousse produisit Tun des événements les plus importants de notre siècle, à savoir, IVmancipation de TAmérique méridionale.
A la différence des colonies anglo- américaines, s*étaient formées les colonies espagnoles et portugaises, constituées uniquement pour le profitde la mère patrie, ou, pour mieux dire, du roi , qui concédait les terres selon son bon plaisir, et les faisait gouverner par un de ses lieutenants. Ne recherchant que les métaux précieux , on y négligeait la culture des terres les plus fertiles.
Charles-Quint avait imposé aux Indiens et aux propriétaires Vacavala, droit de 5 pour 100 sur toute vente en gros, et qui fut augmenté plus tard jusqu'à 14 pour 100. Les besoins croissants de la métropole firent imaginer d'autres taxes, telles que le papier timbré, le monopole du tabac, du poivre, du plomb , et des cartes à jouer ; outre la cruzacfa, que l'on percevait tous les deux ans, et qui allait de 35 sous à 13 livres, suivant le rang et la richesse, pour obtenir VinduU, c'est-à-dire la permission de manger de certains aliments pendant le carême. £n ] 601 , l'Indien payait 33 réaux par an de tribut , et 4 de corvée,* ce qui équivaudrait à 23 francs, qui furent par la suite réduits à 15, et finalement à 5 francs. Dans la plus grande partie du Mexique , la capitation s'élevait à 1 1 francs, outre les droits paroissiaux qui allaient à 10 francs pour un.baptéme, 20 pour certiQcat de mariage, 32 pour enterrement.
Les colonies espagnoles avaient cependant deux grands avan-
tages sur les colonies anglaises. î^e premier , c'est que les esclaves y étaient beaucoup mieux traités, et protégés par le clergé, qui, comme dans tous les pays catholiques, y pouvait beaucoup. L'autre , c'est qu'au lieu de se détruire , la race indigène s'y conserva par le mélange des deux peuples, et que beaucoup d'Indiens et plus encore de métis acquirent des richesses, des propriétés, de l'importance, autant qu'on en peut obtenir dans un pays où la couleur confère une sorte d'aristocratie. Ce fut encore l'œuvre du clergé catholique qui, dans le nouveau comme dans l'ancien monde, s'appliqua à fondre ensemble les vaincus et les vainqueurs.
A coup sûr, des éléments si nombreux de prospérité se seraient développés, si les moyens employés avaient été moins absurdes. Le monopole le plus rigoureux y fut systématiquement établi : deux escadres qui partaient de Se ville et y revenaient touelier, faisaient seules tout le commerce entre l'Europe et les colonies. Les galions destinés au Pérou , au Chili , mouillaient à Carthagène et h Porto-Bello, y faisaient de riches échanges avec les produits du pays ; puis la flotte se rendait à la Vera-Cruz, où elle recevait les trésors de la Nouvelle-Espagne. Les deux escadres se ralliaient ensuite à la Havane , pour revenir de conserve en Europe. Elles réunissaient à peine un chargement de 27,500 tonneaux ; ce qui était bien au-dessous des besoins de ces vastes colonies , qui se trouvaient dès lors mal approvisionnées, et ne Tétaient qu'en qualités inférieures. Aussi la contrebande, comme il arrive toujours , venait-elle y suppléer, malgré les sévérités atroces auxquelles on eut recours '.
Un peuple enivré, comme l'étaient les Espagnols, de la facilité avec laquelle ils trouvaient des monceaux d'or et de perles, auraient traité de fou celui qui leur eût dit : « Il n'y a pas de profit à dévaster un champ fertile pour creuser une mine. L'abondance croissante de l'or ne fait que renchérir les denrées que l'or sert à payer. » On abandonnait les pays les plus fertiles, qui restaient incultes , pour se porter en foule vers les districts les
' Elle était punie de la peine de mort , ou le contrebandier était livré à rinqnisition, comme s'il eût été coupable d'une impiété. ( Am. R. )
72 COLONIES EN ÀMSaïQUE.
plus pauvres , d'où Ton tirait Tor et Fargent ; et Ton ensevelissait , pour y Biourir en blasphémant dans les mines , ces naturels qui auraieat vécu heureux en travaillant cette terre assez féconde pour satisfaire les maîtres les plus avides. Aujourd'hui même, les pays d'Antiochia et de Chioco, à Touest de la Cordillère centrale , très-riches en filons d'or, ne sont pas exploités par défaut de bras : on y a trouvé un fragment d'or de 25 livres, et le lavage du sable y a fourni jusqu'à 32,000 marcs par an. C'est bien, mais il n'y a pas même de routes pour pé« nétrer dans le pays , et le sol le plus fertile du nouveau monde n'est peuplé que d'un petit nombre d'Indiens et de noirs esclaves. Un baril de farine des États-Unis s'y paye jusqu'à 90 piastres, et à chaque instant des famines horribles déciment la misérable population de ce riche pays.
La métropole , par ses exigences, arrêtait l'essor de la production coloniale : ainsi , l'on n'y pouvait planter ni vignes ni oliviers ; il fallait tirer d'Europe le bois et le ferv puis, tout en demandant à ces pays des richesses immenses, ou les gardait , avec une négligence étrange : on songeait à les agrandir plutôt qu'à les faire prospérer; on les donnait en fief, on les vendait. On ne s'inquiétait pas, pour les gouverner, de la nature des peuples qui les composaient. Personne ne s'occupait de former des médecins, des administrateurs, des instituteurs, des ouvriers pour les colonies; on y envoyait l'écume de la nation; on y déportait les malfaiteurs ; on y laissait le champ libre au fanatisme. Le Brésil doit sa population aux Juifs, tourmentés dans le Portugal ; il fallait être Castillan, c'est-à-dire du pays le moins industrieux de l'Espagne , pour avoir droit de passer en Amérique. Tandis que l'Angleterre faisait marcher de pair ses forces navales avec l'agrandissement de ses colonies , le Portugal et l'Espagne réduisirent leur flotte, quand leurs colonies eurent pris le plus d'extension.
Les colonies espagnoles n'avaient fait qu'empirer sous les derniers princes de la maison d'Autriche et pendant la guerre de la succession , quand l'Angleterre et la Hollande eurent interrompu toute communication entre elles et la métropole. Pour qu'elles ne manquassent pas du nécessaire, l'Espagne dutse re-
lâclier de son système exclusif, et admettre que les Français trafiquassent avec le Pérou ; ce qui permit aux habitants de Saint- Malo, par un privilège spécial de Louis XIV, d'y introduire des marchandises françaises à des prix modérés, et les déshabitua d'avoir affaire avec l'Espagne. Philippe V, sitôt que la paix fut rétablie, interdit les ports du Chili et du Pérou aux navires étrangers , et chassa des mers du sud les flottes qui n'y étaient plus nécessaires. Pour s'assurer l'amitié des Anglais, il leur accorda non-seulement ïassiento, mais, de plus, la faculté d'expédier chaque aniïée à Porto-Bello un bâtiment de cinq cents tonneaux , chargé de marchandises d'Europe. Les abus commis par les Anglais et la résistance des Espagnols produisirent la guerre, qui finit par affranchir ces derniers de Vassienio , en les laissant régler le commerce à leur ^é , moyennant une indemnité de 100,000 livres sterling à la compagnie anglaise.
Différentes améliorations furent introduites alors : au liei) de maintenir la périodicité des expéditions au détriment des né* gociants et à l'avantage des fraudeurs, on permit que des bâtiments de registre fussent expédiés dans l'intervalle par des marchands de Séville ou de Cadix , avec des licences achetées du conseil des Indes. Le nombre s'en accrut au point qu'en 1748 on renonça aux galions, et que le commerce fut abandonné aux particuliers. 11 est vrai que ce négoce se trouvait encore entravé par l'ancienne habitude de tout réglementer.
Les communications étant rares, T Espagne ignorait la condition de ses colonies, et le gouvernement y languissait. Charles III voulut y remédier en établissant des bateaux- postes (1764) qui partaient tous les mois de la Corogne pour la Havane , et tous les deux mois pour la Plata ; chacun de ces bateaux pouvait prendre la moitié de son chargement en marchandises espagnoles , et revenir avec une quantité égale de denrées américaines.
La concession s'étendit plus tard, et tous les sujets espagnols furent admis à trafiquer avec les îles du Vent , Cuba , Hispaniola , Porto-Rico , la Marguerite, et la Trinité ; puis avec la Louisiane, et avec les prqvincj^ de Yucatan et de Campêche» Ce n'était pas un petit mérite de s'attaquer à un préjugé qui nisT. DE r.Eîrr a.'^s. -»- t. m. 7
datait de deux siècles ; les résultats furent immédiats , car en dix ans le commerce doubla dans -quelques contrées, et tripla dans d'autres.
Les avantages de la liberté une fois connus , on abolit les peines rigoureuses portées contre toute correspondance entre les provinces situées dans les mers du Sud (1774); loi désastreuse autant que tyrannique , qui empêchait d'équilibrer l'abondance et la disette, en obligeant à faire venir tout d'Espagne.
On avait prétendu reproduire dans les colonies l'administration de la métropole, bien qu'elles différassent essentiellement de civilisation , d'origine, de position et de produits. Le Canada, cinq fois plus étendu que la France, n'avait qu'un gouverneur; le Mexique, qu'un vice-roi; et la seule audience de Guatimala étendait sa juridiction sur trois cents lieues. Ces vice-rois ou ces gouverneurs arrivaient dans le pays dépourvus de connaissances locales et comme dans un lieu d'exil , premier échelon pour s'élever à des postes plus avantageux : Dieu est trèshaut, disait l'un d'eux, le roi très-loin ; et le maître iciy &est moi.
^ Nous voyons, par la statistique publiée dans le Mercure Péruvien, qu^en 1791, sans compter les provinces de Quito et de Buenas-Ayres, ni le riche Potose, il y avait en exploitation dans Tintendance de Lima quatre mines d'or, cent quatre-vingts d'argent, une de mercure, quatre de cuivre ; en outre, soixant&^ix mines d'argent abandonnées : dans le district de Tarma, deux cent vingt-sept mines d'argent, outre vingt-deux abandonnées, et deux de plomb; dans celui de Truxillo, trois d'or et cent trente-quatre d'argent, outre cent soixante et une abandonnées; dans l'intendance de Huamama, soixante d'or, deux cents d'argent, une de mercure, plus trois d'or et soixante-trois d'argent abandonnées; dans le district de Cusco, dix-neuf d'argent; dans celui d'Arequipa, une d'or, soixante et une d'argent, outre quatre d'or et vingt-huit d'argent abandonnées ; dans celui de Huancavelica , une d'or, quatre-vingts d'argent , deux de mercure, dix de plomb, et on en laissait reposer deux d'or et deux cent quinze d'argent. Ces mines produisirent, depuis le commencement de 1780 jusqu'à la fin de 1789, 35,359 marcs d'or à vingt-deux carats, et 3,739,763 marcs d'argent. La valeur du premier étant de cent vingt-cinq piastres » et celle de l'autre de huit piastres au marc, le total s'élève à plus de 184 millions de francs. En 1790, elles produisirent 412,117 marcs d'argent
COLONIES EN AMÉBIQCE. 75
Les possessions espagnoles étaient divisées en neuf États, presque indépendants les uns des autres : c'étaient, dans la zone torride, la vice-royauté du Pérou et de la Nouvelle-Grenade, et les capitaineries générales de Guatimala , de Porto-Ricco et Caracas ; entre les deux tropiques, les vice-royautés du Mexique et de Buenos-Ayres, et les capitaineries générales du Chili et de la Havane, où étaient comprises les Florides. Les fonctionnaires recevaient un traitement du roi, qui se trouvait représenté par les vice-rois, chefs de Tadministration et de Tarmée. Investis d*un pouvoir despotique sur les sujets, ils tenaient une cour semblable à celle de Madrid , des gardes à pied et à cheval, des drapeaux à leurs armes; leur juridiction s'étendait sur des pays lointains et inaccessibles , dont ils ne connaissaient ni les intérêts, ni même la situation '. '
Leur autorité absolue n'était limitée que par les audiences , cours de justice établies sur six points différents, sur le modèle de la cour de chancellerie d*Espagne, qui prononçaient en dernier ressort sur toute affaire civile ou ecclésiastique , jusqu'à concurrence de six mille dollars; elles pouvaient adresserais remontrances aux vice-rois, qu'elles remplaçaient pendant les vacances, et correspondaient directement avec le conseil des Indes.
