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Histoire de cent ans de 1750 à 1850, tr., avec notes

Le succès que ï Histoire Universelle de M. César Cantu a obtenu en Italie et à Tétranger^ où elle compte aujourd'hui douze éditions, peut faire espérer que son nouvel ouvrage sera favorablement accueilli, r/histoire, en effet, n'offre aucune période d'un intérêt égal pour nous à celui des cent dernières années ; c'est à ce passé d'hier dont nous sortons, et auquel nous tenons encore par tant de liens, que s'attache naturellement la curiosité la plus vive. C'est du milieu du dixhuitième siècle que date le mouvement qui a ébranlé la vieille société et modifié si profondément nos institutions. Mais l'histoire des divers États européens se trouve disséminée dans des livres spéciaux , ou réunie seulement dans quelques ouvrages volumineux. M. César Cantu, grâce à la méthode qui a fait le succès de son grand ouvrage, à la concision nerveuse de son style, à la sobriété substantielle de ses récits, a su faire entrer dans un cadre très-resserré tout ce qu'il y a d'essentiel à retenir dans l'histoire frénérale de ces cent années.

L'auteur de V Histoire Universelle joint au sentiment religieux Tamour de la liberté : prenant à la plnloso-

II PBÉFACE.

phie du dix-huitième siècle ses tendances généreuses , ses sympathies pour l'homme et pour les progrès sociaux, il en répudie et en flétrit le scepticisme irreligieux.

L'histoire contemporaine , histoire qui dure encore , est toujours matière délicate à toucher. Le traducteur de cet ouyrage laisse à l'auteur seul la responsabilité d'opinions qu'il peut ne point partager toujours. Il a cru cependant utile de joindre à cette traduction d'un livre étranger, des notes et des observations , soit en vue de contester ou de.rectifier certaias jugements, soit pour apporter quelque darté de plus à îun récit dont l'un des mérites est la concision.

Am. B.

L*ECROPE AU MILIEU DU DIX lUITlEME SIECLE.

La paix d'Utrecht (1713), qui finit la longue guerre de ]a sue* cession au trône d*Espagne et le conflit des maisons d'Autriche et de Bourbon, commença, on peut le dire, Tère révolutionnaire en Europe, en ce qu'elle mit de c6té toute idée de morale, tout respect de Tautorité , toute foi dans les traditions ■ . Ce traité

* La monarchie espa^iole se trouva dëpeoép, par le traité crutrecht, entre les diverses puissances belligérantes qui avaient Gonvoité leur part dans ses dépouilles. Des partages et des accommodements de ce genre avaient été le dénomment de plus d^une lutte antérieure entre les princes de rtCurope : on les avait vus maintes fois se parta<;cr des territoire» selon leurs convenances et leurs intérêts, sans avoir <^gard au\ vœux, aux traditions, aux sentiments nationaux etreli<ôeux des peuples. Mais le partage de la monarchie espagnole , en montrant le fait sur une plus vaste échelle, fait ressortir davantage ce cacliet (Varbitraire et d*lmmoralité que Thistorien italien flétrit. La difTicuIti' de concilier lant d*intérëts mis en jeu , et de mettre fm à une guerre générale qui ruinait l'Europe, explique toutefois la plupart des dispositions de la paix d'Utrecht. Le nouveau roi d^Espagne, Philippe V, renonça pour lui et pour ses descendants au trône de France, de môme que les princes françau renoncèrent à toute prétention au trône d't:>pagne. La France reconnut la succession de la couronne d'Angleterre dans la ligne proti^ante, et s'engagea à refuser même un asile aux princes de la maison de Stiiart : Vit fut Tune des clauses qui coûtèrent le plus à la fierté , aux sentîoientfl dMionneur et de religion de Louis XIV, qui se trouva réduit à déclarer • que la |»ersonnc qui, du vivant de Jacques 11, prenait le titre île uisT, UK «:kkt ans. — T. I. t

