‹ Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notes (volume 2)Chapitre 37 sur 82 · HI8T. I)E ŒST ANS. — T. III · texte numérisé non relu

HI8T. I)E ŒST ANS. — T. III

32G SUÈDE ET DANEMABK.

les intrigues de la dynastie xléchue , et avec la liberté de la presse; il opéra des merveilles économiques; et, .en dépH des catastrophes répétées qui frappèrent le pays, il éteignit à peu de chose près la dette suédoise , et réduisit de moitié cfMe de la Norviége. La Suède a beaucoup amélioré son ét|it i^oole, et, au lieu d'hnporter des blés, comme jadis ^ elle en exporte aujourd'hui. De 1805 à 1828, la population s'est aeeme de dix-huit pour cent; mais les pauvres y sont toujours nombreux.

La Suède est riche surtout en mines d'alun, de cobalt, d*étaiii ; on travaille activement aux mines d'argent de Kongsbei^, et le fer suédois est le meilleur de l'Europe. Sa marine est devenue excellente : ce qui devait être dans un pays dont les frontières touchent par les neuf-dixièmes à la mer, et qui produit les meilleurs bois de construction. On a ouvert CQtre les lacs, en 1832, les canaux de TroUhatta et de Gothie, qui font communiquer les deux mers, et abrègent le trajet entre la Russie, l'Angleterre et l'Amérique. En 1835 , une grande route a été pratiquée à travers les Alpes norwégiennes. Une banque qui remonte h 1557^ indépendante du roi , éniet du papier monnaie, et prête à l'agriculture et au commerce au taux de trois pour cent. Les bateaux à vapeur se croisent de tous côtés , et il est question aujourd'hui de chemins de fer qui relieraient à Stockholm les principaux ports situés sur le Cattégat , le Sund , la Baltique et le golfe de Bothnre; ce qui affranchirait la Suède du péage du Sund , qui la rend tributaire du Danemark.

La noblesse cependant, investie par privilège de tous les em* plois civils et militaires, s'appauvrit , pendant que la classe des négociants s'élève ; et les immeubles, dont un tiers était encore il y a peu de temps dans ses mains , ont passé dans celles des bourgeois et des paysans , ou sont grevés d'hypothèques. Les dignitéâ ecclésiastiques passent aussi à des roturiers, ce qui leur donne entrée dans un des quatre corps qui votent à la diète. Mais la prospérité n'existera que quand le clergé et les>paysans auront changé de rôle, et lorsque, par la liberté du commerce, la Suède pourra subvenir à la disette de bols et de fer qui commence à se faire sentir en Europe.

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Déjà ^exemple de la Norwége , et le mouvement imprimé aux esprits par tous les événements de ce siècle, se font sentir en Suède ; aussi aspire-t-elle à améliorer ses institutions , à étendre à tous le droit électoraL Accorder un nombre égal d'électeurs aux quatre ordres , en former une seule chambre votant par tête et élisant les membres de la chambre haute , tel est le Tceu général. Cependant deux peuples différents,^ réunis, comme bien d'autres, parle congrès devienne, s'accordent mal eatre eux; et la route que Bemadotte a ouverte à grands frais à travers les Alpes Scandinaves ne suffit pas pour joindre la Norwége à la Suède , quand la mer et la communauté de langue la rapprochent du Danemark.

I..e8 traités de Vienne ont accablé le Danemark , ils ont amoindri son territoire. Il n'est pas riche , et^une grande partie de la dette qu'il a contractée pour rester fidèle à la France pèse encore sur ce petit État. ^Sa marine marchande excelle non-seulement dans la pèche du Nord, mais elle fréquente aussi la Malaisie et les mers de la Chine, bien que la perte de la Norwége lui ait enlevé des matelots d'élite. Le Danemark a vendu dernièrement à la Grande-Bretagne ses possessions d'Afrique. L'Islande a acquis une telle importance, que Ton ne songe plus eomme autrefois à délaisser ce volcan éteint, et à transporter dans le Jutland ses quelques centaines d'habitants.