Les membres de l'audience , investis de grands privilèges, ne connaissaient d'autre intérêt que celui de la mère patrie; ni eux ni le vice-roi ne pouvaient contracter d'alliance ou de parenté dans le pays soumis , ni y acquérir de propriétés.
Plus d'une fois les vice-rois tentèrent de se saisir d'un droit qui n'existe que dans les pays les plus asservis, celai de rendre la justice en personne, en place des magistrats; ce qui aurait
' Parmi les cinquante vice-rois qui ont gouverné le Mexique, de 1535 à 1 808 , il n*y en eut qu'un seul né en Amérique , le Péruvien Jean d'Acugna, marquis de Casaforte. Bon administrateur et très-désintéressé, il fit regretter son gouvernement, qui dura de 1722 à 1734. Un descendant de Colomb, don Pedro Nuîîo Colon, duc de Veraguas, et un deMontezuma,don Giuseppe Valladores, comte de Montezuma, furent aussi vice-rois du Mexique.
mis à leur discrétion la vie et la fortuDe.des sujets. Mais les rois d'Espagne les empêchèrent toujours, autant qu'ils purent, de s'immiscer dans les procès soumis aux cours d'audience.
Le conseil des Indes, le corps le plus considérable de la monarchie espagnole , fut institué par Ferdinand , puis organisé par Charles-Quint, pour connaître de toutes les affaires civiles, ecxîlésiastiques, militaires et commerciales. Les décisions de ce conseil , prises au moins à la majorité des deux tiers de ses membres, étaient rendues publiques au nom du roi. C'était du conseil que relevaient tous les sujets américains, depuis le plus infime jusqu'au vice-roi.
Le créole était considéré comme de condition inférieure, voué aux travaux manuels ; la jalousie le faisait souvent écarter de l'administration, pour laquelle ses connaissances locales l'auraient rendu plus utile que des étrangers.
La loi ne faisait pourtant aucune différence entre le blanc et rhonune de couleur ; elle les déclarait également admissibles aux emplois. Mais , dans la réalité , on ne les donnait qu'aux Espagnols, surtout aux chrétiens purs, comme on disait, c'està-dire ceux dont le sang n'avait point été mêlé de sang maure ou juif : tous étrangers aux usoges et aux besoins du pays, où ils ne venaient que pour peu de temps , avec l'intention de s'y enrichir le plus vite possible. Les vice-rois surtout s'enrichissaient outre mesure, disposant arbitrairement du mercure, dont le monopole appartenait à la couronne; trafiquant des titres, des privilèges , qu'ils se chargeaient d'obtenir à Madrid ; accordant licence de violer les lois prohibitives ; vendant les emplois à des gens qui les acceptaient gratuits, sûrs d'y gagner jsuffisamment par leurs concussions.
Les Cappetoni, ou Espagnols purs , méprisaient les créoles, qui leur portaient en retour une haine mortelle. Les nègres, qui faisaient le service intérieur dans les maisons , en tiraient vanité, et maltraitaient les Indiens : source de haines que l'Espagne entretenait, comme un excellent moyen de prévenir des intelligences dangereuses.
11 n'est pas besoin de dire que d'innombrables entraves rendaient toute industrie impossible : ainsi se trouva résolu ce singu-
lier problème d'appauvrir une nation âu milieu de l'or et sur un sol extrêmement fertile. Si le naturel et le créole se résignaient aux mépris des Jâchupinos et à Texclusion de tous les emplois et de tous les honneurs , ils ne pouvaient s'accoutumer à payer excessivement cher des denrées de première nécessité, dont la mère patrie s'était réservé le monopole, et que la terre qu'ils habitaient leur aurait foin'niesen abondance, sans d'absurdes et tyranniques prohibitions.
Le Mexique , où prospèrent tous les genres de culture, où le blé donne trente pour un , le maïs cent cinquante , le bananier trois ou quatre cents , comptait six millions d'habitants. Sur cent vingt millions de revenu, quatre-vingt-quatre étaient employés en dépenses ; les mines d'argent en donnaient cent vingt autres. Il existait des esclaves daps toutes les colonies espagnoles, mais inférieurs en nombre . Les Indiens gémissaient sous une odieuse caphation , et dans un état de minorité perpétuelle. La couleur, en établissant une aristocratie ineffaçable , y assurait la domination des blancs, sans laisser aux classes mixtes aucun moyen de s'élever. Les créoles occupaient le premier rang parmi les indigènes ; mais l'Espagne, qui les écartait systématiquement des emplois, en admettait peu dans les universités espagnoles ; les quatre cinquièmes d'entre eux ne savaient pas lire, et un archevêque déclara que , pour rester soumis , les créoles n'avaient pas besoin de savoir autre chose que le catéchisme. Il était défendu d'imprimer quelque livre que ce fût. A Lima, en 1706, il fut interdit aux nègres et aux gens de couleur de trafiquer et de vendre par les rues , « aûn qu'ils ne pussent s'égaler à ceux qui avaient fait choix de ces professions , et parce qu'il fallait les restreindre aux occupations purement mécaniques , les seules auxquelles ils soient propres. »
Le gouvernement lui-même ne savait pas ce que les colonies rapportaient à l'Espagne. Il est certain que les dépenses d'administration y consommaient plus des deux tiers du revenu. Il y fut introduit quelque ordre pendant le ministère de la Eusenada, et Fon peut ainsi évaluer, durant les douze années de son administration, à 17,719,448 francs ce que la couronne tira de ces contrées, en y comprenant les droits d'embarquement et de
débarquement. Cette somme s'accrut encore, et, en 1780, le Mexique rendait au trésor 54 millions; le Pérou, 27; Guatimala, le Chili et le Paraguay, 9 millions. En déduisant 56 millions pour les dépenses, il en restait 34 au fisc , outre les 20 pour cent qu'il percevait en Europe sur les marchandises expédiées aux colonies et sur celles qui en venaient On calculait donc à 54 millions le produit net des provinces du nouveau monde.
Les papes, dont on a tant dénoncé l'ambition traditionnelle, ou ne virent pas tous les avantages qu'ils pourraient tirer de TAmérique , ou du moins n'en prirent aucun souci. En effet , Alexandre VI y céda toutes les dîmes à Ferdinand le Catholique , à la condition d'y entretenir les missionnaires ; et Jules II, le patronage et la nomination à tous les bénéfices. Voilà donc les rois d'Espagne chefs de l'Église améincaine, et investis de ces droits qui avaient été si contestés en Europe, tels que ceux d'élire aux charges ecclésiastiques , de disposer des revenus, d'administrer les bénéfices vacants. Aucune bulle n'y était obligatoire avant d'avoir été acceptée par le conseil des Indes.
Le clergé séculier et régulier s'y multiplia extraordinairement, et, au dire de Gonzalve Davila, l'Amérique espagnole avait en 1649 un patriarche, six archevêques , trois cent quarante-six prébendes, deux abbayes, cinq chapelains du roi , et huit cent quarante couvents. La plupart des ecclésiastiques venaient d'Espagne, et l'on conclura facilement que ce n'étaient pas les meilleurs. Le désir d'échapper à la règle rigide à laquelle ils s'étaient astreints dans leur patrie poussait une foule de moines à chercher en Amérique une sorte d'affranchissement. Les moines mendiants y pouvaient posséder des cures et toucher des dîmes ; tous se trouvaient exempts de la juridiction épiscopale; il en résultait que beaucoup s'égaraient, et s'adonnaient à toutes sortes de débauches , ou à d'ignobles trafics dont ils avaient l'exemple sous les yeux.
L'Église était ainsi une partie de l'administration, et par suite entièrement dépendante du pouvoir. La sainte inquisition siégeait à Carthagène, et avait partout des officiers chargés de surveiller la pensée.
On récoltait selon qu'on avait semé ; aussi , quand on essaya
de la liberté , on recoDnut combien elle est préférable aux ruineuses prohibitions. Cuba, Tun des pays les plus favorisés de la nature, au centre delà méditerranée du nouveau-monde, qui d'un côté s*étend vers l'Atlantique et de l'autre vers le Mexique , avec les Antilles et les Lucayes pour cortège , ayant dans la Havane un des plus beaux et des plus vastes ports du monde, fut toujours d'une grande commodité pour les navires qui venaient d'Europe. Mais l'Espagne, qui ne s'inquiétait que du continent et ne regardait les îles que comme des relâches, négligea Cuba : voulant transformer les colons en soldats, elle irrita un peuple pacifique, et qui avait en aversion les mou* vements mécaniques de nos armées. Aussi, sans réussir à faire de bons soldats , les habitants abandonnèrent l'agriculture, et prirent en haine une nation qui ne savait que les tyranniser. Cuba, il y a un siècle, n'était qu'une chétive possession de 96,000 habitants, qui ne donnait pas autre chose que des bois et des cuirs ; tout son commerce se faisait par trois ou quatre bâtiments expédiés de Cadix, et par quelques autres qui, après avoir vendu leur cargaison dans les ports de Carthagène, de la Vera-Cruz et de Honduras, y venaient en chercher une nouvelle pour le retour ; de façon que l'Ile devait recevoir et les denrées et l'argent pour les payer. Mais à peine le gouvernement espagnol eut-il levé les exclusions en 1765 , qu'il y arriva d'Espagne cent un navires et cent dix-huit petits bâtiments provenant du Mexique et de la Louisiane. Puis les ordonnances royales de 1789 permirent à tous pavillons d'y aborder, à la condition de n'y pas introduire de nègres. Plus tard, en 1818, elle obtint la liberté d'exportation ; ce fut le premier exemple qui en ait été donné aux colonies. A l'époque où Saint-Domingue se souleva (1790), on commença à planter à Cuba du café ; et aujourd'hui cette tle est le fond de réserve du gouvernement espagnol, au budget duquel elle figure pour 75 millions par an. Cuba répand aujourd'hui ses produits par toute l'Europe; et, d'après les calculs récents, elle exp(Mrte sept millions d'arrobes ; mille sept cent deux navires y abordèrent en 1828;en 1831, elleexpédia en Angleterre 1,600,000 livres de café; en 1834, son commerce fut évalué à 33 millions de piastres, où les seuls produits de Uile
80 COLONIES EN AMEBIQUE.
figurent pour 9 millions. Voilà la prohibition ! voilà la liberté!
Le système colonial n'avait engendré que des haines et les troubles. Puis au moment où la guerre éclatait en Europe, avant que les colons eussent eu le temps de se mettre en défense et d'être informés même des hostilités, ils se voyaient attaqués; et, privés de leur seuJ moyen de subsistance par l'interruption des communications avec Ja métropole, ils devaient recourir à la contrebande et à des subterfuges immoraux.