2 L*fiUBOPE

refit FKurope sur des idées abstraites, introduites d'abord au profit des priuces, mais dont les écrivains devaient s^eniparer à leur tour, pour les faire servir plus tard au proflt des peuples. Le traité d*Utrecht n'introduisait cependant dans le droit publie aucun principe nouveau ; il fut comme le complément de ce système européen qui, tout chancelant qu'il est, a duré jusqu'à présent -, et tous les traités qui suivirent se référèrent à celui-là. Son maintien intéressait ceux au proflt desquels il avait été conclu ; il importait surtout à l'Angleterre, dodt il avait consolidé la grandeur, comme le traité de Westphalie avait consolidé celle de la France. La dynastie protestante, reconnue alors, regardait le traité dUtrecht coiïime sa sauvegarde, et donnait pour base à l'équilibre européen son alliance avec l'Autriche. L'Angleterre, que les clauses de ce traité rendaient maîtresse de la mer, put donner carrière à cette ambition qui est pour elle une nécessité, contrainte qu'elle est de se faire despote sur l'Océan, pour n'être pas attaquée chez elle. Gouvernée par des hommes d'État illustres avec toute l'énergie de l'égoïsme na-

« prince de Galles s^étant retirée de son propre mouvement hors de

'< France ponr demeurer ailleurs, il prendrait soin que cette personne «< ne rctournût plus en France... » L^Angleterre obtint, en outre, la des- Iniclion des ports de Dunkerque, de Gibraltar, de Mahon, puis de grands avantages coloniaux et commerciaux ; entre autres Timmoral traité de VAssientOp par lequel TEspagne lui cédait le privilège d^approvisionner de nôtres ses propres colonies. Les traités d^Utrecht reconnurent le duc de Savoie comme roi de Sicile , et comme appelé à la succession d^Espagne m (AS d'extinction de la famille de Philippe V. Le litre de roi de l»russe fut cx)nfirm6«'i l'électeur de Brandebourg, avec les principautés de Neufcliâtel et de Valengin. Le duc de Bavière fut remis en posses- KioH de ses États conquis par l'Autriche, et les Hollandais recouvrèrent |4usicurs places fortes qui étaient au pouvoir de la France. Enfîn , la maison d^ Autriche , qui s'était entêtée à continuer la guerre après la retraite de ses alliés , signa de son côtoie traité de Rastadt, qui reconnut $a souveraineté sur les Pays-Bas espagnols , le Milanais , le royaume de I^IapU», la Sardaigne, |>ays qui avaient fait partie de la monarchie de .Cliarleft II. Cette prise de possession de Pltalie i)ar pAutriche est ce qui

■■teUque le mieux le jugement sévèn; et légitime d'ailleurs de Thistorien

^Vigi^ h l'égard des traités d'IIIrecht. ( Am. R. )

tioual , elle vit sod commerce et son industrie s'accroître sans mesure. Possédant la première le levier puissant du crédit, inaccessible à ses ennemis par sa position, forte d'un esprit public développé par les lois, elle n'aspire pas à conquérir sur le continent, mais elle s'oppose à quiconque prétend y dominer. Est- elle menacée dans ses possessions lointaines ? elle bouleverse FEurope pour détourner Fattention ; elle poursuit, sans s'arrêter un instant, sa marche conquérante dans Tlnde, qui l'indemnisera le jour où ses colonies d'Amérique, après avoir secoué son jouç, deviendront une nouvelle Angleterre.

L'Empereur, comme souverain des Pays-Bas, eut à subir Tailiance forcée de la Grande-Bretagne. Le Portugal, pour s'assurer un appui pendant la guerre , ruina son commerce au profit de l'Anglais par le traité de Méthuen (1703). Quant à la Savoie et aux princes d'Allemagne, l'Angleterre pouvait toujours les acheter par des subsides que lui procurait le système des emprunts, instrument encore nouveau, mais déjà puissant dans ses maius.

La Hollande, créée par le patriotisme et la constance, et qui \ dans sa lutte héroïque contre l'Espagne et contre Louis XIV , avait grandi au point de rivaliser avec l'Angleterre, reconnaissait ce qu'il en coûte de se mêler aux querelles des grandes puissances. Elle signa, à la paix, sa propre décadence : renonçant à tenir sur pied des forces sufGsantes , elle descendit dans Topinion, et se réduisit à n'être ni assez forte pour commander, ni assez obscure pour désarmer l'envie.

L'Allemagne possédait deux grandes puissances militaires; elle voyait, en outre, ses princes occuper plusieurs trônes de FEurope ; et son rôle toutefois ne grandissait point, parce quil lui manquait des intérêts communs et une constitution bien assise.

La politique avait élevé la Savoie pour tenir tête à la France ; de même, elle fortifia contre l'Autriche la Prusse , qui parvint à se faire, sous des princes habiles, une grandeur urliiicielle, et qui suppléa, par Femploi des forces morales et intellectuelles, à ce qui lui manquait en force numérique et compacte.

