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la Crimée , la Bessarabie ; à la Perse, la Géorgie, la Circassie , le Schirvan ; puis elle est parvenue à arracher à la nature elle* même les régions polaires qui joignent TAsie à TAmérique et aux Iles voisines. Désormais la mer Caspienne ne voit flotter d'autre pavillon de guerre que le sien ;^Ue enserre la mer Noire et la Baltique ; tous les vingt ans , elle envahit des territoires qui furent occupés tour à tour par des peuples divers : ce furent d'abord les rives du Don , puis la INouvelle-Russie , le long du Dnieper; puis la fertile Crimée; puis la contrée qui s'étend entre le Bug et le Dnieper ; puis celle qui est entre he Dniester et le Pruth , Budeak et la Bessarabie. A cette heure, die 8*instalU sur le delta du Danube , et le fortifie ; d'Aland, elle menace Stockholm ; de SoUna, Constantinople. Ses frontières indéterminées , comme ces royaumes envahisseurs du moyen âge , lui facilitent chaque année de nouvelles acquisitions ; d'un côté elle assujettit à des établissements li^es les nomades de l'Asie centrale , de l'autre elle s'ouvre les glaces du Nord : d'autant plus menaçante, que ses opérations sont environnées de ténèbres.
L'empereur Alexandre a joué un grand rôle dans Thistoire contemporaine : deux fois l'Europe Ta salué comme un libérateur. Il semblerait que le mot pa? lequel il inaugura son règne ait été le programme de toute sa vie : Que f horreur de ce premier jour soit effacée par la gloire de ceux qui suivront! Ceint de la couronne ensanglantée des czars , il éprouva le besoin d'une expiation , et il la chercha dans des pratiques de piété , dans la conviction qu'il était l'instrument choisi par la Providence pour délivrer d'abord son peuple de l'invasion étrangère , la Grèce de la barbarie des Ottomans , puis l'Europe du despotisme du glaive , et , dans les derniers temps , de la démagogie. Il poursuivit l'exécution des desseins de Pierre le Grand et de Catherine : fortifier sa puissance à l'intérieur, étendre vers l'Occident ses possessions et son influence , profiter des colonies russes, au nord-ouest de l'Amérique^ pour communiquer avec le Japon. Sa lutte contre la France n'interrompit passes conquêtes en Orient, cherchant toujours à enlever quelque nouveau lambeau de territoire à la Turquie et à la Perse.
Secondé par sa fortune et par les fautes d'un grand homme,
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il se montra généreux. A Paris, la Fayette le trouvait « poli, aimable, et surtout libéral, » s'afQigeant de ce que Ton rendait à FEurope les hommes d'autrefois, au lieu de bonnes institutions ; et , avec cinquante millions de sujets et un revenu de 300 millions de roubles ( l ,500 millions de fr. ) , à la fleur de rflge , il remit son épée dans le fourreau , lorsque tant d*illu* sions s'offraient à ses regards.
A la nouvelle des grandes solennités qui se préparaient pour son retour dans sa capitale , il écrivit : y'aî toujours répugné à ces pompes, et maintenant plus que jamais. Les événements qui ont mis fin aux guerres sanglantes de l'Europe sont fosuvre du Tout-Puissant y et c'est à lui qu^ii faut en rendre grâces. Il refusa le titre de Béni; et lorsque dans son conseil il saisissait quelque difGculté grave , il se mettait à prier. 11 s'appliqua à réunir toutes les sectes religieuses de Tempire , secondant à cet effet les efforts de la Société biblique de Londrei;, qui y répandait des Bibles par milliers , ce qui semblait devoir introduire le protestantisme en Russie.
Quand madame de Staël visita la Russie , Alexandre lui dit : yous serez choquée de voir k servage du paysan. J'ai fait ce que Je pouvais y j* ai affranchi les serfs de mes domaines ; mais Je dois respecter les droits de la noblesse comme si nous avions une constitution , qui malheureusement nous manque. •^Sire, votre caractère est une constitution, lui répondit-elle. — En ce cas, reprit-il, ^'e ne serais qu'un accident heureux.
Il avait donné une constitution à la Pologne, malgré la résistance des aristocrates opiniâtres; constitution, il est vrai, sens ^nrantie de durée , et qu'il modifia lui-même. Mais les paroles citées plus haut indiquent bien l'erreur de ceux qui croient que Tautocrate peut chez lui tout ce qu'il veut. La résistance sanguinaire des boyards, qui se laissèrent égorger par Pierre F" et éblouir par Catherine , renaît de temps à autre avec une fierté farouche. Celui qui examine de près les dernières expéditions m Pologne , en Grèce et en Perse, y démêle des actes ou des impulsions qui ne partaient point du souverain. La richesse se compte, en Russie, par les têtes de paysans qu'on possède ; un seigneur en a des milliers qui dépendent de sa justice^ ou i^lviVâi
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dp son caprice ; ces seigneurs forment la cour du czar ; or, s'ils ne peuvent agir directement sur lui, ils le peuvent sur sa mère , sur son frère, sur sa femme ; ils commandent les armées recrutées de leurs paysans, qui, en sortant du service, retomberont dans le servage. 11 est donc facile de eomprendre qu'un prince, même désireux du bien , ménage une aristocratie entêtée du passé et opiniâtre de ses privilèges.