Le régime intérieur des colonies fut amélioré sous le ministère de don Joseph Galvez. La population et les affaires s'étant accrues, le nombre des juges dont se composaient les cours d'audiences ne sufGsait plus ; les traitements n'étant plus en rapport avec les charges, il fallut une réformé générale ( 1776). La division des provinces fut remaniée ; on forma alors les viceroyautés du Mexique, du Pérou, de la Nouvelle- Grenade ; plus, une quatrième, qui comprenait Rio-de^la-Plata, Buenôs-Ayres , le Paraguay, leTucuman, le Potesi, Santa-Grux, Della-Sierra , Chuzcas, et les deux villes de Mendoza et de Saint-Jean ; outre les huit capitaineries générales du Nouveau-Mexique, du Guatimala, Ghili, Caracas, Porto-Ricco, Saint-Domingue, Cuba et la Havane , la Louisiane et la Floride.
Mais le vice était à la base , et l'union de ces contrées avec la métropole leur causait toujours une immense entrave. Il fallait éluder par la ruse les lourds impôts et les restrictions sévères; le commerce clandestin détournait plus de la moitié des revenus royaux ; le reste passait aux dépenses d'une administration compliquée.
L'Angleterre , maîtresse de l'Océan ^ avait peine à supporter la concurrence de l'Espagne; et dans tout le cours de ce siècle elle travailla à détruire sa marine et à diminuer son empire transatlantique, pour la réduire à la servitude dans laquelle elle tenait le Portugal. Déjà elle la tenait sous sa main au moyen de Gibraltar; elle menaçait ses possessions d'Amérique; et, dans la guerre qu'elle soutint contre les . princes de Bourbon « elle enleva à l'Espagne les iles Philippines et la Floride ( 1763 ), lui donnant, comme compensation, des possessions naguère 'ançaises, telles que la Louisiane. Mais TEspagne tardant à l'oc-
cuper, la Louisiane goûta le plaisir derindépendance; et le procureur général de la colonie , la Femière , tenta d'y fonder une république. Comme elle refusait de suspendre son commerce avec la France et ses îles , il fallut recourir à une répression sanglante.
Les Espagnols eurent aussi à combattre avec l'Angleterre pour les Malouines , voisines de la pointe méridionale de F Amérique , qui Onirent par leur rester. Puis ils eurent affaire aux Portugais pour la colonie de Sacramento , sur la rive septentrionale du Rio-de-la-Plata , qui était un asile de contrebandiers ; et ils l'obtinrent en échange d'une vaste étendue de pays sur la rivière des Amazones. Le district dn Paraguay resté à l'Espagne fut érigé en vice-royauté de Buenos-Ayres , et son importance commerciale s'accrut considérablement.
L'Espagne, comme on l'a déjà vu , prit part avec la France à la guerre de l'indépendance des États-Unis. Elle obtint, par la paix de Versailles, Minorque et les deux Florides, en cédant aux Anglais les îles de la Providence et de Bahama , avec la faculté de couper des bois d'acajou et de teinture sur la cote de Mosquitos , ainsi que d'autres avantages. Elle avait perdu dans cette guerre vingt et un vaisseaux de ligne , et beaucoup de moindres bâtiments; sa dette s'était accrue de 250 millions , et ses colonies avaient appris par un exemple qu'une révolution couronnée de succès est légitime. Elles s'en souvinrent.
Pour nous servir du mot de Joseph II , Charles III oublia son métier de roi, lorsqu'il'favorisa, par condescendance pour le pacte de famille , l'indépendance des États-Unis. Le défaut de toutes formes représentatives empêcha qu'il ne se formât dans les colonies espagnoles ni magistrats ni capitaines ; il leur manquait un centre de pensée et d'action.
Les-Llaneros, maîtres d'innombrables troupeaux qui paissaient dans des plaines sanis bornes , accoutumés dès l'enfance à vivre n cheval, à combattre le taureau et le jaguar, à faire de longs voyages, à passer des fleuves à la nage, n dormir en plein air, étaient demeurés indociles à la servitude. IMontant des chevaux à demi-sauvages, et toujours la lance à la main, ils étaient prêts au moindre signal de guerre. Les habitants des
villes , créoles pour la plupart , acquéraieut quelques idées par leur contact avec les Européens et par la lecture; et leur haine pour les fonctionnaires européens nourrissait chez eux Tespoir de l'indépendance. La Révolution française vint l'accrottre ; et les livres, les journaux qui pénétraient dans le pays y firent briller une lumière nouvelle. Les métropoles elles-mêmes leur fournirent des moyens de résister, bien qu'avec de tout autres intentions. En 1804, le Mexique avait trente-deux mille hommes de troupes nationales, qui coûtaient vingt-deux millions de francs ; et le vice-roi Galvez établit dans le pays des arsenaux, des chantiers , des fonderies. La France fortifia le môle Saint- Nicolas comme elle l'aurait fait pouv ses propres côtes , et transporta cinquante mille nègres à Saint-Domingue. Les exclusions ne purent être maintenues en face des progrès 4u commerce et des leçons de l'économie politique; en même temps la prospérité des colonies du nord, récemment affranchies, excitait à les imiter. Le en des nègres de Saint-Domingue retentissait dans le cœur de tous les esclaves , et la liberté est contagieuse.
Durant les guerres de Napoléon, tout fut bouleversé dans les colonies ; les attaques qui se succédèrent achevèrent leur ruine : tout gouvernement y fut détruit, et les nègres refusèrent de travailler. Au milieu de ces changements subits, elles finirent par comprendre qu'elles pouvaient opter entre l'ancien mattre et le nouveau , parfois même les repousser tous deux. Le blocus des métropoles déshabitua les colons des anciennes relations qu'ils avaient avec elles , et en fit contracter de nouvelles. I..es Anglais, n'espérant pas les conserver pour eux, préféraient les voir libres que rendues à leurs anciens possesseurs. Les États- Unis , qui n'avaient rien à démêler dans les questions européennes , ayant ouvert tous leurs ports , souhaitaient que cette franchise qu'ils s'étaient donnée s*étendit aux autres pays : déjà fermentait partout l'indépendance.
Quand Humboldt les visita, les possessions de l'Espagne dans le nouveau monde occupaient soixante-dix-neuf degrés de latitude; leur longueur égalait celle de l'Afrique; leur surface était deux fois aussi vaste que celle des États-Unis, et ils surpas-
'salent de beaucoup en étendue l'empire britannique dans l'Inde. Quelques années après, il n'y restait plus à l'Espagne un pouce de terre.
Le pays appelé maintenant Colombie, et dont l'étendue est de quatre-vingt-douze mille lieues carrées, se divisait de la |sorte : la vice-royauté de Santa-Fé, nommée depuis Nouvelle- [Grenade, dans le bassin du fleuve de la Madeleine; la capitainerie de Venezuela , dans le bassin de l'Orénoque ; et la présidence de Quito , qui formait presque une province distincte, sur le cours supérieur de la rivière des Amazones. I Ainsi Caracas , Santa-Fé-de- Bogota et Quito étaient presque trois capitales, auxquelles se rattachaient de nombreuses subdivisions. On y comptait , au commencement de ce siècle , 720,000 Indiens, 642,000 créoles et Européens, 1,256,000 métis et 200,000 sauvages.
[ A l'époque de la Révolution , il se forma à Bogota , à l'instar de la France, une association qui fît circuler la déclaration des droits de Thomme ; mais ses membres ayant été découverts , furent incarcérés , et quelques-uns furent envoyés en Espagne. > On déportait en retour, dans les colonies , ceux que l'Espagne proscrivait pour opinions révolutionnaires. Or, trois de ceux-ci, renfermés dans une citadelle près de Caracas (1797), parvinrent à nouer quelques intelligences avec les naturels, qui, s'intéressaut à leur sort et au triomphe de leurs idées, ourdirent un complot pour la délivrance du pays , et y établir une république qui pût servir d'exemple et d'encouragement à d'autres. Ayant été trahis , les uns furent punis de mort , les autres envoyés aux galères ou déportés. D'un autre côté , les cruautés exercées contre les créoles par les Indiens soulevés détournèrent les esprits de la pensée d'un mouvement.
Le général Miranda, de Caracas , ancien compagnon d'armes
84 ÉMANCIPATION DE l'aMÉAIQUE ESPAGNOLE.
de Washington y qui avait servi en France sous Dumouriez, plein de haine pour FEspagne et du désir de délivrer sa patrie , pressa T Angleterre de soulever l'Amérique méridionale. Il fut écouté d'abord, puis repoussé en 1804 , lorsque changèrent les rapports de TAugleterre avec TEspagne. Cet échec ne le découragea pas : se confiant à quelques négociants de New- York et à lord Cochrane , qui commandait la flotte anglaise dans ces parages , il forma des intelligences à Tintérieur, et s'aventura , avec cinq cents volontaires , sur les côtes de Venezuela ; mais n'étant pas soutenu, il fut obligé de se retirer (1806).
Quand les Bourbons d'Espagne eurent abdiqué (1808) et que l'armée française eut envahi la Péninsule, le désir de l'indépendance s'allia au sentiment de fidélité envers les rois détrônés : ce sentiment fut même plus fort qu'il ne l'avait jamais été dans leur prospérité ; car il fut question de faire comme au Brésil , et d'offrir un asile aux monarques déchus en Europe. N'écoutant ni Joseph Boùaparte ni les juntes révolutionnaires, les colons formèrent des juntes de gouvernement, comme c'était leur droit dans un pareil bouleversement, et attendirent ainsi que l'ordre fût rétabli. Le nom de Ferdinand VII fut donc là aussi le cri de ralliement des libéraux.
Ce fut dans cet esprit que Quito s'insurgea (.10 août 1809); et une nouvelle junte , présidée par le marquis de Selvallegra , fut installée ^ans violence , et prêta serment à Ferdinand VII. Le bruit se répandit alors dans le peuple que les fonctionnaires européens complotaient pour livrer l'Amérique à Bonaparte. La junte centrale d'Espagne de 1809, prenant en considération que « les provinces américaines ne sont pas des colonies, mais une partie intégrante de la monarchie espagnole , » déclara , au nom du roi , qu'elles devaient avoir une représentation nationale et immédiate dans les cortès espagnoles ; elle leur dit : » Vous voilà libres! vous voilà délivrées d'un joug que Téloignement du pouvoir avait rendu intolérable , et qui vous livrait à l'arbitraire, à l'avarice, et à l'ignorance. » Les représentants d'outre- mer se rendirent à leur poste ; mais on ne pourvut en rien aux intérêts de ces compatriotes éloignés, et rien lie vint faire sentir en réalité l'égalité complète des deux peuples. L'idée
CMAlfCIPATlON DE L AMERIQUE ESPAGNOLE. 85
de cette égalité se propageait toutefois par des écrits répandus au delà des mers. Le parti napoléonien, qui cherchait à causer des embarras à on gouvernement qu'il traitait de rebelle , et les émissaires du Brésil, affranchis du joug delà métropole, travail- ' laient les esprits dans le même sens. La junte d'Espagne, qui se soutenait à peine au milieu de tant de difficultés présentes , n'était pas en mesure de prévenir ces embarras lointains. En effet, le 20 juillet 1810, l'imprudente insulte d'un commissaire espagnol excite un soulèvement dans Bogota : on demande à grands cris la convocation extraordinaire de tous les citoyens, et le vice-roi Cisnéros n'ose pas s'y refuser. Bientôt il n'est plus maître de la junte , réunie sous sa présidence, et qui se sent soutenue par l'ardeur du peuple souverain: Le vice-roi est congédié, et la Nouvelle-Grenade se déclare indépendante de la régence d'Espagne , ne se reconnaissant sujette que de Ferdinand VII ; puis les provinces sont convoquées pour prévenir le démembrement dont les symptômes se manifestèrent dès le début, comme il arrive partout où manque le sentiment national.