L'empire russe, transformé par la main d'un grand homme, dans le siècle précédent contracte des liens plus étroits avw.

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l'Europe ; il appelle la civilisation du dehors au détriment dé ton développement original, et sa puissance s'accroît ainsi que son influence.

La France, qui jusque-là avait dirigé avec hauteur la politique européenne, se trouve descendue au second rang, quoiqu'elle eût réussi à dominer de Tautre côté des Pyrénées '. Mais le progrès intellectuel vient constituer pour elle une nouvelle influence; et si, dans le siècle précédent, elle avait enfanté des chefe-d'œuvre dont la perfection rappelait les temps de Périclès et d'Auguste , elle va répandre dans celui-ci ses idées par toute l'Europe. Mais à cette propagande des doctrines s'associe la dépravation -morale : les classes moyennes sont saines, les hautes classes sont corrompues ; la raison populaire devance de beaucoup celle du gouvernement : de là entre les -pouvoirs des limites mal déflnies , une administration vacillante an dedans, une politique sans énergie au dehors.

La Pologne s'obstine à ne pas se transformer, à ne pas avancer; et le moment viendra où elle se verra conquise sans avoir combattu.

La Suisse conserve l'esprit militaire , mais pour le service d'autrui ; elle gagne de l'argent , et perd de sa considération.

En Italie l'étranger règne isnr la Lombardie, où il s'applique toutefois à régénérer ce beau pays. Un demi-siècle de paix va permettre aux habitants d'acquérir des richesses et de la science ; mais, n'étant excités ni par de grandes craintes ni par de grandes espérances , Us s'amollissent, et l'on verra dans ce pays

' C'est en raison môme de ce résultat, que Louis XIV avait poursuivi doum ans au milieu d^une guerre désastreuse, qu'il est permis de contester cette assertion de IMiistorien : que la France était tombée alors au second rang des puissances. 11 est vrai qu^elle était sortie des grandes guerres de Louis XIV épuisée d'hommes et d'argent; mais les autres États n'avaient pas été épargnés davantage; et si plnsieurs d'entre eux y avaient obtenu des accroissements de territoire, la France s'était assuré dans l'Espagne une alliée. On vit d'ailleurs, dès la première guerre qui vint à éclater, la France acquérir la Lorraine, et placer une partie de l'Italie sous le sccittre de la maison de Bourbon. ( Am. R. )

AU MILIEU DU BIX-HUITIBHB SIÈCLE. 5

plus de boii vouloir chez les princes que de bouées et stables institutions.

Les grandes imtssances, qui avaient imposé à TEurope la pau dUtrecht, avaient eu peu de souci des intérêts et des sentiments du plus grand nombre; aussi tous ceux qu'elles avaient sacrifiés se plaignaient^ils. La succession protestante , assurée en Angleterre, blessait la foi de tous les catholiques et la loyauté des légitimistes. La barrière de fortifications élevée entre la France et les Pajrs-Bas, entretenue aux frais de TAutriche, était tout à la fois une charge pour cette puissance et un embarras pour toutes trois. La séparation perpétuelle des deux couronnes de France et d'Espagne était un acte de bonne politique ; mais elle avait cependant contraint de changer Tordre de succession. Le partage de la monarchie espagnole entre la France et l'Autriche ne profitait en rien aux neutres, en même temps qu'il déplaisait aux deux États intéressés '. Charles VI, chef de la maison d'Autriche, considérait comme lui ayant été ravies les couronnes que portait Philippe Y, et il en gardait rancune à la France ainsi qu'aux puissances maritimes. Cette politique à la fois artificielle et violente ne pouvait avoir de durée, dépourvue d'idées qu'elle était : aussi de nouvelles intrigues de cabinets et des ambitions de familles recommencèrent-elles à troubler TEurope.

Au fatte de cet édifice de petits États qui s'intitulait le Saint- Empire Romain , apparaissait la maison d'Autriche, qui possédait la Hongrie , la Bohême, et l'archiduché d'où elle tirait son nom. Elle avait acquis, par le traité d'Utrecht, Milan, Mantoue,

' Toutes les pnissances, à Texception de TEspagne, se montrèrent néanmoins désireuses de maintenir la paix d'Utrecht. Quand les vastes projets d'Âlberoni i)our ressaisir les pays démembrés de la monarcliio espagnole furent connus, la France, l'Angleterre, la Hollande formèrent la triple alliance, qui avait pour but d'y mettre obstacle ( 1717-1718); TEmpereur s'y joignit bientôt, et cette quadruple alliance força Ttisra{;ne de renoncer à ses projets. La Sicile et la Sardaigne , qui avaient él('; reconquises par les Espagnols , furent , la première donnée à l'Autriche, la seconde attribuée comme échange au duc de Savoie. ( An. R.)