Le péage du Sund est une des compensations accordées au Danemark pour la perte de la Norwége, lors des distributions de territoire faites à Vienne. C'était peu de chose alors ; mais le produit s'est accru avec les progrès du commerce, jusqu'à devenir le principal revenu du royaume ' . Mais les étrangers élèvent des réclamations continuelles contre cette servitude absurde imposée à la mer; et ils étudient les moyens de l'éluder, s'ils ne réussissent pas à la détruire.

Les monarques danois , absolus depuis que le peuple , en 16eo , renonça en leur faveur à tous ses privilèges , n'avaient

' En 1844, ce péage rapporta presque six millions. 11 y passa 4,465 navires anglais » 3,788 'suédois, 2,979 prussiens, 2,005 lianovriens et meklemboiirgeois , 1,267 hollandais, 763 russes, 302 français, etc

rien fait depuis pour ce peuple généreux. Aussi tout y étaît-îl à réclamer; il n*y avait point d'institutions existantes;' on demanda donc un statut parlementaire : mais les^uns le voulaient conforme aux anciennes coutumes , les autres approprié au%, idées modernes. Frédéric Vr (1808-1839) , élevé dans la rigidité des vieux usages , n'avait pointPappris la modérati(m dans sa malheureuse alliance avec la France , mais il comprenait que des libertés proûteraient au pays. Il fevorisa les boui^eois en haine de Taristocratie , fit des grades académiques la condition des emplois , auxquels il attacha les privilèges nobiliaires. Il avait promis depuis 1815 des états provinciaux; mais il n'avait rien fait encore , quand la révolution de juillet vint enflammer les esprits. C'est alors qu'il se vit forcé d'accorder la constitution promise, avec assemblées provinciales, consultatives seulement, et non pas générales : du reste, point de parlement législatif, point de publicité, point de vote de l'impôt, ni de liberté de la presse. D'après ce statut, le royaume est divisé en quatre parties : les lies danoises, le Jutland j,le duché de SIeswig , le duché de Holstein ; chacune d'elles possède une assemblée biennale, dont les membres sont élus directement par des propriétaires payant une certaine taxe.

Ces concessions, si minces qu'elles fussent, furent accueillies avec transport : cependant l'opposition libérale se fortifie ; elle est toujours monarchique, mais avec des bases démocratiques dans le Jutiand , tandis que dans le Holstein elle tend à l'aristocratie. En général, la constitution de la France y est moins enviée que celle de la Norwége, fondée sur le droit commun, sans privilège social ni politique. Christian VIII avait donné lui-même cette constitution aux Norvégiens. On assura donc, lorsqu'il prit la couronne de Danemark (1839), qu'il l'appliquerait à ce pays , lui qu'on avait vu prendre parti en Italie pour les libéraux. Mais il n'en fut rien , et il s'en tinta l'exemple paternel; il chercha même à faire aux provinces allemandes une aussi petite part de liberté qu'aux autres. Cependant les gens avisés lui représentaient que le droit divin allait s'affaiblissant, et que le meilleur moyen de consolider son trône était de le populariser. Frédéric VU, son successeur, à peine sur le

trdne (janvier 1848 ), accorda cette constitution qui devait être bientôt une source de discorde et de guerre.