Carthagène, qui s'était élevée contre Bogota, s'attache à la régence espagnole. Elle convoque , dans un autre endroit , les représentants des provinces , pour former une confédération dans laquelle entrerait chaque État , seule forme compatible , disaiton , avec l'intérêt et la liberté du pays, ^insi éclate la division ; le congrès n'a pas lieu , et l'anarchie règne, même avant la liberté. Cependant Quito relève le drapeau de l'indépendance , qui est enfin décrétée ( 1811 ).
La révolution s'était faite dans la province de Venezuela le 19 avril 1810 , et le capitaine général de Caracas dut abdiquer entre les mains d'une junte qu'il avait constituée lui-même. • Les autres villes imitèrent cet exemple ; l'arrivée de Miranda détermina la réunion d'un congrès général, qui proclama Tindépendance des provinces unies de Caracas , Cumana, Varina , Marguerite, Barcelone, Mérida et Truxillo, formant iacon/édération de yénézuéla ; mais aussitôt les idées fédéralistes prirent le dessus , grâce à la constitution qui venait d'être votée.
Les Espagnols, sous le commandement de Monteverde, ne tardèrent pas à attaquer les nouvelles républiques; mais, au mi-
86 ÉMANCIPATION DE l'AMBBIQUE ESPAGNOLS.
lieu de la guerre civile, un tremblement de terre engloutit Caracas avec douze mille habitants (26 mars 1812); d'autres villes eurent leur part du désastre. La superstition y vit aussitôt le doigt de Dieu , d'autant plus que le désastre arriva le jour anniversaire de la révolution , et que les Espagnols n*en souffrirent pas ; ils purent même en profiter pour commencer les hostilité. Beaucoup de colons abandonnèrent la cause de la révolution. Miranda, nommé dictateur (26 juillet), fut contraint de capituler, à la condition toutefois que la constitutiou qui serait donnée à l'Espagne régirait aussi Venezuela. Une amnistie fut proclamée, avec liberté de s'éloigner pour ceux qui le voudraient. Beaucoup partirent, en effet, et ils furent bien inspirés ; car Monteverde sévit avec la dernière rigueur. Miranda lui-même fut jeté en prison (1816) et envoyé av(K; d'autres à Cadix, où il mourut quelques années après. Ceux qui seréfu* gièrent à Carthagène apportèrent des forces à la révolution de la Nouvelle-Grenade.
Simon Bolivar, issu d'une riche et noble famille de Caracas (1783), avait étudié en Espagne. Il avait trouvé à Paris, en 1804, les souvenirs encore frais de la grande Bévolution, et assisté au couronnement de Bonaparte, le représentant de l'unité de la France. Bome, avec ses souvenirs magnanimes, avait agi de même sur l'imagination de Bolivar, qui jura sur le mont Sacré de travailler à l'affranchissement de sa patrie. Lorsqu'il y fut de retour, il ne prit point part aux soulèvements de 1810, peutêtre parce qu'il les jugeait intempestifs, et qu'il goûtait peu l'esprit des libéraux. Quand il prit les armes, ses premières tentatives tournèrent assez mal ; ce qui n'arrêta point ses projets. Il entendait que l'Amérique entière fût solidaire de la révolution de chaque province ; il fallait éviter d'éparpiller les forces dans les districts , et les réunir toutes , pour frapper un grand coup sur l'ennemi, et ne pas laisser un coin de terre qui ne fût libre.
S'étant mis au service de Carthagène, il attaqua les Espagnols^ qui gênaient la navigation intérieure sur la Madeleine. Sans s'inquiéter des limites qui lui avaient été assignées, il entra dans Ocana, et rétablit la communication entre Carthagène et Pamplona ; puis, assurant la liberté en la propageant.
I^XANGIPATION DE l'aMÉBIQUK ESPAGNOLE. 87
iJ pénétra dans le Venezuela pour Taffranchir, au nom de la Nouvelle-Grenade. Le mécontentement qu'y avait semé Monteverde le servit beaucoup ; il se convertit bientôt en fureur, et le drapeau de Tindépendance parcourut les fertiles vallées de Cucuta.
Bolivar, qui entreprenait de détruire Monteverde, eut peine à réunir une armée libératrice de cinq cents hommes, avec laquelle il attaqua su mille vétérans espagnols, commandés par ce chef redouté. C'est avec cette poignée d'hommes qu'il propagea la révolution (1813), au moment où Bonaparte la laissait périr en Europe avec cinq cent mille soldats. •
11 fît manœuvrer, grâce à une stratégie particulière, sa petite troupe à travers des déserts ou des savanes sans bornes et sans chemins frayés, descendant parfois dans les marais de l'Orénoque et de TApuro , d*autres fois gravissant les glaciers des^ Andes, et renouvelant les prodiges de la première conquête. Lorsqu'il eut joint l'ennemi , ce fut des deux côtés une égale fureur, un même sentiment de vengeance, sans pitié ni merci.
En effet, la régence de Cadb^ avait refusé de reconnaître les États nouveaux, et défendu par suite d'appliquer le droit international à ceux qu'elle regardait comme des sujets félons. Les officiers espagnols, en conséquence , ne faisaient point de quartier. Tout vaincu était un traître ; mort à quiconque était pris les armes à la main, à ceux qui les, avaient portées ou qui avaient favorisé la révolte! Femmes, vieillards, étaient traités de même. Tout officier prisonnier était fusillé sur-le-champ; des corps entiers qui s'étaient rendus étaient passés par les armes. Bover et Morales, capitaines royalistes, commandaient une légion infernale de nègres et de mulâtres altérés de sang. Le général Moxo, capitaine général de Caracas, écrivait, le 18 novembre 1816, à Ureztieta^ gouverneur de l'île Marguerite : « Point de considérations d'humanité! Tous les insurgés^ kurs fauteurs ou partisans, trouvés avec ou sans armes , tous ceux qui ont pris une part quelconque à la présente crise de Pile, doivent être fusiilés sur-le-champ, sans autre forme de procès. » Ce même gouverneur écrivait au capitaine Gonigo : « Point de quartier! laissez les troupes saccager dés leur arrivée. Si V ennemi
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se retire, poursuioez-le jusqiCà Saint» Jean, et mettez y le feu, » Quand les insurgés virent ce décret mis à exécution , ils tuèrent huit cents royalistes réfugiés à Sampator, et Bolivar déclara aussi qu'il ferait une guerre à mort. « Touchés de vos infortunes (disait-il dans sa proclamation du 15 juillet 1813 ^ux habitants de Venezuela), nous ne pouvions rester indifférents aux maux que vous font souffrir les barbares Espagnols, qui vous ont opprimés par la rapine, détruits par le meurtre; qui ont attenté envers vous aux droits sacrés des nations, violé les traités et les capitulations les plus solennelles , et réduit, par les plus grands forfaits, la république de Venezuela à une effrayante désolation. La justice réclame vengeance, la nécessité l'impose. Que les monstres qui infestaient le sol colombien et Font inondé de sang en disparaissent pour toujours; que leur diâti ment égale leur perfiidie, afin que nous puissions ainsi l^ver notre ignominie, et montrer aux nations que Ton n'offense pas impunément les fils de l'Amérique!... Tout Espagnol qui ne conspirera pas contre la tyrannie , qui ne servira pas la bonne cause par les moyens les plus actifs et les plus efficaces, sera tenu pour ennemi, puni comme traître à la patrie, et passé sans rémission par les armes. Pardon général , complet à quiconque se rendra à notre armée avec ou sans armes, et qui nous prêtera secours, ainsi que pour tous les bons citoyens qui se seront efforcés de secouer le joug de la tyrannie... Espagnols et Canariotes n'ont à attendre que la mort , n'eussent-ils fait que refuser leur coopération active à la liberté de l'Amérique; les Américains obtiendront la vie sauve, quand bien même ils auraient été coupables. » Indépendamment des représailles atroces qu'il annonçait ainsi , il espérait probablement déterminer les propriétaires espagnols à s'enfuir et à cesser leur opposition, ou' à prendre parti pour l'indépendance; peut-être aussi voulait-il y mettre le sceau, en rendant la réconciliation impossible. Les horreurs de la guerre, civile passèrent tellement en, habitude, que ce fut à qui irait le plus loin dans cette voie. Mais la postérité, qui ne jugera pas de la moralité des actes par leurs résultats , demandera compte de tant d'atrocités et à Bolivar et à ceux qui le réduisirent à les commettre.
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L'armée des insurgés ne pouvait manquer de se grossir ; la neutralité entraînait la peine de mort (4 novembre 1813). Après cinq mois de campagne, Bolivar entra à Caracas, qui se rendit et ouvrit les prisons aux victimes du despotisme.
Le congrès de la Nouvelle-Grenade lui avait enjoint de réta* blir le gouvernement fédéral; mais outre qu*il se sentait maître, parce qu'il était victorieux , il connaissait mieux les nécessités du pays. Établissant donc un gouvernement militaire, il se fit dictateur ; et, tout en encourageant les Vénézuéliens à pousser vigoureusement la guerre, il invitait les étrangers à le seconder, et à acquérir des terres dans un pays qui en possède tant. Le jeune étudiant Santiago Marinho, qui avait pris part à ses expéditions, fut proclamé dictateur des provinces orientales.
Monteverde s'était retiré à Porto-Cabello , d'où il pouvait tenir le pays toujours ouvert à une nouvelle invasion espagnole. Castillo, Cabal etUrdaneto, commandants des troupes de la Nouvelle-Grenade, s'étaient réunis sur un autre point; les Llaneroset les esclaves, soulevés par la promesse de la liberté et du pillage, remplissaient de guérillas les immenses pampas; et la soif du sang , la bardiesse vindicative des nègres , s'associaient à l'astuce, aux raffinements européens. Bolivar se trouva donc resserré dans les villes. Alors l'entbousiasme échauffé par le succès venant à s'y attiédir, on se récria contre son absolutisme, et l'on réclama avec une impatience impolitique le gouvernement républicain. Pressé de toutes parts et battu 5 son tour, il quitta Venezuela, et revint à Carthagène.
11 y trouva la liberté, mais aussi la discorde entre les provinces. Chargé par le congrès de contraindre celles qui résistaient à reconnaître l'autorité fédérale, il lui fallut assiéger Carthagène elle-même.
Quand les Bourbons d'Espagne eurent été rétablis , ils tournèrent leurs efforts contre les colonies révoltées ; et dix mille hommes, aguerris dans les luttes nationales, sous les «ordres de MoriUo, y furent dirigés. L'Espagne, qui se figurait avoir encore affaire -aux Américains de Certes et de Pizarre, croyait qu'il suffirait de quelques bataillons pour les dompter. N'étnit-il pas d'ailleurà absurde de faire combattre contre T indépendant^
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des hommes qui jusqu'alors avaient généreusement lutté poui défendre la leur? La traversée, puis le climat, en moissonnèrent beaucoup; la guerre acheva le reste en détail. Si TAngleterre ne put, avec seize millions d'habitants, des ressources maritimes énormes, et l'Allemagne à sa solde, venir à bout de deux millions et demi d'Américains , comment l'Espagne épuisée pouvait-elle prétendre comprimer tout un continent?