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ta Sardaigne , les Pays-Bas ; à la paix de Passarowitz % le banat de Temeswar , Belgrade, et la Servie ; en tout vingt-cinq millions de sujets et soixante-quinze millions de revenus. Mais les accroissements de territoire ne sont profitables qu'avec une bonne administration. A défaut de cela, ils ne font qu'offrir un plus vaste champ aux agressions. Après avoir perdu les liens de famille qui T unissaient à l'Espagne, l'Autriche resta toujours moins active que passive , soigneuse de conserver sans négliger les occasions de s'agrandir, servant à maintenir l'équilibre des autres puissances, mais sans imprimer le mouvement.

Tout en augmentHQit son territoire, l'Autriche perdit de son iufluence, par la politique étroite de Charles Y 1 et sa condescendance envers les princes qu'il voulait rendre favorables à sa Pragmatique sanction. Tel était le nom d'un statut par lequel il transmettait à Tune de ses filles, faute d'héritier mâle, Ja succession de ses États héréditaires. Soit malheur, soit faute, l'Autriche, sous son règne, fut continuellement en guerre; et, malgré ses agrandissements , Charles YI la laissa épuisée. N'estimant que les Espagnols , il traitait de grossiers les Allemands. Faisant du cérémonial sa plus importante affaire, il s'occupait de commérage, de chasse et autres passe-temps frivoles. Il abandonnait l'État à ses ministres, quoiqu'il se gardât bien, comme tous les princes faibles , de se montrer dominé en rien. Avide de gain , il laissait la diplomatie étrangère fonctionner auprès de lui à prix d'argent. En s'adressant à lui une bourse à la main, les traitants obtenaient directement la perception des droits, ou toute autre entreprise qui pouvait être l'objet d'un marché. Mécontent de ses ministres, vendu par les agents su-

* Le traité de Passarowitz fut «onclu , sons la médiation de TAngleterrc et de la Hollande, le 21 juillet 1718, entre Venise et Tempereur Charles VI d^ine part, et la Turquie de Tautre. Cette paix termina la guerre que la Porte avait déclarée à la république de Venise, pour lui enlever la Moréc. La Turquie en resta maîtresse. L'Autriche y acquit , grftccsaux victoires rhi prince Eugène, une portion de la Valachie et de la Croatie, Belgrade, et le banat de Temeswar. (An. R. )

AU MILIEU DU DlX-llUITlÈME SIÈCLE. 7

baltemes, humilié par les puissances inarilimes, Charles VI vit la Lorraine enlevée à TEmpire et à son propre gendre '. Il céda une partie du Milanais et le reste de Htalie, épuisa le trésor et Tannée. Mais peu lui importait, pourvu qu'il arrivât à faire accepter sa Pragmatique sanction. Durant ses vingt-sept années de règne , toute sa politique n'avait tendu qu*à assurer à sa fille Marie-Thérèse l'hérédité de ses possessions autricliieuues. L'Espagne, la Russie , le Danemark, la Grande-Bretagne , les Ëtats généraux , TEmpire , et enfin Louis XV, avaient garanti cette Pragmatique sanction. Mais quand PEmpereur se targuait de ces vaines assurances , le prince Eugène lui répondait : 3î^ux vaudraient deux cent mille baïonnettes, Eugène parlait en soldat: assurément Charles VI eût mieux fait, puisqu'il n'était point question de consulter les peuples, de préparer à sa fille une bonne armée et de riches économies, pour faire valoir les droits à tout événement Mais c'est à quoi il n'avait pas pourvu ; et h peine eut>il fermé les yeux (1740 ), qu'il surgit une foule de prétendants à ce patrimoine amassé avec tant d'efforts et d'industrie par l'Autriche.

Marie-Thérèse se proclama souveraine des États héréditaires, et institua son mari François de Lorraine corégent. Mais ces pays, il fallait s*en rendre maître, et elle n'avait que cent mille florins en caisse et trente-six mille soldats, outre les garnisons d'Italie et des Pays-Bas; la capitale était affamée, et dos ennemis surgissaient de toutes parts. C'est alors qu'éclata la guerre de la succession d'Autriche, qui fit la grandeur de la Prusse.