Depuis 1460, le duché de Sleswig , c'est-à-dire le Jutland méridional, et le duché de Holstein, État dei*empire germanique, se sont trouvés réunis au Danemark , sous la maison d'Oldenboui^. X'union est telle cependant que les deux principautés , indissolublement liées entre elles , ne sont qu'une dépendance du Danemark. Là maison d'Oldenbourg s'étant divisée en deux branches , Tune a régné en Danemark ; Tautre , celle de Holstein-Gottorp , a possédé la majeure partie des deux duchés comme feudataire du Danemark, tandis que, pour une autre partie et pour certaines affaires de haute importance, le gouvernement était exercé par les deux branches en commun. Il en résulta des difGcultes Inextricables. Les ducs de Gottorp , par la paix de Roskil (1658 ), obtinrent d'être déclarés souverains ; mais les rois de Danemark eurent toujours Tœil ouvert sur eux ; et en 1720 ils se rendirent maîtres du Sleswig , puis du Holstein en 1773 , qu'ils échangèrent contre les pays d'Oldenbourg et de Delmenhorst. Cependant les deux duchés eurent toujours une existence distincte; les traités de Vienne consacrèrent cette séparation , et le roi de Danemark , comme duc de Holstein, devint membre de la confédération germanique, et, de plus, il obtint le Lauenbourg, en compensation de la Norwége.

Aujourd'hui que la dynastie de Danemark paraît prête à s'^eindre-, c'est une question grave que celle de la succession : cette succession n'est pas soumise aux mêmes règles en Danemark, dans le Sleswig, et dans les duchés de Holstein et de lauenbourg. Eu Danemark , la primogéniture est établie ; et ,^ à défaut d'héritiers mâles , le droit passe à la ligne féminine de mâle en mâle ; ce qui porterait au trône Frédéric de Hesse , qui est issu d'une sœur du feu roi. Le privilège des mâles subsiste au contraire dans les duchés ; mais l'on ne s'accorde pas sur la manière de l'interpréter. La maison impériale de Russie , qui prétend l'emporter sur les Holstein-Sonderbourg , attache une importance extrême à une acquisition qui lui donnerait entrée dans la diète germanique.

En juillet 1846, le roi de Danemark déclara que les duchés

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allemands eontiniiaient de ûiîre partie du royaume de Danemark, en se prononçant moins formellement quant au Holstein. n s'éleva à œ. sujet forée protestations, surtout quand b mort de Christian Vni avança le eas éventud d'une sucoessi<m étrangère. Frédérie VII convoqua une assemblée constituante où le Holstein et le Sleswig obtinrent un nombre ^al de représentants. On croyait ainsi que la liberté les rapprocherait ; mais c'était Fheure des révolutions : les duchés se levèrent ea armes en protestant et en invoquant le parlement germanique qui venait de s'assembler. Le Danemark voulut réprimer cette révolte ; mais la Prusse prit fiait et cause pour les duchés , comme exécutrice des décrets de l'assemblée germanique; il s'en est suivi des batailles, des dévastations, des armistices; et ces pauvres pays, enjeu de la dispute, sont demeurés en suspens jusqu'à ce jour '.

Le fait est que les populations tudesques adjugées au Danemark ont peine à s'assimiler avec la population Scandinave ; on sent au ddà de l'Elbe cette tendance des peuples à se rapprocher selon leur race, leur langue, leur religion. Aussi, dans la Péninsule, ne voit-on pas de mauvais œil les habitants des duchés repousser la langue et les coutumes danoises , pour chercher à se rattacher à l'Allemagne. Cette force secrète qui pousse les nations européennes à se grouper selon les affinités de langue, de race et de religion, s'augmente, dans ce pays, de la crainte de voir le Danemark absorbé par le colosse russe. Il y existe des sociétés secrètes qui révent la réunion des trois rovàumes Scandinaves, et des associations d'étudiants font serment d'y travailler, dans l'espoir que l'union Scandinave serait une barrière entre la Russie et la mer du Nord, qu'elle convoite.

I Par un acte signé à Varsovie le 24 mai 1851 , entre les souverains de Russie et de Danemark , la succession danoise se trouverait réglée comme il suit : Tempereur de Russie renoncerait aux droits év^tuels qui lui appartiennent, comme chef de la branche aînée de Holstein-Oottorp, en faveur du prince Chrétien de Gluksbourg, et de son épouse, Louise de Hesse , lesquels à Textinction de la lignée mâle actuellemeni ante réuniraient en eux tous les droits dMiérédité propres à mainla monancliic danoise dans son intégrité. ( Am. R. )

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