Cependant Morillo, proGtant des dissensions, battit les insurgés (1816), et Venezuela se trouva ramenée à l'obéissance. Il la fit servir de base à ses opérations contre la Nouvelle-Grenade. Après sa réunion avec Montés, qui dirigeait la guerre dans le Quito, il comptait gagner Lima, le haut Pérou, et soumettre en dernier Buenos- Ayres. Le plan de Morillo embrassait ainsi tout le continent américain. Ce général, d'une grande habileté, y joignait une férocité sans exemple dans les temps modernes. H écrivait à Ferdinand VII : « Il faut , pour subjuguer ces provinces, employer les mêmes moyens que pour la première conquête. » Il disait dans une dépêche de juin 1816^ datée de Bogota, qu'il avait déclaré rebelle quiconque savait lire et écrire : en conséquence de quoi six cents notables de cette ville avaient été condamnés à expirer nus sur le gibet.
Les ehefe des insurgés s'enfuirent devant tant de fureur, après avoir éprouvé plusieurs défaites. Bolivar se réfugia à Haïti, où Péthion lui fournit des armes et des vivres. Il revint al^ee ces secours, et, entraînant les siens, il triompha de nouveau , et promit le pardon. VaincfU encore une fois, il retrouva un asile prés de Péthion , en épiant toujours l'occasion de reprendre l'offensive. En effet, quand les insurgés du Venezuela eurent réduit Morillo à l'extrémité , et qu'il ne leur manqua plus qu'un chef, Bolivar parut ; et si autrefois il avait recouvré Venezuela en commençant ses opérations par la Nouvelle-Grenade , maintenant il poursuivait sa conquête en sens inverse. Après avoir établi le siège de son gouvernement à Angostura, sur rOrénoque , il traversa les Andes avec une hardiesse mouïe, marchant quarante-trois jours au milieu de froids horribles, à des hauteurs où la respiration manquait, exposé à des maladies nouvelles, a la contagion produite par les pluies périodiques.
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aux épines vénéneuses et aux inondations subites. La stupeur qu'excita tant d'intrépidité jeta la confusion parmi ses ennemis, et Bolivar, après une victoire décisive ( 10 août 1819 ) dans la délicieuse vallée de Samagoso, occupa Bogota : ce fut là que, dans Tenthousiasme du triomphe, il flit proclamé capitaine général des deux républiques. Laissant Santander, son lieutenant dans la Nouvelle-Grenade , il traversa de nouveau le continent, rétablit Tordre dans Angostura ; et , déchirant la constitution de 181 1 , il fît décréter l'union de toutes les provinces de la Nouvelle-Grenade et du Venezuela, sous le nom de Colombie ( 17 décembre 1819). Le gouvernement populaire et représentatif y fut constitué en vue de ne devenir jamais la propriété d'une famille ni d'un individu ; la presse y dut être libre , et on décida qu'une ville qui porterait le nom du libérateur y serait construite lorsque les circonstances le permettraient.
Bolivar seconda les insurgés du reste de l'Amérique, où la conflagration devint générale. La vice-royauté de Buenos-Ayres, établie en 1778 , enû)rassait environ deux cent soixante-sept mille lieues carrées. Située entre le Pérou, le Brésil, la Patagonie, l'Atlantique et les Andes, elle conservait l'empieinte de sa fondation. En effet, chaque bande d'Espagnols en quête de trésors s'y arrêtait en quelque endroit; une ville s'y forma, ville unique dans des provinces aussi vastes qu'un royaume d'Europe. Santa-Fé était la seule ville de la province de Buenos-Ayres, Bajada la seule de l'Entre-Rios; il en était de même de Cordoue , de Corrientes, de Mendoza, et aussi de Montevideo , dans l'Uruguay, avant que les dernières émigrations eussent peuplé les déserts de la Bande orientale. Chaque province était donc indépendante et jalouse des provinces voisines , et la domination espagnole maintenait seule quelque ordre dans le pays. Buenos-Ayres avait été exposée, au corn* mencement du siècle, à de fréquentes attaques des Anglais; elle s'était vue prise et reprise. Mais comme elle était très-favorisée par les Espagnols, qu'elle avait une université, un journal , une correspondance régulière de paquebots , les gens du pays , n'ayant point à redouter la misère , s'occupaient tranquillement à» leurs champs et de leurs troupeaux.
02 EMANCIPATION DE l'AMÉAIQUE ESPAGNOLE.
Mais (orsqu'en 1810 la régence de Madrid proclama la liberté, les Datifs voulurent Tavoir défait, et ils adressèrent aux cortès des demandes qui entraînaient rémaneipation complète ( 1811 ). Le général Saint-Martin, qui avait fait ses preuves dans la guerre d*Espagne, étant passé à Buenos-Ayres, y organisa le premier r^iment de cavalerie-, et peu de temps après il délivra le Chili. Le 9 juillet 1816, les députés des provinces unies du Rio de la Plata énumérèrent leurs griefs contre l'Espagne. Sur cent soixante-dix vice-rois , quatre seulement avaient été Américains ; sur six cent dix capitaines généraux et gouverneurs , quatorze seulement n'étaient pas Espagnols : et ainsi des autres charges. Ils n'avaient point eu d'écoles, point d'encouragements pour les travaux de l'agriculture et des mines; en conséquence, ils se déclarèrent indépendants. Mais à peine l'oppression commune eut-elle cessé , que l'inimitié originaire éclata entre les provinces : il y en avait treize, et chacune d'elles voulait former une individualité distincte; Buenos-Ayres seule avait l'avantage d'être située sur la mer, d'avoir de riches pro* priétaires et des habitudes européennes : aussi chercha-t-elle à les grouper autour d'elle.
Une fois les provinces de Buenos-Ayres, Cujo, Cordoue, Santa-Fé, Paraguay, Tucuman, Rioj a , déclarées indépendantes, il ne resta plus aux Espagnols que le Mexique et le haut Pérou : 'elles comprirent alors la nécessité d'affranchir aussi Je Chili , que les royalistes avaient fait rentrer sous la domination espagnole. Elles y dirigèrent donc ( 1816) , sous les ordres de Joseph Saint-Martin, une armée de quatre mille hommes. Tous avaient prêté le serment d'être « unis de cœur et de bras pour ne souffrir aucun t3Tan dans la Colombie , et, nouveaux héros Spartiates, de ne jamais porter les chaînes de l'esclavage, tant que les étoiles brilleraient au ciel et que le sang coulerait dans leurs veines. » En huit jours , ils franchirent , avec une constance admirable , un espace de cent lieues à travers des montagnes d'une hauteur prodigieuse , et la victoire couronna leurs efforts. Après une longue résistance , le Chili fut déclaré libre le 1^*^ janvier 1818, en face de la grande confédération du g('nre humain. Bernard O'iiiggins, qui en fut élu directeur
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suprême , exposa, dans un beau manifeste , les motifs du soulèvement. Lord Gochrane contribua aux victoires qui suivirent, en qualité de commandant de Tescadre du Chili. Enfin , le gouvernement espagnol ayant abandonné le pays, Tunion et la confédération du Chili avec la Colombie fut prononcée. Le gouvernement s'y constitua. Les troubles ordinaires ne manquèrent pas dans cette contrée ; mais elle paya moins tribut que les autres à la guerre civile , et s'achemina avant elles dans les voies de la modération , en profitant de ses belles positions et de ses , richesses naturelles. La constitution du Chili, qui date de 1843, est Tune des plus sages de tout ce pays.
Un congrès général des députés de ces treize ou quatorze populations argentines décréta l'union de toutes les provinces de la Plata (23 janvier 1835); chacune d'elles conservait son indépendance particulière, avec un congrès législatif etconstituant ; quant au pouvoir exécutif, il fut déféré au gouvernement de Buenos- Ayres. La constitution, qui, sauctionnée le 24 décembre 1826, ne reconnut que la religion catholique, institua le système représentatif républicain et central , en confiant le pouvoir législatif à deux chambres, et le pouvoir exécutif à un président quinquennal. Cependant plusieurs provinces préférèrent le fédéralisme , et ne reconnurent pas le président Rivadivia.
La Bande orientale , située à l'embouchure de la Plata , était une dépendance du Brésil , sous le nom de Province Transpla- Une, et qui donna lieu à une longue guerre entre ce royaume et la république argentine ( 1822 ). Mais enfin le Brésil reconnut l'indépendance de la Bande orientale , sous le nom de Ré' publique Cisplatine ( 1826). Puis Monte-Video, que le Brésil et Buenos- Ayres s'étaient disputés, finit par être déclaré libre et indépendant sous le nom d'Uruguai oriental.
La révolution eut pour chef, au Paraguay, Puyrredon ; mais le docteur Francia , d'abord secrétaire de la junte , se mit bientôt à la tête des affaires ; et , s'opposant à la réunion avec Buenos- Ayres , il se constitua dictateur perpétuel , et chef du clergé. Après avoir aboli les couvents et les municipalités ( cobildo ) , il persécuta les Espagnols , étendit autour du pays un voile mystérieux , et s'entoura lui-même de précautions dignes
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des anciens tyrans de Syracuse. Libéral de son biea , économe des ({eniers publics , simple , probe , enthousiaste de Napoléon, il considérait Tindépendance comme le bien suprême , et la li" berté comme le partage des gens sages. Il mit autant de soin à exclure les étrangers du pays, qu*en avaient apporté les jésuites dans un autre but. Si quelques-uns y pénétrèrent, ils y furent tenus si étroitement , qu'ils ne purent même faire passer de leui:s nouvelles à leur famille. C'est ainsi qu'il garda pendant de longues années le naturaliste Bonpland, ainsi que Longchamp et Rogier, qui , sortis du pays à sa mort, nous ont donné les meilleures descriptions de cette contl^.
Les habitants , obligés de se sufBre à eux-mêmes , développèrent l'industrie locale. Francia avait souvent recours au gibet comme moyen d'encouragement ; il ouvrit des routes , et Jies rendit sûres.
Cuba demeura fidèle aux Espagnols, parce qu'elle était mieux traitée, et que la perte des autres colonies vint encore les avertir d'user de ménagement. L'Espagne , à qui il ne restait plus que le Mexique, le Pérou et Cuba , se décidait à faire un dernier effort pour relever son drapeau , quand les troupes réunies à Cadix proclamèrent la constitution. Le nouveau gouvernement constitutionnel invita les Américains à partager les mêmes droits ; mais ils comprirent que des peuples aussi éloignés les uns des autres ne peuvent être régis par les mêmes institutions. Morillo , las d'une guerre aussi infructueuse qu'atroce , proposa un armistice; il but dans le même verre que Bolivar, et revint en Europe pour y combattre d'autres libertés.
La Torre, qui lui succéda dans le commandement, fut vaincu (juin 1821 ) dans la plaine* de Tanaquillo par Bolivar, qui refusa le triomphe en disant : Un homme comme moi est dangereux dans un gouvernement populaire ; je désire rester citoyen, afin d'être libre, moi et tout le monde. Cependant il fut élevé à la présidence.
La constitution proclamée alors établit un président pour quatre années , un sénat , une chambre de représentants, et déclara libre tout enfant à naître.