Alexandre se montra zélé pour l'instruction du peuple ; il voulut des écoles , des académies , la libre introduction des livres, peu dangereuse, à la vérité, dans un pays où le p^ple ne lit pas, où il n'y a pas de classe moyenne, et où l'aristocratie est bien plus tyrannique que le souverain. Après avoir aboli le knout et la torture, établi un sénat conservateur des lois, avec droit de remontrance , il exigea de l'économie dans sa cour, et se montra lui*méme sous les dehors les plus modestes. Mais les idées généreuses et désintéressées qui déconcertaient la poli tique furent bientôt étouffées par la peur des révolutions et par la défiance qu'inspiraient au czar ses propres conseillers, si bien qu*il croyait devoir s'occuper de détails qu'un grand monarque abandonne d'ordinaire à des subalternes.- Metternicli réussit à lui inspirer l'horreur des révolutions; les rigueurs contre les livres augmentèrent ; il réforma , il exclut les Bibles, et il s'apaisa à l'égard de la Porte, en même temps qu'il devenait soupçonneux envers la Pologne et la liberté.
Les sociétés secrètes s'étaient propagées durant la campagne de 1813, surtout celles de V Union du salut , ou des vrais et fidèles enfants de la patrie ; mais , au lieu de se composer, comme parmi nous , de la classe moyenne , elles se recrutaient dans la classe supérieure , surtout des cadets et de la jeunesse. Elles étaient distribuées en trois classes : les frères , les hommes et les boyards ; elles se proposaient de changer les institutions, dé faire cesser les concussions et autres abus de l'adroinistration. C'était aussi le but où tendait la Société des chevaliers et V Union du bien public. Avec une organisation centrale et des ressources considérables , elles projetaient une république qui , formée de semblables éléments , n'aurait pu se résoudre qu'en oligarchie. Celle des Slaves réunis espérait réunir en con-
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fédération huit États slaves , savoir, la Russie , la Pobgne , la Bohême, la Moravie, la Dalraatie, la Hongrie, la Servie et la Transylvanie , avec la Moldavie et la Valachie. Pestel , FoiÇanisateur des sociétés secrètes, avait préparé un code russe que r«n devait publier après la victoire que Ton se promettait. Ces sociétés prirent plus d'une fois la rëtokition de tuer Alexandre ; «t cela sans avoir étudié le pays , ni examiné si une révolution de principes était compatible avec un pareil état de civilisation.
Les sociétés qui travaillaient à l'indépendance de la Grèce agissaient au contraire ouvertement, et obtenaient toute la bienveillanee d'Alexandre , qui n'était retenu que par les frayeurs de ses alliés. Cependant, en 1825 , il était au moment de prendre une décision sérieuse en faveur de la Grèce : il partit alors pour la Crimée, qu'il parcourut pour connaître les frontières de ses immenses États. Mais il tomba malade à Taganrog, et rendit le dernier soupir en fixant ses regards sur son médecin, et s*écriant : O crime! L'impératrice ne tarda guère à le suivre au tombeau. Gomme dans tous les événements imprévus , les conjectures ne manquèrent pas. Ceux-ci attribuèrent le coup à ses frères, ceux-là aux libéraux; d'autres, à l'Autriche, contrariée de Tintérét qu'Alexandre montrait pour les Grecs. La situation se compliqua encore lorsque dans les papiers de l'empereur on trouva une dépêche scellée, dans laquelle le prince Constantin déclarait renoncer au trône , « ne se sentant ni la volonté , ni la capacité , ni la force nécessaires pour régner. » En conséquence la couronne passait à son jeune frère ISicolas.
Les conjurés , surpris à Timproviste par la mort d'Alexandre, songèrent au moins à obtenir une constitution, et se soulevèrent , en proclamant que Constantin, n'avait pas renoncé à la couronne. Ils propagèrent la révolte parmi les troupes , et marchèrent contre le palais , après s'être donné pour dictateur le prince Trubetzkoï. Mais Nicolas , après avoir invoqué le Seigneur, sortit intrépidement à leur rencontre, parcourut le front des troupes mutinées, et les subjugua par sa fermeté. Quelques coups de canon dispersèrent les rebelles, et la Sibérie fît le reste.
Cela ne pouvait se terminer autrement dans un pays où il existe un si vaste abîme entre la classe noble et la multitude^