L'accroissement de la Prusse est un prodige de la puissancr (le l'homme. Ce royaume n'a ni frontières naturelles, ni unitc de langue ou de race : il a été constitué uniquement par h\ guerre et par la politique. Dépendant en partie de la Pologne, en partie de l'ordre Teutonique, Albect de Brandebourg, grand maître de cet ordre , sécularisa son fief au temps de la Réforme,

» Par la paix de 1735 la maison de Lorraine obtint le iliiclié de Tos- 'iiie wi com|>cnsation de la Lorraine, qui fut donnée toninio soiiveiaiuelé \i«gcre ù Stanislas Leczinski. (Am. R )

fi l'eubop£ au milieu du dix-huitième siècle.

et y introduisit le protestantisme; le traité de Wélan (16d7) reconnut la Prusse comme État indépendant. Frédéric F" (1701) prit le titre de roi >, que ses successeurs appuyèrent par de bonnes armées. Le moment on Charles VI expira parut opportun à Frédéric II pour porter un coup mortel à la puissance autri-» chienne , alors qu'elle n*ayait pour représentant qu'une jeune femme : à la tête de ses régiments, il se précipita sur la Silésie. Ce fut une guerre désastreuse pour rAllemagne et Tltalie, et qui se termina parla paix d* Aix-la-Chapelle ( 1748) '. La France, maîtresse des Pays-Bas, renonça à ses conquêtes; Frédéric II garda les siennes ; et la Silésie resta dans ses mains.

L'Angleterre , qui , pour maintenir l'équilibre , avait fourni des subsides à ta Russie et à T Autriche , eut ainsi la direction de la guerre , fut l'arbitre de la paix , et persuada au monde que son intervention était devenue une nécessité* Elle prit une haute opinion de ses forces , en évalua l'étendue , et constata que si la France lui était supérieure pour les forces de terre , elle ne pouvait marcher son égale en flnance et en marine. Les grands États restèrent convaincus qu'ils pouvaient se nuire beaucoup, mais sans se détruire; et enfin que le droit de l'épée était la raison dernière de toutes choses.

Ce fut en s'autorisant de ce droit-là que Frédéric le Grand , prévenant ses ennemis, se précipita dans une nouvelle guerre ^

' Il s^'ntitula d^abord roi en Prusse, et dod roi de Prusse. (An. R.) ' Cette paix eut pour base la restitution des couquêtcs faites tant en Europe que dans les Indes. La France fit obtenir à don Philippe d^Espagne les duchés de Parme, de Plaisance et de Guastalla. Les nouvelles acquisitions faites par le roi de Sardaignc du Vigevanasco , d^une partie du territoire de Pavie , du comté d'Angera , quMl avait obtenu de Marie- Thérèse par le traité de Worms en 1743, lui furent confirmées. Le Tésin devint ainsi ligne frontière depuis le lac Majeur jusqu^au Pô. Le marquisat de Finale resta aux Génois, qui , de môme que le duc de Modène, furent rétablis dans leurs anciens droits. (Ah. R.)

^ Frédéric, il est vrai, engagea la lutte le premier; mais ce fut pour prévenir une ligue redoutable qui s'était formée contre lui. L^Angleterre convoitait de nouvelles conquêtes; TAutriche n^avait pas acquiescé de bon ca«ur à la peite de sa chèie Siléiie; un étrange revirement de poli-

GBANDE-BBETÂGNE. — BPOQUB GÉOBOIENNE. 9

qui fut appelée la guerre de sept ans , et qui mit TËurope en feu. Tout le système des alliances fut alors bouleversé, et la France, ennemie séculaire de l'Autriche , se trouva son alliée. Acharnée à la perte du héros prussien, cette dernière appela contré* lui Saxons, Suédois, toute l'Allemagne , et même la barbare Russie. Frédéric résista à cet orage , et la paix de Paris ( 1763) rétablit l'Europe sur ses vieilles bases.

Sept années de carnage ne changèrent rien à son équilibre , si ce n'est que l'Angleterre, enrichie de nouvelles possessions au delà des mers, avait atteint son but constant, qui était d'abaisser la France. Celle-ci , avec ses ressources intérieures et ses grandes alliances, perdit le continent américain, et se vit réduite à signer une honteuse paix. La Prusse , qui semblait ne pouvoir échapper aux coups de l'Europe liguée contre elle, ne perdit pas un pouce de son territoire; et, grandie dans l'opinion du monde, elle prit rang parmi les puissances du premier ordre.

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