Pérou s'était déjà soulevé en 1780, à l'exemple des Ëtats-
Unis ; et Joseph -Gabriel Condorcanqui , descendant des incas , qui' fut le chef du mouvement, repiit son nom de Toupac-Amrou. Animé de sentiments nationaux, il ne voulut pas faire cause commune avec les Espagnols naturalisés ; c'est-à-dire qu*iJ s'ôta ses seuls moyens de succès. Il fut vaincu , pris, et mis à mort de la manière la plus atroce. Les Indiens , s'élançant des montagnes pour le venger, massacrèrent près de vingt mille citoyens de Sorata ; mais ils furent punis par une boucherie pareille. D'autres tentatives échouèrent de même, jusqu'au moment où le Pérou associa ses grie£s à ceux des autres colonies méridionales contre l'oppression espagnole. Le général Saint- Martin et l'amiral Cochrane vinrent aider à sa délivrance avec la flotte chilienne, et s'emparèrent de Calao et de Lima ( 1819 ). Mais aussitôt la discorde se mit entre les deux chefs : Saint-Martin , resté seul protecteur de l'État indépendant ( octobre 1831 ) , défendit d'appeler Indiens les naturels ; il voulut qu'on les nommât Péruviens. Il abolit la servitude de corps , et voulut que les enfants à naître de parents esclaves fussent libres. Néanmoins il prétendit empêcher que les familles^espagnoles ne s'embarquassent pour l'Europe ; il persécuta le clergé, et le tumulte des fêtes et des banquets lui servit à étouffer les cris des mécontents.
Bolivar dans la Colombie , Saint-Martin dans le Pérou , s'en allaient ainsi propageant au loin la république ; ils unirent par se rencontrer à Guayaquil , portant tous deux l'indépendance à la pointe de leur épée ( 23 juillet 1822 ) : chacun de ces libérateurs y trouva pour limite une autre liberté. Saint-Martin se retira depuis à la campagne , après avoir refusé le titre de généralissime, satisfait de celui de premier soldat de la liberté. La présence cTun guerrier heureux, dit-il , quel que soit son désintéressement, est toujours un danger pour un État nou' veau, Tai contribué à ta déclaration d'indépendance du Chili et du Pérou ;, fat soutenu de mes mains l'étendard avec lequel Bizarre soumit rempire des incas , et fai cessé d'être homme public. Je me considérai alors comme plus que ré* compensé de dix années passées dans les révolutions et dans les camps ; et j'accomplis la promesse que j 'avais faite alors
dans les différents pays où feus à combattre, de les rendre indépendants et de les laisser se choisir un gouvernement, Gochraoe se retira aussi, après avoir servi chaudement la liberté, et détruit les forces navales de FEspagne dans Focéan Pacifique. U fut ensuite appelé par l'empereur du Brésil^ qui le mit à la tête de sa marine ( 1823 ). Ce dernier fait laisse supposer que ce paladin de la liberté était moins poussé par son amour pour elle , que par un besoin inquiet de gloire et d'aventures.
Bolivar acheva de balayer le pays des troupes royalistes. Invité parle Pérou à repousser les Espagnols (1823), il prit Calao près de Lima, qui avait relevé le drapeau deTEspagne ; et le gain delà bataille d'Ayacucho, la plus mémorable de F Amérique méridionale (9 décembre 1821), porta le dernier coupa la domination européenne. Bolivar, investi du pouvoir dictatorial ( 11 avril 1825), calma les dissensions intestines, et obtint une telle obéissance, qu'on put craindre qu'il n'en abusât. Son nom fut donné à la république du> haut Pérou , qui ne voulut pas s'unir à celles dii bas Pérou et de la Plata. 11 fut aussi confirme dans la dictature par la Bolivie, qui demanda une constitution au fondateur de trois républiques^. Bien qu'il s'efforçât de se soustraire à cette tâche, « lui soldat, né parmi des esclaves, a lui dont Tenfance n'avait connu que des chaînes, et l'âge mur « que des compagnons occupés à les briser, » il se décida à accepter. U institua donc deux chambres, plus une troisième de censeurs , avec un président inamovible et responsable , commandant l'armée et la flotte , ayant le contrôle du trésor, la nomination aux emplois et aux grades. Bolivar lui-même fut élevé à ce poste.
Il n'avait pas oublié la Colombie : de retour dans ce pays (avril 1826), après cinq ans employés à l'entourer de nations libres, il y trouva des dissensions intestines et les fédéralistes prédominants. La jalousie que sa gloire inspirait fît appeler despotisme l'unité à laquelle il tendait. Il se fit en conséquence attribuer le pouvoir dictatorial , et suspendit la constitution ; mais les mesures énergiques auxquelles il eut recours firent redouter de plus en plus qu'il ne se fit empereur : « Je ne me sens pas « dénué de toute ambitiqp , dit-il \ or, pour l'amour de ma re-
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« nommée, je désire ôter toute crainte à mes concitoyens, et « m'assurer, après la mort, une mémoire digne de la liberté. » C'est ainsi que Bolivar écrivit au congrès, en donnant sa démission ; mais le congrès ne l'accepta point ( 1827 ).
Le Mexique, bien que ses communications avec la métropole eussent cessé pendant la guerre européenne, n*avait point éprouvé de fortes commotions ; ce fut même à cette époque que divers voyageurs , tels que Vancouver et Humboldt , nous le firent connaître. Mais les affaires d'Espagne, en 1808, avaient excité des troubles et fait naître des complots contre les Européens ; beaucoup de sang avait coulé, et les bandes d'insurgés n'avaient jamais pu être domptées. Les cortès d'Espagne avaient déclaré le Mexique partie du territoire espagnol; mais le colonel Augustin Iturbide , à la tête d'une bande, se rendit maître d'une grande partie du pays. Le vice-roi O'Donoju se vit réduit à transiger, et à souffrir que le pays se proclamât souverain et indépendant. Il entendait être gouverné constitutionnellement , sous le titre 6^ Empire mexicain , par le roi d'Espagne, ou par un prince du sang qui devait y faire sa résidence. Iturbide , président de la junte révolutionnaire , tarda peu à se proclamer empereur du Mexique , où il prodigua les récompenses et répandit la terreur. Mais cela réussit mal : on demanda le congrès, la liberté de la presse, les droits stipulés; et le général Santa- Anna proclama la république. Iturbide^appela à son aide les sauvages; mais , prévenu dans ses projets, il abdiqua (juillet 1824); et quelque temps après, ayant tenté un débarquement, il fut pris et fusillé.
La constitution du Mexique fut modelée sur celle des États- Unis (31 janvier ) : la liberté de penser et d'écrire y est admise, mais la religion catholique y est seule reconnue ; chaque Ëtat se gouverne à l'intérieur comme il l'entend , à la condition que les trois pouvoirs y restent divisés , que les constitutions particulières ne répugnent pas à la constitution générale, et que leurs revenus et leurs dépenses soient soumis chaque année au congrès général.
L'Europe se ressentit vivement du soulèvement des colonies : le Mexique cessa d'y envoyer ses trésors; les bras naguère em-
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ployés aux mines en furent détournés pour le métier des armes; et tandis qu'il sortait chaque année du port de la Vera-Cruz 10 millions en valeurs métalliques, c'est au plus si TEspagne en reçut , en 1806, pour 60,000 francs *.
L'Angleterre, fidèle à sa politique de non-intervention, et voulant affaiblir l'Espagne , reconnut les nouveaux Etats, de fait au moins , à mesure que la chance tournait en leur faveur. La Sainte-Alliance aurait hien voulu éteindre ,aussi la révolution dans ces contrées ; et, faute de pouvoir mieux faire , elle dénigra les actes et leurs auteurs; mais , en attendant, la confédération américaine se consolidait. La grande idée de Bolivar était de former une seule famille des nations créées par son épée , et d'en faire une Sainte- Alliance de républiques en face de la Sainte- Alliance des rois. Dès 1824 , il avait invité les députés des États-Unis , du Mexique , de Guatimala , de la Colombie , du Pcrou,*du Chili, de Buenos- Ayres, à se réunir sur ristbme de Panama, « centre du globe , regardant l'Asie d'un côté , TA- « frique et l'Europe de l'autre. » Ce congrès devait affermir la confédération, fixer les principes du droit des gens entre les États confédérés, et leurs rapports avec les autres puissances^
< Au commencement du siècle, PAmérique méridionale était encore la contrée la plus abondante en or : un tiers venait de la Colombie ; un tiers, du Brésil ; le reste, du Mexique et du Pérou. Aujourd'hui, l'ancien continent en produit beaucoup plus. Si nous en croyons Crawford, les Africains recueillent en poudre d'or le double de ce que l'on tire de ce métal en Russie, en Transylvanie et en Hongrie. L'archipel indien eu donne environ un tiers de ce que produit FAfrique. On en extrait beaucoup, depuis quelques années , dans TAmérlque septentrionale, surtout dans la Caroline du Nord. De 1824 à 1828, cette province n'en avait envoyé à la monnaie que pour 108,000 dollars (572,500 fr.}; mais, de 1828 à 1830 , il en est venu , tant de celte province que de la Caroline du Sud et de la Géorgie , pour 2,772,000 dollars ( 14 millions et demi ), ce qui est à peine la moitié de ce qui a dû être extrait. Depuis lors , Taccroissement a été énorme. La découverte plna récente des terrains aurifères de la Californie et de PAustralio menace de cbanger tout à fait les proportions qui ont existé jusqu'à ce jour entre les différents métaux.
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et s'occuper aussi d'ouvrir un passage à travers l'isthme.
Ce ne fut que le 22 juin 1826 qu'il fut possible à ces représentants de quinze millions d'hommes, parvenus à s'affranchir de la domination espagnole, de s'y trouver réunis pour ratiGer la résolution où ils étaient de rester libres et indépendants. Mais n'ayant pas l'expérience des affaires, jaloux de leur liberté sans la connaître bien encore, et sans savoir quelle sobriété elle réclame , indociles à un état social capable de maîtriser les passions déchaînées, ils n'arrivèrent à rien de bon. Les Nord-Américains assistèrent à cei congrès, mais ils, n'y prirent aucune part. Le Chili était livré à des troubles intérieurs ; Buenos- Ayres refusa ; l'indépendance du haut Pérou ou de la Bolivie n'était pas encore reconnue; le Paraguay vivait isolé; le Brésil , qui s%tait afifranchi à sa manière, n'avait pas été convoqué. Le congrès se réduisit donc aux députés du Mexique, de Guatimala, de la Colombie et du Pérou. Ils jurèrent une confédération perpétuelle, la république populaire, représentative et fédérale, avec une constitution dans le genre de celle 'des États-Unis, moins la tolérance religieuse.
Sur ces entrefaites, les Péruviens renversèrent la constitution de Bolivar, comme ayant été imposée par la violence, et demandèrent un congrès national. Ils congédièrent l'armée colombienne qui les avait délivrés , et nommèrent président le général Joseph Lamar.
Bolivar , s'il avait le génie de la guerre , ne possédait pas celui de la législation. Or, le malheur des républiques méridionales fut d'avoir des guerriers, et non des organisateurs; des Napoléon, et pas un Washington. Lorsque Bolivar n'eut plus à déployer son activité dans la guerre, il céda à des pensées ambitieuses, soumit les lois à ses volontés, affecta les honneurs et le ix>uvoir, et s'obstina à implanter partout sa constitution. Témoin des malheurs de son pays, il s'écria : « Nous avons ac- « quis l'indépendance , mais au prix de tous les autres biens « politiques et sociaux ; » et il crut que la dictature était l'unique remède contre l'anarchie. £n effet , il abolit la constitution de la Colombie , prit l'autorité absolue, tout en proclamant Tégalité devant la loi et la liberté de la presse ; il forma un mi-
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nistère responsable et un conseil d'État, et se ccut plus fort en s'appuyant sur les baïonnettes et sur Féchafaud.
Déjà Ton ne doutait plus qu'il irait jusqu'à se déclarer roi. li'Ëurope rafiirmait; les journaux monarchiques insultaient au Cromwell , au INapoléon américain , et ils parodiaient dans leurs colonnes vénales ses abdications répétées. Cependant il refusait un million de dollars que lui of&it le congrès péruvien, voulant qu'il fût employé à racheter mille nègres de l'esclavage. Satisfait du titre de père et de libérateur, il déclara qu'il mourrait plutôt que de s'en rendre indigne. Puis, au commencement de' 1830, il ^renonça à la présidence, et prit la résolution de s'expatrier. « J'ai payé, dit-il aux Colombi^is, ma dette à la « patrie et à l'humanité; f ai donné mon sang, mes biens, ma « santé^ à la cause de la liberté , tant qu'elle a été en péril, « Aujourd'hui que l'Amérique n'est plus déchirée par la « guerre, ni souillée par les armées étrangères. Je me retire, « afin que ma présence ne soit pas un obstacle à la félicité de « mes concitoyens. Le bien de mon pays peut seul m' imposer « la dure nécessité d'un exil éteimel, loin de ma patrie. »
Ses ennemis prétendirent que c'était encore une feinte de sa part, pour se faire rendre le pouvoir; mais heureux Thomme dont on ne peut calomnier que les intentions ! Les préjugés de rhistoire ne font consister l'ambition qu'à chercher l'occasion de monter sur un trône ; mais les grandes âmes peuvent s'en proposer une plus noble. Un sceptre n'aurait jamais autant illustré Bolivar que l'épée qui lui servit à donner la liberté à tout un continent. « Me croirait-on donc assez insensé, disait-il, « pour aspirer à me déshonorer ? Le titre de libérateur n'est-il « pas plus glorieux que celui de souverain ? » Bolivar mourut avant d'avoir quitté l'Amérique (17 décembre 1830).
La république centrale de T Amérique, l'ancienne vice-royauté de Guatimala, qui est située entre le 85^ et le 97'*^ de longitude occidentale, le 8^ et le 17^ de latitude septentrionale, a cent soixante lieues de longueur sur cent trente de largeur , avec cinq cents lieues de côtes, treize ports sur l'océan PaciGque et sur l'Atlantique, et un grand nombre d'îles. Après avoir secoué le joug espagnol ( 5 septembre 1 82 1 ) , elle subit de nombreuses
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révolutions. Agrégée d'abord à la confédération mexicaine, elle s'en détacha à la suite de l'usurpation d'Iturbide, en prenant le titre é^ États-Unis de C Amérique centrale. En 1824, le fédéralisme ayant j)réva]u, le pays se divisa en cinq États, savoir : Antigoa , San-Salvador, Comayuaga , Grenade , Saint- Joseph ; plus , un district franc , pour y réunir le congrès , qui est la Nouvelle-Guatimala. Le travail y est libre, les esclaves y ayant été affranchis moyennant le remboursement de leur valeur aux maîtres, qui toutefois refusèrent de le recevoir. La guerre civile y éclata en 1826. Les anciennes familles, enrichies par le monopole et comblées de faveurs par la cour espagnole , se trouvant déchues après la révolution,- voulaient la centralisation, dans l'espoir qu'elle leur rendrait un peu d'influence; elles trpu< vèrent de l'appui dans les -moines et dans les prêtres, et se concentrèrent à Guatimala. Ceux, au contraire, à quLla révolution avait apporté l'égalité, soutinrent la confédération, et prirent pour centre San-Salvador.
La guerre se poursuivit avec acharnement jusqu'en 1829; les fédéralistes s'emparèrent de Guatimala, et se mirent à tuer, à saccager, à ebasser les moines. Morazan , proclamé président, maintint la tranquillité pendant huit années ; mais lorsque sa magistrature parvint à son terme, les griefis éclatèrent ; on l'accusa d'avoir dilapidé les deniers publics, aspiré à la présidence à vie, abusé du pouvoir; et les centralistes prirent le dessus (1837).
A ce moment éclata le choléra ; les remèdes conseillés par le gouvernement furent traités de poisons, et l'on prit les armes<« Raphaël Carrera , mulâtre qui n'avait que vingt ans, chef des insurgés, s'adressa à la superstition en parlant de la foi menacée. Des hommes demi-nus le suivirent en foulB avec les images des saints, armés de lances, de haches. et de bâtons, en criant : Five la religion! mort aux étrangers! et suivis de femmes et d'enfants , avec des sacs pour emporler le butin. Ils marchèrent ainsi sur Guatimala , tandis que les fédéralistes^s'avançaient aussi contre cette ville pour rétablir Morazan. Alors les centralistes se trouvèrent serrés entre des ennemis iiaurouches et des alliés peu sûrs;, ils s'entendirent cependant^
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avec ces derniers. Mais à peine furent-ils entra, que Carrera ne put refréner cette tourbe de pillards. Ce fut à grand'peine que les prêtres et les moines parvinrent à Tarréter. Ils se cofntentèrent de 60,000 francs, et se retirèrent.
Morazan, ayant alors réuni des troupes, prit Guatimala et changea les autorités. Mais Carrera survint tout à coup ; il fut battu, mais ne céda point. Au commencement de 18S9, Honduras et Costa-Ricca se déclarèrent indépendants de la confédération; alors les centralistes relevèrent la tête. Carrera , qui fut rappelé , se vit appuyé par Taristocratie ; il abattit les fédéralistes , trancha du dictateur; et il aurait pu, s*il avait eu le talent nécessaire, réorganiser le pays, adoré comme il T^ait d€|^ nègres , des Indims et des mulâtres , du clergé même et des aristocrates, qui avaient foit rétablir les lois intolérantes et les privilèges. Mais Morazan se maintint faiblement à San- Salvador ; Honduras obéit au mulâtre Ferrera ; les autres États prirent de même des chefs différents et ennemis entre eux. Carthagène fut engloutie en 1841.
Honduras est fréquenté par les bâtiments qui riennent s'y approvisionner de bois d'acajou, dont la découverte date du commencement du dernier siècle. En 1803 « rApgleterre obtint de TEspagne de s'établir sur le fleuve Balise, dans la province de Yucatan, pour vingt années , et d'y abattre de ce bois. Mais , en 1828, elle refusa de se retirer, et se fit faire par un fies rois de ce pays un testament qui l'en rendait souveraine. La république centrale a réclamé dernièrement la restitution de cette contrée , qui deviendra très-importante si le projet de couper Tistbme doit jamais s'exécuter.
Le Brésil s'était affranchi d'une autre manière. Ce pays, découvert par Cabot, avait servi de refuge aux fugitifs et aux aventurien portugais. La colonie des Paulistes surtout y devint floris- • santé : c'était un ramas de Brésiliens et d'étrangers qui s'étaient établis dans le district de Saint«Paul, contigu aux possessions espagnoles , gens entreprenants et querelleurs , à qui on avait aussi donné le nom de mameluks. Ils s'enrichissaient principalement par le commerce des esclaves et détestaient les missionnaires, qui, en introduisant la religion chrétienne, conduisaient
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indirectement à la destruction de la traite. Ils se jetèrent donc sur leurs paroisses, et persuadèrent aux sauvages qu'il n'existait point de dififérence entre leur religion à eux et la croyance aux devins brésiliens; ils nommèrent un pape, des prêtres, des évéqoes, qui célâ>raieut messes et offices, et qui confessaient ; de plus, ils traçaient des figures bizarres et imitaient les contorsioils des devins ; ce qui plut fort aux indigènes et les détourna du christianisme, qu'ils confondaient avec leurs rites nationaux.
La colonie, qui se composait d'abord d'un petit nombre de familles, s'était beaucoup accrue, et comptait vingt mille âmes, outre les esclaves. S'étant déclarée libre, elle porta le ravage chez les chrétiens du Paraguay, sans s'inquiéter des menaces de Bladridim de Rome. Mais enfin le pontife permit aux colons de £ûr6 usage d'armes à feu, ce qui leur donna moyen de réprimer ceux de Saint-Paul.
Ceux-ci, dès loft, employèrent leur activité à la recherche de ror,que l'on s'était borné jusque-là à recueillir dans le sable et le limoQ déposés par les eaux. Ils se servirent pour cela des nègres , et obligèrent tout esclave d'apporter chaque soir à son maître un huitième d'once d'or. Ils découvrirent la mine trèsabondante d'Iaragua. Mais les trésors qu'elle procurait ne suffisaient pas à l'avidité des mameluks^ qui allaient cherchant partout le précieux métal. En effet, quelques-uns s'étant enfoncés jusqu'à cent lieues dans im pajrs très-difficile, au milieu de sautages belliqueux, découvrirent les mines de Sabara ( t690) ; d'autres pénétrèrent dans les montagnes aurifères, où ils bâtirent Villa-Ricca, qui, vingt ans après sa fondation, passait polir la ville la plus opulente du monde. Les aventuriers y aeeoarurent en foule ; mais les premiers occupants prétendirent dicter des lois et des conditions aux nouveaux venus ; la guerre s'ensuivit , et les Paulistes eurent le dessous. Peu après , don Pedro, r^ent de Portugal, voulut avoir sa part de ce riche butin ; et il envoya Antoine d'Albuquerque dans le district des mines, en qualité de gouverneur. Celui-ci réussit, à Taide de troupes réglées et de mesures habiles, à soumettre les deux factions ; il fonda dans le pays une ville régulière qui fut appelée Rio-Janeiro (1711), et fit des règlements pour l'exploitation
des mines et la répartition du produit entre l*État et les colons.
Les Paulistes essayèrent de relever la tête (1713) , mais ils furent réprimés; et Villa-Ricca prospéra à tel point, que le quinzième de For qui revenait à la couronne dépassait annuellement 12 millions. S'étant mis à la recherche d'autres mines, ^ Paulistes découvrirent sur la rive du Carmen- celles de Mariana, de Cuiaba et de Goyaz. 11 en résulta que la couronne toucha pour sa part 25 millions par an, sans compter tout ce que la fraude en pouvait détourner.
D'autres bandes , à la recherche de Tor, découvrirent Timmense pays dit Matto-Grosso , dont la richesse ne fut connue que dans le siècle dernier. On y ramassa en un mois 12,800 livres d'or, sans creuser la terre à plus de quatre pieds.
On avait déjà trouvé , dans le district des mines, des pierres précieuses d'une grande valeur, et surtout des chrysobérils d'une grande beauté; mais on n'y avait point encore aperçu de diamants, mêlés qu'ils étaient à un terrain ferrugineux, et disséminés dans le cours des ruisseaux et des fleuves. Quelques explorateurs firent par hasard attention à ces cailloux brillants, et en apportèrent au gouverneur, qui s'en servait comme de jetons' pour jouer aux cartes , jusqu'au moment où un Joaillier hollandais en fît connaître la valeur. Le gouvernement s'en réserva le monopole, et l'afferma à une compagnie; en 1772, il fît exploiter pour son propre compte, mais avec si peu d'ordre et de soin qu*il s'y endetta. Cette exploitation fut rendue de nouveau à la spéculation privée. De 1772 jusqu'en 1818, il en avait été extrait 1,298,078 carats; on donnait aux nègres des récompenses proportionnées à la grosseur des diamants qu'ils avaient découverts, depuis une prise de tabac jusqu'à la liberté.
On a découvert, en 1844, une mine de diamants à Sinoourou, à quatre-vingt-dix lieues de Baliia. Elle avait déjà donné , à la fin de 1845 , quatre cent mille carats de diamants, dépassant la valeur de dix-huit millions.
Le Brésil était done extrêmement florissant, mais il enrichis* sait moins le commerce du Portugal que celui de l'Angleterre. Il comptait, avant la révolution , trois millions huit cent mille âmes, Unt la population s\v était. peu accrue; il avait vingH
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deux coovents d*hommes, saDsaueone commiinaaté de femmes; et ses produits s'élevaient à cent millions , les mines de diamants y étant plutôt nn-luxe qu'une utilité. Les tribunaux por» tngais y envoyaient les criminels, et Tinquisition les juifs. Les naturels y jouissaient de la liberté depuis Tacte de 1787. Déjà le ministre Pombal avait conçu le projet de transférer le âége du gouvernement portugais dans cette contrée, qui pou* vait devenir le royaume le plus riche du monde , puisqu'elle fournit l'or, les diamants, l'indigo, le coton, le tabac , la coche* nille, et tout ce que l'on peut demander au sol. Ce projet fut mis à exécution quand le roi don Juan (1807) , forcé d'à* bandonner l'Europe, se réfugia à Rio- Janeiro, qui, de ce moment, acquit une grande prospérité. Le monopole de la compagnie de Maragnon, établi par Pombal, y fut d'abord maintenu. L'introduction des marchandises de fabrique étrangère y était surveillée à tel point qu'on ne pouvait souvent , dans des banquets où la vaisselle d'argent était en profusion, donner un couteau à chacun des convives, et un seul verre faisait le tour de la table. Le fer abonde dans le pays, et pourtant il fallait l'acheter des Portugais; il en était de même du sel. Les Brésiliens dépendaient de la métropole pour l'éducation , pour la justice, et la politique semait la division entre les capitaineries. Ils ne pouvaient tisser avec leur coton, si estimé, qu'une toile grossière, bonne tout au plus pour les esclaves. Il leur fallut même faire venir des pierres d'Europe pour construire l'ad^ mirable aqueduc de Carioca. Don Juan se décida à abolir le système colonial, en permettant aux vaisseaux des puissances alliées d'entrer librement; et cet acte de justice prépara Témancipation. Alors l'industrie s'affranchit : il s'établit une imprimerie, une gazette, un laboratoire chimique et anatomiqoe ; on institua une banque d'escompte et un tribunal suprême. I>es terrains furent donnés aux étrangers ; on voulut même avoir une académie, où Ton appela des membres de Paris. Mais ces innovatieos émanaient d'un bon vouloir sans discernement, car on n'enseignait même pas à lire aux habitants.
Cependant le mouvement matériel entraîna bientôt les esprits, qui se détachèrent du régent. Il vivait simplement , isolé, avec
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un petit nombre de personnes, dépensant des trésors pour soutenir les nobles qui l'avaient suivi et qui regrettaient la terre natale, pleins de mépris pour cette contrée nouvelle, qu^ils considéraient comme un exil. A la chute de Napoléon , don Juan ne songea pas à retourner en Europe; et, croyant qu'il y aurait profit à ce que le Portugal, les Algarves et le Brésil fussent réunis sur le pied de Tégalité, il éleva le dernier au rang de royaume (16 décembre 1815). Quand la révolution oônstitutionnelle éclata en Portugal, le roi manifesta l'intention d'y envoyer son fils don Pedro ; mais les agitations commencèrent aussi au Brésil (1821 ); en sévissant on ne fit qu'irriter davantage, et les troubles aboutirent à la révolte. On demanda un gouvernement juste, libéral, décidé à briser le joug tyrannique sous lequel le pays languissait, et Ton jura fidélité au roi et à la constitution portugaise, moddée sur celle de TEspagne. Le roi fit environner l'assemblée, disperser ses membres, dmit quelquesuns furent tués; puis il s'embarqua pour Lisbonne avec les seigneurs portugais et ses richesses, en laissant son fils don Pedro investi du titre de régent.
L('s cortès de Portugal partagèrent arbitrairement le Brésil, et refusèrent de l'admettre à participer à leurs franchises. Déjà mécontent d'avoir à subir de nouveau les lenteurs des tribunaux de l'Europe , le pays s'agita : la province de Saint- Paul s'insurgea la première; elle entraîna bientôt celle de Minas-Geraës, qui, dans le cours d'un siècle, avait donné à la couronne 553 millions d'or, sans compter les pierreries et les diamants ; et elles demandèrent que don Pedre ne partît point pour l'Europe, où il était appelé par les cortès. Ce prince resta 4lonc, et congédia les troupes portugaises. Il écrivit à son père « qu'une constitution faisait le bonheur d'un peuple, mais plus encore celui d'un roi. » Il prit et fit prendre pour symbole un triangle portéau bras, avec cettedevise : Indépendance ou mort! 11 convoqua une assemblée constituante et législative , où l'indépendance fut proclamée (12 décembre 1821). Ouronné empereur du BrésH, il laissa le Portugal libre de choisir entre une amitié profitable et une guerre à mort.
Le Brésil, par l'importance qu'il avait acquise, avait le droit
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de se soustraire à la dépendance d*un petit royaume éloigné, surtout depuis qu*il arait pris l'habitude d'un gouvernement local et qu'il s'était imposé, dans ce but, des sacriflces onéreux. Mais il D'y avait guère à espérer d'une constitution au milieu d'une population si mélange , tenue dans une ignorance systématique, familiarisée par l'esclavage avec les vices et la violence ; dans un pays où il n'y avait pas de société, mais plutôt une réunion de chefs de familles patriarcales. Gomment se promettre la paix entre les nègres, les blancs, les métis, les esclaves, les individus libres? entre des provinces d'intérêts différents, animées d'une haine si forte contre tout ce qui n^était pas brésilien? Il se forma donc ausiitôt trois partis : l'un, qui voulait la réunion avec le Portugal ; l'autre, la république ; le troisième, don Pedro. Ce prince, qui connaissait à peine sa capitale, était un pauvre législateur. En conséquence, son règne, qui fut trèsagité, se passa en essais et en violences. Il cassa le congrès ( 1 1 décembre 1823) ; mais il donna le statut promis, aux termes duquel le Brésil fut déclaré libre et indépendant sous le sceptre de don Pedro et de ses descendants ; la suprématie de la religion catholique fut consacrée, mais on toléra individuellement l'exercice des autres cultes. Il fut établi deux chambres, l'une temporaire, l'autre à vie, quoique élective. L'empereur eut le pouvoir exécutif et un rôle modérateur. La liberté individuelle , celle de la presse et de la propriété, furent assurées. Don Pedro fonda des écoles, restreignit les dépenses, augmenta les forces nationales, s'appliqua à satisfaire tous les besoins d'un pays nouveau, et à étouffer les révoltes renaissantes. Le Portugal, après divers efforts tentés pour tenir le Brésil dans la sujétion, reconnut son indépendance (18 mai 1825), et accepta son amitié.
Mais la sagesse diplomatique , trop habituée à se laisser surprendre à l'improviste , n'avait pas prévu la réunion éventuelle des deux couronnes. Quand donc mourut Jean VI à Lisbonne ( 10 mars 1826 ) , don Pedro prit le titre de roi de Portugal ; mais comme il ne pouvait conserver sans danger ce royaume conjointeinent avec le Brésil , il renonça au premier en faveur de sa fille dona Maria da Gloria. Don Miguel, son frère , prétendit alcnrs que, devenu étranger à ce royaume, il était déchu de
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ses droits à y succéder au trône. Don Pedro se voyait à la veille de perdre cette couronne , quand il sentait celle du Brésil vaciller aussi sur sa tête. En effet, les indigènes, pleins de haine pour les Portugais devenus Brésiliens , formèrent contre eux un parti hostile , qui se jeta dans des émeutes redoutables. Don Pedro, répugnant à employer la force pour rétablir l'ordre, abdiqua en faveur de son fils don Pedro II , et passa en Europe (■7 avril 1831 ). La régence qu'il établit remédia aux maux les plus pressants, et la constitution fut revisée avec une meilleure définition des pouvoirs. Mais les guerres extérieures, et les dissensions intestines entre les impérialistes et les républicains, continuèrent d'agiter un État à (fhi tout semble promettre un heureux avenir.
Le Mexique, lorsqu'il se fut constitué eo'État fédéral ( 20 mars 1829 ) , ordonna l'expulsion «de tous les Espagnols; ils étaient au nombre de quarante mille , et ils emportèrent plus de 100 millions de piastres : cette mesure fut le -pendant de l'expulsion des Maures. L'Espagne espéra quelque temps recouvrer ce pays , où elle envoya cinq mille hommes sous les ordres de Barradas (29 juillet) , en les faisant précéder partie larges promesses. Mais les dissensions se calmèrent à l'approche de l'ennemi. Santa-Anna, gouverneur de la Vera-Cruz, homme de courage et d'une activité infatigable , appela les citoyens aux armes, attaqua les troupes débarquées, et les força de se retirer.
Mais aussitôt la discorde se ralluma : Guerreiro , élevé par une révolution militaire (décembre) , fut renversé par une autre. Les républiques de Buenos- Ayres , du Chili, de Guatimala, se déchirèrent entre elles : les unitaires et les fédéralistes se déshonorèrent toijur à tour par de sanglantes victoires. Les fédéralistes s'affilièrent aux loges maçonniques fondées dans le pays par le ministre des États-Unis ; et les unitaires, par opposition, allèrent aux loges écossaises : de là les deux dénominations de yorkius et d'écossais. D'autres , soutenant que la monarchie était le seul gouvernement possible au Mexique, avaient offert à Ferdinand VII d'y envoyer un de ses frères pour gouverner constitutionnellement ; il refusa. A Tintérieur, les débats, au lieu de rouler sur de grands principes , ne consistaient qu'eii
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petites querelles entre ceux qui avaient des emplois et ceux qui voulaient en avoir.. L'agriculture étant négligée, toute ambition se tourne vers le gouvernement, en prenant le masque de la liberté ou celui de la religion. Les révolutions, toutes militaires, y sont aussi promptes que faciles. Une poignée de soldats s'insurgent, lancent une proclamation pompeuse , où résonnent les mots de civilisation, de genre hwnain , de Montézuma ; le caporal devient général , le scribe, conseiller; on change les magistrats, et tout est fini : puis on déclare que Fempire des lois est rétabli.
Les habitants du Yucatan , plus civilisés que leurs voisins , et visités par les bâtiments étrangers , avaient toujours répugné à Tunité, et s'étaient proclamés indépendants; ils finirent cependant par se rallier aussi à l'Union. En 1836, le parti unitaire remporta, grâce à Santa- Anna , et les États libres et souverains devinrent des provinces. Santa- Anna , ayant eu le dessous, s'insurgea de nouveau contre le président Bustamente , bombarda Mexico, chassa son rival , et domina en maître absolu.
La constitution publiée au Mexique le 13 juin 1843 proclame la souveraineté nationale et le gouvernement représentatif. La religion catholique est la seule dont le culte soit public ; l'esclavage est aboli; il y a une chambre de députés et un sénat , plus une députation permanente, choisie parmi les membres des deux chambres. Un président quinquennal, âgé de plus de quarante ans, né au Mexique, et y résidant au moment de l'élection, exerce le pouvoir exécutif; il est élu à la majorité des voix par les assemblées départementales.
Le Mexique , dont la surface est de 1 ,242,000 milles carrés, et dont on tiers se trouve sous les tropiques et le reste dans la zone tempérée, avec une incomparable richesse, soit en métaux, soit en productions végétales, compte à peine sept millions d'habitants, c'est-à-dire quatre d'indigènes , un de blancs , deux de sang mêlé; plus, six mille nègres. Les revenus, qui sous la domination espagnole étaient de 20 millions de piastres fortes , ont été en 1843 de 14 millions et demi, avec un déficit annuel de 2,900,000 piastres , et une dette nationale de 84 millions de dollars , dont quatre cinquièmes sont dus à des étrangers. Les